1 Ne te presse point de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte point de proférer une parole devant Dieu ; car Dieu est dans les cieux, et toi sur la terre : c’est pourquoi, que tes paroles soient peu nombreuses. 2 Car le songe vient de beaucoup d’occupations, et la voix du sot de beaucoup de paroles.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Prière
N'oublie pas la distance qui sépare la créature de son Créateur, et ne cherche pas plus à payer Dieu avec des paroles qu'avec des sacrifices (Matthieu 6.7-8).
Ne te hâte pas d'ouvrir la bouche, littéralement : Ne te précipite pas sur ta bouche. Si tu avais un jour l'honneur d'être admis auprès d'un puissant de la terre pour lui présenter une requête, te laisserais-tu aller à un flux de paroles inconsidérées ?
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au chapitre 5
Ce chapitre contient quelques règles et directions touchant le culte de Dieu : comment on doit se comporter en entrant dans la maison de Dieu ; touchant l'écoute de la parole, à laquelle il faut être prompt, et qu'il faut préférer aux sacrifices des insensés (Ecclésiaste 5:1) ; touchant la prière à Dieu, qui ne doit pas être proférée avec témérité et précipitation, et doit s'exprimer en peu de mots - ce qui est pressé par la considération de la majesté de Dieu et de la bassesse des hommes, la folie du parler abondant étant exposée par la comparaison du songe (Ecclésiaste 5:2,3) ; touchant les vœux, qu'il ne faut pas faire à la légère, qu'il faut accomplir une fois faits, et pour lesquels il ne faut pas forger ensuite des excuses afin de s'en dispenser, puisque cela pourrait attirer sur les hommes la colère de Dieu, jusqu'à la destruction des œuvres de leurs mains (Ecclésiaste 5:4-6). Et, comme antidote contre ces vanités qui paraissent dans les prières et les vœux des uns et les songes des autres, la crainte de Dieu est proposée (Ecclésiaste 5:7) ; et contre toute surprise devant l'oppression des pauvres, on rappelle la majesté, la puissance et la providence de Dieu, et le soin particulier qu'il prend de son peuple (Ecclésiaste 5:8). Le sage entre ensuite dans un discours sur les richesses : il observe que les fruits de la terre et sa culture sont nécessaires à tous les hommes, et au roi même (Ecclésiaste 5:9) ; mais il détourne de la convoitise, de l'amour excessif des richesses - parce qu'elles ne rassasient point, s'accompagnent de beaucoup de peine, nuisent souvent à leurs possesseurs, et périssent à la fin, avec ceux qui les détiennent : lesquels, à la mort, sont dépouillés de tout et laissés entièrement nus, après avoir passé leurs jours dans les ténèbres et la détresse (Ecclésiaste 5:10-17) ; et il conclut que le meilleur pour l'homme est de jouir librement des biens de cette vie qu'il possède, de les considérer comme les dons de Dieu et d'en être reconnaissant ; par ce moyen il traversera le monde plus paisiblement, et échappera aux tourments qui accablent les autres (Ecclésiaste 5:18-20).
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Ne sois pas prompt de ta bouche, et que ton cœur ne se hâte pas de proférer une parole devant Dieu, etc. Dans la conversation privée, il faut veiller à ne prononcer, sous le coup de la hâte, aucune parole téméraire et inconsidérée, comme le firent Moïse et David ; ni aucune parole mauvaise, ni même oiseuse : car de l'abondance du cœur la bouche est prompte à parler, et tout est devant le Seigneur ; il n'est pas une parole sur la langue qu'il ne connaisse tout entière, et dont il ne faille lui rendre compte (Psaume 106:33 ; 116:11 ; 139:4 ; Matthieu 12:34-37). Jérôme l'interprète des paroles dites au sujet de Dieu ; et l'on doit être circonspect en ce qu'on dit de lui - de sa nature et de ses perfections, de ses personnes et de ses œuvres. On peut aussi l'appliquer à la profession publique de son nom et de la foi en lui : quoiqu'elle doive se faire avec le cœur, ni le cœur ni la langue ne doivent être téméraires et précipités à la faire ; les hommes doivent considérer ce qu'ils professent et confessent, et sur quel fondement ils embrassent et professent la religion - s'ils ont ou non la vraie grâce de Dieu. Et cela vaut encore du ministère public de la parole, où l'on ne doit pas proférer tout ce qui monte à l'esprit, ni ce qui est cru et indigeste, mais ce que les ministres ont médité, pesé dans leur esprit et dûment digéré. Certains l'entendent des vœux téméraires - tel qu'on suppose celui de Jephté -, dont on se repent ensuite ; mais il s'agit plutôt de la parole adressée à Dieu dans la prière. Ainsi le Targum :
« que ton cœur ne se hâte pas de faire sortir une parole au temps où tu pries devant le Seigneur ; »
tout ce qui monte à l'esprit, quel qu'il soit, ne doit pas être proféré devant Dieu, ni rien avec témérité et précipitation ; les hommes doivent réfléchir avant de parler au Roi des rois ; car s'il ne faut pas user de formules de prières composées d'avance, la matière de la prière doit pourtant être pensée auparavant : quels sont nos besoins, et ce que nous devons demander, pour nous-mêmes ou pour autrui - règle contre laquelle, je le crains, nous péchons souvent. Les raisons suivent :
car Dieu est au ciel, et toi sur la terre - son trône est dans les cieux, il habite au plus haut des cieux, quoiqu'ils ne puissent le contenir ; ce qui exprime sa majesté, sa souveraineté et sa suprématie, son omniscience et son omnipotence : il est le Très-Haut et le Sublime, qui habite le lieu haut et saint ; il est au-dessus de tout, voit et connaît toutes les personnes et toutes les choses ; il siège dans les cieux et fait tout ce qu'il lui plaît ; tous doivent donc se tenir en crainte devant lui, et considérer ce qu'ils lui disent. Notre Seigneur paraît avoir eu ce passage en vue lorsqu'il enseigna ses disciples à prier en disant : « Notre Père, qui es aux cieux » (Matthieu 6:9 ; Luc 11:2) ; et quand nous le prions, nous devons penser à ce que nous sommes nous-mêmes : que nous sommes sur la terre, le marchepied de Dieu ; que nous sommes de la terre, terrestres ; que nous habitons des maisons d'argile, dont le fondement est dans la poussière ; vermisseaux rampants sur la terre, indignes de son attention ; poussière et cendre - nous qui prenons sur nous de lui parler ;
que tes paroles soient donc peu nombreuses - celles dont la prière se compose ; telle fut la prière du publicain : « Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur » (Luc 18:13) ; et telle la prière que le Christ a donnée en modèle et en règle à son peuple - lui qui a interdit les vaines redites et le parler abondant dans la prière (Matthieu 6:7,8). Non que toutes les longues prières soient à condamner, ni toutes les répétitions qu'elles contiennent : notre Seigneur passa lui-même toute une nuit en prière ; et Néhémie, Daniel et d'autres ont usé de répétitions dans la prière - ce qui peut se faire avec une affection, un zèle et une ferveur renouvelés ; mais sont interdites celles qui se font pour être exaucé à force de parler, comme chez les païens, qui croyaient n'être pas compris s'ils ne redisaient une chose cent fois ; ou pour se donner le renom d'être plus saint et plus religieux que les autres, comme chez les pharisiens.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Le cur ne peut suivre une si rapide émission de mots ; il n'y a rien de réel dans une pareille prière.
