1 Les paroles du Prédicateur, fils de David, roi à Jérusalem.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
Titre : voir Introduction.
David annonçait la fidélité de Dieu dans la grande assemblée du peuple élu, à Jérusalem (Psaumes 40.10) ; l'Ecclésiaste ne s'adresse à aucun auditoire particulier, mais se représente, réunis autour de lui, les hommes de tous les temps et de tous les pays.
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au livre
Ce livre a été universellement reçu dans le canon des Écritures, tant par les Juifs que par les chrétiens. Les premiers, il est vrai, eurent un temps quelque controverse à son sujet ; ils songèrent à le soustraire à l'usage, ou à le ranger parmi les livres apocryphes, parce qu'à première vue certains passages semblaient se contredire, incliner à l'hérésie, à l'athéisme et à l'épicurisme, et affirmer l'éternité du monde. Mais un examen plus attentif les fit revenir sur ce jugement : lorsqu'ils constatèrent que ces passages admettaient un sens légitime et que l'ensemble s'accordait avec la loi de Dieu, ils changèrent d'avis. Il fut de même rejeté par quelques hérétiques se réclamant du nom chrétien, tels Théodore de Mopsueste et d'autres, ainsi que par les déistes et par ceux qui penchent vers leurs vues. Mais il porte en lui des marques internes d'origine divine que l'on ne saurait sérieusement contester : il délivre et inculque, touchant les devoirs des hommes envers Dieu et les uns envers les autres, le mépris du monde et de ses plaisirs charnels, la crainte et le culte de Dieu, et le jugement à venir, des instructions telles que seule la sagesse de Dieu pouvait les inspirer. Divers passages semblent avoir été repris par le Christ et par ses apôtres ; à tout le moins règne-t-il entre eux un accord entier. Parmi les nombreux rapprochements que l'on pourrait relever, on comparera Ecclésiaste 11:5 et 12:11 avec Jean 3:8 et 10:16 ; Ecclésiaste 11:9 et 12:14 avec 2 Corinthiens 5:10 et 1 Corinthiens 4:5 ; et Ecclésiaste 7:20 avec 1 Jean 1:8.
Quant à l'auteur, tout indique manifestement qu'il s'agit de Salomon. Certains écrivains juifs l'attribuent pourtant à Ésaïe, ce qui paraît fort étrange : si grand prophète et si évangélique prédicateur qu'il fût, Ésaïe ne fut jamais roi à Jérusalem - quoi que l'on ait pu avancer de son appartenance à la maison de David et à la famille royale, comme d'aucuns l'ont pensé ; au surplus, il n'existe aucune parenté de style entre ce livre et les écrits d'Ésaïe. D'autres l'attribuent à Ézéchias et à ses gens. Ézéchias était certes fils de David - David est expressément appelé son père - et ce fut un prince d'un grand renom, tant au regard de la religion qu'à celui de la richesse et de la magnificence (voir 2 Chroniques 29:2 ; 32:27-29 ; 2 Rois 18:5), ce qui a pu les incliner à cette opinion ; encore semble-t-elle née de ce que les gens d'Ézéchias copièrent quelques-uns des proverbes de Salomon (Proverbes 25:1). Mais la preuve tirée de là est des plus faibles : de ce qu'ils furent les transcripteurs de certains de ses proverbes, il ne suit nullement qu'ils aient composé ce livre - et moins encore le roi Ézéchias lui-même ; car, quel que fût son mérite, il demeure très en deçà de la sagesse et des richesses de Salomon, et il est dit ici, de l'une comme des autres, des choses qui ne sauraient lui convenir. D'autre part, rien n'indique qu'il se soit adonné au vin et aux femmes, ni qu'il se soit abandonné aux plaisirs charnels, comme l'auteur de ce livre l'avait fait autrefois. Grotius pense que l'ouvrage fut composé par quelques personnes au temps de Zorobabel, puis publié sous le nom de Salomon présenté en pénitent - supposition proprement choquante : un écrit inspiré aurait donc reçu un titre mensonger et aurait été imposé à l'Église de Dieu sous un faux nom ! Au reste, le nom de Salomon n'y est jamais mentionné - ce qui, soit dit en passant, trahit la conviction que c'est bien lui que désigne le titre ; et il n'y a pas là plusieurs mains : l'ouvrage se révèle de bout en bout l'œuvre d'une seule personne, qui parle souvent comme telle. Que Zorobabel soit visé par « un seul berger » (Ecclésiaste 12:11) est pure fantaisie ; on l'interprète bien mieux, avec beaucoup d'auteurs, de Jésus-Christ. Le principal argument de Grotius tient à la présence supposée de trois ou quatre mots chaldéens - présence qui, du reste, ne se vérifie pas, ces mots ne se rencontrant ailleurs que dans Daniel, Esdras et l'interprète chaldéen ; il s'en trouve de semblables dans le livre des Proverbes (Proverbes 31:2,3). Or, de ce que ces mots, ou d'autres, ne figurent qu'une seule fois dans l'Écriture, il ne suit pas qu'ils ne soient pas originellement hébreux : la langue était plus étendue et mieux connue au temps de Salomon qu'aujourd'hui, où nous ne possédons de l'Ancien Testament que la copie dans laquelle il nous a été conservé. En un mot, ce qui est dit de l'ascendance et de la dignité de l'auteur de ce livre, de sa sagesse, de sa fortune, de ses richesses et de sa magnificence, de ses vertus comme de ses vices, ne convient à personne autant qu'à Salomon ; ajoutons que l'on y rencontre un passage identique à celui de sa prière lors de la dédicace du temple (Ecclésiaste 7:20, à comparer avec 1 Rois 8:46).
Quant à l'époque où il l'écrivit, ce fut, semble-t-il, dans sa vieillesse, ainsi que l'observent les écrivains juifs : après son péché, sa chute et son relèvement, lorsqu'il eut été conduit à une repentance véritable. Ce fut après qu'il eut accompli ses grands ouvrages et bâti ses maisons - sa propre maison et la maison de Dieu, dont la construction demanda vingt années ; après qu'il eut acquis non seulement des richesses et des trésors immenses, ce qui requiert du temps, mais encore la connaissance de toutes les choses de la nature ; après qu'il eut vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil et fait l'épreuve de tous les plaisirs qui se peuvent goûter (voir Ecclésiaste 1:1-2:26) ; ce fut après qu'il se fut laissé prendre aux pièges des femmes, ce qu'il confesse et déplore (Ecclésiaste 7:26) ; et sa description de la vieillesse paraît procéder, non d'une simple théorie, mais de l'expérience sensible de ses maux et de ses infirmités (Ecclésiaste 12:1-6).
Le dessein général du livre est de mettre à nu la vanité de toutes les jouissances de ce monde ; de montrer que le bonheur de l'homme ne réside ni dans la sagesse et la connaissance naturelles, ni dans les richesses terrestres, ni dans les honneurs civils, le pouvoir et l'autorité, ni dans les seuls dehors de la religion, mais dans la crainte de Dieu et dans son culte. Il engage les hommes à user librement, avec modération et avec reconnaissance envers Dieu, des biens de la vie ; à se soumettre de bon cœur aux dispensations adverses de la Providence ; à craindre Dieu et à honorer le roi ; à se montrer soumis envers les magistrats et bons envers les pauvres ; à attendre un état futur et un jugement redoutable - parmi bien d'autres enseignements utiles.
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au chapitre 1
Après le titre du livre, qui désigne son auteur par sa charge - prédicateur -, par son ascendance - fils de David - et par sa dignité - roi à Jérusalem (Ecclésiaste 1:1) -, la doctrine principale qui y sera soutenue est posée : le monde, et tout ce qu'il renferme, n'est que la plus complète vanité (Ecclésiaste 1:2). Ce qui est établi, de manière générale, par l'inutilité de tout labeur entrepris pour acquérir ces choses, quelles qu'elles soient - sagesse, connaissance, richesses, honneurs et plaisirs (Ecclésiaste 1:3) ; par la brève durée des hommes sur la terre, alors que celle-ci demeure (Ecclésiaste 1:4) ; par la révolution constante - départ et retour - des créatures les plus utiles : le soleil, les vents et les eaux (Ecclésiaste 1:5-7) ; par le labeur stérile et sans contentement dont toutes choses sont remplies (Ecclésiaste 1:8) ; par la continuelle répétition des mêmes choses et l'oubli où elles tombent (Ecclésiaste 1:9-11) ; enfin par l'expérience que Salomon fit lui-même en un domaine particulier : sa recherche et son acquisition de la connaissance et de la sagesse, dont il obtint une part considérable, mais qu'il trouva accompagnées de labeur et de difficulté, et porteuses de peu de satisfaction - bien plus, elles n'étaient que vanité et rongement d'esprit, car à mesure que croissait sa connaissance croissaient également son chagrin et sa douleur (Ecclésiaste 1:12-18).
