1 Mieux vaut une bonne renommée que le bon parfuma 1 ou : bonne huile parfumée. , et le jour de la mort que le jour de la naissance. 2 Mieux vaut aller dans la maison de deuil, que d’aller dans la maison de festin, en ce que là est la fin de tout homme ; et le vivant prend cela à cœur. 3 Mieux vaut le chagrin que le rire, car le cœur est rendu meilleur par la tristesse du visage. 4 Le cœur des sages est dans la maison de deuil, mais le cœur des sots, dans la maison de joie. 5 Mieux vaut écouter la répréhension du sage, que d’écouter la chanson des sots. 6 Car comme le bruit des épines sous la marmite, ainsi est le rire du sot. Cela aussi est vanité.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Chapitres 7 et 8 : Suite, sous une forme plus positive, des enseignements moraux du chapitre 6. La vraie sagesse consiste à :
- mépriser le monde et ses joies trompeuses, 7.1-7
- à pratiquer la patience et à regarder en toutes choses à Dieu, 7.8-14
- à se garder d'une fausse piété et de la propre justice, 7.15-24
- à fuir les séductions d'ici-bas et surtout l'impureté, 7.25-29
- à se tenir en dehors de toute rébellion contre l'ordre établi, 8.1-8
- alors même que la justice est souvent bien lente à prévaloir, 8.9-14
- Conclusion, 8.15-17
1 à 7 Se méfier de la joie du monde.
A plus d'une reprise, l'Ecclésiaste a recommandé à l'homme de se contenter des joies que Dieu envoie. Mais, tout en les recevant avec reconnaissance et simplicité, qu'il ne tombe jamais dans la frivolité. La vie étant une chose très importante, ne craignons pas ce qui est de nature à nous inspirer des pensées sérieuses. Là est la vérité ; le reste est illusion. Telle est l'idée dominante des règles de conduite que l'Ecclésiaste va donner maintenant, sous la forme plus précise de résultats acquis. Qui sait ce qui est bon pour l'homme ? vient-il de demander (6.12). En tous cas, il peut indiquer, sinon le bien suprême, du moins un certain nombre de sentiments beaucoup meilleurs que d'autres.
Mieux vaut bon renom que bon parfum, littéralement : Mieux nom (schem) que parfum (schémen). Même assonance que dans Cantique 1.3. On pourrait dire en français : Mieux vaut être en bonne odeur que de jouir d'une bonne odeur. Qu'on puisse à bon droit rapprocher ces deux choses : une bonne réputation et un parfum précieux, c'est ce que montre Matthieu 26.13.
Le jour de la mort vaut mieux... Comparez 4.3. Il faut entendre ceci de la mort des justes, dit Calmet. Et il ajoute : Quelques peuples autrefois, tels que les Thraces, faisaient grand deuil à la naissance des enfants et se réjouissaient à la mort des hommes.
Il y a dans ce passage, qu'on dirait tiré du Nouveau plutôt que de l'Ancien Testament un pressentiment très assuré du repos qui est réservé aux fidèles après leur mort.
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au chapitre 7
Le sage, ayant exposé les nombreuses vanités auxquelles les hommes sont sujets en cette vie, et montré qu'il n'est nul bonheur véritable dans toutes les jouissances extérieures sous le soleil, en vient maintenant aux remèdes contre elles - dont il avait déjà semé çà et là quelques indications, comme la crainte et le culte de Dieu, et l'usage libre et modéré des créatures ; et il en propose ici davantage : de ceux qui en protègent, ou qui soutiennent sous elles, ou qui enseignent comment se conduire quand elles nous accompagnent, et qui dirigent vers ce qui est propre et nécessaire dans la poursuite du bonheur vrai et réel. Tels sont : le soin d'un bon nom et d'une bonne réputation (Ecclésiaste 7:1) ; la méditation fréquente de la mortalité (Ecclésiaste 7:2-4) ; l'écoute des réprimandes des sages, préférables aux chansons et à la gaieté des insensés (Ecclésiaste 7:5,6) ; la fuite de l'oppression et de la corruption, qui sont fort pernicieuses (Ecclésiaste 7:7) ; la patience sous les provocations, et dans les temps présents que l'on croit mauvais (Ecclésiaste 7:8-10) ; la poursuite de cette sagesse et de cette connaissance auxquelles la vie est attachée (Ecclésiaste 7:11,12) ; la soumission à la volonté de Dieu et le contentement en tout état (Ecclésiaste 7:13,14) ; l'évitement des extrêmes dans la justice et dans le péché, dont le meilleur antidote est la crainte de Dieu (Ecclésiaste 7:15-18) ; une sagesse qui ne s'offense pas de tout ce qui se fait ni de toute parole qui se dit, considérant l'imperfection des meilleurs des hommes, la faiblesse d'autrui et la nôtre (Ecclésiaste 7:19-22). Puis le sage reconnaît l'imperfection de sa propre sagesse et de sa propre connaissance, malgré toutes les peines qu'il s'était données (Ecclésiaste 7:23-25) ; il déplore son péché et sa folie de s'être laissé entraîner par les femmes (Ecclésiaste 7:26-28) ; et il découvre la cause de la dépravation de la nature humaine, qu'il écarte de Dieu - lequel fit l'homme droit - et impute à l'homme, inventeur des choses mauvaises (Ecclésiaste 7:29).
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Un bon nom vaut mieux qu'un parfum précieux, etc. Le mot « bon » n'est pas dans le texte, mais il est justement suppléé, comme le fait Jarchi ; car cela ne peut se dire d'aucun autre nom : ce qui n'est pas bon ne saurait être meilleur. Certains l'entendent du nom de Dieu, qui est Dieu lui-même - le « summum bonum » et le bonheur souverain des hommes -, et y voient une réponse à la question d'Ecclésiaste 6:12 : c'est là, et là seulement, le bien de l'homme, préférable à toutes les jouissances extérieures quelles qu'elles soient - l'intérêt en lui comme Dieu d'alliance ; sa connaissance en Christ, à laquelle la vie éternelle est attachée ; la communion avec lui ; les découvertes de sa bonté, meilleure que la vie ; et sa jouissance pour toute l'éternité. Cela est vrai du nom du Christ, dont le nom de Messie, qui signifie oint, est un parfum répandu, et lui est préférable (Cantique 1:3 ; Jean 1:41) ; de même ses autres noms - Jésus, Sauveur ; Jéhovah notre justice ; Emmanuel, Dieu avec nous - sont infiniment précieux à ceux qui connaissent son prix et voient leur besoin de justice et de salut par lui ; sa personne et sa connaissance, son Évangile et le renom qu'il répand de lui, surpassent infiniment le parfum le plus précieux et le plus odorant (voir 2 Corinthiens 2:14-16). De même le nom ou les noms donnés au peuple de Dieu - les noms nouveaux de Hephtsiba et de Beula ; le nom de fils de Dieu, meilleur que celui de fils et de filles ; celui de chrétiens, ou d'oints, ayant reçu du Christ cette onction qui enseigne toutes choses, et donc préférable au meilleur des parfums (Ésaïe 56:5 ; 62:3,4 ; 65:15 ; Apocalypse 2:17 ; Actes 11:26 ; 1 Jean 2:20,27). De même encore avoir son nom écrit au ciel, dans le livre de vie de l'Agneau, et voir son nom confessé par le Christ, un jour, devant son Père et ses saints anges ; ou même un bon nom parmi les hommes - le renom d'une personne véritablement pieuse et en grâce, pour son amour du Christ, son zèle pour sa cause et sa fidélité à ses vérités et ordonnances : tel celui qu'obtint la femme, meilleur que le vase de parfum répandu sur la tête du Christ ; tel celui du frère dont la louange, à cause de l'Évangile, était répandue dans toutes les Églises ; tel Démétrius, à qui tous rendaient bon témoignage, et la vérité elle-même (Matthieu 26:13 ; 2 Corinthiens 8:18 ; 3 Jean 1:12). Un tel bon nom vaut mieux que le parfum précieux : par son prix, étant meilleur que toutes les richesses, que le parfum peut ici représenter (voir Ésaïe 39:2 ; Proverbes 22:1) ; par sa senteur, plus pénétrante ; et par sa durée, plus persistante (Psaume 112:6 ; Proverbes 10:7). Le Targum porte :
« meilleur est le bon nom que les justes acquièrent en ce monde, que l'huile d'onction qui était répandue sur la tête des rois et des prêtres. »
De même Alshech :
« un bon nom vaut mieux que la grandeur d'un roi, fût-il oint d'huile ; »
et le jour de la mort que le jour de la naissance - certains traduisent, en liaison avec la proposition précédente : « comme un bon nom vaut mieux, etc., ainsi le jour de la mort que le jour de la naissance » - le jour de la mort d'un homme que le jour de sa naissance. Cela ne doit pas s'entendre de la mort simplement considérée : en elle-même, abstraction faite de ses liaisons et de ses conséquences, elle n'est pas meilleure que de naître au monde, ni que la vie même ; elle ne lui est ni préférable ni désirable, étant contraire à la nature, dont elle est la dissolution ; un mal réel, comme la vie, et la longue vie, sont des bénédictions ; une ennemie du genre humain, et une ennemie terrible. Ni non plus des autres personnes auxquelles l'homme est lié, ses amis et ses proches : pour eux, le jour de la naissance est un temps de réjouissance, et le jour de la mort un temps de deuil, comme il paraît par l'Écriture et par toute l'expérience (voir Jean 16:21 ; Genèse 40:20 ; Matthieu 14:6-10 ; Genèse 23:2 ; Jean 11:31,33). On rapporte, il est vrai, de certains peuples païens et barbares de Thrace, et des habitants du mont Caucase, qu'ils menaient deuil à la naissance de leurs enfants, énumérant les calamités où ils entraient, et se réjouissaient à la mort de leurs amis, délivrés de leurs peines. Mais il faut l'entendre des personnes mêmes qui naissent et qui meurent - et non de tout le genre humain, sinon abstraction faite de l'état futur, auquel cas il est plus heureux d'être affranchi de la peine que d'y entrer ; ni des méchants : il eût certes mieux valu pour eux n'être jamais nés, ou mourir sitôt nés, afin que leur damnation ne fût pas aggravée par la multitude de leurs péchés ; mais après tout, mourir ne peut être leur meilleur lot, puisqu'à la mort ils sont jetés en enfer, dans le feu éternel et le châtiment sans fin. Cela n'est vrai que des hommes de bien, qui ont un bon nom en vivant et en mourant, une bonne œuvre de grâce en eux, et sont ainsi rendus propres pour le ciel ; la justice du Christ sur eux, et par elle un titre au ciel ; de ceux qui ont de l'espérance dans leur mort, et meurent dans la foi et dans le Seigneur. Leur mort est meilleure que leur naissance : à leur naissance, ils entrent au monde sous l'imputation et la culpabilité du péché, avec une nature corrompue, souillés du péché et sous sa puissance, exposés d'eux-mêmes à la condamnation et à la mort ; au temps de leur mort, ils en sortent justifiés du péché par la justice du Christ, tout étant expié par son sacrifice et pardonné pour l'amour de lui ; ils sont lavés de la souillure du péché par le sang du Christ, et délivrés de sa puissance et de son être par l'Esprit et la grâce de Dieu, et mis à couvert de la condamnation et de la seconde mort. À leur entrée dans le monde, ils sont exposés à pécher toujours davantage ; à leur sortie, ils en sont entièrement affranchis. Au temps de leur naissance, ils naissent pour la peine, et en sont exercés tous leurs jours - sujets aux diverses maladies du corps, en butte à bien des peines dans le monde et de la part des hommes du monde, à bien des combats contre un corps de péché et de mort, et harcelés des tentations de Satan ; mais à la mort, ils sont délivrés de tout cela : ils entrent dans une paix parfaite et une joie ineffable ; ils se reposent de tous leurs labeurs et de toutes leurs peines, et jouissent d'une communion ininterrompue avec Dieu - Père, Fils et Esprit -, avec les anges et les saints glorifiés. Le Targum porte :
« le jour où un homme meurt et s'en va à la maison du sépulcre, avec un bon nom et avec la justice, est meilleur que le jour où un méchant naît au monde. »
De même le Midrash l'interprète de celui qui sort du monde avec un bon nom, joignant cette proposition à la précédente, comme font beaucoup.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
Un proverbe arabe dit : Si tu entends des complaintes funèbres, entre là ; si tu es invité à un festin, ne passe pas le seuil !
