1 J’ai dit en mon cœur : Allons ! je t’éprouverai par la joie : jouisa 1 litt. : vois, ici et v. 24, etc. donc du bien-être. Et voici, cela aussi est vanité. 2 J’ai dit au rire : [Tu es] déraison ; et à la joie : Que fait-elle ? 3 J’ai recherchéb 3 ailleurs aussi : exploré. en mon cœur de traiter ma chair avec du vin, tout en conduisant mon cœur par la sagesse, et de saisir la folie, jusqu’à ce que je voie quel serait, pour les fils des hommes, ce bien qu’ils feraient sous les cieux tous lesc 3 litt. : le nombre des, ici et 5. 17 ; 6. 12. jours de leur vie.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
1 et 2 : Vanité de la joie.
La philosophie ne produisant qu'amertume et déboires, l'Ecclésiaste a essayé du plaisir et de la jouissance. Vivons donc et jouissons, et laissons là tant de troublantes investigations.
J'ai dit à mon cur. Je me suis recueilli, et le résultat de mes réflexions a été la résolution de me procurer désormais toutes les jouissances qu'on peut goûter ici-bas.
Je veux te faire essayer... Le cur n'est-il pas souverain juge en matière de bonheur ?
Et voilà. La réponse ne s'est pas fait longtemps attendre. En deux versets tout est dit. De toutes les vanités, c'est celle de l'épicurisme qui se fait sentir le plus promptement. Aussi va-t-il maintenant, dans la coupe de la pure folie, verser un peu de modération.
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
Introduction au chapitre 2
Salomon, ayant fait l'épreuve de la sagesse et de la connaissance naturelles dans toute leur étendue et les ayant trouvées vanité, passe à l'expérience du plaisir, et cherche si quelque bonheur s'y rencontre (Ecclésiaste 2:1). Ce qui, au premier regard, se révèle vain, frivole et folâtre, il l'expédie d'un mot et le condamne comme insensé et sans profit (Ecclésiaste 2:2) ; mais les plaisirs plus dignes de l'homme, raisonnables et légitimes, il s'y arrête et en dresse une énumération détaillée, comme de choses dont il avait fait l'entière épreuve : le bien-manger et le bien-boire, avec mesure et sans excès ; des édifices beaux et spacieux ; des vignes, des jardins et des vergers délicieux ; des parcs, des forêts et des enclos ; des viviers et des fontaines ; une nombreuse domesticité et un grand équipage de serviteurs ; de vastes possessions, des richesses et des trésors immenses ; une collection des plus grandes raretés et curiosités de la nature ; toutes les espèces de musique, vocale et instrumentale (Ecclésiaste 2:3-8). En tout cela, il surpassa tous ceux qui l'avaient précédé ; et il ne se refusa aucun plaisir, dans l'ordre du licite, qui se pût goûter (Ecclésiaste 2:9,10). Et pourtant, embrassant le tout d'un regard, après une expérience achevée de ce qui s'y pouvait trouver, il prononce que tout est vanité et rongement d'esprit (Ecclésiaste 2:11) ; puis il revient à son premier sujet, la sagesse, et l'examine de nouveau, pour voir s'il y découvrirait un bonheur véritable, ayant été si cruellement déçu du côté du plaisir (Ecclésiaste 2:12). Il loue, il est vrai, la sagesse, et la préfère à la folie, comme le sage à l'insensé (Ecclésiaste 2:13,14) ; mais il relève aussi certaines choses qui en diminuent le prix, et montre qu'il n'est point en elle de bonheur, les mêmes événements atteignant le sage et l'insensé : tous deux pareillement oubliés, tous deux mourant de même manière (Ecclésiaste 2:15,16). Il prend ensuite en considération les affaires de la vie et l'industrie laborieuse déployée pour acquérir la richesse ; et il la condamne comme pénible, odieuse et vexatoire, parce qu'après toutes ses acquisitions, l'homme ne sait à qui il les laissera - à un sage ou à un insensé (Ecclésiaste 2:17-21) ; et parce que l'homme lui-même n'a de repos aucun de ses jours, mais seulement chagrin et douleur (Ecclésiaste 2:22,23). D'où il conclut que le meilleur parti pour l'homme est de jouir lui-même des biens de cette vie ; ce qu'il confirme par sa propre expérience, et par une antithèse entre l'homme de bien et le méchant (Ecclésiaste 2:24-26).
