1 Il y a une saison pour tout, et il y a un temps pour toute affaire sous les cieux. 2 Il y a un temps de naître, et un temps de mourir ; un temps de planter, et un temps d’arracher ce qui est planté ; 3 un temps de tuer, et un temps de guérir ; un temps de démolir, et un temps de bâtir ; 4 un temps de pleurer, et un temps de rire ; un temps de se lamenter, et un temps de sauter de joie ; 5 un temps de jeter des pierres, et un temps d’amasser des pierres ; un temps d’embrasser, et un temps de s’éloigner des embrassements ; 6 un temps de chercher, et un temps de perdre ; un temps de garder, et un temps de jeter ; 7 un temps de déchirer, et un temps de coudre ; un temps de se taire, et un temps de parler ; 8 un temps d’aimer, et un temps de haïr ; un temps de guerre, et un temps de paix.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
1 à 8
Enoncé de la vérité, préparée par 2.24-26, qu'il s'agit maintenant de prendre en sérieuse considération, à savoir que la sagesse consiste à se conformer à la volonté de Dieu et à ne pas se faire des plans qui peuvent venir à la traverse des siens.
Un moment, fixé d'avance pour que la chose se produise.
Un temps : une durée, également déterminée par Dieu.
La pensée de ce verset va être illustrée, versets 2 à 8, par deux fois sept antithèses, qui n'ont point pour but, comme on l'a cru souvent, de dépeindre ce qu'il y a d'imprévu dans les destinées humaines, mais bien de proclamer l'indiscutable souveraineté de la volonté divine, aux directions de laquelle l'homme doit conformer son uvre. Voilà la seule vraie sagesse, qui est celle de Dieu même. Il n'appartient pas à l'homme de se tracer à lui-même un plan de conduite permanent. Sa tâche est d'entrer à chaque moment dans la voie que Dieu lui indique par sa providence : par exemple, pleurer quand il plaît à Dieu de l'affliger ; s'égayer quand Dieu daigne le réjouir, etc. La sagesse est de faire chaque chose en son temps : au fort de la bataille, tuer ; après la bataille, guérir ; en face d'un blasphème, déchirer son vêtement ; en présence d'un crime, lapider ; chercher à acquérir, au temps de la prospérité ; jeter, abandonner tout, au moment où le sacrifice est demandé (les protestants après la révocation de l'Edit de Nantes) ; en un mot, adapter sa conduite au devoir de chaque moment, en étant toujours prêt à la modifier selon le devoir.
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au chapitre 3
Le dessein général de ce chapitre est de confirmer ce qui a été observé plus haut : la vanité et l'inconstance de toutes choses ; la fragilité de l'homme et les vicissitudes qui le concernent ; la stérilité de sa peine et de son labeur en tous ses ouvrages ; qu'il est meilleur de se contenter des choses présentes, d'y être joyeux et d'en rendre grâces ; que tout vient de la main de Dieu ; que les hommes de bien qui n'ont pas présentement la joie que d'autres possèdent peuvent l'obtenir, puisqu'il y a un temps pour elle ; et que les pécheurs ne doivent pas se complaire dans les richesses qu'ils ont amassées, puisqu'elles peuvent leur être bientôt ôtées - car il y a un temps pour toute chose (Ecclésiaste 3:1) ; ce dont il est fait une induction de cas particuliers (Ecclésiaste 3:2-8). En sorte que, si tout est certain auprès de Dieu, rien n'est certain auprès des hommes, ni digne qu'on s'y appuie, et le bonheur ne saurait y être placé ; on ne lutte pas contre la providence de Dieu, et l'on ne change pas le cours des choses ; le labeur de l'homme est sans profit, et sa peine n'est qu'affliction et tourment (Ecclésiaste 3:9,10). Et quoique toutes les œuvres de Dieu soient belles en leur saison, elles demeurent insondables à l'homme (Ecclésiaste 3:11) ; c'est pourquoi le meilleur est de jouir avec gaieté des biens présents de la vie (Ecclésiaste 3:12,13), et de se contenter, car la volonté, les voies et les œuvres de Dieu sont immuables, permanentes et parfaites (Ecclésiaste 3:14,15). Et si les méchants peuvent abuser du pouvoir qui leur est confié et pervertir la justice publique, ils en rendront compte au jugement général, pour lequel un temps est fixé (Ecclésiaste 3:16,17). Et cependant, telle est la stupidité du commun des hommes, qu'ils n'ont pas plus le sentiment de la mort et du jugement que les bêtes, et qu'ils vivent et meurent comme elles (Ecclésiaste 3:18-21). Le meilleur de tout est donc de faire un droit usage du pouvoir et des richesses, de ce que Dieu a donné aux hommes, pour leur propre bien et celui des autres, puisqu'ils ne savent pas ce qui sera après eux (Ecclésiaste 3:22).
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Il y a un temps pour toute chose, etc. Un temps fixé et déterminé où chaque chose viendra à l'être, combien elle durera, et dans quelles circonstances. Toutes les choses qui ont été, qui sont ou qui seront ont été préordonnées de Dieu, et il a déterminé d'avance les temps de leur existence, de leur durée et de leur fin - temps et saisons qu'il tient en son propre pouvoir. Il y eut un temps déterminé pour l'univers entier, et pour toutes les personnes et toutes les choses qu'il renferme ; un moment fixé et arrêté pour que le monde vînt à l'être : car il n'existe ni de toute éternité, ni de lui-même, et ne fut pas formé par le concours fortuit des atomes, mais par la sagesse et la puissance de Dieu ; il ne pouvait exister ni plus tôt ni plus tard qu'il ne le fit : il parut quand il fut la volonté de Dieu qu'il parût ; au commencement il le créa, et il a fixé le temps de sa durée et de sa fin ; car il ne subsistera pas toujours, mais aura un terme - quand ? lui seul le sait. Il y a de même un temps déterminé pour la naissance, l'apogée et le déclin des États et des royaumes - des moindres comme des quatre grandes monarchies ; pour toutes les périodes et tous les âges distincts du monde ; pour chacune des saisons de l'année à travers tous les âges ; pour l'état de l'Église en lui, qu'elle soit dans la souffrance ou dans la prospérité ; pour le foulement de la ville sainte ; pour la prophétie, la mise à mort et le relèvement des témoins ; pour le règne et la ruine de l'antichrist ; pour le règne du Christ sur la terre, et pour sa seconde venue en jugement - quoique de ce jour et de cette heure nul ne sache rien. Et de même qu'il y a, dans les conseils et la providence de Dieu, un temps fixé pour ces événements majeurs, il y en a un pour toute chose de moindre importance ;
et un temps pour tout dessein sous les cieux - pour tout dessein de l'homme qui vient à s'exécuter ; car certains ne s'exécutent point, étant supplantés par le conseil de Dieu : quelque obstacle est jeté sur leur chemin, en sorte qu'ils ne peuvent avoir lieu ; Dieu en retire les hommes par l'affliction ou par la mort, et alors leurs desseins sont rompus ; ou par quelque autre voie. Et pour ceux qui s'exécutent, il leur assigne un temps, et les fait tourner au service de quelques fins qui sont les siennes ; car les choses les plus contingentes, les plus libres et les plus volontaires tombent sous la direction et la providence de Dieu. Et il y a un temps pour chacun de ses propres desseins : tout ce qui se fait dans le monde est selon ses desseins, formés en lui-même avec sagesse, éternels et infrustrables ; et un temps est fixé pour leur exécution - pour tout dessein regardant les choses naturelles et civiles dans la providence, et pour tout dessein de sa grâce touchant la rédemption de son peuple, son appel efficace et son introduction dans la gloire éternelle : choses que Dieu veut, où il prend délices et plaisir, selon la force du mot. La Septante et la Vulgate latine traduisent : « pour toute chose sous les cieux il y a un temps » ; et Jarchi observe que dans la langue de la Mishna le mot employé a bien ce sens. Le Targum porte :