Job se rendait compte des dangers moraux que font courir les festins (Job 1.5).
v. 2 · John Gill · 18/10/2026
Mieux vaut aller à la maison de deuil, etc. Pour des parents ou des amis décédés, qui ou bien ne sont pas encore ensevelis, ou bien viennent de l'être ; car les Juifs gardaient leur deuil plusieurs jours après, temps où leurs amis les visitaient pour les consoler, comme les Juifs firent pour Marthe et Marie (Jean 11:31). Ainsi le Targum :
« il vaut mieux aller vers un homme en deuil pour le consoler ; »
car en de tels temps et lieux, la conversation était sérieuse et digne d'intérêt, et roulait sur les sujets de la mortalité, de l'état futur et de sa préparation, d'où se tirent des leçons utiles et instructives ; et il valait donc bien mieux s'y trouver
que d'aller à la maison de festin - le Targum porte :
« qu'à la maison du festin de vin des moqueurs ; »
où il n'y a que bruit et clameur, luxe et intempérance, gaieté et réjouissance charnelles, conversation vaine et frivole, propos oiseux et chansons impures, et où l'on fait des gorges chaudes de la vraie religion et de la piété, de la mort et de l'autre monde ;
car c'est là la fin de tout homme - non la maison de festin, mais la maison de deuil ; ou le deuil lui-même, selon Jarchi : tout homme doit s'attendre à perdre parent et ami, et à venir ainsi à la maison de deuil ; et il doit mourir lui-même, et devenir l'occasion d'un deuil. C'est plutôt la mort même qui paraît visée, laquelle est la fin de tout homme, le chemin de toute chair - car il est réservé aux hommes de mourir ; ainsi le Targum :
« vu que sur eux tous est décrété le décret de la mort ; »
et le vivant y appliquera son cœur - en allant à la maison de deuil, il sera fait souvenant de la mort, y pensera sérieusement, et considérera sa fin dernière, combien elle est proche, et que tel sera bientôt son cas, comme celui du défunt qu'il vient pleurer. Ainsi le Targum l'interprète des paroles touchant la mort, des discours de mortalité qu'il y entend, qu'il remarque, met en son cœur et y serre. La note de Jarchi est :
« leur pensée est du chemin de la mort. »
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Il s'agit ici de la tristesse où plonge le spectacle des vanités et des maux de cette vie, y compris le péché (verset 5). Malheur à qui cherche à s'étourdir par de bruyants plaisirs ! Sans doute, à prêter aux maux d'ici-bas l'attention qu'ils méritent, on peut prendre mauvais visage (Néhémie 2.2), mais le cur, et c'est là l'important, est dans le vrai et dans des dispositions salutaires.
v. 3 · John Gill · 18/10/2026
Mieux vaut le chagrin que le rire, etc. Le chagrin exprimé dans la maison de deuil est meilleur, plus utile et plus louable que ce rire insensé et ces airs de légèreté qui règnent dans la maison de festin ; ou bien le chagrin causé par l'affliction et les peines - l'adversité même - est souvent bien plus profitable et sert davantage au bien des hommes que la prospérité ; ou encore la tristesse pour le péché, une tristesse selon Dieu, qui produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, est préférable à toute gaieté et à toute réjouissance charnelles. On peut traduire : « mieux vaut la colère que le rire » - ce que les Juifs entendent de la colère de Dieu corrigeant les hommes pour leur péché, laquelle vaut bien mieux que lorsqu'il ne prend point garde à eux et les laisse aller dans leur péché, comme s'il se plaisait en eux ; le Midrash en donne pour exemples la génération du déluge et les habitants de Sodome ; et le Targum penche vers ce sens :
« meilleure est la colère dont le Seigneur de ce monde s'irrite contre les justes en ce monde, que le rire dont il se rit des impies. »
Mais peut-être vaut-il mieux, avec d'autres, l'entendre de la colère exprimée contre le péché, dans des réprimandes fidèles quoique sévères, laquelle, à l'issue, est plus profitable que la flatterie de ceux qui y encouragent (voir Proverbes 27:5,6) ;
car par la tristesse du visage le cœur devient meilleur - quand cette tristesse n'est pas hypocrite, comme chez les scribes et les pharisiens, mais sérieuse et réelle, née de justes réflexions de l'esprit ; par elle, le cœur est détourné des choses vaines, charnelles et sensuelles, et s'engage dans la contemplation des choses spirituelles et célestes, ce qui lui est d'un grand avantage. Ou bien : par la sévérité du visage d'un ami fidèle, corrigeant les fautes, le cœur devient meilleur, qui reçoit ces corrections avec amour, confesse sa faute et s'amende.
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
Conclusion des versets 2 et 3. Le sérieux étant salutaire, et la frivolité dangereuse, le cur du sage le porte dans la maison de deuil. Où est le trésor, là est le cur. Le sage va consoler ceux qui pleurent et, quand il les quitte, son cur reste avec eux.
v. 4 · John Gill · 18/10/2026
Le cœur des sages est dans la maison de deuil, etc. Quand son corps n'y est pas : quand il ne lui convient pas de s'y rendre en personne, son esprit y est, et ses pensées s'emploient aux sujets utiles de la fragilité et de la mortalité de la nature humaine, de la mort, du jugement futur et du monde à venir ; ce qui le montre sage, et soucieux des meilleures choses - de son bonheur éternel dans l'autre état ;
mais le cœur des insensés est dans la maison de joie - où se trouve la compagnie joviale, où l'on chante des chansons gaies, où la coupe ou le verre circulent avec entrain, où tout est brillant et léger : là, l'insensé désire être plus souvent qu'il n'y est, et quand il ne le peut - ce qui montre la folie de son esprit, la vanité de son goût, et combien il est insoucieux de l'état futur et de son bien-être éternel.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
La censure du sage a sur l'âme une influence sanctifiante et durable (Proverbes 13.1 ; Psaumes 141.5).
La chanson des insensés n'est pas nécessairement un chant flatteur, composé en votre honneur, mais en général un chant frivole qui provoque des éclats de rire et de bruyants applaudissements (Job 21.12 ; Esaïe 5.11-12 ; Amos 6.5), mais qui n'a point de valeur et ne laisse rien après lui.
v. 5 · John Gill · 18/10/2026
Mieux vaut entendre la réprimande du sage, etc. L'écouter avec attention, la recevoir de bon cœur et agir selon elle ; quoiqu'elle puisse déplaire à la chair et causer une douleur présente, l'effet et l'issue en seront bons, et montreront sage l'homme qui l'écoute, autant que celui qui la donne (voir Psaume 141:5 ; Proverbes 15:31,32 ; 17:10) ;
que d'entendre la chanson des insensés - les chansons vaines et impures que les insensés chantent dans la maison de joie ; ou les flatteries des insensés, qui chatouillent et charment l'esprit comme font la musique et les chansons. Ou : « qu'un homme qui écoute la chanson des insensés » et s'y plaît.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Sur le feu d'épines (nous disons de paille), voir Psaumes 58.10 ; 118.12.
Il y a ici en hébreu un jeu de mots : chaudière : sir et épines : sirim.
v. 6 · John Gill · 18/10/2026
Car tel le pétillement des épines sous la marmite, tel est le rire de l'insensé, etc. Comme les épines sont faibles, inutiles et sans profit - nuisibles même et pernicieuses, et bonnes seulement à brûler -, tels sont les hommes fous et méchants (2 Samuel 23:6 ; Ésaïe 27:4) ; et comme le bruit et le son qu'elles font sous la marmite sont fort brefs - elles jettent une flambée un instant, et c'est bientôt fini -, ainsi le rire de l'insensé, tout bruyant et éclatant qu'il est, ne fait nulle mélodie, pas plus que le bruit des épines, et ne dure qu'un moment, pour se changer bientôt en pleurs et en hurlements qui dureront à jamais (voir Job 20:5) ;
cela aussi est vanité - la gaieté charnelle des méchants.
7 Certainement, l’oppression rend insensé le sage, et le don ruine le cœur. 8 Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement. Mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain. 9 Ne te hâte pas en ton esprit pour t’irriter, car l’irritationb 9 ailleurs : chagrin. repose dans le sein des sots.
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Conclusion de tout ce morceau :
Ceux qui sont dans le deuil, l'humiliation ou la tristesse, sont moins malheureux qu'ils ne semblent l'être au premier abord. A tout prendre, les heureux et les puissants sont dans des lieux glissants. Le pouvoir a ses pièges. Il peut troubler l'esprit des sages eux-mêmes et leur faire perdre le sens, les poussant à des actes iniques et les exposant comme juges à se laisser séduire par des présents (F. de Rougemont).
D'autres pensent qu'il y a ici une lacune. Notre verset aurait commencé par : Mieux vaut une position humble que de hauts emplois, car... Le sens reste le même.
v. 7 · John Gill · 18/10/2026
Certainement, l'oppression rend le sage insensé, etc. Ce qui peut s'entendre soit passivement : quand il est opprimé par d'autres, ou qu'il voit d'autres opprimés, l'indignation s'élève en lui, son esprit se trouble, et il est près de porter un jugement faux sur les dispensations de la Providence, et de dire à leur sujet des choses téméraires et inconsidérées (Psaume 73:2,3,12-14) ; soit activement, de l'oppression dont il opprime les autres : quand il se laisse aller à de telles pratiques, sa sagesse se retire de lui, son esprit s'abrutit, il joue le rôle d'un insensé, et se transperce lui-même de bien des douleurs. Certains l'entendent de la richesse acquise par de mauvaises voies, ou des présents donnés pour corrompre les hommes et leur faire commettre l'injustice - ce que la proposition suivante est censée expliquer ;
et le présent corrompt le cœur - il aveugle les yeux de juges par ailleurs sages, pervertit leur jugement et leur fait rendre une sentence inique, autant qu'il pervertit la justice. Ou : « et détruit le cœur de dons » - un cœur pourvu des dons de sagesse et de connaissance ; ou un cœur munificent, disposé à donner largement et libéralement, que l'oppression détruit et rend inutile.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
8 à 14 Patience ; soumission ; humble acceptation.