v. 1 · John Gill · 18/10/2026
J'ai dit en mon cœur, etc. Il s'entretint avec son cœur, il pensa et raisonna en lui-même, et arrêta dans son esprit cette résolution : puisqu'il n'avait pu trouver le bonheur dans la sagesse et la connaissance naturelles, il le chercherait ailleurs - dans le plaisir, où il observait que certains hommes plaçaient leur bonheur, ou du moins l'y cherchaient. Ou bien : « j'ai dit à mon cœur », selon la version syriaque ;
allons donc - ou « va, je te prie » : écoute ce que je vais te dire, et suis la voie que je vais maintenant te tracer ;
je t'éprouverai par la joie - par les choses qui procurent la gaieté, la joie et le plaisir ; et j'essaierai si quelque bonheur se peut goûter par cette voie, puisqu'il ne s'en trouvait point dans la sagesse et la connaissance. Jarchi et Aben Ezra traduisent : « je mêlerai » - le vin avec l'eau, ou avec des aromates ; ou : « je verserai » le vin en abondance, pour en boire « avec joie » et entretenir la gaieté. Mais le Targum, la Septante, les versions syriaque et arabe l'entendent comme nous, sens dont Aben Ezra fait d'ailleurs mention ;
jouis donc du plaisir - dont l'homme est naturellement épris : il l'était dans son état d'innocence, et ce fut là l'appât qu'on lui tendit et par lequel il fut entraîné dans le péché ; et maintenant il aime les plaisirs coupables, il y vit et les sert - plaisirs imaginaires plutôt que réels, qui ne durent qu'une saison et s'achèvent en amertume. Mais ce ne sont pas ces convoitises sordides qui sont ici visées : Salomon était trop sage et trop homme de bien pour s'y livrer comme au « summum bonum », pour croire jamais qu'il pût s'y trouver quelque bonheur, ou même pour en faire l'essai à cette fin. Ce ne sont ni les plaisirs criminels, ni une vie impure, abrutie et épicurienne qui sont ici entendus, mais des plaisirs dignes de l'homme, raisonnables et légitimes - car il n'en est point mentionné d'autres dans le détail qui suit ; et dans la poursuite du tout, il fut guidé et gouverné par sa sagesse, laquelle demeura en lui (Ecclésiaste 2:3,9). On peut aussi traduire : « vois donc le bien » - considère toutes les choses bonnes, plaisantes et délectables de la vie, et jouis-en de telle sorte que, s'il se peut, le bonheur s'y trouve ;
et voici, cela aussi est vanité - l'expérience faite, on trouvera qu'il n'est en cela nul bonheur solide et substantiel, comme il le trouva lui-même.
v. 2 · John Gill · 18/10/2026
J'ai dit du rire : il est insensé, etc. La faculté de rire a été donnée à l'homme pour quelque utilité ; usée avec modération et tenue dans de justes bornes, elle lui rend service et contribue à la santé du corps et au contentement de l'esprit ; mais lorsqu'on en use à toute occasion frivole, devant chaque sottise dite ou faite, et qu'on s'y abandonne à l'excès, ce n'est plus que folie, et elle donne à l'homme l'air d'un insensé et d'un fou plutôt que d'un sage ; elle ne dure qu'un moment, et sa fin est la tristesse (Ecclésiaste 7:6 ; Proverbes 14:13). Ou bien : « j'ai dit au rire : tu es insensé » - je ne veux donc rien avoir à faire avec toi dans tes excès coupables, mais je te fuirai comme on fuit un furieux. Le rire n'est donc pas à compter parmi les plaisirs auxquels il conviait son âme ;
et de la joie : à quoi sert-elle ? - quel bien produit-elle ? de quel profit et de quel avantage est-elle à l'homme ? S'il s'agit de la gaieté innocente, la réponse se peut tirer de Proverbes 15:13 et 17:22 ; mais s'il s'agit de la joie charnelle et coupable, il n'en revient aucun bien, ni au corps ni à l'esprit, et nul bonheur ne se peut goûter par cette voie ; il n'y a donc pas lieu d'en faire l'essai. Ce que le sage se proposa d'éprouver, et éprouva en effet, suit dans les versets suivants.
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
3 à 11 Bien vite dégoûté de ce rire insensé et de cette vie de grossiers plaisirs, je me suis dit : Modérons-nous et joignons au soin de notre corps un travail sérieux. C'est un nouvel essai.
Avec du vin. Le vin n'est indiqué ici que comme le symbole d'une vie agréable.
Jusqu'à ce que je visse... C'est un simple essai, et l'Ecclésiaste lui-même semble s'en méfier à l'avance, car c'est là un compromis : il abandonne le terrain des principes.