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Paroles du prédicateur, etc. Autrement dit : le sermon du prédicateur. Le livre entier forme un seul discours continu, et un discours excellent, fait non de simples mots, mais d'une matière solide - de choses de la plus haute importance, revêtues de paroles justes et agréables, que le prédicateur avait recherchées avec soin (Ecclésiaste 12:10). Le Targum porte :
« paroles de la prophétie que le prédicateur, c'est-à-dire Salomon, a prophétisée. »
Selon cette lecture, le livre serait prophétique ; c'est ainsi que le Targum l'interprète, et il le reconnaît comme étant de Salomon. Le mot « Kohéleth », rendu par « prédicateur », est tenu par certains pour un nom propre de Salomon, lequel, outre le nom que lui donnèrent ses parents, et celui de Jedidia que lui donna le Seigneur, aurait porté celui de Kohéleth ; les Juifs vont jusqu'à dire qu'il eut sept noms, ajoutant à ces trois-là quatre autres encore : Agur, Jaké, Ithiel et Lemuel. Beaucoup laissent le mot sans le traduire ; mais il paraît s'agir plutôt d'un appellatif, que certains rendent par « rassemblée », ou « l'âme rassemblée ». Salomon avait apostasié loin de l'Église et du peuple de Dieu, et s'était attaché aux idoles ; ramené par la repentance, il fut recueilli dans le bercail dont il s'était égaré comme une brebis perdue ; aussi choisit-il de se désigner par ce nom lorsqu'il prononça, si l'on peut dire, son sermon de rétractation - car ce livre peut être ainsi qualifié. D'autres préfèrent traduire « le rassembleur » ; et il aurait été ainsi nommé, disent les écrivains juifs, soit parce qu'il rassembla et acquit beaucoup de sagesse, ce qui est certain ; soit parce qu'il rassembla de toutes parts une multitude de gens venus entendre sa sagesse (1 Rois 4:34 ; 10:1) - en quoi il fut une figure du Christ (Genèse 49:10 ; Jean 3:26 ; Matthieu 23:37) ; soit encore parce que ce discours fut prononcé devant une vaste assemblée convoquée à cet effet. De même qu'il avait réuni les chefs et les notables du peuple lors de la dédicace du temple (1 Rois 8:1), il put les convoquer pour entendre la rétractation qu'il faisait de ses péchés et de ses égarements, et la repentance qu'il en éprouvait. Cela justifiait pleinement qu'il portât le titre de « prédicateur », selon notre traduction - charge d'un grand honneur autant que d'une grande conséquence pour les âmes ; charge que Salomon, tout roi qu'il était, ne dédaigna pas d'exercer, à l'exemple de David son père avant lui, et de Noé plus anciennement encore, père, roi et gouverneur du monde nouveau (Psaume 34:11 ; 2 Pierre 2:5). Le mot employé est au féminin, comme le sont parfois les termes qui désignent les ministres de l'Évangile, lesquels sont appelés jeunes filles (Psaume 68:11 ; Proverbes 9:3), pour signifier leur pureté virginale et leur intégrité dans la doctrine comme dans la conduite. On peut aussi y voir une référence à la Sagesse - au Christ -, dont Salomon parle fréquemment sous les traits d'une femme, et qui parlait maintenant par sa bouche : raison bien meilleure à l'emploi de ce féminin que la prétendue mollesse où son péché ou sa vieillesse l'auraient réduit. Certains suppléent le mot « âme » et traduisent « l'âme prêchante » ; car il s'acquitta sans nul doute de cette tâche de tout son cœur et de toute son âme. Il se décrit ensuite par son ascendance :
fils de David - mention qu'il fait soit à titre d'honneur, comme fils d'un homme si grand, si sage, si saint et si bon ; soit comme circonstance aggravante de sa chute : descendant d'un tel père, élevé dans une telle piété, ayant eu sous les yeux un tel exemple, il avait néanmoins péché aussi gravement. Elle pouvait aussi l'encourager : il avait part aux grâces assurées de David et aux promesses qui lui avaient été faites - savoir que si ses enfants venaient à pécher, ils seraient châtiés, mais que la bonté et l'alliance divines ne se retireraient pas d'eux.
Roi de Jérusalem - non de Jérusalem seulement, mais de tout Israël, car aucune division ne s'était encore produite (voir Ecclésiaste 1:12). À Jérusalem, la ville de la Sagesse, comme l'observe Jarchi, où demeuraient nombre d'hommes sages et pieux ; ville qui, outre qu'elle était la métropole de la nation, possédait - privilège plus grand encore - le temple où s'accomplissait le culte de Dieu, où ses prêtres exerçaient leur ministère et où son peuple le servait. Et pourtant lui, leur roi, qui aurait dû leur donner un meilleur exemple, tomba dans l'idolâtrie !
2 Vanité des vanités, dit le prédicateur ; vanité des vanités ! Tout est vanité.
v. 2 · Bible annotée · 18/10/2026
2 à 11 Prologue.
2 et 3 Sujet de l'ouvrage.
Au lieu d'être présenté sous la forme d'une thèse, comme ce serait sans doute le cas si nous avions ici un traité didactique, le sujet est indiqué avec toute la vivacité d'une impulsion personnelle. Une exclamation : Vanité des vanités ! Une question : Quel profit l'homme retire-t-il ?... Tout notre livre est là. Entouré de vanités, l'Ecclésiaste cherche partout un profit, quelque chose de réel à saisir en fait de bonheur.
Vanité des vanités. C'est sous cette forme que l'hébreu exprime le superlatif. Comparez : serviteur des serviteurs (Genèse 9.25) ; saint des saints (Exode 16.33) ; cantique des cantiques, etc.
Vanité (souffle) : chose éphémère, sans consistance, qui n'a que l'apparence (Genèse 4.2).
Tout est vanité. Que tout soit vanité, c'est là la vanité suprême. S'il y avait une seule chose qui ne fût pas vaine, on pourrait prendre son parti de la vanité de tout le reste.
v. 2 · John Gill · 18/10/2026
Vanité des vanités, dit le prédicateur, etc. Voilà le texte du prédicateur - le thème et le sujet qu'il développera ensuite, et qu'il prouvera par une induction de cas particuliers ; c'est la somme du livre entier.