Fort bien ! pourrait-on dire, après avoir entendu. ce qui précède. Une vie sérieuse avec ses peines est peut-être préférable à la frivolité et à l'ambition. Mais à la longue le joug accable ! C'est à cette objection que l'Ecclésiaste va répondre.
Souvent ce qui dès l'abord présente des difficultés et des peines propres à décourager, se termine heureusement. Telle épreuve qui pourrait porter au murmure a de salutaires conséquences. Tout est bien, qui finit bien. L'issue si nous laissons Dieu agir, nous montrera le but qu'il se proposait. Pour juger pertinemment des choses, attendons-en le terme, plutôt que d'en juger avec présomption et que de nous rendre ainsi responsables de ce qui pourrait en résulter de fâcheux.
v. 8 · John Gill · 18/10/2026
Mieux vaut la fin d'une chose que son commencement, etc. Si la chose est bonne ; autrement, sa fin est pire : telle la fin de la méchanceté et des méchants, dont le commencement est doux mais la fin amère - bien plus, ce sont les chemins de la mort (Proverbes 5:4 ; 16:25) ; telle aussi la fin des professants charnels et des apostats, qui commencent par l'Esprit et finissent par la chair (Galates 3:3 ; 2 Pierre 2:20,21). Mais la fin des bonnes choses, et des hommes de bien, est meilleure que leur commencement - comme le fut celle de Job, tant pour les choses temporelles que spirituelles (Job 8:7 ; 42:12 ; voir Psaume 37:37 ; Matthieu 10:22 ; Luc 16:25) ;
et l'esprit patient vaut mieux que l'esprit hautain - la patience est un fruit de l'Esprit de Dieu, et d'un grand usage dans la vie du chrétien, surtout pour porter les afflictions ; elle tend à rendre les hommes plus humbles, plus doux et plus paisibles ; et ceux-là sont hautement estimés de Dieu : il les regarde, il habite avec eux, et il leur donne plus de grâce ; tandis que les orgueilleux, enflés d'eux-mêmes, de leurs richesses ou de leur justice, lui sont en abomination (voir Luc 16:15 ; 18:14).
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
L'irritation provient souvent de la présomption (verset 8) et elle empêche l'insensé de retirer de l'épreuve le profit qu'en retire celui qui remet sa voie sur l'Eternel (Psaumes 37.5).
L'irritation habite dans le sein des insensés et les tue (Job 5.2).
v. 9 · John Gill · 18/10/2026
Ne te hâte point en ton esprit de t'irriter, etc. Contre les hommes, pour toute parole dite ou toute action faite qui déplaît ; n'encourage pas, mais réprime les soudains mouvements de colère de l'esprit ; ne sois pas prompt au ressentiment, à marquer aussitôt colère et déplaisir ; mais sois lent à la colère, car un tel homme vaut mieux que le vaillant (Jacques 1:19 ; Proverbes 16:32) ; ou contre Dieu, pour ses corrections et ses châtiments ; ainsi le Targum :
« au temps où la correction du ciel vient sur toi, ne te hâte pas en ton âme de t'échauffer, pour dire des paroles de rébellion contre le ciel ; »
le conseil est bon :
« ne fais rien dans la colère ; »
car la colère repose dans le sein des insensés - où elle s'élève promptement et demeure longtemps ; là elle se trahit vite, y trouve entrée facile et demeure paisible : elle y pénètre aisément, mais il est difficile de la faire sortir du cœur d'un insensé - double preuve de sa folie (Proverbes 12:16 ; 14:17 ; voir Éphésiens 4:26) ; le sein, ou la poitrine, est communément représenté comme le siège de la colère par d'autres écrivains.
10 Ne dis pas : Comment se fait-il que les jours précédents ont été meilleurs que ceux-ci ? car ce n’est pas par sagesse que tu t’enquiers de cela. 11 La sagesse est aussi bonne qu’unc 11 ou : est bonne avec un. héritage, et profitable pour ceux qui voient le soleil ; 12 car on est à l’ombre de la sagesse [comme] à l’ombre de l’argent ; mais l’avantage de la connaissance, [c’est que] la sagesse fait vivre celui qui la possède.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Il ne faut pas que les difficultés du temps où nous vivons nous portent à vanter celui où nous ne vivons plus encore (Jude 1.16). Chaque époque a ses lumières et ses ombres. Acceptons sans murmurer les circonstances dans lesquelles Dieu nous place : il a en vue notre développement moral. C'est dans les jours où Dieu nous a appelés à vivre que nous attend de sa part notre tâche. Le blâme que le verset 3 a prononcé sur le rire ne justifie aucunement l'humeur sombre et l'esprit de critique.
C'est nous, dit saint Jérôme, qui faisons le bon on le mauvais siècle, selon que nous sommes vertueux ou vicieux.
Et Horace signale l'humeur querelleuse et difficile de ceux qui sont toujours à louer le temps qui n'est plus.
Car ce n'est point par sagesse que tu demandes cela. Il faudrait commencer par prouver que le temps passé valait réellement mieux que le temps actuel, avant de rechercher les causes de ce phénomène. Puis, s'il y a beaucoup de questions qui sont inspirées par un esprit de sagesse, celle-ci n'est pas du nombre. Elle a une tout autre cause !
v. 10 · John Gill · 18/10/2026
Ne dis point : d'où vient que les jours d'autrefois étaient meilleurs que ceux-ci ? etc. C'est une opinion commune, qui prévaut parmi les hommes en tous les âges, que les temps anciens valaient mieux que les présents : que le négoce y fleurissait davantage, que les hommes y acquéraient plus de bien et de richesses et vivaient dans plus d'aisance et d'abondance ; et ils se plaignent que leur lot soit échu en des temps si durs, et sont prêts à en rejeter le blâme sur la providence de Dieu et à murmurer contre elle - ce qu'ils ne doivent point faire ;
car ce n'est pas par sagesse que tu t'enquiers de cela - cette opinion vient de l'ignorance des temps anciens : si l'on s'en enquérait droitement, ou si l'on en pouvait acquérir la vraie connaissance, il paraîtrait qu'ils ne valaient pas mieux que les présents, et qu'il y eut toujours des hommes mauvais et des choses mauvaises - fraudes, oppressions, violences, et tout ce dont on peut se plaindre aujourd'hui ; ou si les choses sont pires qu'elles n'étaient, il faut l'imputer à la méchanceté des hommes ; et celui qui s'enquiert devrait regarder à soi-même et à ses propres voies, voir si la cause n'y est pas, et s'appliquer à racheter le temps, parce que les jours sont mauvais - et non mettre en accusation la providence de Dieu, murmurer contre elle et lui chercher querelle, comme si ses distributions étaient inégales, et la justice moins bien rendue en un âge qu'en un autre.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
S'il y a une sagesse fausse et apparente à s'informer de certaines choses, il y en a cependant une vraie, et celle-là est aussi bonne, rend autant de services, qu'un héritage, et même des services plus signalés encore (verset 12 ; Proverbes 3.18).
D'autres traduisent : La sagesse est bonne avec un héritage ; mais il résulterait de là que, sans héritage, la sagesse n'aurait pas de valeur. La préposition im : avec, a ici le même sens que dans Job 9.26 ; Psaumes 73.5 et très souvent.
v. 11 · John Gill · 18/10/2026
La sagesse est bonne avec un héritage, etc. Elle est bonne par elle-même. Ou : « elle est aussi bonne qu'un héritage », comme on peut traduire : elle est un patrimoine à elle seule, surtout la sagesse spirituelle et divine. Le Targum l'interprète de la sagesse de la loi, ou de sa connaissance ; mais bien plus excellente est la sagesse de l'Évangile, la sagesse de Dieu en mystère, la sagesse cachée, dont la connaissance expérimentale est préférable à tous les héritages terrestres. Mais cette sagesse, avec un héritage, est bonne - meilleure, oui, qu'elle ne l'est sans lui ; car la sagesse sans les richesses est généralement méconnue et méprisée dans les hommes (voir Ecclésiaste 9:16), tandis que la richesse jointe à la sagesse fait considérer un homme : elle commande le respect et l'attention ; sans compter qu'il est mieux en état de faire le bien, s'il est disposé à partager et prompt à distribuer ;
et elle est un profit pour ceux qui voient le soleil - les mortels de l'état présent, décrits comme voyant le soleil se lever et se coucher, et jouissant de sa chaleur et de sa lumière, reçoivent grand avantage des hommes qui sont tout ensemble sages et riches ; ou : « et elle est une excellence pour ceux qui voient le soleil » - c'est une excellence pour les mortels, et ce qui leur donne la supériorité sur les autres, que de posséder à la fois la sagesse et les richesses.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Offre un abri, littéralement : met à l'ombre, sans cependant qu'il y ait ici une allusion au verset 11 (qui voient le soleil) : l'ombre est l'image de la protection (Psaumes 91.4 ; Esaïe 30.2). Un héritage met à l'abri des privations qu'impose la pauvreté, et la sagesse ou la connaissance, à l'abri du mécontentement.
Fait vivre. Comparez Proverbes 3.18 ; Psaumes 36.10.
v. 12 · John Gill · 18/10/2026
Car la sagesse est un abri, et l'argent est un abri, etc. Ou une « ombre » de rafraîchissement et de protection, sous laquelle on s'assied avec plaisir et sûreté : par sa sagesse, comme par son argent, un homme est en état de se défendre contre les injustices et les oppressions d'autrui - surtout quand les deux se rencontrent en un même homme. Jarchi traduit et interprète :
« celui qui est à l'ombre de la sagesse est à l'ombre de l'argent, car la sagesse est la cause qui fait venir les richesses ; »
et de même le Targum :
« comme un homme s'abrite à l'ombre de la sagesse, ainsi s'abrite-t-il à l'ombre de l'argent, quand il en fait l'aumône ; »
que l'on compare Luc 16:9 (voir Ecclésiaste 7:19 ; 9:16 ; Proverbes 18:11). Théognis a une sentence fort semblable :
« les richesses et la sagesse sont toujours inexpugnables aux mortels ; »
mais l'excellence de la connaissance, c'est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent - ou : « l'excellence de la connaissance de la sagesse fait vivre », etc. ; non la sagesse naturelle, ou la connaissance des choses naturelles et civiles, dont le sage a déjà exposé la vanité ; mais la connaissance de Dieu en Christ, la connaissance du Christ, qui est la Sagesse de Dieu, et de l'Évangile, et de toutes les choses divines et spirituelles. C'est là une excellence supérieure aux richesses, lesquelles exposent souvent la vie au danger, et ne peuvent préserver ni de la mort corporelle, moins encore de la mort éternelle ; tandis que telle est l'excellence de la connaissance spirituelle, que la vie spirituelle l'accompagne : ceux qui sont spirituellement éclairés sont spirituellement vivifiés ; ils vivent par la foi en Christ, qu'ils connaissent, et par sa connaissance possèdent tout ce qui appartient à la vie et à la piété, et ont tout ensemble un droit et une aptitude à la vie éternelle ; bien plus, cette connaissance est la vie éternelle même (Jean 17:3 ; voir 2 Pierre 1:3) ; et elle est le pur don de la Sagesse, du Christ, et ne doit rien au mérite des hommes ni aux œuvres faites en obéissance à la loi, qui ne peut donner cette vie (voir Jean 17:2 ; 10:28 ; Romains 6:23 ; Galates 3:21).