De grands travaux. Voir 1Rois 7.1-12 ; 9.15-19 ; 2Chroniques 8.1-6.
Des vignes. Voir Cantique 8.11, et comparez 1Chroniques 27.27. Nous ne devons pas nous représenter des vignobles comme les nôtres, mais plutôt des vergers dont les arbres servaient de support à des ceps de vigne. (Félix Bovet, Voyage en Terre-Sainte, 3° édition, page 289, note.)
v. 3 · John Gill · 18/10/2026
J'ai recherché en mon cœur de livrer ma chair au vin, etc. Non d'une manière immodérée, jusqu'à s'enivrer - il ne peut y avoir là nul plaisir, ni la moindre apparence de bonheur -, mais d'une manière mesurée quoique libérale, de façon à être innocemment gai et enjoué, et à éprouver par là quel bien et quel bonheur se pouvaient posséder par cette voie. Par « vin », il ne faut pas entendre le vin seulement, mais tout ce qui se mange et se boit de bon : le mot désigne ce qu'on appelle la bonne chère. Salomon vécut toujours largement : élevé en prince, il vécut en roi dès son avènement ; mais, ses richesses s'accroissant, et voulant éprouver le bien qui est dans toutes les créatures de Dieu pour voir si quelque bonheur s'y trouvait, il résolut de tenir table meilleure encore, et d'avoir tout ce qui se pouvait manger ou boire, quoi qu'il en coûtât. Sur l'ordinaire quotidien de la maison de Salomon, voir 1 Rois 4:22,23 ; le Midrash l'interprète du vin de la loi. On peut aussi traduire : « j'ai recherché en mon cœur d'étirer ma chair par le vin », ou « mon corps » - de le développer, de le rendre gras et replet, lui qui avait pu être réduit à la peau et aux os, à un vrai squelette, par les études sévères qu'exigent la sagesse et la connaissance. Le Targum porte :
« j'ai recherché en mon cœur d'entraîner ma chair dans la maison du festin du vin ; »
comme s'il y avait eu en lui quelque répugnance à une telle conduite, et qu'il se fût pour ainsi dire fait violence afin de tenter l'expérience ;
(mon cœur toutefois se conduisant avec sagesse) - ou « mon cœur me menant dans la sagesse » : il fut guidé et gouverné par la sagesse dans cette recherche du bonheur ; il se tint sur ses gardes, pour ne se laisser aller à aucune extravagance coupable ni à aucun excès criminel dans le manger et le boire ;
et de saisir la folie - afin de mieux connaître ce qu'est la folie, et quelle est celle des fils des hommes qui placent leur bonheur en de telles choses ; ou plutôt il s'appliqua à saisir la folie pour la réfréner, et s'en garder lui-même, afin qu'elle ne prît pas l'ascendant sur lui - sans quoi il n'eût pu former un jugement droit sur la question de savoir s'il est ou non quelque bonheur réel dans cette sorte de plaisir dont il parle ; car l'épicurien, l'homme voluptueux, n'en est pas juge ;
jusqu'à ce que je visse quel est, pour les fils des hommes, ce bien qu'ils doivent faire sous les cieux, tous les jours de leur vie - où réside le « summum bonum », le bonheur souverain de l'homme, celui qu'il doit s'efforcer de rechercher et de poursuivre, afin d'en jouir tout au long de sa vie, tant qu'il est en ce monde. Et pour le connaître plus pleinement encore, s'il se pouvait, il fit ce qui suit.
4 J’ai fait de grandes choses : je me suis bâti des maisons, je me suis planté des vignes ; 5 je me suis fait des jardins et des parcs, et j’y ai planté des arbres à fruit de toute espèce ; 6 je me suis fait des réservoirs d’eau pour en arroser la forêt où poussent les arbresd 6 litt. : qui pousse en arbres. . 7 J’ai acquis des serviteurs et des servantes, et j’en ai eu qui sont nés dans ma maison ; j’ai eu aussi des troupeaux de gros et de menu bétail, en grand nombre, plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem. 8 Je me suis aussi amassé de l’argent et de l’or, et les trésors des rois et des provinces ; je me suis procuré des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils des hommes, une femme et des concubines. 9 Et je suis devenu grand et je me suis accru plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem ; et pourtant ma sagesse est demeurée avec moi. 10 Et quoi que mes yeux aient désiré, je ne les en ai point privés ; je n’ai refusé à mon cœur aucune joie, car mon cœur s’est réjoui de tout mon travail, et c’est là la part que j’ai eue de tout mon travail. 11 Et je me suis tourné vers toutes les œuvres que mes mains avaient faites, et vers tout le travail dont je m’étais travaillé pour [les] faire ; et voici, tout était vanité et poursuite du vent, et il n’y en avait aucun profit sous le soleil.