« à tout homme un temps viendra, et une saison à toute affaire sous les cieux. »
v. 2 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour naître, etc. Le Targum porte :
« pour engendrer des fils et des filles ; »
mais il s'agit plutôt de les enfanter, un temps étant fixé pour cela dans la nature, appelé l'heure de la femme (Job 14:1) ;
et un temps pour mourir - le temps de l'entrée de l'homme dans le monde et celui de sa sortie sont l'un et l'autre fixés par le Seigneur. Cela est vrai de tous les hommes en général, de tous ceux qui viennent au monde, pour qui il est établi qu'ils mourront ; et particulièrement du Christ, dont la naissance advint au temps fixé par le Père, dans la plénitude des temps, et dont la mort survint en son temps - sa vie ne pouvant lui être ôtée avant que son heure fût venue (Jean 7:30 ; 8:20 ; 13:1). Et cela vaut de chaque homme en particulier : sa naissance arrive au temps que Dieu a fixé ; qu'un homme naisse au monde, cela vient de Dieu ; nul n'y entre à son propre gré ni à celui d'autrui, mais par la volonté de Dieu, et quand il lui plaît, ni plus tôt ni plus tard ; et le temps de sa sortie du monde est arrêté par lui : au-delà de ce terme il ne peut vivre, et avant lui il ne peut mourir (Job 14:5). Et quoiqu'il ne soit fait nulle mention de l'intervalle de vie entre la naissance et la mort, tous les événements qui s'y intercalent sont pourtant fixés par Dieu : le lieu de la demeure, la vocation et la condition, toutes les circonstances de prospérité et d'adversité, toutes les maladies du corps, et ce qui mène à la mort et s'y achève. Si ces deux termes sont rapprochés de si près, c'est pour montrer la certitude de la mort - aussi sûrement que l'homme naît, aussi sûrement il mourra - et la fragilité et la brièveté de la vie, qui n'est qu'une largeur de main, qui passe comme un récit qu'on achève, qui n'est rien : au point qu'on n'en tient nul compte, comme si nul temps ne lui était alloué, ou qu'elle ne méritât pas d'être mentionnée ; et pour observer aussi que les semences de la mortalité et de la mort sont dans les hommes dès leur naissance : sitôt qu'ils commencent à vivre, ils commencent à mourir - la mort travaille en eux ;
un temps pour planter - un arbre, comme dit le Targum, ou toute plante ;
et un temps pour arracher ce qui a été planté - arbre ou plante, comme ci-devant, quand ils sont parvenus à maturité et propres à l'usage, ou devenus vieux, stériles et infructueux ; il est des saisons particulières pour planter les plantes, l'une pour celle-ci et l'autre pour celle-là. Cela peut s'appliquer, au sens civil, à la plantation et à l'arrachement des royaumes et des États (voir Jérémie 1:10 ; 18:7-10), comme le font les Juifs, particulièrement de la plantation et de l'arrachement du royaume d'Israël : le peuple d'Israël fut une vigne tirée d'Égypte et plantée au pays de Canaan, puis arrachée et emmenée captive à Babylone ; replantée ensuite, puis arrachée de nouveau par les Romains ; et elle sera assurément replantée dans son propre pays (voir Psaume 80:8 ; Jérémie 45:4 ; 31:28 ; 32:41). On peut l'illustrer, au sens spirituel, par la plantation de l'Église juive, parfois comparée à une vigne, et son arrachement - l'abolition de son état d'Église et de ses ordonnances ; par la plantation d'Églises évangéliques dans le monde des Gentils, et leur arrachement, comme il advint aux sept villes d'Asie, ou l'enlèvement du chandelier hors de sa place ; et par la plantation de personnes particulières dans les Églises, et leur retranchement. Certains, il est vrai, qui sont plantés dans la maison du Seigneur, sont plantés en Christ, enracinés et fondés dans l'amour de Dieu : plantes que le Père du Christ a plantées, et qui ne seront jamais déracinées ; mais d'autres ne sont plantés que par le ministère extérieur de la parole, ou ne sont plantes que de profession, et ceux-là deviennent deux fois morts, déracinés ; et il y a des temps pour ces choses (Psaume 92:14 ; Matthieu 15:13 ; 1 Corinthiens 3:6-8 ; Jude 1:12).
v. 3 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour tuer, et un temps pour guérir, etc. Le temps de tuer peut s'entendre d'une mort violente, comme le temps de mourir s'entend d'une mort naturelle ; ainsi le Targum :
« un temps pour tuer à la guerre ; »
ou bien par la main du magistrat civil, à l'égard de ceux qui méritent la mort. Aben Ezra l'interprète « blesser », à cause de l'opposé « guérir » ; et il est en effet un temps où plaies et maladies sont incurables et déjouent tout l'art du médecin, étant destinées à la mort ; et un temps où, par la bénédiction de Dieu sur les moyens, elles sont guéries, la plaie ou la maladie n'étant pas à la mort ; ainsi le Targum paraphrase la dernière proposition :
« guérir celui qui gît malade. »
Cela peut s'appliquer, au sens civil, aux calamités des royaumes et au retour de la paix et de l'abondance - prérogative de Dieu seul, qui en ce sens fait mourir et fait vivre en son temps (Deutéronome 32:39 ; 1 Samuel 2:9 ; Osée 6:1) ; et, au sens spirituel, aux ministres de la parole, instruments par lesquels les âmes sont mises à mort par la loi, qui est la lettre qui tue, et guéries par l'Évangile, qui verse l'huile et le vin de la paix et du pardon par le sang du Christ, et bande ainsi et guérit les cœurs brisés ; et il y a un temps pour l'un et pour l'autre ;
un temps pour abattre, et un temps pour bâtir - abattre un édifice, et bâtir une ruine, comme dit le Targum ; abattre des villes et leurs murailles, comme le fit Nabuchodonosor de celles de Jérusalem, et les rebâtir, comme aux temps de Néhémie et de Zorobabel ; et de même, au sens spirituel : abattre l'Église de Dieu, le tabernacle de David, puis en relever et réparer les brèches ; bâtir Sion et les murailles de Jérusalem, ou restaurer l'état de l'Église évangélique dans sa gloire - pour quoi un temps est fixé (voir Amos 9:11 ; Psaume 102:13,16).
v. 4 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour pleurer, et un temps pour rire, etc. Il y a un temps pour ces choses, selon qu'il va mal ou bien aux personnes, quant à leur santé, à leurs biens ou à leurs amis, et selon qu'il va mal ou bien aux royaumes et aux États. Les Juifs pleurèrent quand ils étaient à Babylone, et leur bouche fut remplie de rires quand leur captivité fut ramenée (Psaume 137:1 ; 126:1,2). Et selon qu'il va mal ou bien à l'Église du Christ : quand il y a des corruptions dans la doctrine et dans le culte, une négligence des ordonnances, des déclins dans la foi et dans la pratique, peu de conversions, et qu'il s'élève divisions et querelles, c'est le temps pour ceux de Sion qui mènent deuil de pleurer ; mais quand Dieu fait de Jérusalem une allégresse et de son peuple une joie, quand il fait d'elle une magnificence éternelle et la louange de toute la terre, alors c'est le temps de se réjouir et d'être dans la joie (Ésaïe 61:3 ; 65:18). Et il en va ainsi des croyants : quand le Christ s'est retiré d'eux, c'est un temps de lamentation ; mais quand l'époux est avec eux, c'est un temps de joie ; quand c'est une nuit de ténèbres et de délaissement, les pleurs demeurent ; mais quand vient le matin, que le jour se lève et que le soleil de justice paraît, la joie vient avec lui (Matthieu 9:15 ; Jean 16:19,20 ; Psaume 30:5). Le temps présent est pour les saints le temps des pleurs ; dans le temps à venir, ils riront - ils seront remplis d'une joie ineffable et pleine de gloire (Luc 6:21) ;
un temps pour mener deuil, et un temps pour danser - mener deuil aux funérailles, danser aux fêtes ; et au sens spirituel, Dieu change parfois le deuil de son peuple en danse, c'est-à-dire en joie, dont la danse est l'expression (voir Psaume 30:11).