13 Considère l’œuvre de Dieu , car qui peut redresser ce qu’il a tordu ? 14 Au jour du bien-être, jouis dud 14 litt. : sois dans le. bien-être, et, au jour de l’adversité, prends garde ; car Dieu a placé l’un vis-à-vis de l’autre, afin que l’homme ne trouve rien [de ce qui sera] après lui.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
Retour aux versets 9 et 10. Que l'homme désarme donc devant Dieu ! Qu'il se pénètre de l'idée que tout ce qui arrive en fait de biens et de maux est pour son éducation. C'est là l'uvre de Dieu.
Ce qu'il a courbé : ce que Dieu a trouvé bon de faire autre que ce que nous aurions désiré et que ce qu'il ferait si le monde était dans un état normal (1.15).
v. 13 · John Gill · 18/10/2026
Considère l'œuvre de Dieu, etc. Ceci s'adresse à ceux qui trouvaient les jours d'autrefois meilleurs que les présents, et étaient prêts à quereller la providence de Dieu (Ecclésiaste 7:10) ; on leur conseille donc de considérer l'œuvre de Dieu - non l'œuvre de la création, mais celle de la providence, qui est l'effet de la souveraineté divine, conduite et dirigée selon le conseil de sa volonté, et toujours sagement menée pour répondre aux meilleures fins ; toute chose est belle en sa saison : que l'on contemple, adore et admire la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu qui s'y déploient ; elle est telle qu'on ne peut la rendre meilleure, ni autre qu'elle n'est ;
car qui peut redresser ce qu'il a courbé ? - ou ce qui semble l'être, irrégulier et déplaisant ? Nul ne peut amender ni rendre meilleur ce qu'il blâme et dont il se plaint ; nul ne peut changer le cours des choses, ni arrêter la main, ni suspendre la providence de Dieu : s'il est de son bon plaisir que des calamités publiques adviennent dans le monde, ou en telle partie du monde - famine, peste ou épée -, ou quelque affliction sur des familles et des personnes particulières, ou la pauvreté et la médiocrité chez tels et tels, il n'est pas moyen de l'empêcher ; tout ce qu'il a résolu et arrêté, sa providence l'effectue, et il n'est pas de frustrer ses desseins ; il ne sert de rien à la créature de murmurer et de se plaindre ; le meilleur est de se soumettre à sa volonté, car nul changement ne peut se faire que celui qu'il lui plaît. Certains l'entendent des défauts naturels des corps humains, avec lesquels on naît ou qui surviennent - cécité, boiterie, etc. ; ainsi le Targum :
« considère l'œuvre de Dieu et sa force, qui a fait l'aveugle, le bossu et le boiteux, pour être des merveilles dans le monde ; car qui peut redresser l'un d'eux, sinon le Seigneur du monde, qui l'a fait courbé ? »
D'autres, des défauts spirituels de ceux qui marchent dans des voies tortueuses et s'y endurcissent : qui peut les corriger et les rendre autres, si Dieu ne leur donne sa grâce pour les convertir et amollir leurs cœurs durs ? Il endurcit qui il veut - et qui a résisté à sa volonté ? La paraphrase de Jarchi est :
« qui peut redresser après la mort ce qu'il a courbé pendant la vie ? »
(voir le commentaire sur Ecclésiaste 1:15). Alshech l'interprète du premier homme, Adam.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Au jour du bonheur..., du malheur. Comparez 3.4. Il y a un temps pour tout et tout est bon en ce temps-là.
Jouis du bonheur. Horace : Quand Dieu t'envoie un bonheur, saisis-le avec reconnaissance (Epître I).
Dieu a fait l'un à l'opposite de l'autre : Job 2.10 ; Lamentations 3.38. Point de malheur qui ne soit compensé par quelque avantage. Comme aussi la vie la plus heureuse a ses peines. Tu as trop de lumière, voici la nuit ; assez des ténèbres, voici le jour. Tu déplores la mort, tu as aussi la vie ; tu te plains de la vie, voici la mort. Rien d'exclusif, en sorte que tu n'as pas le droit de te plaindre (Psaumes 51.6).
Afin que l'homme ne trouve rien [à redire] après lui : après Dieu, ou, comme d'autres l'entendent, après l'uvre de Dieu (verset 13) ; qu'on ne puisse pas critiquer la manière dont il combine, pour le plus grand bien de l'homme, le malheur et le bonheur.
Plusieurs ne peuvent admettre que les mots après lui aient ici un sens différent de celui qu'ils ont partout ailleurs dans notre livre, où ils signifient toujours : après l'homme, après sa vie terrestre (3.22 ; 6.12 ; 10.14). Ils traduisent donc : Afin que l'homme ne trouve rien après lui. Dieu a fait le malheur comme le bonheur, pour que l'homme ignore son avenir ; c'est Dieu qui envoie bonheur et malheur, mais de telle sorte qu'il n'y a pas toujours correspondance entre le mal et le malheur, entre le bien et le bonheur.
D'autres encore : Dieu fait le malheur comme le bonheur en vue du moment où l'homme ne trouvera plus rien, c'est-à-dire devra sortir nu de cette vie. S'il n'y avait ici-bas que bonheur, l'homme ne serait jamais préparé à la mort.
v. 14 · John Gill · 18/10/2026
Au jour de la prospérité, sois dans la joie, etc. Ou « au bon jour » : quand les choses vont bien dans l'État, dans la famille d'un homme et pour lui-même, quand on jouit de la santé, de la paix et de l'abondance, et que sa condition prospère et fleurit, il lui sied d'être reconnaissant envers Dieu, de jouir librement et gaiement de ce qui lui est accordé, et d'en faire le bien ; ou : « sois dans le bien » - de bon cœur, en bonne humeur, gai et dispos ; ou « jouis du bien », comme la Vulgate latine : car ce que Dieu donne aux hommes, il le leur donne richement pour en jouir, pour en user eux-mêmes et être utiles aux autres ; ainsi le Targum :
« au jour où le Seigneur te fait du bien, sois toi aussi dans la bonté, et fais du bien à tout le monde ; »
(voir Galates 6:10) ; la paraphrase de Jarchi est :
« quand il est en ta main de faire le bien, sois parmi ceux qui font le bien ; »
mais au jour de l'adversité, considère - ou « au jour du malheur » : considère d'où vient l'affliction - non de la poussière, ni du hasard, mais de Dieu et par sa sage ordonnance ; pourquoi elle vient - que le péché en est la cause, et lequel ; et à quelles fins elle est envoyée - pour amener au sentiment du péché, à sa confession et à l'humiliation, pour l'ôter, et rendre les hommes de bien plus participants de la sainteté. Ou : « attends-toi au jour de l'adversité » - au jour même de la prospérité il faut s'y attendre, car il n'est ni fermeté ni stabilité en aucun état : ce ne sont que vicissitudes et changements continuels. Le Targum porte :
« afin que le mauvais jour ne vienne pas sur toi, vois et prends garde ; »
sois vigilant et circonspect, et conduis-toi sagement, afin qu'il soit prévenu. La note de Jarchi est :
« quand le malheur vient sur les méchants, sois parmi ceux qui voient, et non parmi ceux qui sont vus ; »
et il le rapproche d'Ésaïe 66:24. On observera qu'il est un temps fixé pour chacun de ces deux états, la prospérité et l'adversité ; que ce temps est court, et pour cela appelé un jour ; que l'un est bon et l'autre mauvais - caractères qu'ils portent selon l'apparence extérieure et selon le jugement et l'estime des hommes ; car autrement, la prospérité est souvent nuisible et perd les insensés, et l'adversité est utile aux âmes des hommes de bien ;
Dieu a fait l'un vis-à-vis de l'autre - tous deux sont par son ordonnance, placés en leur lieu propre et venant en leur temps propre ; ils se succèdent et se répondent l'un à l'autre, comme le jour et la nuit, l'été et l'hiver, et travaillent ensemble au bien des hommes ;
afin que l'homme ne trouve rien après lui - qu'il ne puisse savoir ce qui sera dans la suite, ni quel sera son état, prospère ou adverse ; les choses étant si incertaines, si sujettes au changement, et rien n'étant permanent, il ne peut donc rien trouver où mettre sa confiance et son appui, rien dont il soit assuré ; et les choses sont conduites et disposées avec tant de sagesse qu'il ne peut y trouver à redire, ni avoir juste sujet de s'en plaindre ; ainsi la Vulgate latine : « qu'il ne trouve pas de justes plaintes contre lui » ; et dans le même sens la version syriaque ; le Targum porte :
« qu'il ne trouve aucun mal en ce monde. »
15 J’ai vu tout [cela] dans les jours de ma vanité : il y a tel juste qui périt pare 15 ou : dans. sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge [ses jours] parf 15 ou : dans. son iniquité.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
15 à 24 Il y a une piété dont il faut se méfier (versets 15 à 18). Eloge de la crainte de Dieu et de la sagesse (versets 18 à 22). Retour de l'Ecclésiaste sur lui-même (versets 23 et 24).
Voici peut-être le morceau le plus étonnant de notre livre. Au premier abord il semble recommander, non pas seulement la voie moyenne sur laquelle on évite tout extrême, le rien de trop de Térence, mais même la modération dans le bien et la modération dans le mal. Il faut, paraît-il dire, se rendre à l'évidence : l'homme ne peut pas faire le bien ; la perfection n'est pas son fait ; il lui faut jusqu'à un certain point sacrifier à la folie !
Heureusement le verset 18 est là, parfaitement clair, et c'est à la lumière de cette parole que tout le reste doit être jugé. Ce n'est point contre une justice de bon aloi que s'élève l'Ecclésiaste, mais contre une justice d'invention humaine, qui consiste à édicter et à observer des commandements d'homme. Que personne ne se mette dans l'esprit que qui dit justice, dit longue et heureuse vie, et que, vice versa, le péché soit toujours suivi de près par sa punition. J'ai vu à cet égard des choses étranges, car ici-bas règne la vanité. La combinaison des maux et des biens, qui est la règle (versets 13 et 14), souffre des exceptions. J'ai vu tel juste mourir avant le temps et non pas vivre dans sa justice ; et j'ai vu tel pécheur prolonger ses jours dans sa méchanceté. C'est pourquoi, que personne ne s'imagine qu'en multipliant à plaisir les occasions de pratiquer la justice, l'on s'assure d'autant plus certainement la bénédiction de Dieu. Sur cette voie, au contraire, tu pourrais bien te perdre par l'orgueil et oublier qu'il n'est pas ici-bas de juste parfait, à cause du cur naturellement mauvais que nous portons tous en nous (verset 20).