v. 4 · John Gill · 18/10/2026
J'ai fait de grands ouvrages, etc. Il ne passa pas son temps à des futilités, comme Domitien à attraper et tuer des mouches, mais à concevoir, dessiner, diriger et surveiller de grands ouvrages d'art et d'habileté, dignes de la grandeur de son état et de l'élévation de son esprit. Le Midrash restreint le propos à son grand trône d'ivoire recouvert d'or (1 Rois 10:18) ; mais l'expression est générale et embrasse toutes les grandes choses qu'il fit, dont voici l'énumération particulière ;
je me suis bâti des maisons - parmi lesquelles il ne faut pas compter la maison de Dieu, quoiqu'elle fût bâtie par lui, et en premier lieu ; car celle-là fut élevée non pour son plaisir et sa magnificence propres, mais pour le culte et la gloire de Dieu. Il s'agit principalement de sa propre maison, son palais, dont la construction dura treize ans, et de la maison de la forêt du Liban, qui était peut-être sa résidence de campagne ; avec toutes les autres maisons et dépendances - pour ses magasins, pour ses serviteurs, pour ses cavaliers et ses chars (voir 1 Rois 7:1,2 ; 9:1,19). Les hommes prennent grand plaisir aux édifices beaux et spacieux, et se promettent beaucoup de bonheur à y demeurer, et à perpétuer par eux leur nom dans la postérité (voir Psaume 49:11 ; Job 21:21). Le Targum porte :
« j'ai multiplié les bonnes œuvres à Jérusalem ; je me suis bâti des maisons : la maison du sanctuaire, pour faire propitiation pour Israël ; la maison royale de rafraîchissement, et le conclave et le portique ; et la maison du jugement, de pierres de taille, où siègent les sages et rendent la justice ; j'ai fait un trône d'ivoire pour le siège royal ; »
je me suis planté des vignes - celles d'Engaddi étaient peut-être de sa plantation ; il en avait une, en tout cas, à Baal-Hamon, et sans doute en d'autres lieux (Cantique 1:14 ; 8:11) ; le Targum en mentionne une à Jabné, plantée par lui. Elles aussi ajoutent à l'agrément de la vie : il est délicieux de s'y promener, d'en cueillir le fruit et d'en boire le vin (voir Cantique 7:12).
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
Des parcs, littéralement : des paradis. Voir Néhémie 2.8 note.
v. 5 · John Gill · 18/10/2026
Je me suis fait des jardins et des vergers, etc. Du jardin du roi, il est parlé en Jérémie 39:4. Adrichomius fait mention d'un jardin royal dans les faubourgs de Jérusalem, clos de murailles : véritable paradis d'arbres fruitiers, d'herbes, d'aromates et de fleurs, il abondait en fruits de toute espèce, au plus grand délice des sens. Et Salomon étant si grand botaniste, connaissant la nature et l'usage de toutes les espèces d'arbres et d'herbes (1 Rois 4:33), il ne fait aucun doute qu'il eut un jardin de simples, bien fourni de tout ce que ce domaine offre de curieux et d'utile (voir 1 Rois 21:2). Les jardins sont faits pour le plaisir autant que pour le profit : Adam, sitôt créé, fut placé dans un jardin, pour ajouter à son plaisir et à sa félicité naturels autant que pour son occupation (Genèse 2:8) ; et le plaisir de se promener dans un jardin et de goûter de ses fruits est évoqué par Salomon lui-même (Cantique 4:12,13,16 ; 5:1 ; 6:9) ;
et j'y ai planté des arbres de toute espèce de fruits - dont il avait, comme on l'a dit, une connaissance approfondie, et dont plusieurs lui furent apportés de contrées lointaines ; tous contribuaient à rendre ses jardins, vergers, parcs, forêts et enclos singulièrement plaisants et délectables. Le Targum ajoute :
« les uns pour la nourriture, d'autres pour la boisson, d'autres pour la médecine. »
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Des réservoirs. Non pas l'étang du roi de Néhémie 2.14, qui, situé près de Siloé, n'aurait pas pu servir pour arroser, mais, d'après la tradition, les trois réservoirs situés dans le voisinage d'Etam (2Chroniques 11.6), aujourd'hui Artas ou Ortas. Là, non loin de Thékoa et de Bethléem, sur le haut plateau de Juda, se trouvent, à proximité d'une forteresse élevée plus tard, peut-être à l'époque sarrasine, pour les protéger, trois vasques qui font l'admiration de tous les voyageurs. Voir F. Bovet, Voyage en Terre-Sainte, page 284 et suivantes ; J.-Aug. Bost, Souvenirs d'Orient, page 193 et suivantes ; Lucien Gautier, Souvenirs de Terre-Sainte, pages 13 et 14. Le plus grand de ces bassins a 177 mètres de longueur et une profondeur de 15 m, sur une largeur moyenne d'environ 50 m.