v. 5 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour jeter des pierres, et un temps pour ramasser des pierres, etc. Jeter les pierres hors d'un champ ou d'une vigne où elles nuisent, et les ramasser pour en faire murs et clôtures, ou en bâtir des maisons. On peut l'entendre aussi bien du renversement des édifices - comme du temple de Jérusalem, dont il ne resta pas pierre sur pierre, et des pierres du sanctuaire répandues - que de leur rassemblement et de leur nouvel appareillage, ce qui se fit quand les serviteurs du Seigneur prirent plaisir aux pierres de Sion et en aimèrent jusqu'à la poussière. Certains l'entendent des pierres précieuses, jetées par luxe, caprice ou mépris, puis rassemblées de nouveau ; et on peut l'appliquer tant au long délaissement des Gentils, et au rassemblement de ces pierres dont des enfants furent suscités à Abraham, qu'au rejet des Juifs pour leur refus du Messie, et à leur rassemblement futur par la conversion, quand ils seront comme les pierres d'un diadème, élevées comme un étendard sur sa terre (Zacharie 9:16) ;
un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements - ou « pour en être loin » ; il peut s'agir non seulement des embrassements conjugaux, mais des parents embrassant leurs enfants, comme Jacob les siens ; d'un frère embrassant son frère, comme Ésaü Jacob ; d'un ami embrassant son ami - toutes choses fort convenables et agréables en leur temps ; mais il est des saisons si calamiteuses et si affligées que les personnes sont contraintes de renoncer à ces tendresses. Cela est vrai, au sens spirituel, des embrassements du Christ et des croyants, dont on jouit tantôt, et tantôt non (Proverbes 4:8 ; Cantique 2:6,9 ; 3:1-3).
v. 6 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour acquérir, et un temps pour perdre, etc. Acquérir du bien, comme dit le Targum, et le perdre ; richesses et fortune, honneur et gloire, sagesse et connaissance. Ou : « chercher, et perdre » : il y eut un temps où les brebis de la maison d'Israël, les élus de Dieu, furent perdues, et un temps pour les chercher de nouveau - ce qui fut fait par le Christ dans la rédemption, et par l'Esprit de Dieu dans l'appel efficace ;
un temps pour garder, et un temps pour jeter - garder une chose, et la jeter à la mer au temps d'une grande tempête, comme dit le Targum ; ainsi firent les matelots du navire où était Jonas, et ceux du navire où était l'apôtre Paul (Jonas 1:5 ; Actes 27:38). On peut l'interpréter des richesses que l'on garde - et que l'on serre parfois de trop près, au détriment de leurs possesseurs - et de celles que l'on répand parmi les pauvres, ou que l'on jette sur les eaux (voir Ecclésiaste 5:13 ; 11:1 ; Proverbes 11:24).
v. 7 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre, etc. Déchirer ses vêtements, en cas de blasphème et aux temps de deuil et de jeûne, puis les recoudre quand ils sont passés (voir Ésaïe 37:1 ; Joël 2:13). Les Juifs l'appliquent au déchirement des dix tribus d'avec Roboam, figuré par la déchirure du manteau de Jéroboam (1 Rois 11:30,31), et dont la recousure, ou réunion, est prédite (Ézéchiel 37:22). Certains l'interprètent du déchirement de l'état d'Église des Juifs, signifié par la déchirure du voile à la mort du Christ, et de la constitution de l'état d'Église évangélique parmi les Gentils ;
un temps pour se taire, et un temps pour parler - quand le temps est mauvais, temps de calamité pour une nation, ce n'est pas le temps d'être loquace et bavard, surtout de manière vaine et frivole (Amos 5:13) ; ni quand un ami ou un proche est dans la détresse, comme dans le cas de Job et de ses amis (Job 2:13) ; ni en présence des méchants, qui tournent en dérision tout ce qui est sérieux et religieux (Psaume 39:1) ; et de même, sous les dispensations affligeantes de la Providence, c'est le temps de demeurer coi et muet, et de ne pas ouvrir la bouche pour murmurer et se plaindre (Lévitique 10:3 ; Psaume 39:9 ; 46:10). Il y a, d'autre part, un temps pour parler : publiquement, des vérités de l'Évangile, dans son ministère et pour leur défense ; ou en particulier, de l'expérience chrétienne. Il est un temps où il faut faire profession ouverte du Christ, de sa parole et de ses ordonnances, et où les croyants doivent parler à Dieu dans la prière et la louange - et s'ils ne le faisaient, les pierres de la muraille crieraient.
v. 8 · John Gill · 18/10/2026
Un temps pour aimer, et un temps pour haïr, etc. Aimer son ami, et haïr un homme, un pécheur, comme dit le Targum ; aimer un ami tant qu'il demeure tel, et le haïr, ou l'aimer moins, quand il se révèle perfide et infidèle - on peut voir un exemple d'amour changé en haine dans le cas d'Amnon (2 Samuel 13:15). Le temps de l'irrégénération est un temps où l'on aime les convoitises du monde et les plaisirs coupables, la compagnie des méchants, et tous les divertissements charnels ; et le temps de la conversion est un temps où l'on hait ce qu'on aimait auparavant - le péché, le vêtement souillé par la chair, les principes et les pratiques, non les personnes, des impies ; et même où l'on hait, c'est-à-dire où l'on aime moins, les amis et les proches les plus chers, en comparaison du Christ, ou dès qu'ils entrent en concurrence avec lui ;
un temps de guerre, et un temps de paix - pour les nations, d'être engagées dans la guerre les unes contre les autres, ou d'être en paix, choses qui reviennent perpétuellement ; et il viendra un temps où il n'y aura plus de guerre. Au sens spirituel, le temps présent, l'état présent des choses, est un temps de guerre : la vie du chrétien est un état de milice - qui sera pourtant bientôt achevé - où il est engagé à combattre des ennemis spirituels, le péché, Satan et le monde ; et le temps à venir, l'état futur, est un temps de paix, où les saints entreront dans la paix, et ne seront plus troublés par les ennemis du dedans ni du dehors. Dans le Midrash, tous les temps et saisons ci-dessus sont interprétés d'Israël et lui sont appliqués.
9 Celui qui agit, quel profit a-t-il de ce à quoi il travaillea 9a ou : du [labeur] dont il se tourmente ? ? 10 J’ai vu l’occupation que Dieu a donnée aux fils des hommes pour s’y fatiguer : 11 il a fait toute chose belle en son temps ; et il a mis le monde dans leur cœur, de sorte que l’homme ne peut comprendreb 11b litt. : trouver. , depuis le commencement jusqu’à la fin, l’œuvre que Dieu a faite.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
9 à 15 Puisque la succession des événements est déterminée par le dessein de Dieu et que l'homme ne doit absolument chercher à réaliser d'autres plans que ceux qui rentrent dans la volonté divine, pourquoi se tourmenter (verset 9) ? Considérons comme notre tâche unique (verset 10) d'entrer dans les vues de la Providence. Nous reconnaîtrons alors que ses vues sont bonnes (début verset 11), car il y a affinité entre le cur de l'homme et l'éternité, dans laquelle l'harmonie universelle se dévoilera aux yeux des hommes. Malheureusement (fin du verset 11) l'esprit de l'homme est borné et ne peut encore contempler le plan divin dans son ensemble, mais seulement s'accommoder à ce qui lui en est successivement dévoilé. Recevons en particulier de lui les joies qu'il nous dispense (verset 12). Quoique imparfaites encore, elles viennent de Dieu (verset 13). D'ailleurs il n'est pas en notre pouvoir de rien changer aux voies de Dieu. Craignons-le ! C'est la vraie prudence (verset 14). Soumettons-nous, et ne présumons pas pouvoir changer ce qui est immuable (verset 15). Telle est, nous semble-t-il, la marche de la pensée dans ces versets.