Ce n'est pas cependant que je veuille te recommander le relâchement moral (verset 17). Il y a un précipice de chaque côté du chemin. Tiens-t'en à la crainte de Dieu (verset 18), et tu les éviteras l'un et l'autre. Là est la sagesse (verset 19). Ne prête pas une oreille trop facile à tout ce que tu peux entendre dire en faveur de la justice raffinée contre laquelle je te mets en garde. Résiste aux entraînements, même religieux ! Maintiens-toi au-dessus de tout qu'en dira-t-on. Si l'on prend l'habitude de tenir compte de tout ce que les gens peuvent dire, on s'expose à éprouver de fort désagréables impressions. Il faut pouvoir tout entendre sans se laisser influencer et sans se formaliser, en songeant à tant de paroles vaines qu'on a soi-même prononcées.
J'ai tout vu : les deux extrémités de ce qu'on peut voir ici-bas.
Dans les jours de ma vanité : depuis que je suis dans ce monde. Ce que je donne ici est le fruit de mon expérience. Ces mots ne sont point, comme on l'a cru parfois, une allusion aux années d'infidélité de Salomon.
v. 15 · John Gill · 18/10/2026
J'ai tout vu dans les jours de ma vanité, etc. Ou « toutes ces choses » : ce qui précède et ce qui suit, les divers changements auxquels les hommes sont sujets, bons et mauvais ; il en avait fait ses observations tout au long de sa vie - vie vaine, comme l'est celle de tout homme, pleine de mal et de peine (voir Ecclésiaste 6:12) ; peut-être le sage a-t-il quelque égard aux temps de son apostasie, laquelle put être amenée, entre autres choses, par ceci : l'observation des hommes de bien affligés et des méchants prospères, qui a souvent été une pierre d'achoppement pour les gens de bien ;
il est tel juste qui périt dans sa justice - non éternellement : nul homme véritablement juste n'a jamais péri, qui est rendu tel par la justice du Christ à lui imputée ; car si le juste est dit sauvé difficilement, il est pourtant sûrement sauvé ; cela ne peut être vrai, en ce sens, que de celui qui n'est juste qu'extérieurement, qui se confie en sa propre justice, et qui peut y périr ; mais il faut l'entendre temporellement et corporellement : un homme réellement juste peut périr en son nom, en son bien, aussi bien qu'à la mort, et cela à cause de sa justice ; il peut perdre son bon nom et sa réputation, et son bien, pour l'amour de la justice ; oui, sa vie même, comme Abel, Naboth et d'autres ; cela arrive « parfois », comme l'observe Aben Ezra, non toujours ; ou bien : un juste, nonobstant sa justice, meurt, et parfois ne vit que peu de temps - sens que l'antithèse paraît requérir ;
et il est tel méchant qui prolonge ses jours dans sa méchanceté - qui est fort méchant, et qui pourtant, nonobstant sa grande méchanceté, vit longtemps dans le monde (voir Job 21:7).
16 Ne sois pas juste à l’excès, et ne fais pas le sage outre mesure ; pourquoi te détruirais-tu ? 17 Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé ; pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? – 18 Il est bon que tu saisisses ceci et que tu ne retires point ta main de cela ; car qui craint Dieu sort de tout.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Le pharisaïsme se préparait.
Pourquoi te perdrais-tu ? Une malédiction repose sur l'orgueil et l'hypocrisie.
Pour cette question, qui renferme une forte affirmation, comparez Ezéchiel 33.11.
v. 16 · John Gill · 18/10/2026
Ne sois pas juste à l'excès, etc. Cela ne s'entend pas de la justice vraie et réelle, même morale - un homme ne peut être trop saint ni trop juste ; mais de l'ostentation et du semblant de justice, et de ceux qui veulent passer pour plus justes et plus saints que les autres, et méprisent en conséquence ceux qui, à leur idée, ne les valent pas ; qui sont fort rigides et censorieux dans leurs jugements d'autrui, et fort sévères dans leurs réprimandes ; et qui, pour paraître très justes, font plus que ce que la loi requiert d'eux - jusqu'à des œuvres de surérogation, comme les pharisiens autrefois et les papistes aujourd'hui le prétendent ; s'abstiennent de l'usage licite des choses que Dieu a données pour en jouir ; et macèrent leurs corps par l'abstinence, les jeûnes, les pèlerinages, les pénitences, les disciplines et autres pratiques semblables, comme les ermites parmi les chrétiens, et les Turcs, ainsi que l'observe Aben Ezra sur ce passage ; et il en est beaucoup qui, par un zèle imprudent pour ce qu'ils jugent droit - et qui n'est parfois que bagatelle -, et par des réprimandes intempestives de ce qui est mal, s'exposent au ressentiment et au danger. Certains l'entendent de la justice politique et punitive, exercée d'une manière trop stricte et trop rigoureuse, selon la maxime : « summum jus saepe summa injuria est » ; et Schultens, d'après l'usage du mot en arabe, traduit : « ne sois pas trop rigide » ; d'autres, en sens contraire, d'une trop grande clémence et pitié envers les coupables - ainsi le Midrash ; et Jarchi l'illustre par le cas de Saül, qui eut pitié des méchants et épargna Agag. Le Targum porte :
« ne sois pas juste à l'excès au temps où un pécheur est trouvé coupable de meurtre en ton tribunal, en sorte que tu l'épargnes et ne le fasses pas mourir ; »
et ne te fais pas sage outre mesure - au-delà de ce qui est écrit, et ne prétends pas être plus sage que les autres ; ainsi la version arabe : « ne montre pas trop de sagesse » ; n'affecte pas - comme de n'être pas plus juste que les autres, de n'être pas non plus plus sage - en trouvant à redire aux temps présents, ou aux dispensations de la Providence, ou aux mœurs et à la conduite des hommes, en t'érigeant en critique et en censeur des hommes et des choses ; et ne fouille pas dans les choses, n'en recherche pas une connaissance qui passe ta portée et excède ta capacité ;
pourquoi te détruirais-tu ? - soit en vivant trop strictement et trop austèrement, soit en étudiant avec trop d'application, soit en te conduisant envers les hommes de telle sorte qu'ils chercheront ta perte et la feront venir sur toi ; ou : « pourquoi », ou « de peur que tu ne deviennes stupide » - que tu ne perdes le sens et la raison, comme ceux qui s'appliquent à des connaissances pour lesquelles ils n'ont nulle capacité ; ou : pourquoi deviendrais-tu insensé aux yeux de tous par ta conduite ? ou encore : « pourquoi serais-tu désolé » - seul, sans que personne se soucie de ta conversation ni de ta connaissance ?
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Ne te jette pas dans l'extrême opposé à celui contre lequel je viens de te mettre en garde.
Avant ton temps, littéralement : dans un temps qui n'est pas le tien (Job 15.32 ; 22.16).
L'insensé nie Dieu (Psaumes 14.4) et tombe dans des péchés grossiers (Proverbes 10.27 ; Psaumes 55.14).
v. 17 · John Gill · 18/10/2026
Ne sois pas méchant à l'excès, etc. Non qu'un homme doive être méchant en rien ; mais certains, observant que les méchants prolongent leurs jours dans leur méchanceté, s'enhardissent à pousser dans le péché plus loin qu'ils n'ont fait encore, s'abandonnent à toute iniquité, et se jettent dans les excès de la débauche, dans les énormités les plus grossières et les plus scandaleuses. Certains traduisent : « ne te trouble pas », ou « ne t'effraie pas toi-même » - ne te tourmente pas et ne te distrais pas dans les affaires de la vie, t'agitant et te démenant, sans repos ni relâche, pour acquérir fortune et richesses ; mais sois tranquille, et satisfait de ce que tu possèdes ou de ce qui vient sans tant de remuement et de peine - c'est le sens premier du mot. Le sens paraît être : ou bien ne multiplie pas le péché, n'y ajoute pas et n'y persévère pas ; ou bien ne l'aggrave pas, faisant les péchés plus grands et plus odieux qu'ils ne sont, et le cas d'un homme pire qu'il n'est, pour sombrer ainsi dans le désespoir - et en ce sens la parole s'oppose à l'étalage ostentatoire de justice ;
et ne sois pas insensé - ne t'abandonne pas à une vie dissolue, à un train de péché qui s'achèvera dans la ruine du corps et de l'âme ; ou à l'aggraver d'une manière excessive ;
pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? - attirant sur ton corps, par une vie déréglée, des maladies qui s'achèveront dans la mort ; ou tombant aux mains du magistrat civil, pour des crimes capitaux dont la sentence de mort devra être prononcée et exécutée avant que tu n'atteignes le terme commun de la vie humaine (voir Psaume 55:23 ; 90:10) ; ou, comme traduit M. Broughton, « avant ton temps ordinaire » - non avant le temps fixé. Le Targum porte :
« sois la cause de la mort pour ton âme ; »
ou, par désespoir, attenter à ses propres jours.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparez Matthieu 23.23. Il ne faut jamais séparer l'observation intérieure de l'observation extérieure de la loi.
v. 18 · John Gill · 18/10/2026
Il est bon que tu retiennes ceci, etc. Ce conseil, comme dit la version arabe, en ses diverses branches : n'être ni juste ni méchant à l'excès, ni sage ni insensé outre mesure ; éviter l'un et l'autre, se tenir loin des extrêmes, et suivre la voie la plus sûre ; un tel conseil, il est droit de le saisir, de l'embrasser et de le tenir ferme ;
et que de cela même tu ne retires pas ta main - de ce qui suit touchant la crainte de Dieu ; ou bien « ceci et cela » peut se rendre « ceci et cela », et le sens est : saisis ceci - la dernière partie du conseil, n'être pas méchant ni insensé à l'excès, ce qui cause souvent une mort prématurée - et ne te relâche pas de cette autre et première partie : n'être pas juste ni sage outre mesure ;
car celui qui craint Dieu sort de tout cela - ou échappe à tout cela ; la tournure est devenue rabbinique : il en sera libre et exempt - de l'excès de justice et de sagesse, comme de l'excès de méchanceté et de folie ; la crainte de Dieu, qui est le commencement de la sagesse, est le meilleur préservatif et le meilleur antidote contre ces choses : l'homme qui craint Dieu est humble, renonce à sa propre justice et se défie de sa propre sagesse ; il craint de commettre le péché, et fuit la folie.
19 La sagesse fortifie le sage plus que dix hommes puissants qui sont dans la ville.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Donne plus de force au sage, littéralement : se montre plus fort en faveur du sage (Proverbes 10.15).