Pour arroser. L'aqueduc qui a durant un temps relié ces réservoirs à Jérusalem et dont on voit encore les restes, est l'uvre de Ponce-Pilate et ne date pas de Salomon, qui, en les creusant, n'avait en vue que l'irrigation de ses parcs. Salomon avait, non loin de Jérusalem, une maison de campagne, nommée Etam, où il se plaisait parce qu'il y avait de fort beaux jardins, de belles fontaines, et que la terre en était extrêmement fertile (Josèphe, Antiquités VII, 2).
v. 6 · John Gill · 18/10/2026
Je me suis fait des réservoirs d'eaux, etc. Pour des cascades et des jeux d'eaux, aussi bien que pour conserver et produire des poissons de toute espèce. Il est fait mention des réservoirs du roi (Néhémie 2:14) ; les viviers de Hesbon, près de la porte de Bath-Rabbim, appartenaient peut-être à Salomon (Cantique 7:4). À un peu plus d'une lieue de Bethléem se trouvent des bassins que l'on appelle encore aujourd'hui les viviers de Salomon : ce sont de grands réservoirs taillés dans le roc, disposés bout à bout, le second un peu plus bas que le premier et le troisième que le second, en sorte qu'ils se communiquent l'eau de l'un à l'autre quand ils sont pleins ; M. Maundrell en donne la description suivante :
« Ils sont à environ une heure et quart de Bethléem, vers le sud ; ils sont au nombre de trois, rangés en file l'un au-dessus de l'autre, et disposés de telle sorte que les eaux du plus élevé puissent descendre dans le second, et celles du second dans le troisième ; leur figure est quadrangulaire ; la largeur est la même pour tous, dépassant quatre-vingt-dix pas ; leur longueur diffère quelque peu, le premier ayant environ cent soixante pas de long, le second deux cents, le troisième deux cent vingt ; tous sont revêtus d'un mur, enduits, et contiennent une grande profondeur d'eau. »
Et c'est à ces bassins, observe-t-il, ainsi qu'aux jardins adjacents, que Salomon est censé faire allusion (Ecclésiaste 2:5,6). On y voit encore, dit-il, quelques restes d'un ancien aqueduc qui conduisait autrefois les eaux des viviers de Salomon jusqu'à Jérusalem : on le tient pour l'ouvrage authentique de Salomon, et l'on peut bien admettre qu'il est réellement ce qu'on prétend. Rauwolff rapporte pareillement :
« au-delà de la tour d'Ader, dans une autre vallée, non loin de Bethléem, on montre encore aujourd'hui un grand verger, plein de citronniers, de limoniers, d'orangers, de grenadiers et de figuiers, et de beaucoup d'autres arbres, que le roi Salomon planta de son temps ; avec des étangs, des canaux et d'autres ouvrages d'eaux, disposés fort agréablement, comme il le dit lui-même (Ecclésiaste 2:5) ; ce lieu est encore de nos jours rempli d'arbres bons et fertiles, dignes d'être vus, et de fossés : c'est pourquoi je crois véritablement que c'est le même dont Josèphe fait mention sous le nom d'Étham, à environ douze milles de Jérusalem, où Salomon avait des jardins délicieux et des pièces d'eau, où il avait coutume de se rendre à cheval de bon matin. »
M. Maundrell mentionne aussi des citernes, dites citernes de Salomon, à Roselayn, à environ une heure des ruines de Tyr : il en subsiste trois entières à ce jour, l'une à quelque trois cents pas de la mer, les deux autres un peu plus haut ; selon la tradition, elles furent construites par ce grand roi en reconnaissance envers le roi Hiram, pour les matériaux fournis à la construction du temple ; mais, comme il l'observe, ces citernes, si anciennes soient-elles, n'ont pu être bâties avant le temps d'Alexandre, puisque l'aqueduc qui en conduit l'eau à Tyr passe sur la langue de terre par laquelle celui-ci joignit la ville au continent. Jarchi interprète les réservoirs de ce texte comme des lieux à conserver le poisson vivant, et le Midrash y entend pareillement des viviers ; mais il semble s'agir plutôt de canaux ménagés dans les jardins, les vergers et les parcs ;