Vanité des vanités, tout est vanité - vain à l'extrême, au suprême degré, le comble de la vanité. La répétition sert à la fois à confirmer la chose, les hommes ayant peine à la croire, et à montrer combien le prédicateur en était lui-même pénétré, afin d'en pénétrer pareillement les autres. Le Targum lit : « vanité des vanités en ce monde », ce qui est exact quant au sens du passage. Car le monde et tout ce qu'il contient, quoique créés par Dieu et très bons, ne sont, en comparaison de lui, que néant et vanité - surtout depuis qu'ils y furent assujettis par le péché, une malédiction ayant été portée sur la terre à cause de lui : toutes les créatures faites pour l'usage des hommes sont exposées à l'abus, et abusées en effet, par la luxure, l'intempérance et la cruauté ; et le monde entier est usurpé par Satan, qui s'en fait le dieu. Rien en lui, tout rassemblé qu'on le prenne, ne peut procurer satisfaction ni contentement : tout y est instable, fuyant, transitoire, évanescent, et prendra fin sous peu. Les richesses du monde ne procurent aucun bonheur réel, étant sans substance et de brève durée ; nul ne peut par elles se procurer le bonheur, ni à soi ni à autrui, ni détourner la colère à venir et s'en garantir ; et elles sont vanité surtout lorsqu'on les compare aux vraies richesses, celles de la grâce et de la gloire, qui sont solides, substantielles, rassasiantes et éternelles. Les honneurs de ce monde sont choses creuses, qui durent fort peu, et ne sont rien auprès de l'honneur qui vient de Dieu et que possèdent tous les saints, dans la jouissance de la grâce ici-bas et de la gloire dans l'au-delà. Les plaisirs coupables de la vie sont des biens imaginaires et éphémères, qui ne sauraient être mis en regard des plaisirs spirituels goûtés dans la maison de Dieu, sous la parole et les ordonnances - moins encore de ces délices éternelles qui sont à la droite de Dieu. La sagesse et la connaissance naturelles, ce que le monde offre de meilleur, ne consistent pourtant en grande partie qu'en opinions ; une bonne part en est fausse ; aucune n'est salvatrice ni d'aucun prix auprès de la connaissance du Christ, et de Dieu en Christ. Toutes les formes de la religion, toute justice extérieure, où ne se trouvent ni la crainte véritable ni la grâce de Dieu, ne sont que choses vaines et vides. L'homme, la principale créature du monde, est « l'homme vain » : tel est son caractère propre, dans la nature comme dans la religion, dès lors qu'il est dépourvu de grâce. Tout homme est vain - que dis-je, il est la vanité même : grand ou petit, riche ou pauvre, savant ou ignorant ; l'homme, dans son meilleur état, en tant qu'être terrestre et naturel, l'est encore. Adam le fut jusque dans son état d'innocence, étant muable et inconstant - et c'est de là qu'il tomba (Psaume 39:5,11 ; 62:9). Combien plus sa postérité déchue, dont les corps sont des demeures d'argile, la beauté vaine et trompeuse, la condition changeante ; dont l'esprit est vide de tout bien, les pensées et les imaginations vaines, comme le sont leurs paroles, leurs œuvres, leurs actions, et toute leur vie et leur conduite ; en sorte qu'on ne peut nullement se fier à eux pour obtenir secours, ni d'eux-mêmes ni des autres. Le Targum porte :
« Lorsque Salomon, roi d'Israël, vit par l'esprit de prophétie que le royaume de Roboam son fils serait partagé avec Jéroboam, fils de Nebat, que Jérusalem et la maison du sanctuaire seraient détruites et que le peuple des enfants d'Israël serait emmené captif, il dit par sa parole : Vanité des vanités en ce monde, vanité des vanités ; tout ce pour quoi nous avons travaillé, mon père David et moi, tout est vanité ! »
3 Quel profit a l’homme de tout son labeur dont il se tourmente sous le soleil ?
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Profit, littéralement : ce qui reste, déduction faite des non-valeurs, des illusions, des déceptions. Montrez-moi un résultat certain et durable du travail de l'homme pendant sa vie, et je rétracte mon affirmation.
A sonder : de manière à comprendre la valeur et le profit réel de l'activité humaine dans tous les domaines où elle s'exerce.
Et explorer. Cet examen a porté sur le plus grand nombre possible de faits.
Avec sagesse, littéralement : au moyen de la sagesse, par un emploi raisonnable du sens moral et de l'entendement.
C'est là une fâcheuse occupation, à cause de l'incertitude des résultats auxquels elle conduit. Le mot que nous rendons ici par occupation et qui signifie tâche fatigante, est propre à l'Ecclésiaste (2.23,26 ; 3.10 ; 4.8 ; 5.2-13 ; 8.16).
Que Dieu donne. Cette occupation, quoique pénible, rentre cependant dans les vues de Dieu.
Pour qu'ils s'y lassent, et que la raison humaine soit amenée à constater son incapacité et son insuffisance.
v. 3 · John Gill · 18/10/2026
Quel profit revient à l'homme de tout le travail qu'il fait sous le soleil ? C'est là une preuve générale de la vanité de toutes choses, puisque de tout son labeur il ne revient à l'homme aucun profit ; car la tournure interrogative renferme ici une négation des plus fortes. Tout ce dont l'homme jouit, il l'obtient par le travail : par le péché, l'homme y est condamné et y naît voué (Job 5:7) ; il gagne son pain à la sueur de son front, ce qui fait partie de la malédiction attachée au péché ; les biens et les richesses qu'amasse une main diligente, avec la bénédiction divine, s'acquièrent par le travail ; et toute connaissance des choses naturelles et civiles ne s'obtient qu'au prix de beaucoup de labeur et de lassitude de la chair. Or ce sont là choses pour lesquelles l'homme peine « sous le soleil » - lequel mesure le temps de son labeur : quand le soleil se lève, l'homme sort pour son ouvrage, et c'est à sa lumière et à sa chaleur bienfaisante qu'il l'accomplit avec plus d'exactitude et d'entrain ; sous certains climats et en certaines saisons, son ardeur, surtout à midi, rend le travail pesant - ce que l'Écriture appelle porter « le poids du jour et la chaleur » (Matthieu 20:12) ; et quand il se couche, il clôt le temps du service et du labeur, en sorte que le serviteur soupire après l'ombre du soir (Job 7:2). Mais enfin, de quel profit, de quel avantage est tout ce labeur que l'homme prend sous le soleil, au regard de son bonheur dans le monde qui est au-dessus du soleil - cette gloire et cette félicité qui résident dans les lieux célestes, en Jésus-Christ ? D'aucun, absolument. On peut aussi traduire : « que reste-t-il de tout son travail ? » - c'est-à-dire après la mort. Ainsi le Targum :
« que reste-t-il à l'homme, après qu'il est mort, de tout le travail dont il a travaillé sous le soleil en ce monde ? »
Rien du tout. Il sort nu du monde comme il y est entré ; il ne peut rien emporter de tous les biens et de toute la fortune qu'il a acquis, non plus que de sa gloire terrestre, de sa grandeur et de ses titres d'honneur : tout cela meurt avec lui, sa gloire ne descend point après lui. Il est donc manifeste que toutes ces choses sont vanité des vanités (voir Job 1:21 ; 1 Timothée 6:7 ; Psaume 49:16,17 ; Ecclésiaste 5:15). Et à la vérité, les œuvres de justice accomplies par les hommes, lorsqu'ils y mettent leur confiance et qu'ils travaillent à s'établir par elles une justice justifiante, ne leur sont d'aucun profit ni d'aucun avantage dans l'affaire de la justification et du salut. Toutefois, quand elles procèdent de principes droits et sont faites dans des vues droites, le labeur qu'on y met n'est pas vain : Dieu ne l'oubliera pas ; il recevra une récompense - de grâce, non de dette.
4 Une génération s’en va, et une génération vient ; et la terre subsiste toujours. 5 Et le soleil se lève, et le soleil se couche, et il se hâte vers son lieu où il se lève. 6 Le vent va vers le midi, et il tourne vers le nord ; il tourne et retourne ; et le vent revient sur ses circuits. 7 Toutes les rivières vont vers la mer, et la mer n’est pas remplie ; au lieu où les rivières allaient, là elles vont de nouveau. 8 Toutes choses travaillent, l’homme ne peut le dire ; l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se satisfait pas d’entendre. 9 Ce qui a été, c’est ce qui sera ; et ce qui a été fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 10 Y a-t-il une chose dont on puisse dire : Regarde ceci, c’est nouveau ? – Elle a été déjà, dans les siècles qui furent avant nous. 11 Il n’y a pas de souvenir des choses qui ont précédé ; et de même, de celles qui seront après, il n’y en aura pas de souvenir chez ceux qui vivronta 11 litt. : seront. plus tard.
v. 4 · Bible annotée · 18/10/2026
4 à 8 A l'appui des versets 2 et 3, l'auteur trace le tableau de l'agitation stérile de toutes choses ici-bas. L'homme est en quelque sorte placé, lui si faible, au milieu d'immenses rouages, qui fonctionnent sans relâche (astres, verset 5 ; air, verset 6, eau, verset 7), et qui frappent incessamment ses yeux et ses oreilles (verset 8), mais ne le satisfont jamais par la constatation d'un progrès.
Le nom de Dieu est absent de ce morceau : nous avons ici le spectacle que l'univers présente à qui le considère en lui-même, abstraction faite de sa relation avec son Créateur et son Maître. Les générations se succèdent (verset 4), sans qu'un pas semble avoir été fait vers un meilleur état des choses, vers un profit réel, vers un repos, Le psalmiste reçoit de la contemplation de la nature, et en particulier de celle du soleil et de sa course journalière (Psaumes 8.1-3 ; 19.1-6), une impression toute différente, car il croit et il adore sans chercher à comprendre, tandis que l'Ecclésiaste est un sage qui veut arriver à se rendre compte du pourquoi des choses. Au reste, s'il fait ici abstraction de Dieu, il en viendra, en fin de compte, à lui donner la place d'honneur, la place suprême dans ses préoccupations (12.15).