v. 2 · John Gill · 18/10/2026
Car le songe vient de la multitude des occupations, etc. Ou « car comme le songe », selon Aben Ezra : comme le songe vient de la multiplicité des affaires du jour, dont l'esprit a été occupé et le corps employé - d'où viennent, dans la nuit, des songes confus et incohérents, la fantaisie s'employant tantôt à une chose et tantôt à une autre, toutes inutiles et sans profit autant que vaines et folles ;
ainsi la voix de l'insensé se connaît à la multitude des paroles - soit sa voix dans la conversation, car l'insensé abonde en paroles et répand sa folie en une large profusion de mots ; soit sa voix dans la prière, semblable au songe d'un homme : confuse, incohérente et divagante. Le supplément « se connaît » peut être omis.
3 Quand tu auras voué un vœu à Dieu , ne tarde point à l’acquitter ; car il ne prend pas plaisir aux sots : ce que tu auras voué, accomplis-le. 4 Mieux vaut que tu ne fasses point de vœu, que d’en faire un et de ne pas l’accomplir. 5 Ne permets pas à ta bouche de faire pécher ta chair, et ne dis point devant l’ange que c’est une erreur. Pourquoi Dieu se courroucerait-il à ta voix, et détruirait-il l’œuvre de tes mains ? 6 Car dans la multitude des songes il y a des vanités, et aussi dans beaucoup de paroles ; mais crains Dieu .
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
4 à 7 Vux
Comparez Deutéronome 23.22-21 et Lévitique 27.1-34.
Sont visés ici les vux volontaires qui, à en juger d'après le Nouveau Testament, semblent être devenus fort fréquents dans les derniers siècles de l'ancienne alliance.
Insensés : hommes légers qui, sans nécessité, se mettent dans une position fâcheuse si l'exécution de leur engagement leur devient onéreuse et dangereuse, car Dieu ne tient pas pour innocent celui qui prend son nom en vain.
v. 3 · John Gill · 18/10/2026
Quand tu fais un vœu à Dieu, etc. Ou « si tu fais un vœu », comme la Vulgate latine ; car les vœux sont choses libres et indifférentes, que l'on peut faire ou non : il n'en est nul précepte dans la parole de Dieu ; on y trouve des cas et des exemples, et ils peuvent se faire licitement, quand il est au pouvoir de l'homme de les accomplir, et qu'ils ne contredisent ni la volonté ni la parole de Dieu ; des hommes de bien en ont fait, et ils furent fréquents aux temps anciens ; mais ils paraissent peu conformes à l'économie évangélique, tendant à enlacer l'esprit, à empêtrer les hommes et à leur imposer un esprit de servitude, contraire à la liberté par laquelle le Christ les a affranchis - et il vaut donc mieux s'en abstenir : les saintes résolutions de faire la volonté et l'œuvre de Dieu doivent se prendre dans la force de la grâce divine ; mais vouer telle ou telle chose à laquelle on n'était pas tenu avant le vœu - mieux vaut y renoncer. Toutefois, quand un vœu licite a été fait :
ne tarde pas à l'accomplir - envers Dieu, à qui il a été fait, qui l'attend, et promptement, comme Anne acquitta le sien ; nulles excuses, nuls délais ;
car il ne prend point plaisir aux insensés - c'est-à-dire que le Seigneur n'y prend point plaisir ; il ne se laisse pas moquer par eux ; il tiendra pour offense un tel traitement - vouer et ne pas payer, ou différer le paiement et ruser avec lui. Ainsi le Targum :
« car le Seigneur ne prend point plaisir aux insensés, parce qu'ils diffèrent leurs vœux et ne les acquittent pas ; »
accomplis ce que tu as voué - exactement et ponctuellement, quant à la matière, à la manière et au temps.
v. 4 · John Gill · 18/10/2026
Mieux vaut ne point vouer, etc. Car le vœu est chose arbitraire : nul n'est tenu d'en faire, et tant qu'il n'a pas voué, la chose demeure en son pouvoir et à son choix, de la faire ou non ; mais une fois le vœu prononcé, il est lié par une obligation, et doit s'exécuter (voir Actes 5:4) ; il vaut donc mieux ne pas vouer - cela est plus agréable à Dieu, et meilleur pour l'homme -
que de vouer et de ne pas accomplir - ce qui trahit grande faiblesse et grande folie, légèreté et inconstance, et que le Seigneur tient pour offense.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Sur ta chair : sur ta personne (1Corinthiens 11.30). A la fin du verset il est parlé du travail de cet imprudent, qui n'a pas accompli son vu et sur lequel ne reposera plus la bénédiction de Dieu.
L'envoyé [de Dieu] : le sacrificateur (Malachie 2.7 ; comparez les anges (envoyés) de Apocalypse 1.20), en présence duquel le vu avait été prononcé et devait être accompli.
C'était une erreur, une méprise. Il v a eu entraînement ! (Lévitique 4.2, note). Des excuses qui rappellent ceci se rencontrent dans Malachie 1.7 et Matthieu 15.5-6.