pour en arroser la forêt où poussent les arbres - les jeunes pépinières qui, avec le temps, devenaient de grands arbres fruitiers ; lesquels, nombreux et serrés, avaient l'aspect d'un bois ou d'une forêt, selon la force du mot ; et ces canaux comme ces pépinières ajoutaient grandement au charme et à l'agrément de ces lieux. C'est de cette manière que les Indiens arrosent leurs jardins : ils y ont communément une grande fosse, sorte de vivier, pleine d'eau de pluie ; tout à côté s'élève un bassin de briques, surhaussé d'environ deux pieds ; quand ils veulent arroser le jardin, on le remplit de l'eau du vivier ou de la fosse, laquelle, par une ouverture ménagée au fond, tombe dans un canal divisé en de nombreux bras, proportionnés en grosseur à leur distance du bassin, et porte l'eau au pied de chaque arbre et à chaque carré d'herbes ; et quand les jardiniers les jugent assez arrosés, ils bouchent ou détournent les canaux avec des mottes de terre. Élien décrit ainsi la beauté d'une plante ou d'un arbre :
« des branches généreuses, un feuillage épais, une tige ou un tronc ferme et stable, des racines profondes ; les vents qui l'agitent ; une ombre vaste qu'il projette ; ses changements au fil des saisons de l'année ; et l'eau, amenée en partie par des canaux, venue en partie du ciel, pour l'arroser et le nourrir : de tels arbres, beaux, bien arrosés et florissants, contribuent grandement à l'agrément des jardins. »
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Nés dans ma maison, et par là même particulièrement attachés leur maître (Genèse 14.14). Ou bien : augmentation toute gratuite de personnel.
J'eus aussi des troupeaux. Dans 1Rois 8.63, Salomon offre un sacrifice de 22 000 bufs et 120 000 moutons. Voir aussi 1Rois 4.23 : trente bufs et cent moutons par jour, pour la cuisine du palais.
v. 7 · John Gill · 18/10/2026
J'ai acquis des serviteurs et des servantes, etc. Serviteurs et servantes ; le Targum ajoute :
« des enfants de Cham, et du reste des peuples étrangers ; »
les uns loués à gages, les autres achetés de son argent ;
et j'ai eu des serviteurs nés dans ma maison - tous employés par lui, soit comme suite et équipage, gens d'escorte et gardes du corps ; soit au soin de sa maison, de ses jardins et de ses bassins ; soit pour ses chevaux et ses chars, et pour divers offices (voir 1 Rois 4:26,27 ; Esdras 2:58). Villalpandus évalue le nombre de ses serviteurs à quarante-huit mille. S'il est quelque plaisir et quelque bonheur dans une si nombreuse domesticité, Salomon l'eut ;
j'ai eu aussi de grands troupeaux de gros et de menu bétail, plus que tous ceux qui furent avant moi à Jérusalem - bœufs, vaches, chevaux, ânes, chameaux, mulets, etc., ainsi que brebis et chèvres ; troupeaux profitables assurément, mais qu'il était plaisant aussi de voir paître sur les collines et dans les vallées, dans les champs, les montagnes et les prairies.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Argent..., or, fruit des impôts (1Rois 10.14), des expéditions maritimes (1Rois 9.28), des présents (1Rois 10.10).
Les trésors des rois et des provinces : les choses rares et précieuses que les rois seuls peuvent se procurer et qui proviennent chacune de contrées spéciales.
Des chanteurs et des chanteuses : non pas pour le culte public mais pour la cour et les repas (2Samuel 19.35 ; Esaïe 5.12 ; Amos 6.5).
Des princesses en grand nombre, littéralement : une princesse et des princesses, une reine et des odalisques (1Rois 11.1).