Une génération s'en va. Voilà donc, s'écrie ici Jérôme, la terre, faite pour l'homme, qui subsiste, et l'homme, le seigneur de la terre, qui n'y vit qu'un jour ! Qu'est-ce qui, plus que cela, mérite le nom de vanité ? Cependant l'accent doit être mis ici, non sur la rapide disparition des générations humaines, mais plutôt sur l'absence de progrès dans l'histoire de l'humanité.
Subsiste toujours, la même. S'il y avait un progrès général, on accepterait plus aisément la brièveté de la vie.
v. 4 · John Gill · 18/10/2026
Une génération s'en va, et une autre génération vient, etc. Voici qui montre que l'homme ne peut tirer aucun profit de tout son labeur sous le soleil, à cause de la brièveté de son séjour : à peine a-t-il acquis quelque chose par son travail qu'il lui faut le quitter. Et cela ne vaut pas seulement des particuliers, mais des familles, des nations et des royaumes - de tous les habitants du monde qui, contemporains les uns des autres, vivent ensemble dans un même âge, durant une période déterminée : ils s'en vont peu à peu par la mort, jusqu'à ce que la génération entière soit consumée, comme le fut au désert la génération des Israélites. Ce passage désigne la mort : sortie du temps vers l'éternité, départ de ce monde pour un autre, abandon de la maison terrestre de cette tente pour le sépulcre, la maison assignée à tous les vivants ; c'est l'homme s'en allant vers sa demeure éternelle, suivant le chemin de toute la terre. En peu de temps, une race entière, une génération d'hommes, quitte la scène du monde, et une autre lui succède ; ils y entrent par la naissance - aussi les hommes sont-ils désignés, dès leur naissance, comme « venant au monde » - et il y a un temps fixé pour l'entrée comme pour la sortie (Jean 1:9 ; Ecclésiaste 3:2) ; après y avoir séjourné quelque temps, ils s'en vont pour faire place à une génération nouvelle. Ainsi en a-t-il été depuis le commencement du monde, ainsi en sera-t-il jusqu'à la fin. Homère illustre cette vérité par la succession des feuilles des arbres : telle est la génération des feuilles, dit-il, telle celle des hommes ; les unes, le vent les répand sur le sol ; d'autres, la forêt bourgeonnante les produit, et elles croissent à leur place au printemps ; ainsi de la génération des hommes : l'un naît, l'autre cesse d'être. Or la mort met fin à toutes les jouissances que l'homme s'est acquises par son travail - richesses, honneurs, connaissance naturelle : tout cela cesse avec lui ; il n'a donc aucun profit de tout son labeur sous le soleil.
Mais la terre subsiste à jamais - pour un fort long temps, jusqu'à la dissolution de toutes choses ; et alors même, quoiqu'elle doive être consumée avec tout ce qu'elle renferme, elle sera changée plutôt qu'anéantie : sa forme sera altérée, sa substance demeurera ; elle ne sera pas réduite à néant, mais renouvelée et purifiée. Cette mention vient montrer que la terre, faite pour l'homme, dont il est l'habitant et le possesseur, est plus stable que lui : il en disparaît bientôt, elle demeure ; il retourne à la terre d'où il fut tiré, elle reste ce qu'elle était ; il meurt et laisse derrière lui la terre et tout ce qu'il y a acquis. Quel profit a-t-il donc de tous ses travaux sur elle ? Elle demeure d'ailleurs pour voir s'y renouveler, encore et encore, les mêmes choses qui s'y sont déjà accomplies. Dieu, qui l'a faite pour que les hommes l'habitent, a déterminé les temps fixés d'avance et les bornes de leur demeure ; il a établi qui l'habiterait, et où, dans la succession des générations ; et jusqu'à ce que tous ces hommes soient nés et disparus, âge après âge, la terre subsistera - puis elle passera par son ultime changement. Le Targum porte :
« la terre subsiste à jamais, pour porter la vengeance qui doit venir sur le monde à cause des péchés des enfants des hommes. »
Le Midrash Tanchuma, comme le relève Jarchi, l'interprète de tous les justes d'Israël, appelés « la terre » ; Jarchi lui-même, des débonnaires qui hériteront la terre. Rabbi Isaac dit :
« un royaume vient, un autre s'en va, mais Israël demeure à jamais. »
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Et il se hâte. Voilà l'idée spéciale de ce verset. Le soleil ne se couche pas pour longtemps. Le texte original le présente même comme essoufflé de sa course.
v. 5 · John Gill · 18/10/2026
Le soleil se lève, le soleil se couche, et il se hâte vers le lieu d'où il se lève. Le soleil se lève au matin et se couche au soir dans notre hémisphère, selon l'apparence des choses ; puis il se hâte de parcourir l'autre hémisphère durant la nuit. Il « halète », selon la force du mot - figure qu'emploient aussi d'autres écrivains -, comme un homme hors d'haleine à force de courir : cet astre glorieux, qui se réjouit comme un vaillant homme de fournir sa course, et dont le circuit va d'une extrémité des cieux à l'autre (Psaume 19:5,6), a hâte de regagner le lieu où il s'est levé le matin ; et là, sans s'arrêter, il reprend sa course sur la même voie. Cet exemple illustre la succession des générations humaines, qui se suivent comme se suivent sans cesse le lever et le coucher du soleil ; il figure aussi l'état sans repos des choses de ce monde qui, comme le soleil, ne s'arrêtent jamais, mais sont toujours en mouvement et poursuivent rapidement leur course ; et pareillement la condition changeante de l'homme qui, semblable au soleil levant puis au soleil de midi, connaît des circonstances florissantes et le comble de la prospérité, puis, comme l'astre décline et se couche, connaît à son tour ses temps de déclin et ses jours d'adversité. Enfin, tel le soleil levant, l'homme entre en ce monde et y paraît un temps ; puis, tel le soleil couchant, il meurt - à cette différence près, qui donne au soleil l'avantage sur lui, comme la terre l'avait auparavant : le soleil se hâte et revient au lieu d'où il s'était levé, tandis que l'homme se couche pour ne plus se relever tant que les cieux subsisteront, et ne revient jamais à sa place en ce monde, qui ne le connaît plus (Job 7:10 ; 14:12). Les Juifs disent : avant que ne se couche le soleil d'un juste, se lève le soleil d'un autre juste.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Il tourne, tourne sans cesse. Ici l'idée dominante est l'instabilité des vents, qui contraste avec l'immutabilité des mouvements du soleil.
v. 6 · John Gill · 18/10/2026
Le vent va vers le midi, puis tourne vers le nord, etc. Le mot « vent » ne figure pas dans cette première proposition du texte original ; il est emprunté à la suivante, en sorte qu'on pourrait traduire : « il va vers le midi », etc., c'est-à-dire le soleil dont il vient d'être parlé. Dans sa course diurne et nocturne, le soleil va le jour vers le midi et la nuit vers le nord ; et dans sa course annuelle, il va vers le midi avant le solstice d'hiver et vers le nord avant le solstice d'été, comme l'observent les interprètes. Le Targum rapporte au soleil non seulement cette proposition, mais le verset entier, qu'il paraphrase ainsi :
« il va tout le côté du midi pendant le jour, et fait le tour vers le côté du nord pendant la nuit, par le chemin de l'abîme ; il accomplit son circuit et vient au vent de l'angle du midi dans la révolution de Nisan et de Tammuz ; et par son circuit il retourne au vent de l'angle du nord dans la révolution de Tisri et de Tébet ; il sort des confins de l'orient au matin, et entre dans les confins de l'occident au soir. »
Aben Ezra entend cependant le tout du vent, comme notre version et d'autres encore : le vent, qui se trouve tantôt au point méridional des cieux, est aussitôt au septentrion ;
il tournoie sans cesse, et le vent revient selon ses circuits - ce que l'on peut entendre des circuits du soleil, dont l'influence sur le vent est grande, puisqu'il le lève souvent au matin et l'apaise au soir ; mais c'est bien le vent lui-même qui tournoie et passe par tous les points de la boussole, puis retourne d'où il est venu, là où sont ses trésors. La définition que Platon donne du vent s'accorde avec le propos de Salomon :
« le vent est le mouvement de l'air autour de la terre. »
Ceci illustre encore la rotation des hommes et des choses - l'instabilité, l'inconstance, l'agitation de toutes les jouissances d'ici-bas ; l'inutilité des labeurs des hommes qui, en peinant pour les richesses, les honneurs et la connaissance naturelle, peinent pour du vent et se remplissent le ventre du vent d'orient, qui ne peut rassasier (Ecclésiaste 5:16 ; Job 15:2) ; ainsi que la fragilité de la vie humaine, semblable au vent qui passe et ne revient pas - encore qu'à cet égard, comme dans les autres exemples, le vent surpasse l'homme, puisqu'il retourne à sa place et que l'homme n'y retourne pas (Job 7:7 ; Psaume 78:39).