v. 5 · John Gill · 18/10/2026
Ne permets pas à ta bouche de faire pécher ta chair, etc. C'est-à-dire lui-même, qui est corrompu et dépravé : soit en formant un vœu téméraire qu'il n'est pas en son pouvoir de tenir - ou que la corruption de sa nature et la faiblesse de la chair l'empêchent de tenir ; soit en forgeant, après le vœu, des excuses coupables, se rendant ainsi coupable de mensonge, de faux serment ou d'autres péchés de la chair. Jarchi entend par « chair » ses enfants, sur qui son iniquité pourrait être visitée et punie ; et le Targum interprète ce châtiment du jugement ou de la condamnation de la géhenne (voir Proverbes 20:25) ;
et ne dis pas devant l'ange que c'était une erreur - que la chose fut faite par ignorance et par méprise, qu'elle n'était pas dans l'intention, que tel n'était pas le sens du vœu - demandant ainsi d'être dispensé de l'accomplir, ou d'offrir un sacrifice à sa place. Les interprètes sont partagés sur l'ange devant qui une telle excuse ne doit pas se faire. Les uns pensent qu'« ange » est mis pour les anges en général, en la présence et devant qui, comme témoins, les vœux se font ; lesquels étaient figurés par les chérubins du sanctuaire, où ils devaient s'accomplir, et qui assistent aux assemblées de culte des saints, où ces choses se font (1 Timothée 5:21 ; 1 Corinthiens 11:10) ; d'autres entendent l'ange gardien, qu'ils supposent à chaque homme ; d'autres encore le Christ, l'Ange de l'alliance, qui est au milieu de son peuple, voit et connaît tout ce qui s'y fait, et n'admettra point leurs excuses ; mais le plus probable est qu'il s'agit du prêtre, appelé l'ange, ou le messager, du Seigneur des armées (Malachie 2:7), auprès de qui ceux qui avaient fait des vœux venaient demander d'en être déliés, confessant leur erreur de les avoir faits, ou offrir un sacrifice pour leur péché d'ignorance (Lévitique 5:4,5) ;
pourquoi Dieu s'irriterait-il de ta voix - soit d'avoir formé un vœu téméraire et coupable, soit d'avoir excusé celui qui fut fait -
et détruirait-il l'œuvre de tes mains ? - menée avec succès, et pour laquelle le vœu fut fait ; et qui, au lieu de prospérer, est détruite et réduite à néant. Les vœux des Juifs portaient principalement sur leurs maisons, leurs champs ou leur bétail (voir Lévitique 27:28) ; la destruction ici suggérée peut donc signifier la malédiction que Dieu ferait tomber sur ces biens, pour avoir excusé ou négligé le vœu fait.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
L'auteur revient à la pensée générale de la fin du verset 2 et met ses lecteurs en garde contre une religion vague qui laisse vivre dans un monde imaginaire et qui manque absolument de réalité.
Crains Dieu ! Devant lui on ne doit jamais prononcer que des paroles où l'on met tout son cur.
v. 6 · John Gill · 18/10/2026
Car dans la multitude des songes et des nombreuses paroles il y a aussi diverses vanités, etc. Ou : « comme dans la multitude des songes il y a bien des vanités, ainsi dans la multitude des paroles » : comme les songes sont choses vaines, ou qu'une abondance de choses vaines traverse l'esprit dans les songes, ainsi sont vaines et frivoles les nombreuses excuses forgées pour l'inaccomplissement des vœux ; ou bien des choses vaines se profèrent en les formant, ou dans les longues prières à Dieu, ou dans les discours qui le concernent - à quoi s'oppose la crainte de Dieu :
mais toi, crains Dieu - ne prête l'oreille ni aux songes, ni aux nombreuses paroles des hommes, qui sont vaines et folles ; mais tiens-toi étroitement à la parole de Dieu, et rends-lui le culte intérieur et extérieur, en esprit et en vérité : car là gît la somme et la substance de la religion (voir Ecclésiaste 12:13). Le Targum porte :
« car dans la multitude des songes des faux prophètes ne crois pas, ni aux vanités des auteurs d'enchantements et aux nombreux discours des impies ; mais sers les sages et les justes, et d'eux recherche la doctrine, et crains devant le Seigneur ; »
(voir Jérémie 23:28).
7 Si tu vois le pauvre opprimé et le droit et la justice violentés dans une province, ne t’étonne pas de cela ; car il y en a un qui est haut au-dessus des hauts, [et] qui y prend garde, et il y en a de plus hauts qu’eux. 8 La terre est profitable à tous égards, le roi même est asservi à la glèbea 8 d’autres : Mais l’avantage d’un pays, à tous égards, c’est un roi adonné à la culture des champs. . 9 Celui qui aime l’argent n’est point rassasié par l’argent, et celui qui aime les richesses ne l’est pas par le revenu. Cela aussi est vanité. 10 Avec l’augmentation des biens, ceux qui les mangent augmentent aussi ; et quel profit en a le maître, sauf qu’il les voit de ses yeux ? 11 Le sommeil est doux pour celui qui travaille, qu’il mange peu ou beaucoup ; mais le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir.
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
La pensée qu'il y a un Maître suprême doit préserver du désespoir les opprimés.
Dans la province (medina, mot qui n'apparaît dans l'Ancien Testament qu'au temps de l'exil). Loin de la capitale, la justice peut être plus impunément violée. Cette province est ici la Palestine, car le lecteur peut voir ce qui s'y passe.
N'en sois point effrayé, littéralement : Ne t'écrie pas : Qu'est-ce donc ? ou, comme dit 1Pierre 4.12 : Ne trouve pas la chose étrange !
Car sur un homme élevé, le gouverneur, veille (a les yeux ouverts) un plus élevé, le roi.
Et sur eux (deux), un plus élevé encore, Dieu (3.17) ; littéralement : des élevés, pluriel de majesté et de plénitude. Comparez 12.3 ; Proverbes 9.10.
v. 7 · John Gill · 18/10/2026
Si tu vois dans une province l'oppression du pauvre et la violente perversion du droit et de la justice, etc. Spectacle fort déplaisant, mais fréquent : les pauvres opprimés, le droit et la justice pervertis, et cela d'une manière violente et flagrante, en pleine cour de justice, dans les diverses provinces et les divers royaumes du monde ;
ne t'étonne pas de la chose - comme d'une chose étrange et rare, quand rien n'est plus commun. Ou : « ne t'étonne pas de la volonté », ou « du bon plaisir » - de Dieu, s'entend, qui souffre que ces choses soient ; ainsi l'interprètent le Targum, Jarchi et Aben Ezra : ne t'en scandalise pas, et ne mets pas en cause la sagesse et la justice de Dieu ; que cette tentation ne prévale pas en toi, comme elle l'a fait chez certains hommes de bien, tentés par là de penser qu'il n'y a rien dans la religion, ni nulle providence qui veille aux affaires de ce monde ; ne te laisse ni effrayer, ni ébranler, ni précipiter dans une telle pensée ; et ne t'afflige pas sans mesure des calamités et des oppressions des pauvres et des innocents ;
car celui qui est plus haut que les plus hauts y prend garde - c'est-à-dire Dieu, le Très-Haut sur toute la terre, plus haut que les rois de la terre et que tous les oppresseurs hautains et superbes - plus haut, en vérité, que les cieux et que les anges qui s'y trouvent. Il « prend garde » à tout son peuple : ses yeux sont sur eux et ne s'en retirent jamais ; il prend garde à leurs cris, les entend et y répond ; il prend garde à leurs oppresseurs et à leurs oppressions, et les délivrera en son temps ; ou bien il « garde » son peuple comme la prunelle de son œil, dans le creux de sa main, nuit et jour, de peur qu'on ne lui nuise ; il le garde par sa puissance, par la foi, pour le salut. On peut traduire : « le Haut observe d'en haut » - Dieu, le Très-Haut et le Sublime, abaisse ses regards des hauts cieux où il habite, prend connaissance de tous les fils des hommes et considère toutes leurs œuvres (voir Psaume 33:13-15) ;
et il en est de plus hauts qu'eux - soit les saints anges, plus hauts que les oppresseurs tyranniques - plus hauts par nature, et excellant en force et en puissance ; lesquels sont du côté des opprimés, ont la charge des saints et campent autour d'eux, et peuvent, sur un seul ordre, détruire leurs ennemis en un instant ; soit plutôt les trois Personnes divines, désignées par l'expression plurielle : le Père, le Fils et l'Esprit. Jéhovah le Père est au-dessus des hommes, des plus grands des hommes, dans les choses mêmes où ils s'élèvent avec orgueil : il est plus grand que tous, et nul ne peut ravir ses brebis de ses mains pour les déchirer ; le Christ, le Fils du Très-Haut, est plus haut que les rois de la terre : il est Roi des rois et Seigneur des seigneurs, et puissant pour délivrer et sauver son peuple ; et le Saint-Esprit est la puissance du Très-Haut, et plus grand que celui ou ceux qui sont dans le monde, ennemis déclarés des saints. Aben Ezra l'interprète du secret du nom de Dieu, qu'il dit inexplicable ; le Midrash l'entend du Saint béni soit-il ; et dans un autre traité, il est dit sur ce passage qu'il y a trois supérieurs au-dessus d'eux par voie d'émanation, et que c'est d'eux qu'il est dit : « il en est de plus hauts qu'eux ».
