Il n'est point d'homme qui ait pouvoir sur l'esprit pour retenir l'esprit, etc. Ce qu'il ne faut pas entendre du vent - que le mot signifie parfois - et de l'impuissance des hommes à le retenir ou à l'empêcher de souffler : à quoi bon Salomon le dirait-il ? On peut plutôt y voir un frein aux princes despotiques et arbitraires, pour qu'ils n'étendent pas trop loin leur pouvoir : ils n'en ont aucun sur les esprits des hommes, et ne peuvent les empêcher de penser mal d'eux et de leur vouloir du mal, ni réfréner leur haine ; quelque pouvoir qu'ils aient ou exercent sur leurs corps et leurs biens, ils n'en ont point sur leurs esprits ni sur leurs consciences : nul pouvoir légitime de les détourner de leur devoir envers Dieu, ni de les obliger à faire ce qu'il a défendu, ni de les contraindre en rien contre la conscience, ni de lier leurs consciences dans les choses indifférentes. Ou bien c'est un argument pour porter les sujets à obéir aux commandements de leur souverain, puisqu'il n'est pas en leur pouvoir de retenir l'esprit et la colère des princes, laquelle est comme le rugissement d'un lion et comme les messagers de la mort (Proverbes 16:14 ; 19:12) ; qu'ils prennent garde surtout de ne commettre nulle offense capitale, pour laquelle sentence pourrait être rendue de leur ôter la vie - qu'il ne serait pas alors en leur pouvoir de retenir, ni de s'arracher aux mains de la justice et du magistrat civil : il faudrait se soumettre. Ou enfin il faut l'entendre de l'esprit de chaque homme à l'heure de la mort, et de son inévitabilité, comme l'explique la proposition suivante ; et par « esprit » on peut entendre soit l'âme sensitive, la même que l'esprit de la bête, sans laquelle le corps est mort, et qui est comme le vent qui passe et cesse quand le souffle s'arrête ; soit l'âme raisonnable, l'esprit qui est remis à Dieu et retourne à lui à la mort (Luc 23:43 ; Actes 7:59 ; Ecclésiaste 12:7). Sur celui-ci, l'homme n'a nul pouvoir de le congédier ou de le retenir à son gré ; il ne peut le garder un seul instant de plus quand il est appelé et réclamé par le Père des esprits, son Créateur ; il n'a pas le pouvoir de le « retenir », comme en prison, selon la force du mot, ainsi que l'observe Alshech - d'où Aben Ezra dit que l'esprit ou l'âme dans le corps est comme un prisonnier dans une prison ; mais rien de ce qui accompagne l'homme en cette vie, rien de ce qu'il possède, ne peut garder l'âme en cette prison quand le temps de son départ est venu : ni richesses, ni honneurs, ni sagesse et savoir, ni force et jeunesse, ni toute la puissance de la médecine ; le temps est fixé, c'est l'ordonnance de Dieu, les bornes qu'il a posées ne se peuvent franchir (Ecclésiaste 3:2 ; Hébreux 9:27 ; Job 14:5). Le Targum porte :
« nul homme n'a pouvoir sur l'esprit de l'âme pour retenir l'âme de vie, qu'elle ne cesse d'être dans le corps de l'homme ; »
et dans le même sens Jarchi :
« pour retenir l'esprit dans son corps, afin que l'ange de la mort ne le prenne pas ; »
et il n'a point de puissance sur le jour de la mort - ou « de domination » : la mort dépouille l'homme de tout pouvoir et de toute autorité - celle du mari sur la femme, des parents sur les enfants, du maître sur son serviteur, du roi sur ses sujets : la mort abat toute puissance et toute autorité ; c'est une observation de Jarchi que David, depuis son avènement, est partout appelé le roi David, mais qu'à l'heure de mourir, il n'est plus que David (1 Rois 2:1) ; nul roi ni gouvernant ne peut tenir contre la mort, pas plus qu'un mendiant ; l'homme n'est pas plus maître de la mort que de la vie, mais la mort est maîtresse de tous : tous doivent s'y soumettre et s'y soumettent, grands et petits, riches et pauvres ; un jour est fixé pour elle, et ce jour ne peut jamais être ajourné ni remis à un autre ; et comme l'homme n'a pas le pouvoir de se délivrer lui-même au jour de la mort, son ami ne l'a pas davantage, comme dit le Targum, ni nul parent quel qu'il soit ;
et il n'est point de dispense dans cette guerre - la mort est une guerre comme la vie, contre laquelle la nature lutte, mais en vain ; elle est une ennemie, et la dernière qui sera détruite ; elle est un roi, et fort puissant : il n'est pas de lui résister, elle est toujours victorieuse ; et il n'est pas d'échapper à la bataille avec elle ni de la fuir ; dans les autres guerres, on obtient parfois le congé des soldats par crédit, par l'entremise d'amis ou à prix d'argent - mais ici les cris et les supplications ne servent de rien, et elle ne fait cas ni des richesses, ni de l'or, ni de toutes les forces de la vigueur (voir 2 Samuel 12:18 ; Job 36:19) ; sous l'ancienne loi, celui qui avait bâti une maison neuve, ou pris femme, ou avait le cœur timide, était excusé et renvoyé - mais rien de tout cela ne sert dans cette guerre (Deutéronome 20:5,6,8) ; les captifs de guerre sont parfois relâchés par leurs vainqueurs, ou trouvent voies et moyens de s'échapper - mais rien de tel ne se peut quand la mort s'est saisie de la personne des hommes. Certains traduisent : il n'est « point d'envoi vers » ou « dans cette guerre » : point d'envoi de forces contre la mort pour lui résister - c'est peine perdue ; point de message à lui adresser pour traiter de paix, de trêve ou de sursis - elle n'écoutera rien ; point d'envoi de l'un à la place de l'autre, comme l'observe Jarchi :
« un homme ne peut dire : j'enverrai mon fils, ou mon serviteur ; »
nulle substitution n'est admise en ce cas, comme David l'eût souhaitée (2 Samuel 18:33). Aben Ezra l'interprète : nulle armure - et ainsi bien des interprètes, et le Targum :
« et les instruments d'armure ne servent point dans la guerre ; »
dans cette guerre-ci : dans les autres, un homme peut revêtir un casque d'airain et une cotte de mailles pour se protéger et se défendre, ou lancer dards et flèches ; mais tout cela ne compte pour rien quand la mort fait son approche et son assaut ;
et la méchanceté ne délivrera pas ceux qui s'y adonnent - ou « ses maîtres » - de la mort, s'entend : ni Satan le méchant, comme dit Jérôme, qui est la méchanceté même et avec qui les méchants sont confédérés, ne peut les délivrer de la mort ; ni les pécheurs les plus abandonnés se délivrer eux-mêmes, eux qui ont fait un pacte avec elle et un accord avec le séjour des morts (Ésaïe 28:15,18) ; les maîtres des plus grandes ruses et fourberies, qui inventent mille moyens d'échapper à tout le reste, n'en peuvent imaginer aucun d'échapper à la mort ; et les richesses acquises par la méchanceté ne délivreront pas non plus leurs possesseurs de la mort (voir Proverbes 10:2 ; 11:4) - sens mentionné par Aben Ezra, et qui n'est point à dédaigner.