Que dix capitaines, à la tête d'autant de légions.
v. 19 · John Gill · 18/10/2026
La sagesse fortifie le sage, etc. Contre les extrêmes mentionnés plus haut ; elle est pour lui une garde autant qu'un guide ; elle lui est une défense, comme il a été observé (Ecclésiaste 7:12), et vaut mieux que la force du corps ou les armes de guerre (Ecclésiaste 9:16,18) ; le sage fait par elle de plus grandes choses que le fort avec ses armes, et il est plus en sûreté avec elle qu'il ne saurait l'être par elles. Certains l'entendent du Christ, la Sagesse de Dieu, sans qui l'homme de bien ne peut rien, mais peut tout par lui qui le fortifie ; et lui étant une forte tour et un lieu de refuge, il est plus en sûreté en lui que dans la plus forte garnison et sous la protection du plus grand nombre de vaillants hommes : le Christ, et la grâce qui vient de lui, fortifient
plus que dix hommes puissants qui sont dans la ville - c'est-à-dire que beaucoup d'hommes puissants, ou d'hommes de guerre, qui gardent une ville - Jérusalem ou toute autre. Le Targum applique ceci à Joseph, et paraphrase :
« la sagesse de Joseph, fils de Jacob, l'aida, pour le rendre plus sage que tous ses dix frères justes. »
20 Certes, il n’y a pas d’homme juste sur la terre qui ait fait le bien et qui n’ait pas péché. 21 Aussi ne mets pas ton cœur à toutes les paroles qu’on dit, afin que tu n’entendes pas ton serviteur te maudissant. 22 Car aussi ton cœur sait que bien des fois, toi aussi, tu as maudit les autres. 23 J’ai éprouvé tout cela par la sagesse ; j’ai dit : Je serai sage ; mais elle était loin de moi. 24 Ce qui a été est loin et très profond, qui le trouvera ?
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
Car il n'est pas sur la terre un homme juste. Bien heureusement, la sagesse rend fort, car il n'y a personne qui ne soit affaibli par le péché. Sur cette affirmation de la culpabilité générale de toute la race humaine, voir dans l'Ancien Testament Psaumes 130.3 ; 143.2 ; Job 9.2 ; 14.3 ; Proverbes 20.9 ; 1Rois 8.16.
v. 20 · John Gill · 18/10/2026
Car il n'est point d'homme juste sur la terre, etc. Ou « quoique », ou « toutefois » : si utile que soit la sagesse, si bien qu'elle garde et fortifie l'homme de bien, nul n'en a pourtant assez de part pour vivre sans péché ; il n'y en avait alors nul sur la terre, il n'y en eut jamais, il n'y en aura jamais et n'y en a jamais eu - l'homme Christ Jésus excepté : lui seul, comme homme, fut parfaitement juste tandis qu'il était sur la terre ; il alla de lieu en lieu faisant le bien, et ne pécha jamais de toute sa vie ; mais cela ne peut se dire de nul autre - non, pas même de celui qui est véritablement et réellement juste ; non extérieurement et à ses propres yeux seulement, mais rendu tel par l'obéissance du Christ, par sa justice à lui imputée - tant qu'il est sur la terre ; car au ciel, où les esprits des justes sont rendus parfaits, on peut dire d'eux ce qui suit, mais nulle part ailleurs ;
qui fasse le bien et ne pèche point - c'est le caractère du juste de faire le bien : ce qui est selon la volonté de Dieu, par un principe d'amour pour lui, par la foi en lui, au nom et dans la force du Christ, et en vue de la gloire de Dieu ; faire le bien en ce sens, les méchants ne le peuvent - seuls le peuvent ceux que la grâce de Dieu a rendus bons, régénérés et faits nouvelles créatures en Christ, vivifiés par son Esprit, vrais croyants en lui ; lesquels se montrent ce qu'ils sont par les fruits de bonnes œuvres qu'ils portent - non d'une manière mercenaire, ni pour obtenir la vie et la justice, mais pressés par la grâce de Dieu, par laquelle ils sont gratuitement justifiés ; et cependant même ceux-là ne sont pas exempts de péché, comme il paraît par leurs confessions et leurs plaintes, par leurs reculs, leurs faux pas et leurs chutes, et par leurs supplications pour de nouvelles découvertes de la grâce qui pardonne ; ils ne sont pas même sans péché, ni sans en commettre, dans les devoirs religieux, ou pendant qu'ils font le bien - d'où leur justice est dite comme un vêtement souillé, et il est fait mention de l'iniquité des choses saintes (Ésaïe 64:6 ; Exode 28:38). Le Targum porte :
« qui fasse le bien tous ses jours, et ne pèche point devant le Seigneur. »
Aben Ezra en donne justement le sens ainsi :
« qui fasse le bien toujours, et ne pèche jamais ; »
et il observe qu'il n'en est point qui ne pèchent en pensée, en parole ou en action. Le poète dit :
« pécher est commun à tous les hommes ; »
nul homme, si bon soit-il, n'est parfait sur la terre ni exempt de péché (voir 1 Rois 8:46 ; Proverbes 20:9 ; 1 Jean 1:8). La paraphrase d'Alshech est :
« il n'est point de juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche point “dans ce bien même” ; »
ce qui est le vrai sens des mots.
v. 21 · Bible annotée · 18/10/2026
21 et 22 Il n'y a pas de juste ; tu ne l'es pas. Sois donc indulgent pour autrui, et méfiant. Si l'on te juge, sévèrement, ne t'en préoccupe pas trop. Ne fais pas dépendre ta conduite de l'opinion des autres. Sache ignorer les propos qui pourraient t'irriter (Psaumes 38.14 ; 1Samuel 10.27 ; 2Samuel 16.10). Souviens-toi que tu n'as pas toujours été juste dans tes appréciations (Jacques 3.1-2).
v. 21 · John Gill · 18/10/2026
Ne prends pas garde non plus à toutes les paroles qui se disent, etc. Puisqu'il en est ainsi, que l'imperfection accompagne les meilleurs des hommes, que nul n'est sage en tout temps, et que des paroles folles et des expressions inconsidérées lui échapperont parfois, il vaut mieux n'y point prendre garde : il ne faut ni les scruter de près ni les examiner rigoureusement, car elles ne le supporteraient pas. Un homme ne doit pas prêter l'oreille à tout ce qui se dit de lui ou d'autrui ; il ne doit pas s'enquérir curieusement de ce que les hommes disent de lui, et ce qu'il entend lui-même, il ne doit pas le relever : le meilleur est souvent de le laisser passer sans y revenir, de feindre de n'avoir pas entendu ou de faire comme si l'on n'avait pas entendu ; car souvent, à rapporter une affaire ou à relever des paroles dites, il s'ensuit force peines et malheurs ; un homme ne doit pas y « donner son cœur », comme porte le texte hébreu : il ne doit pas prêter son esprit à ce qui se dit de lui, mais y demeurer insouciant et indifférent - moins encore le serrer en sa mémoire et méditer de s'en venger. Le Targum, la Septante, les versions syriaque et arabe le restreignent aux paroles dites par les méchants, dont la langue est à eux et qui diront ce qu'il leur plaît ; parmi lesquels on peut ranger, plus particulièrement, les détracteurs, les chuchoteurs, les médisants et les rapporteurs, qu'il ne faut ni écouter ni encourager ; mais il n'est nulle nécessité de limiter ainsi le sens, qui est plus général et peut embrasser ce que dit tout homme, même les hommes de bien, puisqu'ils ont leurs infirmités ; il paraît viser principalement les paroles diffamatoires, d'après ce qui suit ;
de peur que tu n'entendes ton serviteur te maudire - parler de toi avec légèreté, moquerie et outrage, comme Schimeï de David ; ce qui doit être fort déplaisant et fort mortifiant à entendre d'un homme si humble et si bas, qui dépend de toi, gagne son pain chez toi et tire sa subsistance de ton service - et envers qui tu as peut-être été bon, en sorte qu'il se rend coupable d'une noire ingratitude, qui aggrave la chose ; ou sinon, si ce qu'il dit est juste, l'entendre ne peut que causer grande peine.
v. 22 · John Gill · 18/10/2026
Car bien des fois aussi ton propre cœur sait, etc. Ou « ta conscience », comme la Vulgate latine, laquelle vaut mille témoins ; et si un homme y prend garde, il sera convaincu de ses propres fautes, manquements et infirmités, qu'il commet fréquemment. En particulier :
que toi-même pareillement tu as maudit les autres - soit en ton cœur, soit de la langue : tu as pensé du mal d'eux, tu leur en as souhaité ; tu as parlé d'eux avec mépris, tu les as injuriés et outragés ; tu les as appelés de vilains noms et maltraités ; tu as dit sur eux des paroles fort dures et fort sévères, dans un accès de colère, étant provoqué - et tu t'en es repenti ensuite, mieux informé de l'état de la cause, ou convaincu du mal de l'emportement et du parler téméraire ; que l'on considère donc chez les autres les mêmes passions et les mêmes infirmités, qu'on les leur passe et qu'on les leur pardonne ; ainsi Alshech :
« si tu as maudit les autres, et que tu désires que les hommes te pardonnent, pardonne de même toi aussi ; »
(voir Matthieu 6:14,15). Le mot « bien des fois », dans la première proposition, doit se rattacher non au verbe « sait » - comme si l'homme savait souvent cela -, mais au verbe « maudit » : suggérant qu'un homme peut en être souvent coupable lui-même, et doit donc être plus ménager de ses censures d'autrui (voir Matthieu 7:1-5).
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
23 et 24. Ces versets sont un coup d'il rétrospectif sur les versets 15 à 22, ou même sur tout ce qui précède depuis le commencement du chapitre. L'Ecclésiaste se rend le témoignage d'avoir étudié la question de la vraie justice avec sagesse. Et cependant il doit reconnaître qu'il n'a pu arriver à la sagesse. Il n'y a pas ici de contradiction, car il faut distinguer entre la sagesse, disposition du cur, et la sagesse en soi, pensée absolument bonne de Dieu. Tout en faisant un usage loyal de sa conscience et de son sens moral, l'Ecclésiaste n'a pu arriver à résoudre les énigmes que présente le plan divin.
Plus de sagesse encore ! littéralement : Je veux devenir sagesse, faire corps avec elle.
Est restée loin de moi. Contrepartie de Deutéronome 30.11-14.
v. 23 · John Gill · 18/10/2026
Tout cela, je l'ai éprouvé par la sagesse, etc. Se rapportant soit à tout ce dont il a discouru jusqu'ici en ce livre - la vanité de la sagesse et de la connaissance naturelles, du plaisir, de la puissance et des richesses ; soit aux diverses instructions utiles données en ce chapitre, particulièrement sur la patience à tout supporter de la main de Dieu ou des hommes (Ecclésiaste 7:8-22). Tout cela, par le secours et l'usage de la sagesse que Dieu lui avait donnée, il en avait fait l'épreuve et l'avait trouvé droit, et le recommande donc aux autres - tout en reconnaissant qu'avec toute sa sagesse, il était loin de la perfection ;
j'ai dit : je serai sage ; mais elle s'est tenue loin de moi - il résolut d'atteindre, si possible, la perfection de la sagesse, et employa tous les moyens d'y parvenir : connaître toutes les œuvres de Dieu dans la création - leur nature, leur usage et leur excellence ; dans la providence - ses dispensations diverses envers les fils des hommes, et leurs causes ; et dans la grâce - la rédemption et le salut des hommes, et leurs mystères ; mais plus il connaissait, plus il était convaincu de sa propre ignorance, et semblait plus éloigné qu'auparavant du sommet de la connaissance ; et il vit clairement que la perfection de la sagesse n'est pas accessible en cette vie. Le Targum restreint ceci à la sagesse de la loi ; mais il vaut mieux l'entendre en un sens plus général.