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Ne se remplit point. Pas de résultat ! Voir le phénomène de l'évaporation tel que le décrit Job, Job 36.27-28.
v. 7 · John Gill · 18/10/2026
Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est point remplie, etc. Qu'ils jaillissent de sources ou qu'ils se forment de pluies soudaines, les fleuves se fraient un chemin vers la mer ; et pourtant la mer n'en est pas remplie au point de déborder et de submerger la terre, comme on pourrait s'y attendre. Sénèque remarque ainsi que nous nous étonnons que l'apport des fleuves ne soit pas sensible dans la mer ; Lucrèce observe de même qu'on s'émerveille que la mer ne s'accroisse pas, alors qu'un tel afflux d'eaux lui parvient de toutes parts - sans compter les pluies errantes et les tempêtes volantes qui s'y déversent - et qu'elle n'augmente pourtant pas d'une goutte ; ce qu'il explique par les exhalaisons du soleil, par les vents qui balaient et dessèchent, et par ce que les nuages y prélèvent. Homère fait découler du grand océan toute mer, tous les fleuves, les fontaines et les puits ; d'où Pindare appelle le lac, ou la fontaine, Camarina, fille de l'océan. Mais Virgile fait couler les fleuves vers l'océan, comme le sage le fait ici ; et Aristote s'accorde avec lui. Lactance dit de même : « mare quod ex fluminibus constat » - la mer est constituée des fleuves. Les deux peuvent être vrais : par des passages secrets sous la terre, les eaux de la mer sont ramenées aux lieux mêmes d'où elles avaient coulé, comme il suit ;
vers le lieu d'où viennent les fleuves, là ils retournent - ce qui illustre encore la succession des hommes, âge après âge, et la révolution des choses en ce monde, leur état inquiet et instable, et la nature insatisfaisante de toutes choses. De même que la mer n'est jamais remplie de ce qui s'y déverse, l'esprit de l'homme n'est jamais rassasié de toutes les richesses et de tous les honneurs qu'il acquiert, ni de la connaissance des choses naturelles qu'il amasse. Et l'on notera que l'eau même, ce corps si mouvant, garde l'avantage sur les hommes : quoique toujours en flux et en reflux, elle retourne à son lieu d'origine - ce que l'homme ne fait pas. De tous ces exemples il ressort que toutes choses sont vanité, et que l'homme n'a aucun profit de tout son labeur sous le soleil.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Toutes choses. Les trois exemples qui précèdent ne sont pas les seuls que l'on pourrait citer.
Peinent. La création soupire, et avec elle l'homme, dont les sens sont en quelque sorte condamnés aux travaux forcés à perpétuité.
v. 8 · John Gill · 18/10/2026
Toutes choses sont pleines de labeur, etc. Ou « sont laborieuses » : acquises par le travail, et accompagnées de fatigue et de lassitude. Les richesses s'obtiennent par le labeur, et ceux qui se chargent d'argile épaisse - entendez l'or et l'argent - s'en lassent eux-mêmes ; les honneurs et la gloire, les couronnes et les royaumes, sont des soucis pesants, fort épuisants pour ceux qui les portent ; l'étude assidue par laquelle s'acquiert la connaissance est une fatigue pour la chair ; et puisque les hommes se fatiguent jusque dans la pratique de l'iniquité, il n'est pas étonnant que les exercices religieux soient une lassitude pour l'homme naturel et pour celui qui ne professe la foi que charnellement ;
l'homme ne peut l'exprimer - nul ne saurait énumérer toutes les choses laborieuses et fatigantes, ni tout le labeur dont elles sont pleines : le temps y manquerait, et les mots feraient défaut pour en dire le tout - toute la vanité, l'inutilité et l'insuffisance de tout ce qui est sous le soleil ; en particulier :
l'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se remplit pas d'entendre - l'un et l'autre réclament continuellement des objets nouveaux ; le plaisir de ces sens s'émousse devant les mêmes objets constamment présentés ; les hommes en cherchent sans cesse de nouveaux, et à peine les ont-ils obtenus qu'ils en veulent d'autres. Quelque curiosité qu'il y ait à voir, l'œil la convoite ; puis, après s'y être arrêté quelque temps, il s'en lasse et demande autre chose pour se divertir. De même l'oreille se délecte des sons harmonieux, mais en perd le goût avec le temps et en cherche d'autres ; et dans le discours et la conversation, elle n'est jamais en repos qu'elle n'entende, comme les Athéniens, quelque chose de nouveau - nouveauté qui bientôt se fane, et il en faut d'autres encore. À la vérité, l'œil et l'oreille spirituels ne seront jamais rassasiés en cette vie, jusqu'à ce que l'âme, parvenue à l'état parfait de la béatitude, contemple la face de Dieu et le voie tel qu'il est, et qu'elle voie et entende ce que l'œil n'a point vu ni l'oreille entendu ici-bas. Le Targum porte :
« toutes les paroles qui seront dans le monde, les anciens prophètes s'y sont épuisés sans en pouvoir trouver les fins ; et même l'homme n'a pas le pouvoir de dire ce qui sera après lui ; et l'œil ne peut voir tout ce qui sera dans le monde, et l'oreille ne peut être remplie d'entendre toutes les paroles de tous les habitants du monde. »
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
9 à 11 Pas plus que dans la nature, rien de nouveau dans l'histoire ! Sous des apparences diverses il n'arrive que des choses déjà arrivées. Si, parfois (verset 10), il semble qu'un fait nouveau va se produire, ce n'est, vérification faite, qu'un événement de peu d'importance, qui sera oublié par les générations suivantes, lesquelles ne laisseront à leur tour sur la terre qu'un vague souvenir.
Ce qui a été, dans le monde inanimé.
Ce qui s'est fait, par l'humanité.