Quel profit ?... Cette question rappelle 1.3. Seulement, ici, l'accent est sur les mots : celui qui agit. Pourquoi l'homme se donne-t-il tant de mal, puisque, d'après versets 1 à 8, tout obéit à une volonté supérieure à la sienne ? Ce blâme jeté en passant à qui agit, c'est-à-dire prétend par son activité obtenir quelque avantage réel, fait penser à Romains 4.4-5.
v. 9 · John Gill · 18/10/2026
Quel profit a celui qui travaille de ce en quoi il peine ? C'est-à-dire qu'il n'en a aucun. C'est une conséquence tirée des prémisses qui précèdent, et qui confirme ce qui a été observé plus haut (Ecclésiaste 1:3 ; 2:11). L'homme n'a nul profit de son labeur, puisque son temps est si court pour en jouir, et qu'il le laisse à un autre - il ne sait qui ; et que, tant qu'il vit, il est assailli de vicissitudes et de changements continuels : tantôt c'est le temps d'une chose, tantôt celui de son contraire, en sorte qu'il n'est rien de certain ni sur quoi l'on puisse compter ; et l'homme ne peut rien se promettre en ce monde de plaisant ni de profitable - moins encore qui lui soit de quelque avantage dans l'au-delà. Le Targum ajoute :
« pour faire des trésors et amasser du mammon, à moins qu'il ne soit aidé par la Providence d'en haut ; »
quoique ce soit le devoir de l'homme de travailler, tout son labeur et toute sa peine seront stériles sans la bénédiction divine ; il y a dans la providence un temps et une saison pour toute chose, et l'on ne lutte point contre cela.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Ici commence la réponse à la question du verset 9.
J'ai vu : j'ai examiné quelle doit être..., et, comme conclusion (verset 12), j'ai reconnu...
La tâche. Voir 1.13, note.
v. 10 · John Gill · 18/10/2026
J'ai vu la tâche que Dieu a donnée aux fils des hommes, etc. Les peines et les tourments qu'ils se donnent pour acquérir un peu de sagesse et de connaissance (Ecclésiaste 1:13), comme pour obtenir richesses et honneurs, paix et abondance - qu'ils obtiennent parfois, et parfois non ; et quand ils les obtiennent, ils ne les gardent pas longtemps, car il y a un temps pour toute chose. Le sage l'avait observé en une multitude de cas ; et il considéra le dessein de Dieu en cela, qui était que les hommes
s'y exercent - ou « en soient affligés », ou « humiliés » ; pour leur faire voir que toute leur peine et tout leur labeur ne comptaient guère, que tout dépendait d'une bénédiction divine, et que nul bonheur n'était à trouver dans les créatures ; tout n'était que vanité et rongement d'esprit (voir le commentaire sur Ecclésiaste 1:13).
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Avant de conclure et d'indiquer le résultat auquel il est arrivé, l'auteur fait intervenir deux grandes pensées, qui font de notre verset l'un des plus riches de tout le livre.
Il a fait toute chose belle en son temps. Parce que tout arrive au moment voulu de Dieu, tout rentre harmonieusement dans le grand ensemble des vues divines, et, dans ce cadre, tout acquiert une réelle valeur, une véritable beauté (Psaumes 104.24 ; Romains 8.28). L'homme peut alors répéter pour son compte le : Cela est bon ! que Dieu a prononcé à six reprises sur son uvre.
Il a même mis l'éternité dans le cur de l'homme. Dieu a doué l'homme du sens de l'éternel. Nous avons le sentiment que ce que nous savons est peu de chose à côté de ce qui existe. Quelque chose nous dit que nous n'avons sous les yeux qu'un épisode du drame immense qui s'appelle l'histoire ; qu'au-delà de notre étroite sphère, il se passe des choses que les langues d'ici-bas ne sauraient exprimer. Il n'est pas nécessaire d'expliquer à un petit enfant qui est Dieu, ce qu'est le ciel. Voilà pourquoi, si nous recevons du général en chef des ordres dont nous ne comprenons pas l'opportunité et qui même nous paraissent dangereux, nous pouvons et devons cependant nous soumettre et les exécuter, sachant par la foi que nous concourons par là à la victoire générale et définitive du bien sur le mal (Psaumes 139.24).
Sans que cependant personne puisse comprendre du commencement à la fin l'uvre que Dieu a faite. Pour une raison ou pour une autre, ensuite du péché ou simplement de la nature bornée de l'homme, nul ici-bas n'est pleinement initié à la pensée (Esaïe 55.8) du Maître, qui seul domine absolument la position.
v. 11 · John Gill · 18/10/2026
Il a fait toute chose belle en son temps, etc. C'est-à-dire que Dieu a fait toutes choses : toutes les choses de la création sont faites par lui, pour son plaisir et sa gloire, et toutes bien et sagement - il y a en toutes une beauté ; de même toutes les choses de la providence : il soutient toutes choses, il gouverne et ordonne toutes choses selon le conseil de sa volonté ; certaines sont faites immédiatement par lui, d'autres par des instruments, d'autres seulement permises ; les unes il les fait lui-même, les autres il veut qu'elles soient faites par d'autres, d'autres encore il les souffre ; mais en toutes il est une beauté et une harmonie, et toutes sont ordonnées, disposées et gouvernées pour répondre aux desseins les plus sages et les plus grands ; chaque chose est faite au temps où il veut qu'elle se fasse, et au temps le plus propre et le plus convenable - toutes les choses mentionnées plus haut, pour lesquelles il y a un temps, et toutes les autres. Toutes les choses naturelles sont belles en leur saison : les choses de l'été, de l'hiver, du printemps et de l'automne ; le gel et la neige en hiver, la chaleur en été ; les ténèbres et la rosée dans la nuit, la lumière et l'éclat dans le jour - et ainsi de dix mille autres. Toutes les dispensations affligeantes de la Providence - les temps d'arracher et d'abattre, de pleurer et de mener deuil, de perdre et de jeter - sont toutes nécessaires, opportunes et belles dans leur issue et leurs conséquences ; la prospérité et l'adversité, tour à tour, composent un damier magnifique et concourent ensemble au bien : semblables à la tunique de Joseph, aux couleurs multiples, emblème des providences diverses qui accompagnèrent cet homme de bien - et souverainement belles, comme le sont toutes les providences de Dieu envers les hommes. Et tous ses jugements le paraîtront, quand ils seront manifestés, quand il aura accompli toute son œuvre, et que le mystère de Dieu dans la providence sera consommé - lequel est comme une pièce de tapisserie : vue par morceaux, nulle beauté n'y paraît, on n'y démêle presque rien ; mais quand tout est assemblé, elle est souverainement belle et harmonieuse. On peut aussi traduire : « le Beau a fait toutes choses en son temps » - le Messie, qui, comme Personne divine, est la splendeur de la gloire de son Père ; comme homme, plus beau que les fils d'Adam ; comme Médiateur, plein de grâce et de vérité - blanc et vermeil, tout entier désirable, souverainement précieux à son peuple : ce Beau, cet Aimable, a fait toutes choses dans la création, œuvre avec son Père dans les affaires de la providence, et a tout bien fait dans la grâce et la rédemption (Jean 1:2 ; 5:17 ; Marc 7:37) ;
il a mis aussi le monde dans leur cœur, sans que l'homme puisse trouver l'œuvre que Dieu fait, du commencement à la fin - non un amour coupable du monde et des choses du monde, ni un désir criminel de les posséder, ni un souci rongeur à leur endroit, par lesquels les hommes n'ont ni cœur ni inclination, ni temps ni loisir, pour rechercher et découvrir les œuvres de Dieu ; car quoique tout cela soit dans le cœur des fils des hommes, ce n'est pas le Seigneur qui l'y a placé. Ni non plus l'opinion de vivre à jamais, ou fort longtemps en ce monde - le mot rendu par « monde » emportant une idée de perpétuité -, en sorte qu'ils ne prennent garde ni à l'œuvre du Seigneur ni aux ouvrages de ses mains, demain étant pour eux comme aujourd'hui, et bien plus abondant encore ; mais ce sens se heurte à la même difficulté que le précédent. Le sens est plutôt que Dieu a mis devant l'esprit des hommes, et en eux, le monde entier des créatures, tout le livre de la nature, où ils peuvent voir et lire beaucoup de la sagesse, de la puissance et de la bonté de Dieu dans ses œuvres - et à certains il donne l'inclination et le désir de le faire ; mais le sujet qui leur est proposé est si vaste, un tel monde de matière leur est présenté, leur capacité est si petite et leur vie si courte, qu'ils ne peuvent, tous leurs jours durant, découvrir les œuvres de Dieu, soit de création soit de providence, dans leur perfection ; ni découvrir ce que Dieu opère du commencement du monde jusqu'à sa fin : car de ce qu'il a fait, ils ne connaissent qu'une faible part, et ils savent moins encore ce qui se fera dans la suite. Certaines œuvres de la providence de Dieu sont mises en train et seulement commencées du vivant de certains hommes, qui ne vivent pas assez pour les voir achevées, et ne peuvent donc les comprendre ; d'autres sont si obscures et si ténébreuses qu'ils sont contraints de s'écrier : « Ô profondeur des richesses, et de la sagesse, et de la connaissance de Dieu ! que ses jugements sont insondables, et ses voies impénétrables ! » (voir Romains 1:19,20 ; 11:33). Et quoique chaque chose soit belle en son temps, tant qu'elles ne sont pas manifestées et considérées toutes ensemble, elles ne seront ni parfaitement comprises, ni leur beauté aperçue (Apocalypse 15:4) ; car Dieu a mis au milieu d'elles quelque chose de « caché », ou de « scellé », comme on peut traduire, en sorte qu'elles ne peuvent être parfaitement connues.