v. 8 · John Gill · 18/10/2026
Je me suis aussi amassé de l'argent et de l'or, etc. En grandes quantités : le poids de l'or qui lui arrivait en une seule année était de six cent soixante-six talents (voir 1 Rois 9:14,28 ; 10:14,22,27) ;
et le trésor particulier des rois et des provinces - tout ce qu'il y a de précieux et de rare, tel qu'on le serre dans les cabinets des rois : joyaux et pierres précieuses, et toutes les choses rares et curieuses qui se trouvaient dans toutes les provinces de la terre, ou qui en étaient apportées comme présents. Le Targum porte :
« et les trésors des rois et des provinces, qui me furent donnés en tribut. »
Aussi, s'il naît quelque plaisir de ces choses, comme il en naît pour les curieux, Salomon en jouit. Parmi les trésors des rois figuraient d'ailleurs des vêtements précieux de diverses sortes, comme il s'en trouvait dans le trésor d'Assuérus ; et lorsqu'Alexandre prit Suse, il trouva dans les trésors du roi, en pourpre hermionique, pour la valeur de cinq mille talents, qui y étaient serrés depuis près de deux cents ans ; c'est à de tels trésors que le Christ fait allusion (Matthieu 6:19) ;
je me suis procuré des chanteurs et des chanteuses - l'harmonie et la musique des voix charment grandement (voir 2 Samuel 19:35). Le Targum l'interprète à la fois des instruments de musique à l'usage des Lévites dans le temple, et des chanteurs et chanteuses des festins ; de telles personnes étaient employées aussi chez d'autres nations en pareilles occasions, pour le divertissement des convives, et sont appelées les ornements des festins - comme l'étaient aussi les « choraules », ou joueurs de flûte ;
et les délices des fils des hommes : des instruments de musique de toute sorte - tels que David son père en avait inventés, auxquels il put en ajouter d'autres, et il se procura en vérité tous ceux qui se pouvaient obtenir (voir Amos 6:5). Les deux derniers mots, rendus par « instruments de musique de toute sorte », sont interprétés diversement : le Targum les entend d'eaux chaudes et de bains, munis de conduits pour l'eau chaude et l'eau froide ; Aben Ezra, de femmes prises en captivité ; Jarchi, de chars et de chariots couverts ; la Septante, les versions syriaque et arabe, d'échansons, hommes et femmes, qui versent le vin et le servent ; la Vulgate latine, de coupes et de vases à verser le vin. Le mieux paraît être de l'entendre d'instruments de musique, ou de compositions musicales, chantées soit à voix seule, soit en concert ; lesquelles, selon Bochart, furent appelées « sidoth » du nom de Sido, femme phénicienne de grand renom qui les inventa - ou plutôt de ce qu'elles rendent des sons inégaux qui, par leur mélange et leur tempérament plein d'agrément, se brisent et se détruisent l'un l'autre.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
Et je devins grand. Voir 1Rois 10.23.
Ma sagesse me demeurant toujours : ne cessant d'exercer un contrôle sérieux sur moi-même. Voir déjà verset 3.
v. 9 · John Gill · 18/10/2026
Ainsi je devins grand, etc. Il devint fameux par les grands ouvrages qu'il avait accomplis, mentionnés plus haut ;
et je surpassai tous ceux qui furent avant moi à Jérusalem - le Targum ajoute : « en richesses » ; mais il semble s'agir plutôt de sa renommée et de sa gloire parmi les hommes ; encore que, d'une manière générale, cela puisse comprendre l'accroissement de sa fortune, de sa puissance et de ses honneurs, et de tout ce qui contribuait à son bonheur extérieur ;
et ma sagesse aussi demeura avec moi - le Targum ajoute : « et elle m'aida » ; sagesse qu'il exerça et fit paraître dans le gouvernement de son royaume, dans la conduite de sa maison, dans son maintien et sa tenue personnels. Au milieu de tous ses plaisirs, il ne négligea point l'étude de la connaissance naturelle, ni ne s'abandonna aux convoitises basses et coupables ; il n'en fut que meilleur juge du plaisir, et de la question de savoir si le vrai bonheur y réside ou non.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Il réussissait dans tout ce qu'il entreprenait. Il n'avait pas le désir seulement, l'espérance de jouir : la jouissance lui était accordée, il l'obtenait comme fruit de son travail. C'était là sa part.
v. 10 · John Gill · 18/10/2026
Et tout ce que mes yeux désirèrent, je ne le leur ai point refusé, etc. Quoique ce sens seul soit mentionné, tous sont visés : il ne se refusa rien de ce qui lui agréait, de ce qui plaisait à l'œil, à l'oreille, au goût ou à tout autre sens ; il se satisfit en toutes choses, en observant la bienséance convenable et en se tenant dans les justes bornes de la sobriété et du bon sens ;
je n'ai refusé à mon cœur aucune joie - le Targum dit : « aucune joie de la loi » ; mais il faut l'entendre du plaisir naturel et de la satisfaction des sens, prise avec sagesse et modération ;
car mon cœur se réjouissait de tous mes travaux - il prit tout le plaisir qui se pouvait prendre aux ouvrages qu'il avait exécutés à cette fin, énumérés plus haut ;
et ce fut là ma part de tout mon travail - le plaisir était ce qu'il visait, et il l'obtint ; ce fut le fruit et l'issue de tous ses laborieux ouvrages, la part qui lui fut allouée, l'héritage qu'il posséda, et la chose qu'il recherchait.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Mais une part insuffisante et passagère. Le vide du cur n'était pas comblé. Expérience d'autant plus concluante que celui qui est sensé l'avoir faite n'a été entravé par rien dans l'exécution de ses projets.