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce qui est : l'essence, le fond des choses, dont nous ne voyons que l'apparence ; l'explication des phénomènes moraux qui nous dépassent. Tout cela est hors de la portée de notre intelligence actuelle. Comparez 3.11 ; 8.17 ; Job 11.8.
Profond, profond : Romains 11.33.
v. 24 · John Gill · 18/10/2026
Ce qui est loin, etc. Ou : « loin est ce qui a été ». Ce que Dieu a déjà fait, dans la création et la providence, est hors de la portée des hommes - loin de leurs entendements, qui ne peuvent l'embrasser ni en rendre compte entièrement ; de même ce qui est passé chez les hommes : ce qui s'est fait aux âges antérieurs, l'histoire des temps passés, est fort difficile à atteindre. Ou plutôt, selon Schmidt, et Rambachius après lui : ce qui fut jadis est maintenant éloigné et absent - l'image de Dieu dans l'homme, qui consistait en une sagesse parfaite et fut créée avec lui, est maintenant perdue ; et voilà pourquoi la sagesse est loin de lui ;
et extrêmement profond : qui le trouvera ? - la sagesse primitive et parfaite a sombré si profond et s'en est allée si loin, que nul ne peut la retrouver dans la perfection où elle fut jadis possédée (voir Job 28:12-23). Cela peut regarder la connaissance de Dieu et des perfections de sa nature, hautes comme les cieux et plus profondes que le séjour des morts (Job 11:7,8) ; celle de ses pensées, de ses conseils, de ses desseins et de ses décrets, qui sont les choses profondes de Dieu ; comme aussi les doctrines de l'Évangile et les mystères de la grâce (1 Corinthiens 2:10,11) ; et jusqu'à ses dispensations providentielles envers les fils des hommes (Romains 11:33). Le Targum paraphrase le tout :
« Voici, il est maintenant loin des enfants des hommes de connaître tout ce qui a été dès les jours anciens ; et le secret du jour de la mort, et le secret du jour où viendra le Roi Messie - qui le trouvera par sa sagesse ? »
25 Je me suis mis, moi et mon cœur, à connaître et à explorer et à rechercher la sagesse et l’intelligence, et à connaître que la méchanceté est sottise, et la folie, déraisong 25 ou : la méchanceté de la sottise et la folie de la déraison. ; 26 et j’ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est [comme] des filets et des rets, [et] dont les mains sont des chaînes : celui qui est agréable à Dieu lui échappera, mais celui qui pèche sera pris par elle. 27 Regarde ceci que j’ai trouvé, dit le prédicateur, [en examinant les choses] une à une pour en trouver la raison, 28 ce que mon âme cherche encore et que je n’ai pas trouvé : j’ai trouvé un homme entre mille, mais une femme entre elles toutes, je ne l’ai pas trouvée. 29 Seulement, voici, j’ai trouvé que Dieu a fait l’homme droit ; mais eux, ils ont cherché beaucoup de raisonnements.
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
25 à 29 Fuir les séductions d'ici-bas et surtout l'impureté.
Bien que, dans la recherche de la vérité, l'Ecclésiaste ne soit jusqu'ici arrivé qu'à des résultats bien incomplets, et qu'il vienne de proclamer l'incapacité de l'homme de tout comprendre ici-bas, il ne laisse pourtant pas de chercher encore, seulement, il se rabat sur la morale (début du verset 25). Il pratique déjà la méthode que préconisera le Seigneur : C'est en faisant la volonté de Dieu qu'on arrive à la connaissance de la vérité (Jean 7.17). La sagesse nous dépasse, mais elle existe et elle descend jusqu'à nous sous la forme déjà de lois morales. L'abandon de ces lois serait la plus insigne folie. S'éloigner du mal, c'est l'intelligence (Job 28.28).
Moi et mon cur, très sérieusement, en consultant ma conscience. L'accumulation des verbes (réfléchir, examiner, rechercher, constater) montre que la tâche était grande et réclamait tout son zèle.
Que la méchanceté est une folie. Ce n'est pas l'ignorance qui est folie, ni l'impossibilité où l'on est de comprendre les choses, mais bien le mal moral.
La déraison : la méchanceté érigée en système par l'impiété.
v. 25 · John Gill · 18/10/2026
J'ai appliqué mon cœur à connaître, à sonder et à rechercher la sagesse, etc. Ou : « moi et mon cœur, nous avons fait le tour » : il fit un circuit, une tournée dans tout le cercle des choses ; il regarda dans chaque recoin et parcourut tout le cycle du savoir, afin de sonder et de découvrir ce qu'est la vraie sagesse - laquelle n'est autre que le Christ, et sa connaissance spirituelle ; la variété des mots employés exprime son désir ardent de la sagesse et la recherche diligente qu'il en fit, dont les difficultés rencontrées ne le découragèrent pas (voir Ecclésiaste 1:13) ;
et la raison des choses - soit dans la nature, soit dans la providence ; ou leur estimation : leur excellence, combien il faut les compter, les estimer et les priser - comme il faut le Christ, la Sagesse de Dieu, et tout ce qui se rapporte à lui ;
et à connaître la méchanceté de la folie, et de la sottise et de la démence - l'excessive malignité du péché, la folie et la démence qui s'y trouvent : le péché est l'effet de la folie, et son excès, et une démence spirituelle ; cela est vrai de tout péché en général, mais surtout du péché d'impureté, que Salomon paraît avoir en vue d'après ce qui suit (voir Ecclésiaste 1:17 ; 2:12) ; et il peut viser principalement la méchanceté de sa propre folie et la sottise de sa propre démence.
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Et de tous les péchés dont il a pu mesurer la gravité, le plus mortel, le plus amer, c'est l'impureté (Proverbes 5.3-6 ; 6.24-26 ; 7.5,21,22 ; 22.14).
Plus amère que la mort. Comparez 1Samuel 15.32.
Qui n'est que piège : qui n'a qu'une pensée, attirer l'attention.
Les mains des chaînes. Remarquez la gradation.
Celui qui plaît à Dieu, lui échappe. Comparez 7.18.
Encore aujourd'hui l'impureté est la plaie la plus dangereuse de l'humanité ; mais on ne pourrait plus en rendre surtout responsable la femme ; l'Evangile l'a réhabilitée.
v. 26 · John Gill · 18/10/2026
Et j'ai trouvé plus amère que la mort la femme, etc. Telle fut l'issue de ses studieuses recherches et des observations qu'il avait faites ; c'est ce qu'il trouva par une triste et douloureuse expérience, et qu'il choisit de relever particulièrement - non seulement pour exposer cette vanité parmi les autres et en détourner les hommes (l'amour des femmes, qui au mieux est un doux-amer, comme l'appelle le poète - quoiqu'il s'agisse ici de l'amour adultère), mais pour saisir cette occasion d'exprimer sa sincère repentance de cette folie de sa vie, dont rien ne lui avait été plus amer dans le retour qu'il fit sur elle. La mort est chose amère et terrible à la nature (1 Samuel 15:32) ; mais être pris aux filets d'une femme adultère est pire encore : cela apporte non seulement au corps des maladies douloureuses autant que honteuses, mais à la conscience réveillée des horreurs intolérables, et expose à la mort éternelle (voir Proverbes 5:3,4). Par « la femme », il ne faut entendre ni le sexe en général - Salomon était fort loin de vouloir le flétrir et l'outrager -, ni aucune femme en particulier, pas même Ève, la première femme, par qui le péché et la mort entrèrent au monde ; mais la femme adultère (voir Proverbes 5:4). Certains l'interprètent du péché originel, de la corruption de la nature, de la mauvaise concupiscence, qui entraîne les hommes au péché et les y retient, et dont la conséquence est la mort éternelle ; ceux qui trouvent grâce aux yeux de Dieu en sont délivrés quant à sa puissance et à sa domination, mais les pécheurs obstinés et impénitents y demeurent asservis et périssent éternellement. Jarchi entend par la femme l'hérésie ; et de même Jérôme et d'autres l'interprètent des hérétiques et des idolâtres ; on peut fort bien l'appliquer à cette Jézabel, la prostituée de Rome, la mère des impudiques, qui séduit les hommes et les entraîne avec elle dans la perdition (Apocalypse 17:4,5,8 ; 18:23), et qui est désignée par la courtisane, la femme folle et étrangère, dans le livre des Proverbes, comme il a été observé ;
dont le cœur est pièges et filets, et dont les mains sont des liens - tous les stratagèmes et artifices d'une courtisane tendent à prendre les hommes par ses regards provocants et ses gestes lascifs, semblables aux pièges tendus aux bêtes et aux filets déployés pour les poissons ; et quand elle les tient, elle les tient ferme : c'est chose fort difficile, et fort rare, que d'échapper jamais à ses mains ; ainsi Plaute fait mention des filets des courtisanes. La même chose est vraie de l'erreur et de l'hérésie, et de l'idolâtrie, qui est un adultère spirituel ; les mots au pluriel montrent les nombreuses voies qu'a la femme adultère pour prendre les hommes, et la multitude de ceux qu'elle prend (voir Apocalypse 13:3,10,14) ;
celui qui est agréable à Dieu lui échappera - ou « celui qui est bon devant Dieu », ou « à ses yeux » (voir le commentaire sur Ecclésiaste 2:26) : celui à qui il donne sa grâce et qui lui est agréable - tel Joseph - échappera aux pièges et aux filets, aux mains et aux liens d'une telle femme ; ou, s'il y est tombé, comme tomba Salomon, il en sera retiré, comme l'observent divers interprètes. Rien que la grâce de Dieu, la vraie crainte de Dieu, la puissance de la piété et de la religion sans tache, ne peut préserver une personne d'être prise et retenue par une femme impure ; ni une éducation libérale ou religieuse, ni le savoir et le bon sens, ni rien d'autre ; et si un homme est gardé des mains de telles créatures, il doit le tenir pour une grâce, et l'attribuer à la faveur et à la bonté de Dieu ;
mais le pécheur sera pris par elle - le pécheur endurci et impénitent, dénué de la grâce et de la crainte de Dieu ; qui est pécheur par habitude et s'adonne à commettre l'iniquité ; dont la vie est une suite continue de péchés ; qui ne veille point sur lui-même, mais se précipite dans le péché comme le cheval dans la bataille : il devient une proie facile pour la courtisane ; il tombe dans ses pièges, et y est pris et retenu (voir Proverbes 22:14).
v. 27 · Bible annotée · 18/10/2026
Pour en découvrir la valeur comparative.
v. 27 · John Gill · 18/10/2026
Voici ce que j'ai trouvé, etc. Que la courtisane est plus amère que la mort - ce qu'il trouva par sa propre expérience, et qu'il veut donc voir observé par d'autres, pour leur mise en garde ; ou : un homme entre mille (Ecclésiaste 7:28) ;
dit le prédicateur - sur ce titre et ce caractère, voir Ecclésiaste 1:1 ; il est mentionné ici pour confirmer la vérité de son propos : il le dit comme prédicateur, et sur la parole d'un prédicateur, cela était vrai ; comme aussi pour marquer sa repentance de son péché, lui qui était maintenant « l'âme rassemblée », comme certains traduisent - rassemblée dans l'Église de Dieu par la repentance ;
en comptant une à une, pour en trouver le compte - non ses propres péchés, qu'il s'efforça de dénombrer pour en dresser le compte général, sans y parvenir ; ni les bonnes œuvres des justes et les péchés des méchants, qui sont comptés devant le Seigneur un à un jusqu'à s'ajouter au grand compte, comme Jarchi, d'après les rabbins, l'interprète, et de même le Midrash ; mais le sens est plutôt : examinant les femmes une à une, toutes celles du cercle de sa connaissance - particulièrement les mille femmes qui furent ses épouses ou ses concubines -, afin de prendre et de donner une juste estimation de leur caractère et de leurs actions. Ce qui suit en est le résultat.