12 J’ai connu qu’il n’y a rien de bon pour eux, sauf de se réjouir et de se faire du bien pendant leur vie ; 13 et aussi que tout homme mange et boive, et qu’il jouissec 13c litt. : voie. du bien-être dans tout son travail : cela, c’est un don de Dieu . 14 J’ai connu que tout ce que Dieu fait subsiste à toujours ; il n’y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher ; et Dieu le fait, afin que, devant lui, on craigne. 15 Ce qui est a déjà été, et ce qui est à venir est déjà arrivé, et Dieu ramène ce qui est passéd 15d litt. : recherche ce qui est chassé. .
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Réponse au verset 9. Si l'Ecclésiaste traitait, comme le livre de Job, du problème de la souffrance du juste, il parlerait ici de l'acceptation de la douleur et des revers. Son sujet étant au contraire le bonheur, il conclut des versets 10 et 11 que, en fait de joies, il faut savoir attendre ; cueillir celles qui se présentent, et, d'autre part, ne pas se montrer trop difficile, car la vie est courte (pendant sa vie).
v. 12 · John Gill · 18/10/2026
Je sais qu'il n'y a rien de bon en elles, etc. En ces choses, comme porte la version arabe ; dans les créatures, selon Jarchi ; dans toutes les jouissances d'ici-bas, dans tout ce dont le sage avait fait l'essai auparavant - sagesse et connaissance naturelles, plaisir du monde, richesses et fortune : le « summum bonum », le bonheur des hommes, ne résidait pas en ces choses ; il le savait par expérience, et en avait la plus forte assurance. Ou bien : en eux, c'est-à-dire les fils des hommes, comme dit le Targum - il n'y a en eux nulle chose réellement bonne, il n'en sort ni ne s'en fait aucune ; ils ne peuvent d'eux-mêmes ni former une bonne pensée ni accomplir une bonne action. Ou plutôt le sens est : je sais qu'il n'y a rien de meilleur pour eux que ce qui suit :
sinon de se réjouir - non dans le péché et les plaisirs coupables, d'une manière débauchée, voluptueuse et épicurienne ; mais d'être gai, et de jouir des bénédictions de la vie d'une manière paisible et avec un cœur reconnaissant ; et surtout de se réjouir dans les choses spirituelles, et par-dessus tout en Christ - non dans les vanteries de soi ni les confiances charnelles, toute réjouissance de cette sorte étant mauvaise (voir Ecclésiaste 9:7 ; Philippiens 4:4 ; Jacques 4:16). Le Targum porte :
« sinon qu'ils se réjouissent de la joie de la loi ; »
mais il vaut bien mieux se réjouir des choses de l'Évangile, qui est véritablement un joyeux message ;
et de faire le bien pendant sa vie - à soi-même et à sa famille, en usant des biens de la vie au lieu de les retenir et de les entasser ; et aux autres, à tous les hommes, selon que l'occasion s'offre, et particulièrement à la famille de la foi ; et non seulement par la libéralité et les aumônes, mais en faisant toutes les bonnes œuvres, par des principes droits et pour des fins droites, et cela toujours, aussi longtemps qu'on vit (Galates 6:9,10 ; Luc 1:75).
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
Et si même ce bonheur est bien mélangé (au milieu de tout son labeur), ne l'en acceptons pas moins comme venant de Dieu.
v. 13 · John Gill · 18/10/2026
Et aussi que tout homme mange et boive, etc. Non à l'excès, mais avec modération - et cependant librement, largement et avec gaieté ; non pas seul, mais en donnant au pauvre sa part avec lui ; et en tout ayant en vue la gloire de Dieu (1 Corinthiens 10:31) ;
et jouisse du bien-être de tout son travail - qu'il prenne la consolation de ce pour quoi il a peiné, au lieu de l'entasser et de le laisser à il ne sait qui. Le Targum porte :
« et qu'il voie le bien en ses jours, et fasse hériter à ses enfants, au temps de sa mort, tout son travail ; »
c'est là un don de Dieu - non seulement de posséder, mais de jouir, et de faire un usage convenable des grâces de la vie. C'est la même doctrine qui est délivrée en Ecclésiaste 2:24.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Pour toujours. Ces mots ne contredisent pas ce qui a été dit, que chaque chose a son moment et sa durée ; ils signifient que ce que Dieu fait, il le fait tel qu'il l'a résolu irrévocablement. L'uvre divine est fixée à jamais. L'homme voudrait la modifier, qu'il ne le pourrait pas. Et si même il le pouvait, il ne ferait que de la gâter. Qu'il craigne donc ! Respect et confiance !
v. 14 · John Gill · 18/10/2026
Je sais que tout ce que Dieu fait sera pour toujours, etc. Ce que certains, comme Jarchi, entendent des œuvres de la création - les cieux et la terre -, lesquelles sont en effet de longue tenue et durée ; et quoiqu'elles doivent être dissoutes et périr quant à leur forme et à leurs qualités, ce ne sera pas quant à leur substance : la terre en particulier est dite subsister à jamais (Ecclésiaste 1:4) ; le soleil, la lune et les étoiles gardent leur course ou leur station ; et les diverses saisons de l'année ont leur révolution constante, et l'auront tant que la terre durera (voir Genèse 8:22 ; Jérémie 31:35,36 ; 33:20,21) ; les diverses espèces de créatures que Dieu a faites, sur la terre, dans l'air et dans la mer, demeurent quant à l'espèce, quoique les individus meurent ; et l'homme, la première des créatures, quoiqu'il meure, vivra de nouveau, et vivra à jamais. Ainsi la version arabe :
« j'ai appris que toutes les créatures que Dieu a faites demeureront perpétuellement dans le même ordre et la même condition ; »
quoique Abarbinel interprète ceci de la subsistance du monde pour un temps déterminé, puis de sa destruction - ce qu'il croit appuyé par Ecclésiaste 3:15, entendu de la création d'un monde après l'autre, « ce qui est passé » désignant selon lui le monde détruit. Mais il faut plutôt l'entendre des décrets de Dieu, qui sont ses œuvres « ad intra » : les pensées de son cœur, qui subsistent d'âge en âge ; le conseil de sa volonté, qui tient toujours et s'accomplit ; son dessein, qui est un, toujours le même et invariable, et qu'il ne change jamais ; son bon plaisir, qu'il exécute toujours ; ses desseins et ses ordonnances, qui s'accomplissent toujours, sans être jamais frustrés ni rendus vains. Car il est infiniment sage à les former, il connaît tout et voit la fin dès le commencement, en sorte que rien d'imprévu ne peut surgir qui en empêche l'exécution ; il est immuable et ne change jamais sa volonté ; tout-puissant, capable d'effectuer ses grands desseins ; fidèle et véritable, il ne peut se renier lui-même, ni mentir, ni se repentir. En ce sens le Targum :
« je sais, par esprit de prophétie, que tout ce que le Seigneur fait dans le monde, bien ou mal, après que cela a été décrété de sa bouche, sera pour toujours. »