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Le verset 8 envisage comme pouvant se présenter le cas d'un roi qui ne protégerait pas ses sujets contre l'avidité d'un gouverneur. Ici, en passant, l'Ecclésiaste indique de quelle façon un roi peut se rendre le plus utile à ses sujets : qu'il fasse respecter la propriété foncière et les récoltes, et qu'il encourage l'agriculture ! D'autres traduisent : Le roi lui-même dépend de la campagne.
v. 8 · John Gill · 18/10/2026
De plus, le profit de la terre est pour tous, etc. Ou : « l'excellence de la terre en toutes choses », ou « au-dessus de toutes, est celle-ci » : que le Dieu très haut règne sur toute la terre, et est plus haut que ses rois et que tous ses oppresseurs ; ou : à tous égards il y a une préférence, une excellence supérieure de la campagne sur la ville, en ceci surtout qu'il ne s'y trouve pas tant de tumultes, d'émeutes et d'oppressions. Mais on l'entend le plus souvent de la préférence et de l'excellence supérieure de l'agriculture, de la culture de la terre. Ainsi le Targum :
« l'excellence de la louange du labourage de la terre est au-dessus de toutes choses ; »
et dans le même sens Jarchi et Aben Ezra ; et le profit qui en découle est goûté par tous : il est pour tous - les bêtes des champs même en tirent leur herbe, comme l'homme son pain et toutes ses autres nécessités ;
le roi lui-même est servi par le champ - sa table est servie de pain, de viande, de vin et de fruits de toute sorte, produits de la terre, qui en naissent ou s'en nourrissent : sans le labourage, le roi lui-même et sa maison ne pourraient subsister ; il convient donc aux rois de l'encourager, et de ne point opprimer ceux qui s'y emploient. Ou bien : « le roi est serviteur du champ » : certains rois se sont adonnés à l'agriculture et l'ont grandement aimée, comme Ozias (2 Chroniques 26:10), et quelques empereurs de Chine, comme le montrent leurs histoires, et les rois de Perse ; Vulcain, sur le bouclier d'Achille, représenta les moissonneurs, les glaneurs et les lieurs de gerbes à l'œuvre dans le champ, et un roi debout parmi les gerbes, sceptre en main, contemplant le tout avec grand plaisir, tandis qu'un repas se prépare sur ses ordres pour les ouvriers ; nombre de généraux et de hauts magistrats romains furent appelés de la charrue, particulièrement Cincinnatus ; et tous ceux-là encouragèrent l'agriculture chez leurs sujets autant qu'ils prirent soin de leurs propres domaines. On donne encore des mots un autre sens, parmi bien d'autres :
« et le très excellent Seigneur de la terre (c'est-à-dire le Dieu très haut) est le Roi de tout champ cultivé (c'est-à-dire le Roi de toute la terre habitable) ; ou le Roi Messie, Seigneur de son champ, l'Église, et le plus éminent de toute la terre. »
Le Midrash l'interprète du Saint béni soit-il.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
10 à 17 Le contentement d'esprit est un grand gain. De l'oppression exercée par les grands, qui cherchent à s'enrichir au détriment des petits, l'Ecclésiaste passe à l'amour des richesses en général. Peut-être aussi, ami de la vie simple et patiente des champs (verset 9), voit-il avec regret des gens en foule demander au commerce ou à l'industrie des gains plus prompts.
L'avare est toujours pauvre, dit Horace ; et l'amour du gain grandit avec la fortune.
N'en retire pas de profit. L'avare est le simple gardien, et non pas le maître, de ses biens. (Chrysostome).
v. 9 · John Gill · 18/10/2026
Celui qui aime l'argent ne sera point rassasié d'argent, etc. La culture de la terre est nécessaire - occupation très louable et très utile, et les hommes font bien de s'y employer : sans elle, ni le commun peuple ni les plus grands personnages ne sauraient être pourvus des nécessités de la vie ; mais l'amour immodéré de l'argent est criminel - c'est lui qui est visé par l'amour de l'argent, cette espèce de monnaie qui, aimée sans mesure, est la racine de tous les maux ; et de plus, un homme en eût-il amassé tant qu'on voudra, il n'est point rassasié : il en veut toujours davantage, comme la sangsue sur la veine crie « Donne, donne » ; ou bien il ne peut manger son argent, selon Jarchi, ni « se nourrir de monnaie », comme traduit M. Broughton - et en cela les fruits de la terre, pour lesquels le laboureur travaille, l'emportent sur l'argent : car ceux-là, il peut les manger, s'en remplir et s'en rassasier, tandis qu'il ne peut manger ses sacs d'or et d'argent ;
ni celui qui aime l'abondance, avec le revenu - c'est-à-dire que celui qui convoite beaucoup des choses de ce monde ne sera point rassasié de leur accroissement, quel qu'il soit ; ou bien il n'aura « nul revenu », nul avantage de son abondance, ni n'en goûtera la consolation et le bénéfice ; ou encore : « celui qui aime l'abondance [d'où il n'est] nul revenu à espérer » - qui aime avoir autour de lui une multitude de gens, serviteurs et servantes, un grand équipage, comme le suggère Aben Ezra, lesquels sont de fort peu d'usage et de service, ou d'aucun ;
cela aussi est vanité - l'amour immodéré de l'argent, la convoitise de grands domaines et de grandes possessions, et d'un cortège de serviteurs. Jarchi interprète allégoriquement l'argent et l'abondance des commandements et de leur multitude.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Que de voir cela de ses yeux. La seule chose qu'il retire de sa fortune, c'est le chagrin de la voir dissipée par la nombreuse domesticité qu'elle lui impose et par les parasites qu'elle attire.