v. 28 · Bible annotée · 18/10/2026
Mais pas une femme entre elles toutes. Même parmi celles qui ne rentrent pas dans la catégorie décrite verset 26, les vraies femmes sont presque introuvables (Proverbes 31.10).
v. 28 · John Gill · 18/10/2026
Que mon âme cherche encore, et que je n'ai point trouvé, etc. Il fut fort ardent et fort diligent en son enquête ; il se donna beaucoup de peine, et fut extrêmement soucieux ; il chercha avec grande contention d'esprit et désir empressé de trouver parmi elles toutes une femme chaste et vertueuse, mais ne le put ;
j'ai trouvé un homme entre mille - c'est grande rareté que de trouver un homme de bien, véritablement sage et en grâce : beaucoup marchent par le chemin large, et peu trouvent la porte étroite et le chemin resserré, et sont sauvés ; ils ne sont que comme un sur mille (voir Jérémie 5:1 ; Matthieu 7:13,14). Ou plutôt, par cet un entre mille, il faut entendre le Messie, la Sagesse de Dieu, qu'il cherchait (Ecclésiaste 7:25) et que maintenant, dit-il, il a trouvé ; vers qui il regardait pour la paix, le pardon et l'expiation, sous le sentiment de ses péchés ; qui est le messager, l'interprète, un entre mille - oui, le premier entre dix mille (Job 33:23 ; Cantique 5:10) ; supérieur aux anges et aux hommes par la dignité de sa personne, par la perfection, la pureté et la sainteté de sa nature, par l'excellence de ses noms, par ses offices et ses relations, et par sa part dans les affaires de la grâce et du salut ; et qui se laisse trouver par toute âme véritablement sage et en grâce qui le cherche de bonne heure et avec ardeur, dans la parole et les ordonnances, sous l'illumination et la direction de l'Esprit béni. Si l'on doit l'entendre d'un simple homme, je croirais que le sens est celui-ci : de tous les hommes qui ont été pris et retenus par une femme adultère, à peine un sur mille en ai-je vu - et peut-être Salomon se vise-t-il lui-même - qui ait jamais été retiré de ses mains ;
mais une femme parmi elles toutes, je ne l'ai point trouvée - c'est-à-dire : parmi toutes les courtisanes et femmes adultères que j'ai connues ou dont j'ai entendu parler, je n'en ai jamais connu ni ouï dire une seule qui ait été ramenée de ses mauvaises voies, se soit réformée et soit devenue femme chaste et vertueuse. Il peut viser les mille femmes qui furent ses épouses ou ses concubines : parmi elles toutes, il n'en trouva pas une qui méritât le caractère susdit ; car cela ne doit pas s'entendre des femmes en général - Salomon savait bien qu'il y a eu de bonnes femmes en tous les âges, et peut-être plus que d'hommes, et qu'il y en avait beaucoup de son temps ; mais celles avec qui il eut le plus intime commerce n'étaient pas telles - ce qui fit son malheur ; et son commerce criminel avec elles est ce qu'il déplora et dont il se repentit. On peut aussi l'interpréter ainsi : un homme, le Messie, parmi tous les fils des hommes, je l'ai trouvé exempt du péché originel ; mais une femme, parmi toutes les filles d'Ève, je n'en ai point trouvé qui en fût pure. Le Targum porte :
« il est encore une autre chose que mon âme cherche, et que je n'ai point trouvée : un homme parfait et innocent, sans corruption, depuis les jours d'Adam jusqu'à la naissance d'Abraham le juste, qui fut trouvé fidèle et juste parmi les mille rois rassemblés pour bâtir la tour de Babel ; et une femme parmi toutes les femmes de ces rois, comme Sara, je ne l'ai point trouvée. »
v. 29 · Bible annotée · 18/10/2026
On pourrait être tenté de rendre Dieu responsable de cette universalité du péché et de l'extrême rareté du bien dans le monde. L'Ecclésiaste, avant de terminer, veut repousser une semblable conclusion. Dieu a créé l'homme droit, à son image ; et même depuis la chute il lui reste une conscience (Romains 2.15). Si les hommes sont si facilement séduits et se laissent en particulier si facilement prendre par les artifices de la femme, c'est que leurs passions leur suggèrent de fausses excuses (Jérémie 17.9). Ils abandonnent la simplicité dont parle 2Corinthiens 11.3. Comme Eve, ils écoutent, la voix du mensonge (Jacques 1.13-14).
v. 29 · John Gill · 18/10/2026
Voici, seulement j'ai trouvé que Dieu a fait l'homme droit, etc. Le premier homme, Adam, comme l'interprètent le Targum et Jarchi ; et non Adam seulement, mais Ève avec lui : car tous deux furent faits par le Seigneur, au même jour, dans la même image, et reçurent le même nom commun d'Adam (Genèse 1:27 ; 5:2) ; et tous deux furent faits « droits » - ce qui doit s'entendre non de la station droite de leurs corps, mais de la disposition de leurs esprits : ils étaient
« droits et innocents devant lui, »
ou aux yeux de Dieu, comme dit le Targum ; ce que l'on explique au mieux par leur création à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1:26,27), laquelle, selon l'apôtre, consistait en connaissance, justice et sainteté (Éphésiens 4:24 ; Colossiens 3:10) ; conformément à quoi Platon fait consister la ressemblance à Dieu dans la justice et la sainteté, avec la prudence. Car cette ressemblance d'Adam et d'Ève à Dieu ne résidait pas dans la forme de leurs corps - Dieu est esprit, et non un être corporel, comme l'imaginaient les anthropomorphites, qui se figuraient les hommes faits à sa ressemblance en ce sens -, mais dans leurs âmes ; et elle consistait en connaissance : connaissance des créatures, de leur nature, de leur usage et des fins pour lesquelles elles furent faites et placées sous leur gouvernement ; de Dieu et de ses perfections, telles qu'elles se font connaître dans les créatures ; de son esprit et de sa volonté, et de la manière de l'adorer qu'il leur révéla ; et ils pouvaient connaître la trinité des Personnes en la Divinité, qui concoururent à leur création - quoiqu'ils paraissent n'avoir pas connu le Christ comme Médiateur et Sauveur, connaissance qui n'était pas nécessaire avant leur chute, ni les vérités évangéliques convenant à l'état déchu. Cette image consistait aussi en justice et vraie sainteté - originelle, naturelle et créée avec eux : elle fut avec eux dès qu'ils furent ; non acquise, mais infuse ; non une habitude obtenue, mais une qualité donnée ; et cela non surnaturel, mais naturel ; parfaite en son genre, et entièrement conforme à la loi sainte, juste et bonne de Dieu ; sans défaut aucun - quoique justice de créature seulement, et qui se pouvait perdre, comme l'événement le montra, et donc fort différente de la justice du Christ par laquelle l'homme est justifié. De même, cette droiture n'est autre que la rectitude de la nature humaine, de toutes les puissances et facultés de l'âme, telles qu'elles étaient à la création : l'entendement net de toute erreur et de toute méprise, sur les choses divines comme humaines ; les affections réglées et ordonnées - nulle passion indocile, nulle affection coupable, nulle convoitise ni nul désir mauvais ; il aimait Dieu de tout son cœur et de toute son âme, se délectait en lui et en sa communion ; le penchant de sa volonté allait au bien ; la loi de Dieu était écrite sur son cœur, et il avait et le pouvoir et le vouloir de la garder ; et durant son état d'intégrité, il fut pur et sans péché - quoique non impeccable, comme le sont les anges confirmés et les saints glorifiés, ni immuable, comme Dieu seul l'est ; étant créature, et sujette au changement, il était accessible à la tentation et exposé à tomber, comme il tomba. Or Salomon, avec toutes ses diligentes recherches, ne put découvrir l'infinité du péché, son étendue sans bornes parmi le genre humain, son excessive malignité, qu'il cherchait (Ecclésiaste 7:25) ; mais ceci, il le « trouva », et « seulement » ceci : la source de tout péché, l'origine du mal moral - la corruption de la nature humaine par la chute d'Adam ; il le trouva en lisant les Écritures, les trois premiers chapitres de la Genèse, et en consultant la nature humaine, où il découvrit quelques restes de l'image de Dieu et de la loi écrite au cœur de l'homme ; par où il perçut que l'homme fut jadis un autre homme qu'il n'est maintenant, et que cette corruption n'est pas imputable à Dieu - qui n'est l'auteur de rien de coupable, et qui fit l'homme droit -, mais à l'homme lui-même, à son propre péché et à sa propre folie ; et il le trouva confirmé par une triste expérience, en lui-même et en autrui, et par l'observation de l'histoire de tous les âges depuis le premier homme ; et la chose étant notoire, elle méritait d'être connue et observée, et il appelle donc les autres à y prendre garde : voici, considérez-le, comme aussi ce qui suit ;
mais eux ont cherché beaucoup d'inventions - c'est-à-dire Adam et Ève : non contents de leur connaissance et de leur bonheur présents, ils cherchèrent des voies et moyens nouveaux d'être plus sages et plus heureux que Dieu ne les avait faits, ou qu'il n'était sa volonté qu'ils fussent. « Ils cherchèrent les inventions des grands », ou « des choses grandes et puissantes », comme on peut traduire - les Trois éternels en Un : ils cherchèrent à être aussi sages que Dieu lui-même ; ou du moins que les grands et les puissants, les anges, qui les surpassaient en force comme en connaissance (voir Genèse 3:5) ; ou ils cherchèrent des pensées de péché, comme Jarchi dit que le Midrash l'interprète. Les péchés sont les inventions des hommes, et elles sont nombreuses et innombrables ; ils cherchèrent à contenter leurs sens, d'où suivirent des maux sans nombre ; puis ils cherchèrent des détours et des faux-fuyants pour s'excuser - l'homme se déchargeant sur la femme, et la femme sur le serpent ; et en péchant ainsi, ils perdirent la connaissance qu'ils avaient, leur justice et leur sainteté, la rectitude de leur nature, la liberté morale de leur volonté au bien et leur pouvoir de l'accomplir ; et ils perdirent la présence de Dieu et sa communion. Et ainsi leur postérité est inventrice non seulement de choses mauvaises, de péchés, mais de voies nouvelles vers le bonheur : les uns le plaçant dans les richesses, d'autres dans les honneurs, d'autres dans les plaisirs, d'autres dans la sagesse et la connaissance naturelles, d'autres enfin dans leurs propres œuvres de justice - toutes choses dont Salomon a plus haut exposé la vanité.