Cela se vérifie de toutes ses œuvres et de tous ses actes de grâce : l'élection des personnes à la vie éternelle demeure ferme, fondée non sur les œuvres mais sur la grâce, et produit son effet certain ; elle ne peut jamais être annulée, ni être plus sûre qu'elle n'est ; elle aura toujours lieu, et subsistera dans ses fruits et ses conséquences. L'alliance de grâce, conclue de toute éternité, demeure pour l'éternité : ses promesses ne défaillent jamais, ses bénédictions sont les grâces assurées de David. La rédemption par Christ est éternelle : ceux qui sont rachetés du péché, de Satan et de la loi le sont pour toujours, et ne seront jamais ramenés sous leur servitude. L'œuvre de grâce commencée dans le cœur sera poursuivie et parfaite ; les grâces opérées dans l'âme - la foi, l'espérance, l'amour - demeurent à jamais ; les bénédictions de grâce accordées - le pardon, la justification, l'adoption, le salut - ne sont jamais révoquées, mais subsistent toujours ; ceux qui sont régénérés, pardonnés, justifiés, adoptés et sauvés le seront éternellement. Et l'œuvre de Dieu, comme elle est durable, est parfaite :
il n'y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher - les œuvres de la nature ont été finies et parfaites dès la fondation du monde ; les décrets de Dieu forment un système complet de sa volonté, selon lequel il fait toutes choses invariablement, dans la providence et dans la grâce ; l'alliance de grâce est ordonnée en toutes choses, et rien n'y manque ; l'œuvre de la rédemption a été complètement accomplie par Christ, qui est un rocher, et son œuvre est parfaite ; et l'œuvre de grâce dans le cœur, quoique présentement imparfaite, sera parfaite ; et il n'est au pouvoir des hommes ni d'y rien ajouter, ni d'en rien retrancher ;
et Dieu le fait afin qu'on le craigne - ses œuvres de création, faites avec tant de sagesse et donnant un tel déploiement de sa puissance et de sa bonté, commandent la crainte de lui chez ses créatures (Psaume 33:6-9) ; ses œuvres de providence, étant toutes selon ses sages desseins et décrets, doivent être reçues avec patience et soumission tranquille : que les hommes se tiennent cois, qu'ils sachent qu'il est Dieu, et qu'ils s'humilient sous sa main puissante ; ses décrets touchant l'état présent ou futur des hommes ne conduisent ni au désespoir, ni à la négligence des moyens, ni à une vie dissolue, mais tendent à promouvoir la crainte de Dieu et la vraie sainteté, dont ils sont la source ; et les bénédictions de la grâce ont sur elle la même influence bienfaisante - particulièrement la bénédiction de la grâce qui pardonne, laquelle est auprès de Dieu afin qu'on le craigne (Psaume 130:4 ; Osée 3:5) ; et l'une des principales parties de l'œuvre de grâce dans le cœur est la crainte de Dieu ; et rien n'engage plus fortement à tout le culte de Dieu - souvent désigné par sa crainte - que sa grâce accordée aux hommes (voir Hébreux 12:28 ; Ecclésiaste 12:14). Le Targum rapporte ceci à la vengeance de Dieu dans le monde, et Jarchi aux phénomènes extraordinaires qui s'y voient : le déluge, le soleil s'arrêtant et rétrogradant, et autres semblables.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Même pensée que 1.15, mais dans un tout autre contexte. Là il s'agissait de prouver qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Ici il est question de l'immutabilité de l'uvre divine. Si elle est pour toujours (verset 14), elle est aussi dès longtemps. Eternité avant, éternité après le point imperceptible où nous nous mouvons.
Dieu ramènera ce qui est passé. De siècle en siècle le bonheur n'est qu'imparfait ici-bas et éphémère. Ne nous flattons pas de l'espoir d'une durable amélioration !
Ainsi l'Ecclésiaste, qui avait commencé sa recherche du souverain bien avec une si aveugle confiance en lui-même (1.16), a vu le bonheur idéal qu'il rêvait s'évanouir devant ses yeux (2.3-23), puis se transformer en une chétive et modeste jouissance des biens vulgaires (versets 24 et 26), et se réduire enfin à un simple accident, à un don passager de la Providence.
(Explication du livre de l'Ecclésiaste, par Frédéric de Rougemont, page 91.)
Et, ajoutons-nous comme transition à ce qui suit, cette part si restreinte de bonheur est bien amoindrie encore par les injustices qui règnent dans la société.
v. 15 · John Gill · 18/10/2026
Ce qui a été est maintenant, et ce qui doit être a déjà été, etc. Ce qui fut dès le commencement est maintenant ; ce qui vient, et ce qui sera à la fin des jours, a déjà été, comme dit le Targum. Jarchi l'interprète de Dieu et de ses attributs, qui sont toujours les mêmes : il est le « Je suis celui qui suis » (Exode 3:14), l'immuable et éternel Jéhovah, qui est, qui était et qui vient, invariablement le même. Ou plutôt, cela désigne ses décrets et ses desseins : ce qui a été décrété dans son esprit éternel s'accomplit maintenant, et ce qui est futur a déjà été dans ses décrets ; rien n'arrive que ce qu'il a fixé. Ainsi l'interprète un ancien traité des Juifs :
« ce qui fut avant de venir au monde - en sorte qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil - est maintenant tenu de venir en ce monde, selon qu'il est dit : “avant que je te formasse dans le ventre, je te connaissais” (Jérémie 1:5). »
Cela se vérifie aussi des choses naturelles et de leur identité : de certains individus, comme le soleil, la lune et les étoiles, qui sont ce qu'ils furent toujours et seront toujours ; le soleil se lève et se couche comme il en a coutume, la lune croît et décroît comme elle l'a toujours fait, les étoiles gardent la même station ou la même course, et la garderont toujours. Les mêmes saisons reviennent à leur tour comme autrefois, et celles qui viendront ont déjà été : l'été, l'hiver, le printemps, l'automne, les semailles, la moisson, le froid, le chaud, la nuit et le jour ; les mêmes genres et espèces de créatures qui ont été sont, et celles qui seront ont déjà été - en sorte qu'il n'est rien de nouveau sous le soleil : c'est la même chose qui est exprimée ici qu'en Ecclésiaste 1:9 ;
et Dieu rappelle ce qui est passé - il requiert l'accomplissement de ses décrets et de ses desseins, passés dans son esprit ; le retour des mêmes saisons qui ont été, et l'existence des mêmes genres et espèces de créatures qui furent déjà. On peut aussi traduire : « et Dieu recherche ce qui est poursuivi », ou « persécuté » ; et le tout prend alors un sens différent : le prédicateur peut être considéré comme entrant sur un nouveau sujet, qu'il poursuit dans quelques versets suivants - l'abus du pouvoir et de l'autorité ; et le sens est alors : les mêmes actes d'injustice, de violence et de persécution se sont commis autrefois comme maintenant, et maintenant comme autrefois, et ce qui pourra s'en faire à l'avenir ne sera rien d'autre que ce qui a été ; dès le commencement il y eut persécution : Caïn haït son frère et le tua, à cause de sa bonté supérieure ; et il en a toujours été, il en est et il en sera toujours ainsi, que ceux qui sont selon la chair persécutent ceux qui sont selon l'Esprit ; mais Dieu fera enquête du sang et le redemandera des mains de ceux qui l'ont versé ; il recherchera le persécuté, le vengera et fera justice de son persécuteur. C'est ainsi que le Midrash, Jarchi et Alshech, et la version des Septante, rendent les mots ; de même la version syriaque : « Dieu recherche l'affligé, celui qui est chassé » ; et le Targum s'y accorde :
« et au grand jour qui sera, le Seigneur redemandera l'homme humble et pauvre des mains des méchants qui le persécutent. »
Et ce qui suit paraît confirmer ce sens.