v. 10 · John Gill · 18/10/2026
Quand les biens se multiplient, ceux qui les mangent se multiplient aussi, etc. Quand la fortune d'un homme s'accroît, par le négoce ou autrement, il arrive fort souvent que sa famille s'accroît de même, et qu'il a plus de bouches à nourrir et de dos à vêtir ; ou, son bien grandissant, s'il vit selon son rang, il lui faut tenir plus de serviteurs - lesquels, ayant peu d'ouvrage, sont décrits par leur manger plutôt que par leur travail ; de plus, un homme qui monte ainsi dans le monde a plus d'amis et de visiteurs qui l'entourent et mangent avec lui, sans compter les pauvres qui attendent de lui ses aumônes ; et si ses fermes, ses champs et ses troupeaux s'agrandissent, il lui faut plus de laboureurs, de manœuvres et de bergers pour en prendre soin - qui tous doivent être entretenus. Ainsi Phéraulas, chez Xénophon, observe :
« que maintenant qu'il possédait beaucoup, il n'en mangeait, n'en buvait ni n'en dormait plus doucement ; ce que son abondance lui avait valu, c'était d'avoir plus de biens en garde et plus à distribuer aux autres ; plus de soucis et plus d'affaires, avec de la peine : car maintenant, dit-il, beaucoup de serviteurs me demandent leur nourriture, beaucoup leur boisson, beaucoup des vêtements ; certains ont besoin de médecins, etc. ; il faut de nécessité, ajoute-t-il, que ceux qui possèdent beaucoup dépensent beaucoup pour les dieux, pour les amis et pour les hôtes ; »
et quel avantage en revient-il à leurs possesseurs, sinon de les voir de leurs yeux ? - il peut aller dans ses terres, ses champs et ses prairies contempler ses troupeaux et ses bêtes, et dire : tout cela est à moi ; il peut entrer dans ses chambres, ouvrir ses trésors, et repaître ses yeux de ses sacs d'or et d'argent, de ses joyaux et de ses autres richesses ; il peut contempler une multitude de gens à sa table, mangeant à ses frais, et d'autres entretenus à ses dépens ; et s'il est libéral, il peut y trouver du plaisir - sinon, de la peine ; mais cela excepté, il ne jouit de rien de plus que la nourriture et le vêtement ; et souvent même ses propres serviteurs ont en quelque chose l'avantage sur lui, comme il suit. Le Targum porte :
« quel profit y a-t-il pour son possesseur qui l'amasse, s'il n'en fait le bien, afin de voir de ses yeux le don de la récompense dans le monde à venir ? »
Jarchi l'interprète de cette manière :
« quand les hommes apportent beaucoup d'offrandes volontaires, les prêtres se multiplient qui les mangent ; et quel avantage en revient-il à leur possesseur, le Seigneur, sinon la vue de ses yeux - lui qui dit, et sa volonté est faite ? »
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Du travailleur, et particulièrement de l'agriculteur. Vie frugale, favorable à la santé. La fable du savetier et du financier est l'illustration de ce verset.
v. 11 · John Gill · 18/10/2026
Le sommeil du travailleur est doux, qu'il mange peu ou beaucoup, etc. Ou « du serviteur », qui jouit du sommeil à l'égal d'un roi ; du laboureur, selon Jarchi - lequel l'interprète aussi de celui qui sert le Seigneur, comme le Targum : un de ses bien-aimés, à qui il donne le sommeil (Psaume 127:2). Un sommeil réparateur a toujours été compté pour une grande grâce et une grande bénédiction, et les travailleurs le goûtent avec douceur : n'ont-ils que peu à manger au souper, venant las de leur ouvrage, le sommeil vient aisément quand ils se couchent, ils dorment profondément, et se lèvent au matin dispos, alertes et propres à l'ouvrage ; mangent-ils plus abondamment, leur labeur leur donne bonne digestion, et leur sommeil n'en est point troublé. En sorte que si l'on répondait à la question posée plus haut - qu'a le maître de plus que le serviteur, quoiqu'il mange et boive plus librement, du meilleur, et vive dans les délices ? -, on pourrait répliquer qu'en fait de sommeil, le travailleur a sur lui la préférence ; et il faut avouer que c'est là une grande bénédiction de la vie, souvent interrompue par l'excès du manger et du boire ;
mais la satiété du riche ne le laisse pas dormir - soit l'abondance de la nourriture qu'il mange, qui charge son estomac, remplit sa tête de vapeurs et le rend agité, en sorte qu'il ne peut trouver le sommeil, ou que celui qu'il trouve est fort pénible ; soit l'abondance de ses richesses, qui le remplit de soucis - que faire d'elles, comment les garder et les accroître - et de craintes - que des voleurs ne s'introduisent et ne les lui ravissent -, en sorte qu'il ne peut dormir tranquille. Le Targum porte :
« doux est le sommeil de l'homme qui sert le Seigneur du monde d'un cœur parfait ; et il aura le repos dans la maison de son sépulcre, qu'il vive peu d'années ou davantage, etc. ; »
et dans le même sens Jarchi, qui dit que c'est ainsi que la chose est interprétée dans un de leurs anciens livres, appelé Tanchuma.
12 Il y a un mal douloureux que j’ai vu sous le soleil : les richesses sont conservées à leurs maîtres pour leur détriment, 13 – ou ces richesses périssent par quelque circonstance malheureuse, et il a engendré un fils, et il n’a rien en sa main. 14 Comme il est sorti du ventre de sa mère, il s’en retournera nu, s’en allant comme il est venu, et de son travail il n’emportera rien qu’il puisse prendre dans sa main. 15 Et cela aussi est un mal douloureux, que, tout comme il est venu, ainsi il s’en va ; et quel profit a-t-il d’avoir travaillé pour le vent ? 16 Il mange aussi tous les jours de sa vie dans les ténèbres et se chagrine beaucoup, et est malade et irrité.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Non seulement, pendant qu'on les possède, les richesses ne donnent pas de vrai contentement, loin de là ; mais elles ont des ailes (Proverbes 23.5).