v. 9 · John Gill · 18/10/2026
Ce qui a été, c'est ce qui sera, etc. Ce qui a été vu et entendu n'est autre que ce qui se verra et s'entendra de nouveau ; de sorte que ce qui se voit et s'entend maintenant n'est que ce qui s'est déjà vu et entendu : c'est la même chose, encore et toujours - et voilà pourquoi l'œil et l'oreille ne sont jamais rassasiés. Les mêmes objets - les cieux et la terre visibles, et tout ce qu'ils renferment, qui sont depuis le commencement - sont ceux-là mêmes qui seront ; et il n'y a rien d'autre à voir, à entendre, ni à posséder ;
et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera - ce qui se fait dans le siècle présent, voire en cette année, ce mois-ci ou ce jour même, se refera dans le suivant ;
et il n'y a rien de nouveau sous le soleil - ce qu'il faut entendre des choses naturelles : les œuvres de la création, achevées dès le commencement du monde, demeurent depuis lors telles qu'elles furent (Hébreux 4:3 ; 2 Pierre 3:4) ; les diverses saisons - le jour et la nuit, l'été et l'hiver, le printemps et l'automne, le chaud et le froid, les semailles et la moisson - reviennent en leur temps comme elles l'ont toujours fait, et ces ordonnances ne défaillent jamais (Genèse 8:22 ; Jérémie 31:35,36 ; 33:20,21). Les choses mentionnées plus haut - la succession constante des hommes sur la terre, qui naissent au monde et en meurent comme ils l'ont toujours fait ; le soleil qui se lève et se couche à son heure fixée, comme il y a près de six mille ans ; les vents qui tournoient par tous les points de la boussole aujourd'hui comme autrefois ; les fleuves qui gardent leur cours et leur retour, et la mer son flux et son reflux - tout cela demeure. Les mêmes arts et sciences, les mêmes métiers et manufactures existaient autrefois comme aujourd'hui, encore qu'en certains points ils aient pu se perfectionner et en d'autres décliner (voir Genèse 4:2,20-22 ; Exode 31:3-5). Et les choses mêmes que l'on croit d'invention nouvelle ne le paraissent peut-être que par l'ignorance des temps anciens, l'histoire ayant manqué de nous en instruire : ainsi l'imprimerie, la fabrication de la poudre, l'usage des canons et des bombes, celui de la pierre d'aimant et de la boussole du marin, passaient pour d'origine récente ; or, selon les histoires chinoises, ce peuple possédait ces choses des centaines d'années auparavant. La circulation du sang, dont la découverte est attribuée à un de nos compatriotes au siècle dernier, était connue de Salomon, et l'on estime qu'il la désigne en Ecclésiaste 12:6 ; et l'on pourrait faire des observations semblables sur d'autres inventions. L'empereur Marc Antonin emploie la formule même : ouden kainon, « rien de nouveau » ; et Sénèque :
« je ne vois rien de nouveau, je ne fais rien de nouveau. »
La chose se vérifie également dans l'ordre moral : les mêmes vices et les mêmes vertus existent aujourd'hui comme toujours, et toujours comme aujourd'hui. En tout âge, les hommes sont nés dans le péché et transgresseurs dès le sein maternel, corrompus dès l'enfance et à tous les âges de la vie ; il y avait la même luxure, la même intempérance, les mêmes passions contre nature, les mêmes rapines et violences aux jours de Noé et de Lot qu'aujourd'hui - à Sodome et Gomorrhe, et dans l'ancien monde, comme dans le siècle présent ; et il s'y trouvait alors, comme maintenant, un petit nombre d'hommes de sobriété, d'honnêteté, de vérité et de justice. Il n'y a d'exception que pour les choses surnaturelles, les événements miraculeux, que l'on peut dire nouveaux, inouïs et merveilleux : la terre s'ouvrant pour engloutir des hommes vivants ; le soleil et la lune s'arrêtant un temps considérable ; les miracles opérés par les prophètes de l'Ancien Testament et les apôtres du Nouveau, et surtout par le Christ - singulièrement l'incarnation du Christ, sa naissance d'une vierge, cette chose nouvelle créée sur la terre. Ces prodiges et leurs semblables sont l'œuvre de la puissance de l'Être divin, qui demeure au-dessus du soleil et n'est point lié par les lois de la nature. On peut excepter aussi les choses spirituelles, effets de la faveur divine ou fruits de la grâce efficace ; et cependant ces choses, nouvelles en un sens, sont anciennes aussi - les mêmes, quant à la substance, ont existé dans les âges passés et dès le commencement : ainsi la nouvelle alliance de grâce ; le chemin nouveau et vivant qui mène à Dieu ; les nouvelles créatures en Christ ; un nom nouveau ; le Nouveau Testament et ses doctrines ; les ordonnances nouvelles et le commandement nouveau de l'amour - toutes choses qui, en un sens, sont anciennes, et identiques quant au fond. Rien n'est nouveau que ce qui est au-dessus du soleil et qui se goûtera dans les demeures de la félicité pour toute l'éternité ; et il y a bien des choses nouvelles - le vin nouveau dans le royaume du Père du Christ, des gloires, des joies et des plaisirs nouveaux, qui n'auront jamais de fin.
v. 10 · John Gill · 18/10/2026
Est-il une chose dont on puisse dire : vois, ceci est nouveau ? etc. C'est un appel adressé à tous les hommes pour attester la vérité de l'observation qui précède, et qui renferme une négation vigoureuse qu'il y ait rien de nouveau sous le soleil ; c'est une invitation à en examiner la vérité, à l'éprouver à fond, et à voir si l'on peut y opposer quelque objection sérieuse. Que l'on regarde le monde naturel : on y verra les mêmes causes naturelles produire les mêmes effets ; le monde moral : on y trouvera les mêmes vertus et leurs contraires ; le monde politique : les mêmes desseins s'y forment et s'y poursuivent, pour aboutir aux mêmes issues, la paix ou la guerre ; le monde savant : les mêmes langues, les mêmes arts et les mêmes sciences s'y enseignent et s'y apprennent, et les mêmes choses s'y redisent ; le monde des métiers enfin : les mêmes commerces et les mêmes occupations s'y poursuivent. On peut aussi prendre ces paroles comme une concession, revêtant la forme d'une objection : « il est une chose dont on peut dire », ou dont un homme pourrait dire, « vois, ceci est nouveau » - ainsi le Targum ; il y avait au temps de Salomon, on l'accorde, certaines choses que l'on pouvait objecter, comme il y en a au nôtre ; à quoi la réponse est :
cela était déjà dans les siècles qui nous ont précédés - ce que l'on tient pour nouveau ne l'est pas : ces choses étaient connues et en usage dans les âges passés, longtemps avant que nous fussions. R. Alshech tient ces paroles pour une assertion et non pour une interrogation, et les interprète d'un temple spirituel du temps à venir - lequel fut pourtant créé avant que le monde fût.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Point de souvenir. Si l'on s'imagine parfois assister à quelque chose de nouveau, c'est qu'on a perdu la mémoire des siècles passés, et cet oubli prouve précisément qu'ils n'ont rien amené de marquant. Et, fin du verset, il en sera de même à l'avenir.
Après ce préambule, l'auteur va parler de ses expériences personnelles et raconter comment il est arrivé au résultat qu'il vient d'exposer sommairement. C'est ici que, pour donner plus de poids à ses appréciations, il rappelle le souvenir du plus sage, du plus instruit, du plus riche des hommes. L'auteur évoque en quelque sorte Salomon hors de sa tombe. Nul n'était mieux qualifié pour jouer ce rôle, puisque la vie lui avait donné absolument tout ce qu'elle peut donner.
v. 11 · John Gill · 18/10/2026
On ne se souvient plus des choses anciennes, etc. Et voilà pourquoi certaines choses réellement anciennes passent pour nouvelles : soit que la mémoire des hommes leur fasse défaut - ils ne se rappellent pas les coutumes et usages du premier temps de leur propre vie, maintenant qu'ils sont vieux -, soit qu'ils ignorent celles des âges passés, faute d'histoire ou par le défaut de celle qui existe : ou bien ils n'ont aucune histoire, ou bien celle qu'ils ont est fausse ; et fût-elle vraie - il en est fort peu qui le soient -, elle est très lacunaire, et parmi tant de choses advenues, bien peu ont été transmises à la postérité ; de sorte que la mémoire s'en est perdue. Qui donc pourrait affirmer avec certitude de quoi que ce soit : ceci est nouveau, et n'a jamais été connu dans le monde ? Et il en ira de même, à l'avenir, des choses présentes (voir Ecclésiaste 2:16) ;
et l'on ne se souviendra pas davantage des choses à venir chez ceux qui viendront après - tel sera le sort des choses présentes et futures : elles seront ensevelies dans l'oubli et demeureront inconnues de la postérité qui viendra après elles ; et si quelqu'un se lève et refait les mêmes choses, on pourra les dire nouvelles, quoiqu'elles soient anciennes en réalité, faute de savoir qu'elles existèrent auparavant. Le Targum porte :
« il n'y a point de souvenir des générations anciennes ; et des dernières mêmes, qui seront, il n'y aura point de souvenir chez les générations qui seront aux jours du Roi Messie. »
R. Alshech l'interprète de la résurrection des morts.
12 Moi, le prédicateur, j’ai été roi sur Israël à Jérusalem, 13 et j’ai appliqué mon cœur à rechercher et à explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c’est une occupation ingrate que Dieu a donnée aux fils des hommes afin qu’ils s’y fatiguent. 14 J’ai vu tous les travaux qui se font sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du ventb 14 ou : se repaître de vent, ou, selon qqs. : rongement d’esprit. . 15 Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut être compté.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Premier morceau 1.12 à 2.23 : Quatre tentatives infructueuses de trouver le bonheur.
12 à 18 Vanité, de la recherche du vrai bien sur la voie de la sagesse.
Ce verset 12 ne fait pas double emploi avec le titre général de l'ouvrage : l'auteur veut montrer que. même dans les circonstances les plus favorables, on ne peut arriver au bonheur par aucun des moyens qu'il va développer.
J'ai été roi. Ce prétérit indique que c'est ici un Salomon fictif, car le vrai Salomon a régné jusqu'à sa mort. Voir Introduction.