16 Et j’ai encore vu sous le soleil que, dans le lieu du jugement, là il y avait la méchanceté, et que, dans le lieu de la justice, là il y avait la méchanceté. 17 J’ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant ; car il y a là un tempse 17e pl. lisent : car il a assigné un temps. pour toute affaire et pour toute œuvre.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
3.16 à 4.16 Troisième morceau
Dieu a fait toute chose belle en son temps et nous ne devons pas nous permettre de douter de la sagesse qui a présidé à l'élaboration du plan divin. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a dans le monde des éléments fâcheux que Dieu laisse subsister et avec lesquels il faut compter. Il y a dans la société des désordres qui se font sentir d'une manière bien douloureuse. Ainsi :
1°) 16 à 22
Il y a injustice là même où, plus que partout ailleurs, devrait régner la justice (verset 16). Cette pénible constatation amène sans doute le fidèle à croire d'autant plus fermement au jugement final, au triomphe définitif de la justice (verset 17). Mais Dieu a un autre but encore en usant de patience : il veut éprouver les hommes (verset 18) et leur permettre, en quelque sorte, avec une apparence de raison, de se livrer an matérialisme. Il n'y a point de Dieu ! peuvent-ils s'écrier ; autrement il se produirait une intervention du ciel en faveur des opprimés. Point de vie à venir ! Point d'âme ni de principe immortel en l'homme (versets 19 à 21) ! Il ne lui reste, à ce point de vue, qu'à manger et à boire (verset 22).
Au siège du jugement. Si la justice était bannie du milieu des hommes, elle devrait du moins trouver un dernier refuge chez les juges, qui sont sur leur trône les représentants de Dieu (Psaumes 82.1). Mais souvent ils sanctionnent le mal et condamnent les innocents, ce qui est le comble de l'abomination. Voir Psaumes 58, note.
Iniquité..., iniquité. Iniquité partout !
v. 16 · John Gill · 18/10/2026
J'ai vu encore sous le soleil le lieu du jugement, etc. Les cours de judicature, où siègent les juges, devant qui les causes sont portées, entendues et jugées - tel le sanhédrin des Juifs, dont le Midrash et Jarchi l'interprètent ;
que la méchanceté y était - des juges méchants y siégeaient, et la méchanceté s'y commettait par eux : au lieu de rendre la justice, ils la pervertissaient ; ils condamnaient le juste et absolvaient le coupable ; ils opprimaient la veuve, l'orphelin et l'étranger, dont ils auraient dû défendre la cause, qui était juste. Ainsi le Targum :
« où des juges menteurs condamnent l'innocent. »
Le sage a bien raison de dire qu'il a vu cela « sous le soleil » ; car il n'y a rien de tel au-dessus de lui, ni rien qu'approuve celui qui est au-dessus de lui ;
et le lieu de la justice, que l'iniquité y était - ce qui signifie la même chose que ci-devant, en d'autres termes seulement. Le Midrash et Jarchi l'interprètent de la porte du milieu de Jérusalem, où siégèrent Nergal-Sharetser et les autres princes du roi de Babylone, et que Salomon aurait prévue par esprit de prophétie ; mais le meilleur sens est que Salomon avait observé beaucoup de choses de cette nature en lisant les histoires et les annales des nations ; qu'il savait que bien des abus semblables se pratiquaient en d'autres pays ; et qu'il en avait vu beaucoup dans le sien même, commis dans les tribunaux inférieurs et par les officiers subalternes ; et quoiqu'il fût un prince sage et juste, il ne fut pas en état de redresser tous ces abus, faute de preuves suffisantes - ce qu'il déplorait pourtant, et qui lui donnait du souci ; que l'on compare Ésaïe 1:21-23.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Alors, littéralement : là, devant le tribunal de dernière instance. Au verset 16 l'original porte : J'ai aussi considéré sous le soleil qu'au siège du jugement, là, iniquité, et au siège de la justice, là, iniquité. A tous ces juges iniques le verset 17 oppose celui qui est là-haut.
v. 17 · John Gill · 18/10/2026
J'ai dit en mon cœur : Dieu jugera le juste et le méchant, etc. Il considéra cela en son esprit, et le tint pour une vérité certaine ; ce qui le soulagea dans la considération de cette triste perversion de la justice, l'apaisa à son sujet, et le rendit disposé à remettre les choses à celui qui juge justement, et à attendre son temps, où tout ce qui est maintenant de travers serait redressé. Il savait, par la raison, par la tradition et par la parole de Dieu, qu'il y a un jugement à venir - général, juste et éternel ; que cette procédure judiciaire serait conduite par Dieu lui-même, qui est saint, juste, droit et véritable, omniscient et omnipotent, et qui, étant le Juge de toute la terre, fera ce qui est droit ; qu'il y justifiera les justes et les lavera de toutes les calomnies et accusations, les absoudra et les déclarera justes, et condamnera les méchants, prononcera contre eux une juste sentence et l'exécutera ;
car il y a là un temps pour tout dessein et pour toute œuvre - ou « alors », selon Noldius ; au jour du grand jugement, comme ajoute le Targum, qui poursuit ainsi sa paraphrase :
« car un temps est fixé pour toute affaire, et pour toute œuvre qu'ils font en ce monde ils seront jugés là ; »
un temps est fixé, un jour est arrêté pour le jugement du monde ; et quoique de ce jour et de cette heure nul ne sache rien, il est établi et viendra certainement (Actes 17:31 ; Matthieu 24:36) ; et quand il sera venu, tout dessein, tout conseil et toute pensée du cœur des hommes seront manifestés, aussi bien que toute œuvre, bonne ou mauvaise, publique ou secrète - et jusqu'à toute parole oiseuse ; et les hommes seront jugés selon ces choses (voir 1 Corinthiens 4:5 ; 2 Corinthiens 5:10 ; Ecclésiaste 12:14 ; Matthieu 12:36,37 ; Jude 1:14,15).
18 J’ai dit en mon cœur : Quant aux fils des hommes [il en est ainsi], pour que Dieu les éprouve, et qu’ils voient eux-mêmes qu’ils ne sont que des bêtes. 19 Car ce qui arrive aux fils des hommes est aussi ce qui arrive aux bêtes ; il y a pour tous un même sort : comme celle-ci meurt, ainsi meurt celui-là ; et ils ont tous un même soufflef 19f souffleet espritsont un même mot en hébreu. , et l’homme n’a point d’avantage sur la bête, car tout est vanité. 20 Tout va dans un même lieu, tout est de poussière, et tout retourne à la poussière. 21 Qui est-ce qui connaît l’espritg 21g souffleet espritsont un même mot en hébreu. des fils des hommes ? Celui-ci monte-t-il en haut, et l’esprith 21h souffleet espritsont un même mot en hébreu. de la bête descend-il en bas dans la terre ? 22 Et j’ai vu qu’il n’y a rien de mieux [que ceci] : que l’homme se réjouisse dans ce qu’il fait, car c’est là sa part ; car qui l’amènera pour voir ce qui sera après lui ?
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
La pensée du triomphe définitif de la justice est réconfortante. Mais d'ici là, que d'injustices qui ont libre cours ! Dieu a un but en laissant ainsi pour un temps triompher le mal : il veut éprouver les fils des hommes en ouvrant à côté d'eux la porte au matérialisme.
Et qu'ils voient qu'en eux-mêmes ils sont comme la bête. Ceci est le raisonnement de l'homme qui succombe dans l'épreuve et, à la vue de l'injustice régnante, se jette dans le matérialisme le plus grossier, faisant l'homme égal à la brute.