Pour son malheur. Quand le riche est ruiné par quelque revers subit, il est plus malheureux que s'il n'avait jamais été riche. Quelle folie que de se donner tant de mal pour amasser et garder ce qui peut, d'un moment à l'autre, procurer tant de chagrin !
v. 12 · John Gill · 18/10/2026
Il est un mal douloureux que j'ai vu sous le soleil, etc. Ou « une maladie mauvaise » : une maladie coupable en celui chez qui elle se trouve, et fort pénible à voir pour les autres - il y a de quoi être malade à la contempler ; et ce qu'il va rapporter, il en fut lui-même témoin oculaire :
des richesses gardées par leur possesseur pour son malheur - serrées dans les granges et les greniers, comme les fruits de la terre, ou dans les coffres et les cassettes, comme l'or et l'argent, pour l'usage et le service de leurs possesseurs - et qui pourtant ont tourné à leur véritable dommage : soit qu'ils en aient usé de manière luxueuse et intempérante, attirant ainsi des maladies sur leurs corps et la damnation sur leurs âmes ; soit qu'ils n'en aient usé du tout, ni pour leur propre bien ni pour celui d'autrui - ce qui attire sur eux la malédiction de Dieu, pour leur ruine et leur perte, ici-bas et dans l'au-delà. Et il arrive souvent - et cela était sans doute tombé sous l'observation de Salomon - que de grands avares, qui avaient thésaurisé leur bien sans en user eux-mêmes ni en faire part à d'autres, en ont été non seulement dépouillés, mais que, pour ce bien, leur vie leur a été ôtée de la manière la plus barbare, par des coupe-jarrets et des scélérats - parfois par leurs propres serviteurs, voire par leurs propres enfants. Les richesses mal acquises et mal employées sont fort préjudiciables à leurs possesseurs ; et si elles sont bien acquises mais mal employées, ou point employées du tout, elles nuisent grandement à l'état spirituel et éternel des hommes : il est difficile qu'un riche entre dans le royaume des cieux, et un avare ne le peut ; s'il fait profession de religion, la parole qu'il entend est étouffée et rendue stérile ; il s'égare de la foi, se transperce lui-même de bien des douleurs ici-bas, et s'expose à la damnation éternelle dans l'au-delà. Le Targum l'interprète de l'homme qui amasse des richesses et n'en fait aucun bien, mais les garde pour soi, pour son propre malheur dans le monde à venir.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
Le fils qu'il aura engendré n'en aura rien. Vanité plus grande encore que celle qui consiste à laisser sa fortune à des après-venants (2.18).
v. 13 · John Gill · 18/10/2026
Mais ces richesses périssent par une mauvaise affaire, etc. Ou « par une occupation ou entreprise mauvaise » : les richesses qui sont mal acquises, ou qui ne sont pas employées comme il faut, se dissipent et se réduisent à rien - soit par la mauvaise gestion de leur possesseur et ses fautes de conduite dans le négoce et les affaires, soit par le feu, la tempête, les voleurs et les brigands, et bien d'autres voies et moyens : choses très certaines ; et il est diverses manières dont elles se font des ailes et s'envolent, sous la direction d'une providence divine ;
et il a engendré un fils, et il n'a rien en sa main - les richesses qu'il avait thésaurisées, il les destinait à son fils ; mais en ayant été dépouillé d'une manière ou d'une autre, quand il vient à mourir, il n'a rien à lui laisser ; ou si ses richesses ne périssent pas de son vivant, elles sont bientôt consumées par son fils, qui en peu de temps n'a plus de quoi vivre - et qui, élevé en gentilhomme et sans état, se trouve en pire condition que ceux qu'on a élevés à gagner leur vie par le travail, sans nulle attente d'un héritage après le décès de leurs proches. Le Targum l'entend en ce dernier sens, paraphrasant ainsi :
« et ces richesses, qu'il laissera à son fils après sa mort, périront, parce qu'il les a acquises par une mauvaise voie ; et elles ne demeureront pas dans la main du fils qu'il a engendré, et rien ne restera dans sa main. »
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Sorti nu du sein de sa mère. Comparez Job 1.21 ; Psaumes 49.18 ; 1Timothée 6.7.
v. 14 · John Gill · 18/10/2026
Comme il est sorti nu du ventre de sa mère, il s'en retournera nu, s'en allant comme il était venu, etc. Ce qui peut s'entendre soit du riche avare, soit de son fils ; et à supposer même que ce qui vient d'être dit n'arrive ni à l'un ni à l'autre, mais qu'ils possèdent leur bien aussi longtemps qu'ils vivent - quand ils viendront à mourir, ils en seront entièrement dépouillés : de leur or et de leur argent, de leur vaisselle et de leurs joyaux, de leur riche mobilier, de leurs bêtes et de leurs possessions, fermes et domaines, qui ne sont plus à eux ; et de leurs vêtements mêmes, se retrouvant aussi nus qu'à leur entrée dans le monde - ce qui est en vérité le cas de tout homme (Job 1:21), et sert d'argument, et de fort puissant, contre l'avarice ;
et il n'emportera rien de son travail, qu'il puisse emporter en sa main - rien de son bien, acquis par son labeur et thésaurisé avec tant de soin : pas la moindre part n'en peut être emportée avec lui quand il meurt ; aucun de ses joyaux, aucun de ses sacs d'or et d'argent ; et si quelque chose de tout cela venait à être mis dans son tombeau - comme il s'est fait parfois aux funérailles de grands personnages -, cela ne lui serait d'aucun usage ni service, ni pour consoler et rafraîchir son corps, ni pour sauver son âme de l'enfer et lui procurer l'entrée de la gloire céleste (voir 1 Timothée 6:7 ; Proverbes 11:4). Le Targum allégorise ce passage d'une manière fort orthodoxe, et peu habituelle chez lui, en faveur du péché originel et contre la doctrine du mérite :
« comme il sort nu du ventre de sa mère, sans vêtement et sans aucun bien, ainsi s'en retournera-t-il pour aller à la maison de son sépulcre, dénué de mérite, comme il est venu en ce monde ; et il ne recevra de son labeur nulle bonne récompense à emporter dans le monde où il va, pour lui être un mérite en sa main. »
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Répétition du verset 15, avec une affirmation plus précise encore : tout comme il était venu, au lieu de comme.