A Jérusalem. Le vrai Salomon n'aurait pas pu se représenter des rois d'Israël ailleurs qu'à Jérusalem et n'aurait par conséquent pas relevé cette circonstance.
v. 12 · John Gill · 18/10/2026
Moi, le prédicateur, j'ai été roi sur Israël, à Jérusalem. Après avoir donné une preuve générale de la vanité de toutes les choses d'ici-bas et de leur insuffisance à rendre les hommes heureux, Salomon en vient aux cas particuliers ; et il commence par la sagesse et la connaissance humaines, dont on pourrait croire qu'elles conduisent, plus que tout, au vrai bonheur - et qui pourtant n'y atteignent pas. Il s'en donne lui-même pour preuve ; et il ne pouvait choisir personne de plus propre ni de plus pertinent à son dessein : il eut tous les avantages pour acquérir la sagesse, il la poursuivit avec assiduité, et il y fit des progrès au-dessus de tous les hommes ; il faut donc le reconnaître pour juge compétent, et tout ce qu'il conclut peut être tenu pour certain. Telle est la substance des versets qui suivent jusqu'à la fin du chapitre. Que l'on observe d'abord qu'il était « prédicateur » - non un simple particulier -, et devait posséder une bonne mesure de connaissance pour être en état d'enseigner et d'instruire les autres ; qu'il était, de plus, roi, et ne manquait pas de moyens pour acheter des livres et s'attacher des maîtres qui l'instruisissent dans toutes les branches du savoir ; et que, lorsqu'il s'engagea dans l'étude la plus profonde de la sagesse, et surtout lorsqu'il prononça ces paroles, ce n'était ni dans son enfance ni avant son avènement, mais après - après même qu'il eut demandé à Dieu la sagesse pour gouverner et qu'elle lui eut été accordée ; après, disons-le, un long règne, tel qu'était alors le sien. Les écrivains juifs, tels le Targum, Jarchi et d'autres, concluent pourtant de ce passage qu'il n'était plus roi alors, mais réduit à l'état de simple particulier, déposé ou chassé de son trône - ce qui ne paraît nullement. De plus, il était roi d'Israël : non d'un peuple barbare, où auraient régné les ténèbres et l'ignorance, mais d'un « peuple sage et intelligent », comme il est appelé (Deutéronome 4:6) ; et roi à Jérusalem même, la métropole de la nation, où il avait son palais royal, où se trouvaient non seulement le temple, lieu du culte divin, mais un collège de prophètes, une multitude de prêtres et une abondance d'hommes sages et instruits qu'il avait tout loisir de fréquenter. Ajoutons ses vastes relations au-dehors : de tous les royaumes, on venait entendre sa sagesse - telle la reine de Séba - et, en lui posant des questions, on exerçait ses talents et l'on contribuait grandement à les perfectionner. Un homme ainsi qualifié doit être juge en matière de sagesse, et ce qu'il dit mérite attention ; observons enfin que ce qu'il déclare dans la suite l'est « in verbo regis et sacerdotis » - sur la parole d'un roi et d'un prédicateur, qui n'eût jamais risqué son honneur ni compromis son caractère en avançant une contre-vérité.
v. 13 · John Gill · 18/10/2026
Et j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse, etc. Comme il eut tous les avantages et toutes les occasions, l'industrie et l'application ne lui manquèrent pas non plus pour acquérir la connaissance : il y appliqua son esprit ; il prit la résolution de ne se laisser décourager par aucune difficulté, mais de les surmonter toutes, s'il se pouvait ; il se mit à l'œuvre avec un entier empressement ; il avait en main le prix pour acquérir la sagesse, et il avait du cœur à l'ouvrage (voir Proverbes 17:16) ; et il la poursuivit en toute diligence, de toutes ses forces. Il ne se contenta pas non plus d'une connaissance superficielle des choses : il « sonda » le savoir le plus caché et le plus abstrus, et pénétra jusqu'en ses derniers replis, pour découvrir tout ce qui se pouvait connaître ; et cela « par » l'usage de toute la « sagesse » et de toute la sagacité, de toute la lumière et de toute la force de la raison, de tous ces dons naturels éclatants que Dieu lui avait départis d'une manière si extraordinaire. Et son enquête fut des plus étendues ; elle porta
sur tout ce qui se fait sous les cieux - sur la nature de toutes choses, animées et inanimées : arbres, herbes, plantes, fossiles, minéraux et métaux ; bêtes, oiseaux, poissons et tout ce qui rampe (voir 1 Rois 4:33), avec tout ce que la nature renferme encore. Il chercha à se rendre maître de tous les arts et de toutes les sciences ; à connaître tous les métiers et toutes les manufactures ; à entendre tout ce qui regarde la politique, les royaumes, les États et leur gouvernement ; à observer toutes les actions des hommes, sages et insensés, pour en connaître la différence et juger du bien et du mal. Et voici son observation sur le tout :
c'est là une occupation pénible que Dieu a donnée aux fils des hommes pour qu'ils s'y exercent - il trouva par expérience que c'était une lourde tâche que Dieu avait imposée aux enfants des hommes, que d'acquérir la sagesse et la connaissance par la voie où elles doivent s'acquérir : voie fort pesante et lassante pour la chair. Bien plus, il trouva que c'était une « occupation mauvaise », comme on peut traduire - qu'il s'y mêlait quelque chose de coupable et de criminel, où Dieu laisse tomber les hommes dans leur poursuite du savoir, et à quoi leurs études les exposent : s'abandonner à une curiosité vaine et coupable, scruter des choses illicites, vouloir être sage au-delà de ce qui est écrit ; ou mettre à l'acquisition de la connaissance naturelle une ardeur excessive, au détriment de choses de plus grande conséquence ; ou abuser du savoir acquis, y mettre sa confiance, s'en enorgueillir vainement et s'en laisser enfler. On peut aussi l'entendre du mal de la peine, que Dieu inflige aux hommes pour le péché d'avoir mangé de l'arbre de la connaissance : de même qu'il est condamné à gagner son pain à la sueur de son front, il doit ainsi gagner sa connaissance, c'est-à-dire au prix de grandes peines et de grands labeurs, qui autrement se fût obtenue plus aisément. Mais Dieu en a disposé ainsi pour « affliger » ou pour « humilier » les hommes, comme le mot peut se rendre : pour les affliger ou les châtier à cause du péché, et pour les humilier en leur montrant combien sont faibles les puissances et les facultés de leur esprit, puisqu'il faut tant de peine pour acquérir une si petite part de connaissance. Le Targum porte :
« et je vis toutes les œuvres des enfants des hommes assujetties à une occupation mauvaise ; le Seigneur l'a donnée aux enfants des hommes pour qu'ils en soient affligés. »
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Quoi qu'il fasse, l'homme s'agite sans arriver à rien de positif et de durable. Partout il y a des déviations, des désordres (verset 15), qu'il peut bien constater, mais non pas vaincre.
Poursuite du vent, et non rongement d'esprit, comme le disaient les anciennes versions. Comparez Osée 12.2. Le mot ainsi rendu (reouth) ne se trouve, en dehors de notre livre, où il se rencontre sept fois, que dans la partie araméenne d'Esdras.
v. 14 · John Gill · 18/10/2026
J'ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil, etc. Toutes les choses faites par le Seigneur, sur la terre, en elle et dans la mer : il les considéra et s'efforça d'en pénétrer la nature, et il parvint à en acquérir une très grande connaissance, au point d'en pouvoir parler pour l'instruction des autres (voir 1 Rois 4:33) ; et toutes celles que font les hommes, par leur esprit ou par leurs mains - tout ce qu'ils ont écrit ou façonné, tous leurs ouvrages philosophiques et leurs expériences, toutes leurs opérations mécaniques, aussi bien que toutes leurs œuvres bonnes et mauvaises au sens moral. Ainsi le Targum :
« je vis toutes les œuvres des enfants des hommes, qui se font sous le soleil en ce monde. »
Et voici, tout est vanité et rongement d'esprit - non seulement les choses connues, mais leur connaissance même : pure vanité, où rien de solide ni de substantiel ne se trouve, rien qui puisse rendre un homme heureux ; bien au contraire, elle est source de tourment et d'affliction : non seulement son acquisition est une lassitude pour la chair, mais son ressouvenir cause peine et malaise à l'esprit. C'est un « brisement d'esprit », comme le Targum, Jarchi et Alshech interprètent l'expression : elle consume et épuise l'esprit de l'homme aussi bien que son temps, et le tout en pure perte. C'est, comme le rendent d'anciennes versions grecques et d'autres après elles, et non sans justesse, une « pâture de vent » : chose inutile et sans profit, comme de travailler pour le vent (voir Osée 12:1 ; Job 15:2 ; Ecclésiaste 5:16) ; ainsi encore Aben Ezra.
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce qui est courbé. Non pas ce que Dieu a jugé bon de faire tel, mais ce qui est tel ensuite des perturbations introduites dans le monde par la faute de l'homme.