v. 18 · John Gill · 18/10/2026
J'ai dit en mon cœur touchant la condition des fils des hommes, etc. Il pensa à la condition des enfants des hommes, à leur état de péché et de souillure ; il pesa et considéra dans son esprit leurs actions, leur conduite et leur train de vie, et se préoccupa de ce qu'il adviendrait d'eux au jour du jugement à ce sujet. Certains traduisent : « j'ai dit en mon cœur selon le langage des enfants des hommes » - parlant leur langue, et représentant l'athée et l'épicurien, comme certains pensent que le sage le fait dans les versets suivants ; mais il exprime plutôt ses propres sentiments véritables sur les hommes, tels qu'ils sont dans leur état présent et tels qu'ils paraîtront au jour du jugement ;
que Dieu les manifeste - ou « les sépare », comme la paille d'avec le froment et les boucs d'avec les brebis, ce qui se fera au jour du jugement (Matthieu 3:10 ; 25:30,33) ; ou « qu'ils justifient Dieu », comme ils le feront lorsqu'il les jugera et les condamnera ;
et qu'ils voient qu'ils ne sont eux-mêmes que des bêtes - tels qu'ils le sont par la chute et la corruption de la nature, naissant comme le poulain de l'âne sauvage, stupides, sans sentiment et sans intelligence des choses spirituelles ; que dis-je, plus brutes que les bêtes elles-mêmes, que le cheval et le mulet qui sont sans intelligence (Psaume 32:9) - « mulo inscitior », selon le mot de Plaute (voir Psaume 49:12,20 ; Job 11:12 ; Ésaïe 1:3 ; Jérémie 8:7). Cela est maintenant manifesté au peuple de Dieu par la parole et par l'Esprit ; il le voit, le sait et le confesse (Psaume 73:21 ; Proverbes 30:2) ; et les méchants eux-mêmes verront, sauront et avoueront, au jour du jugement, quelles bêtes ils sont et ont été : comment ils ont vécu et sont morts comme des bêtes ; comment, tels des bêtes brutes, ils se sont corrompus dans les choses qu'ils connaissaient naturellement ; et comment, tels des animaux sans raison, faits pour être pris et détruits, ils ont blasphémé ce qu'ils n'entendaient pas, et ont péri dans leur propre corruption (Jude 1:10 ; 2 Pierre 2:12) ; et qu'ils ont été bêtes envers eux-mêmes, comme Jarchi traduit et interprète : ils se sont abêtis eux-mêmes par leurs satisfactions brutales, ils ont été cruels envers eux-mêmes, ruinant et perdant leurs propres âmes ; ou entre eux et les uns envers les autres - « homo homini lupus » ; d'où les méchants sont comparés à des lions, des renards, des loups du soir, des vipères, et autres semblables. Aussi M. Broughton traduit-il : « comme ils sont bêtes, eux envers eux-mêmes ».
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Le sort de la bête, et non plus seulement de l'insensé, comme 2.14.
v. 19 · John Gill · 18/10/2026
Car ce qui arrive aux fils des hommes arrive aux bêtes, etc. Aben Ezra dit que ce verset exprime les pensées des enfants des hommes qui ne sont pas sages ; mais c'est plutôt le sage qui parle ici selon ses propres pensées, et poursuit la preuve de la ressemblance et de l'égalité des hommes et des bêtes ;
un même sort les atteint - les mêmes événements appartiennent aux uns comme aux autres : les mêmes maladies et les mêmes désastres, les mêmes calamités et les mêmes détresses ; le déluge de Noé emporta les uns comme les autres, et tous y périrent ; plusieurs des plaies d'Égypte furent infligées aux deux ; et les deux sont redevables à Dieu de leur santé, de leur préservation et de leur sûreté (voir Genèse 7:21 ; Exode 8:18 ; 9:9,25 ; Psaume 36:6) ;
comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre - le Targum compare, dans la première proposition, le méchant et la bête impure, et paraphrase celle-ci de la sorte :
« comme meurt la bête impure, ainsi meurt celui qui ne s'est pas tourné vers la repentance avant sa mort ; »
il meurt impur dans ses péchés, stupide, insensible, pas plus soucieux de son état futur et de ce que deviendra son âme précieuse et immortelle qu'une bête qui n'en a point (voir Psaume 49:14). Peut-être les juges injustes et les tyrans persécuteurs sont-ils particulièrement visés, qui, tout princes qu'ils sont, mourront non seulement comme des hommes, mais comme des bêtes (Psaume 82:7) ;
oui, ils ont tous un même souffle - le même souffle vital, le même souffle de vie, qui est dans les narines de l'un comme de l'autre ; ils respirent et aspirent le même air, possèdent la même vie animale et végétative, et sont également exposés à la perdre (Genèse 2:7 ; 7:22) ;
en sorte que l'homme n'a point de prééminence sur la bête - il a la raison et la parole, que la bête n'a pas, et qui lui donneraient la préférence sur elle s'il en faisait un droit usage ; mais, en tant qu'animal, il n'a nulle prééminence, étant sujet aux mêmes accidents, et à la mort même. Le Targum excepte la maison du sépulcre, l'homme étant d'ordinaire enseveli quand il meurt, et la bête non ; et même, en certaines choses, la bête a la prééminence sur l'homme - quelques-unes du moins : en force, en agilité, en vivacité des sens, etc. ;
car tout est vanité - toutes les satisfactions des sens, toutes les richesses, les honneurs, les plaisirs, la puissance et l'autorité, surtout quand on en abuse.
v. 20 · John Gill · 18/10/2026
Tout va en un même lieu, etc. La terre, d'où ils sont venus : tous sont de la poussière, et tous retournent à la poussière ; le corps d'Adam fut formé de la poussière de la terre, et de même toute sa postérité, tous tant qu'ils sont ; en quoi ils s'accordent avec les bêtes, qui sont faites de la poussière elles aussi, et qui, mourant, y retournent (voir Genèse 2:7 ; 3:19 ; Psaume 104:29).
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
Y a-t-il une différence entre ces deux souffles, tellement que l'un périsse et que l'autre demeure ?
v. 21 · John Gill · 18/10/2026
Qui connaît l'esprit de l'homme, qui monte en haut ? etc. Il y a bien une différence entre l'homme et la bête : quoiqu'ils aient un même souffle, ils n'ont pas un même esprit ou une même âme ; l'homme a une âme raisonnable et immortelle, qui, quand il meurt, monte vers Dieu qui l'a donnée, pour être jugée par lui et placée par lui dans le séjour qui lui convient, jusqu'au jour de la résurrection du corps ;
et l'esprit de la bête, qui descend en bas dans la terre ? - quand la bête meurt, son esprit descend dans la terre, d'où il est venu, s'y résout, et n'est plus. Mais qui est celui qui voit, qui peut voir et connaître des yeux du corps, la différence de ces deux esprits - l'ascension de l'un et la descente de l'autre ? Ou qui sait, par la seule force de la raison, par la vigueur de son propre entendement, sans révélation divine, que l'homme a une âme immortelle qui monte en haut à la mort, quand celle de la bête descend en bas ? Nul, clairement et pleinement - comme il paraît par les doutes et la demi-foi des plus sages païens à ce sujet. Ou plutôt : qui connaît et considère cette différence entre l'esprit de l'homme et l'esprit de la bête, et pense en lui-même quelle âme précieuse et immortelle il possède, et se met en peine de son salut ? Bien peu ; et c'est pourquoi ils vivent et meurent comme des bêtes, ainsi qu'ils font. Le Midrash interprète ce verset des âmes des justes qui montent au ciel, et des âmes des méchants qui descendent en enfer.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
A ce point de vue, il faut dire : Mangeons et buvons, car demain nous mourrons !
v. 22 · John Gill · 18/10/2026
C'est pourquoi j'ai vu qu'il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de se réjouir de ses œuvres, etc. Le Targum dit : « de ses bonnes œuvres » - non comme le justifiant devant Dieu, mais comme le justifiant devant les hommes contre les censures et accusations injustes. Le sens est plutôt que telle est la conclusion du sage, et tel son sentiment sur le tout : qu'il n'est rien de meilleur pour l'homme que de jouir avec gaieté du fruit de ses labeurs ; de manger et de boire avec modération, librement, joyeusement et avec reconnaissance ; et d'user de ses richesses, de sa puissance et de son autorité pour son propre bien, pour le bien présent de sa famille, et pour le bien de ses semblables (voir Ecclésiaste 2:21 ; 3:13) ;
car c'est là sa part - ce qui lui est alloué, et dont il jouit ainsi, est une fort bonne part, dont il a sujet d'être reconnaissant ;
car qui le ramènera pour voir ce qui sera après lui ? - pour voir qui lui succédera, et quel usage on fera de ce qu'il leur laisse ; il ne reviendra jamais après sa mort pour rien voir de tout cela, et nul ne l'en instruira ; il ne pourra savoir, une fois mort, ce qui adviendra de ses fils, s'ils prospéreront ou non, comme dit Jarchi ; c'est pourquoi le meilleur pour lui est de jouir lui-même de son bien d'une manière paisible, et d'être bienfaisant envers les autres, et non leur oppresseur. Le Midrash l'illustre ainsi :
« qui ramènera David pour voir ce que fit Salomon ? et qui ramènera Salomon pour voir ce que fit Roboam ? »