v. 15 · John Gill · 18/10/2026
Et c'est encore là un mal douloureux, qu'il s'en aille en tous points comme il était venu, etc. Ce ne semble pas être un mal ou une vanité distincts du précédent, mais le même, répété et confirmé, et exprimé, si possible, en termes plus forts : qu'un homme est à tous égards semblable, quand il sort du monde, à ce qu'il était en y entrant. La naissance est signifiée par le « venir » - du ventre de sa mère et dans le monde, description de tout homme qui y naît (Jean 1:9) : il est de la terre, terrestre ; il sort comme une fleur et pousse comme l'herbe ; il ne vient ni de lui-même ni par hasard, mais par le moyen de ses parents, selon la volonté déterminée de Dieu, et pour répondre à quelque fin ; et la mort est signifiée par l'« aller » : aller le chemin de toute chair, sortir du monde, aller au sépulcre - la maison de tous les vivants, la demeure éternelle de l'homme ; c'est comme passer d'une maison dans une autre, car la mort n'est pas l'anéantissement de l'homme, mais son déplacement d'ici ailleurs ; et la naissance et la mort de l'homme sont en tous points semblables. Cela doit s'entendre des choses naturelles et civiles - des richesses et des honneurs, que l'homme ne peut emporter, et à l'égard desquels il est tel qu'il naquit, nu et dépouillé ; et quant au corps, ses parties sont alors les mêmes, quoique plus grandes : il est aussi nu qu'à sa naissance, et l'homme doit autant à ses amis pour son tombeau que pour ses langes ; il redevient ce qu'il fut d'abord, terre et poussière ; et comme l'homme n'entre pas au monde à son propre gré, il n'en sort pas non plus à sa volonté, mais à celle du Seigneur. Le Midrash l'interprète ainsi :
« comme l'homme vient au monde avec cris, pleurs et soupirs, et sans connaissance, ainsi s'en va-t-il. »
De même, cela n'est vrai, quant aux choses morales, que des hommes naturels et irrégénérés : nés dans le péché, ils meurent dans le péché - avec cette seule différence d'un surcroît de péché ; comme ils viennent au monde sans l'image de Dieu, sans justice, sans sainteté et sans la grâce de Dieu, ainsi en sortent-ils sans ces choses. Mais cela n'est pas vrai des saints et des personnes véritablement en grâce : ils viennent au monde avec le péché, mais en sortent sans lui, étant lavés dans le sang du Christ, justifiés par sa justice, tous leurs péchés expiés et pardonnés par son sacrifice ; ils naissent sans justice, mais ne meurent pas sans elle : le Christ leur a acquis une justice éternelle, qui leur est imputée, reçue par la foi, donnée - ils sont trouvés en elle, vivants et mourants, et c'est elle qui les introduit au ciel et au bonheur ; ils naissent sans sainteté, mais ne vivent ni ne meurent sans elle : ils sont régénérés et sanctifiés par l'Esprit de Dieu, et rendus parfaitement saints au moment de la mort. Cela n'est donc vrai que des hommes naturels, et quant aux choses naturelles et civiles. Le Targum l'interprète :
« comme il vient en ce monde vide de mérite, ainsi s'en ira-t-il dans l'autre ; »
et quel profit a-t-il d'avoir travaillé pour le vent ? - pour des richesses aussi peu rassasiantes que le vent, aussi mouvantes et aussi promptes à s'envoler que lui ; qu'on ne peut pas plus retenir, quand il est de la volonté de Dieu qu'elles s'en aillent, et surtout à la mort, que le vent ne se retient dans le poing ; et qui sont aussi inutiles que lui à l'heure de la mort. En particulier : quel profit a un homme de toutes les richesses acquises par son labeur, quand il n'en use ni pendant sa vie pour son propre bien ni pour celui d'autrui, et que, venant à mourir, elles le quittent et ne lui servent de rien - surtout s'il ne s'est jamais soucié de son âme immortelle, tout occupé qu'il était à la poursuite de choses si vaines et si passagères ? (voir Matthieu 16:26).
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Toute sa vie il mange dans les ténèbres. Les repas sont dans la famille des moments de repos et de joie. Pour ce malheureux, sombre tristesse, humeur noire ! Posséder n'est pas jouir. Parmi les gens qu'on appelle fortunés, que de figures moroses !
D'autres traduisent : Il consume tous ses jours dans les ténèbres, et citent à l'appui Job 21.13 ; 36.14, où le verbe manger est évidemment pris dans un sens figuré.
Plein de chagrin, de malaise et d'aigreur, littéralement : Et des chagrins en foule, et sa maladie et aigreur. On peut se demander si sa maladie ne vise pas les maux inhérents à la nature humaine et dont il sera atteint comme d'autres, mais auxquels, pour lui, viendra par sa faute s'ajouter un surcroît de chagrins et de difficultés.
v. 16 · John Gill · 18/10/2026
Tous ses jours aussi, il mange dans les ténèbres, etc. À tout ce qui a été dit s'ajoute un autre mal, qui accompagne ceux dont le cœur est démesurément attaché aux richesses : tous leurs jours, la vie entière durant, ils mènent l'existence la plus incommode - le manger étant mis ici pour toute la manière de vivre : ces gens non seulement mangent un pain grossier et une nourriture des plus chétives, mais portent des habits sordides et logent dans une pauvre masure, d'une manière obscure et misérable. Aben Ezra l'entend littéralement de la nuit, à laquelle un tel homme remet son repas, pour ne perdre nul temps de son labeur, pour qu'on ne voie ni quelle nourriture il mange ni combien parcimonieusement, et pour que nul ne mange avec lui ; et ce qu'il mange, il ne le mange pas librement, mais à contrecœur, avec angoisse et détresse d'esprit, sans nul plaisir ni joie véritables - moins encore avec la lumière de la face de Dieu, les découvertes de son amour et la communion avec lui. Le Targum porte :
« tous ses jours il demeure dans les ténèbres, afin de goûter son pain seul ; »
et il a beaucoup de chagrin et de colère avec sa maladie - soit la maladie de son esprit, son avarice ; soit celle de son corps, exténué par la privation des nécessités de la vie ; ou bien, venant sur un lit de malade, il est rempli de chagrin et d'indignation de ce qu'il ne vivra pas davantage pour accumuler plus de richesses et accomplir ses projets et desseins, et de ce qu'il lui faut quitter le bien qu'il eut tant de peine à amasser. Ou : « et il s'irrite beaucoup » - quand les affaires ne répondent pas à ses souhaits dans le négoce, quand son bien diminue, ou du moins ne s'accroît pas à son gré, quand il est trompé par des fraudeurs ou dévalisé par des voleurs ; « et il a de la maladie » - de corps ou d'esprit, ou des deux, parce que rien ne réussit à son gré, et par le dépit des pertes, des traverses et des déconvenues, et par les soucis d'acquérir et de garder ce qu'il possède ; « et de la colère » - contre tous ceux qui l'entourent, qu'il est toujours prêt à accuser de paresse ou d'infidélité envers lui, et jusque contre la providence de Dieu, qui ne lui donne pas le succès désiré ; en sorte qu'il n'a en sa vie nul plaisir ni consolation d'aucune sorte.
17 Voici ce que j’ai vu de bon et de beau : c’est de manger et de boire et de jouirb 17 litt. : voir. du bien-être dans tout le travail dont [l’homme] se tourmente sous le soleil tous les jours de sa vie, que Dieu lui a donnés ; car c’est là sa part. 18 Et encore tout homme auquel Dieu donne de la richesse et des biens, et le pouvoirc 18 litt. : et qu’il a fait maître. d’en manger et d’en prendre sa part, et de se réjouir en son travail,… c’est là un don de Dieu ; 19 car il ne se souviendra pas beaucoup des jours de sa vie ; car Dieu lui a donné une réponse dans la joie de son cœur.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
18 à 20 Conclusion
Seconde réponse provisoire, correspondant à 2.24-3.15. Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède, semble dire l'Ecclésiaste, que je condamne toute joie et toute richesse. Il y a un bonheur légitime, qui est celui que Dieu lui-même accorde (voyez les derniers mots du verset 18 et du verset 19). Quand on reçoit avec reconnaissance cette part de bonheur, on a de quoi oublier les peines de la vie, ou du moins ne pas s'en préoccuper trop (début verset 20). Il est très doux de pouvoir se dire que les biens dont on jouit sont un don de Dieu (fin du verset 20).