Ce qui fait défaut ne peut être compté. L'homme a des aspirations, des besoins, mais qui, dans notre état de chute, ne peuvent être satisfaits.
v. 15 · John Gill · 18/10/2026
Ce qui est courbé ne peut être redressé, etc. Par tout l'art et l'adresse, toute la sagesse et la connaissance où l'homme peut atteindre. Quoi que l'homme, dans la vanité de son esprit, trouve à redire aux œuvres de Dieu, dans la nature ou dans la providence, et qu'il lui plaise d'appeler courbé, il n'est pas en son pouvoir de le redresser ni de l'amender (voir Ecclésiaste 7:13). Il y a, par l'effet du péché, quelque chose de courbé dans les cœurs, dans la nature, dans les principes, les voies et les œuvres des hommes, qui ne pourra jamais être redressé, corrigé ni amendé par toute la sagesse et la connaissance naturelles - ce qui en montre l'insuffisance : les plus sages philosophes, avec tout l'appareil de leur esprit et de leur savoir, n'y purent jamais rien ; cela ne s'opère que par l'Esprit et par la grâce de Dieu (voir Ésaïe 42:16) ;
et ce qui manque ne peut être compté - les lacunes de la science humaine sont si nombreuses qu'on ne saurait les dénombrer ; et les défauts de la nature humaine ne peuvent jamais être suppléés ni réparés par la connaissance et la sagesse naturelles - défauts si nombreux qu'ils ne se peuvent ni comprendre ni compter. Le Targum porte :
« l'homme dont les voies ont été perverses en ce monde, et qui y meurt sans revenir par la repentance, n'a aucun pouvoir de se corriger après sa mort ; et l'homme qui s'est écarté de la loi et des préceptes durant sa vie n'a, après sa mort, aucun pouvoir d'être compté avec les justes dans le paradis. »
Dans le même sens la note de Jarchi, et le Midrash.
16 J’ai parlé en mon cœur, disant : Voici, je suis devenu grand et j’ai acquis de la sagesse plus que tous ceux qui ont été avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de connaissance ; 17 et j’ai appliqué mon cœur à la connaissance de la sagesse et à la connaissance des choses déraisonnables et de la folie. J’ai connu que cela aussi, c’est la poursuite du vent. 18 Car à beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin ; et qui augmente la connaissance, augmente la douleur.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
16 à 18 Comme je m'étais livré à la recherche du bonheur sur la voie de la sagesse, l'insuccès de mes efforts a rejailli sur la sagesse, elle-même. Car impossible de dire que je n'en eusse pas assez (verset 16), ou que je l'aie compromise en y mêlant la folie (verset 17). De cela je conclus que la sagesse n'est bonne qu'à attrister par la constatation que tout est vanité, y compris elle-même.
Tous ceux qui ont régné avant moi à Jérusalem. Salomon était le second roi qui régnât à Jérusalem ; mais notre auteur, vivant beaucoup plus tard et ayant présente à la pensée toute la suite de rois issus de David, en place, par un anachronisme voulu sans doute, la mention dans la bouche de son Salomon fictif. (Voir Introduction.)
v. 16 · John Gill · 18/10/2026
Je me suis entretenu avec mon cœur, etc. C'est-à-dire qu'il y regarda, l'examina, et considéra quel fonds de connaissance il y possédait après toutes ses recherches ; quel bonheur lui en était revenu ; et quel jugement il convenait de porter sur le tout. Et il se parla en lui-même de la sorte :
disant : voici, je suis parvenu à un grand état - je suis devenu un grand personnage, illustre en sagesse, parvenu en elle à un degré fort élevé, y ayant fait de grands progrès par une application diligente ;
et j'ai acquis plus de sagesse que tous ceux qui ont été avant moi sur Jérusalem - ou « qui avant moi furent au-dessus de Jérusalem » : ses gouverneurs, ou ceux qui y résidaient - non seulement plus que les Jébusiens, mais plus que Saül, premier roi d'Israël, et que David même, son père ; ou, selon Gussetius, plus qu'aucun prince, gouvernant ou magistrat civil à Jérusalem, de son temps ou du temps de son père ; et plus aussi que tous les prêtres et prophètes, autant que les princes, qui y avaient jamais paru. Et de fait, il fut plus sage que tous les hommes (1 Rois 4:30-32) - plus sage qu'aucun de ceux qui furent à Jérusalem ou ailleurs, ou qui devaient venir après, le Messie excepté (voir 1 Rois 3:12 ; 10:27 ; Matthieu 12:42). Et puisque cela est dit de lui par d'autres, et par le Seigneur lui-même, il pouvait non seulement le dire de lui-même avec vérité, mais sans ostentation aucune : il était nécessaire qu'il le dît pour servir son dessein, qui était de montrer la vanité de la sagesse humaine à son plus haut degré - et nulle part elle ne se trouvait plus haute qu'en lui ;
oui, mon cœur a eu une grande expérience de la sagesse et de la connaissance - ou « a vu beaucoup de sagesse et de connaissance » : il la posséda à fond et en fut entièrement maître. Ce n'était pas une connaissance superficielle qu'il avait acquise, ni quelques leçons confiées à sa mémoire, quelques notions légères ou des bribes ramassées sans ordre : il s'était rendu parfaitement familier tout ce qui méritait d'être connu, et l'avait digéré dans son esprit.
v. 17 · John Gill · 18/10/2026
Et j'ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, etc. Répétition qui confirme ce qui a été dit (Ecclésiaste 1:13), et qui fait remarquer combien il fut assidu et diligent à l'acquérir - circonstance qui ne doit pas être négligée ;
et à connaître la folie et la sottise - afin de mieux connaître la sagesse et d'apprendre à distinguer l'une de l'autre, les contraires s'éclairant mutuellement ; afin aussi de fuir la folie et la sottise et leurs voies, et de dévoiler les actions des insensés. Platon dit ainsi que l'ignorance est une maladie dont il existe deux espèces : la folie et la sottise. Le Targum, la Septante et toutes les versions orientales rendent le dernier mot, traduit par « sottise », par intelligence, connaissance et prudence - lecture qui paraît fondée, puisque Salomon ne mentionne ensuite, comme tourment et chagrin pour lui, que la sagesse et la connaissance. Je lirais donc volontiers ce membre de phrase en liaison avec le précédent : « et la connaissance des choses dont on se vante », le savoir vaniteux ; « et la prudence », c'est-à-dire ce qu'on peut appeler l'artifice et la ruse - ce que l'apôtre nomme « la science faussement ainsi nommée » (1 Timothée 6:20 ; voir Proverbes 12:8 ; Daniel 8:25) ;
j'ai reconnu que cela aussi est rongement d'esprit - voir le commentaire sur Ecclésiaste 1:14 ; la raison en suit.
v. 18 · John Gill · 18/10/2026
Car avec beaucoup de sagesse il y a beaucoup de chagrin, etc. À l'acquérir, comme à la perdre une fois acquise ; ou « d'indignation » contre soi-même et contre les autres, l'homme devenant plus sensible aux folies et aux faiblesses de la nature humaine ;
et qui accroît sa connaissance accroît sa douleur - car plus il sait, plus il voudrait savoir : il en devient plus avide, se donne plus de peine et de tourment pour l'acquérir, et par là devient toujours plus sensible à sa propre ignorance, à la difficulté d'atteindre le savoir qu'il poursuit, et à l'impuissance de ce savoir à le rendre tranquille et heureux. Au surplus, plus il possède de connaissance, plus il s'attire l'envie des autres, qui s'appliquent à le contredire et à rabaisser sa réputation. En un mot, voici la somme de toute la connaissance et de toute la sagesse humaines, portées à leur plus haut degré : loin de rendre les hommes contents et heureux, elles se révèlent pure vanité, causes de tourment et d'inquiétude d'esprit, sources de chagrin et de douleur. Il existe, il est vrai, une sagesse et une connaissance tout opposées, et infiniment plus excellentes, qui apportent d'autant plus de joie et de consolation qu'elles s'accroissent davantage : c'est la sagesse dans le cœur - la connaissance spirituelle et expérimentale du Christ, et de Dieu en Christ, et des vérités divines et évangéliques ; hors de cette connaissance, il n'est ni paix véritable, ni consolation, ni bonheur. Le Targum porte :
« car l'homme qui multiplie la sagesse, lorsqu'il pèche et ne revient pas par la repentance, multiplie l'indignation de la part du Seigneur ; et celui qui accroît la connaissance et meurt dans sa jeunesse accroît le chagrin de cœur de ses proches. »