Ici donc l'idée particulière est qu'il est permis de jouir du bonheur qu'on laisse à Dieu le soin de vous dispenser, tandis qu'il n'y a pas de bénédiction sur ce qu'on extorque, pour ainsi dire, à la Providence, par un effort tout personnel et par sa volonté propre.
v. 17 · John Gill · 18/10/2026
Voici ce que j'ai vu, etc. Observé, considéré et approuvé, et qu'il recommande et à quoi il invite l'attention ; et c'est ce qui suit :
il est bon et convenable de manger et de boire - d'user des créatures que Dieu a données pour le service, d'une manière libre et libérale, sans excès et avec modération ; et de ne pas se priver des choses dont on peut licitement user et qui sont nécessaires : cela est bon pour soi-même et pour la santé du corps ; cela est droit aux yeux de Dieu et convenable devant les hommes ; ce n'est pas seulement licite, mais louable. Il est une autre version et un autre sens des mots : « il est bon de manger et de boire celui qui est beau », ou plein de grâce - le Christ, plus beau que les fils des hommes : vivre de lui par la foi, manger sa chair et boire son sang ; mais ce sens, quelque vrai, spirituel et évangélique qu'il soit, paraît étranger au texte. Il suit :
et de jouir du bien-être de tout le travail qu'il fait sous le soleil, tous les jours de sa vie que Dieu lui donne - cette dernière proposition, « que Dieu lui donne », ne doit pas se rattacher au « bien-être de tout son travail » - quoiqu'il soit vrai que tout bien acquis par le travail est un don de Dieu -, mais à « tous les jours de sa vie » : car la vie de l'homme, et tous ses jours, qu'ils soient nombreux ou non, sont le don de Dieu, selon sa volonté et son bon plaisir déterminés ; et tout au long de ce temps, l'homme doit jouir, d'une manière paisible et avec reconnaissance envers Dieu, des biens qu'il a acquis par son labeur et son industrie, moyennant la bénédiction de Dieu qui les accompagne. Salomon inculque cela fréquemment ; Aben Ezra dit que c'est la troisième fois, mais ce paraît être la quatrième (voir Ecclésiaste 2:24 ; 3:13,22) ;
car c'est là sa part - en cette vie, s'entend ; car pour le reste, s'il est homme de bien, il a dans l'autre une part meilleure : c'est la portion que Dieu lui a assignée ici-bas ; et c'est son devoir, et pour son bien et sa consolation, d'en user.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Et de se réjouir de son labeur... Le sage lui-même doit travailler, mais dans un esprit de soumission, et non pas comme s'il pouvait être l'artisan de son bonheur.
v. 18 · John Gill · 18/10/2026
De même, tout homme à qui Dieu a donné richesses et biens, etc. Ce qui embrasse tout l'avoir d'un homme : tout son bien, personnel et réel, tous ses biens et possessions, meubles et immeubles - or, argent, bétail, champs et fermes -, qui sont tous le don de Dieu, par quelques moyens qu'ils aient été acquis ou possédés ;
et à qui il a donné le pouvoir - ou « qu'il a fait dominer » sur ses biens et ses richesses, au lieu d'en être l'esclave, comme tant d'autres ; mais d'en avoir assez de maîtrise, et de soi-même, pour
en manger - en jouir paisiblement, et en disposer pour son propre bien, celui d'autrui et la gloire de Dieu. Il suit :
et en prendre sa part - celle que Dieu lui a assignée : la prendre avec reconnaissance, et en user librement et paisiblement ;
et se réjouir de son travail - des choses pour lesquelles il a peiné, en en usant avec gaieté, en bénissant Dieu pour elles et en en goûtant la consolation ;
c'est là un don de Dieu - avoir un tel pouvoir sur son bien, sans en être l'esclave, et jouir des fruits de son labeur d'une manière gaie et paisible : cela est tout autant le don de Dieu que les richesses mêmes.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Car l'homme ne se préoccupe pas trop... Quand on a appris à travailler avec Dieu, et non pas seul, on a là une riche compensation à toutes les peines de la vie.
Dieu lui répond en réjouissant son cur. Cette joie est une réponse à son besoin de bonheur. D'autres traduisent : Dieu donne un témoignage d'approbation à la joie de son cur. On la sait ainsi de bon aloi, et l'on peut s'y livrer sans arrière-pensée.
v. 19 · John Gill · 18/10/2026
Car il ne se souviendra pas beaucoup des jours de sa vie, etc. Qu'ils soient nombreux ou non, comme dit Jarchi : il ne trouvera pas la vie longue et fastidieuse ; il ne s'appesantira pas sur les peines qu'il a rencontrées ou qu'il pourrait rencontrer, ni ne s'en tourmentera ; mais, content des biens que Dieu lui a donnés, et en jouissant librement et avec gaieté, il passe son temps agréablement et plaisamment. Certains, comme le relève Aben Ezra - qui approuve cette lecture, conforme aux accents -, traduisent : « s'il n'a pas beaucoup, il se souvient des jours de sa vie » : s'il ne possède que peu des biens de cette vie, il se rappelle combien peu de jours il a à vivre, et ne doute pas d'avoir assez pour le mener jusqu'au terme de ses jours - aussi demeure-t-il parfaitement tranquille et content ; il se remet en mémoire comment il a été pourvu tous ses jours jusqu'ici, et se persuade que le Dieu qui a pourvu à ses besoins lui continuera sa bonté, et qu'il ne manquera d'aucun bien ; il ne se tourmente donc pas de l'avenir ;
parce que Dieu lui répond par la joie de son cœur - il invoque Dieu pour qu'il bénisse ses labeurs, lui demande son pain quotidien, et désire ce qui lui est propre et suffisant, ou ce qu'il juge nécessaire et convenable ; et Dieu répond à ses prières, à ses requêtes et à ses bons souhaits, en remplissant son cœur de nourriture et de joie, et en lui donnant cette gaieté d'esprit et cette gratitude de cœur dans la jouissance de chaque bénédiction ; et si de plus il fait lever sur lui la lumière de sa face et lui accorde la joie dans le Saint-Esprit, il ira son chemin si plaisamment et si paisiblement qu'il en oubliera toutes ses peines passées ; et cela dissipera ses doutes et ses craintes sur la manière dont il vivra à l'avenir.