v. 11 · John Gill · 18/10/2026
Puis j'ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et le travail auquel j'avais travaillé pour les faire, etc. Il les avait regardés, et contemplés, mainte et mainte fois, et y avait pris plaisir ; mais maintenant il s'assied et entre dans une considération sérieuse : quelles dépenses prodigieuses il avait faites ; quels soins et quelles pensées, quel labeur d'esprit il avait mis à concevoir, à dessiner et à porter ces ouvrages à leur perfection ; quel plaisir et quelles délices il y avait trouvés ; et quel bonheur, à tout prendre, en était résulté. Il prononce alors son jugement et livre son sentiment sur ces choses - lui qui avait eu le pouvoir de se rendre maître de tout ce qui charme, et qui l'avait fait ; juge compétent, et pleinement qualifié pour porter sur ces matières une juste estimation ; et voici ce jugement :
et voici, tout était vanité et rongement d'esprit - rien de solide ni de substantiel dans le tout ; nul plaisir véritable, nulle joie réelle, et dans ce plaisir nulle satisfaction ni bonheur ; ces choses plaisantes périssaient par l'usage, et leur agrément se fanait et mourait dans la jouissance même ; loin de donner un contentement solide, elles ne se montraient que vexatoires, parce que le plaisir passait si vite, et laissait une soif d'en avoir davantage - et de ce qui ne se pouvait obtenir. Au mieux, seuls les sens extérieurs étaient repus ; l'esprit n'y gagnait rien, le cœur n'en devenait ni meilleur ni, moins encore, content : ce n'était que flatter la fantaisie et l'imagination, et se repaître de vent ;
et il n'y avait aucun profit sous le soleil - à retirer de ces choses, pour perfectionner et rassasier l'esprit de l'homme, pour l'élever au vrai bonheur, pour lui être de quelque service à l'heure de la mort, ou le préparer au monde éternel. Alshech interprète le travail mentionné dans ce texte du travail de la loi, qui ne rapporte à l'homme aucune récompense en ce monde.
12 Et je me suis tourné pour voir la sagesse, et les choses déraisonnables et la folie ; car que fera l’homme qui viendra après le roi ? – ce qui a été déjà fait. 13 Et j’ai vu que la sagesse a un avantage sur la folie, comme la lumière a un avantage sur les ténèbres. 14 Le sage a ses yeux à sa tête, et le foue 14 ailleurs : sot, ici et v. 15-16. marche dans les ténèbres ; mais j’ai connu, moi aussi, qu’un même sort les atteint tous. 15 Et j’ai dit en mon cœur : Le sort du fou m’atteint, moi aussi ; et pourquoi alors ai-je été si sage ? Et j’ai dit en mon cœur que cela aussi est vanité. 16 Car jamais on ne se souviendra du sage, non plus que du fou, puisque déjà dans les jours qui viennent tout est oublié. Et comment le sage meurt-il comme le fou ? 17 Et j’ai haï la vie, parce que l’œuvre qui se fait sous le soleil m’a été à charge, car tout est vanité et poursuite du vent. 18 Et j’ai haï tout le travail auquel j’ai travaillé sous le soleil, parce que je dois le laisser à l’homme qui sera après moi. 19 Et qui sait s’il sera un sage ou un sotf 19 comme 10. 3. ? Et il sera maître de tout mon travail auquel j’ai travaillé et dans lequel j’ai été sage sous le soleil. Cela aussi est vanité.
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
12 à 23 Vanité de l'activité de l'homme.
L'Ecclésiaste répond ici à une objection. Il vient d'avouer que sa royale activité ne l'a pas rendu vraiment heureux. Mais ces travaux grandioses, ces trésors accumulés, ce pouvoir solidement établi, ne sont-ils pas des gages de bonheur pour ses après-venants ? La mort l'arrachera lui-même à tous ses biens, mais ils ne seront pas pour cela perdus. Réponse : Un Salomon peut avoir pour successeur un Roboam, qui compromettra et ruinera tout par sa folie.
Début du verset 12, voir 1.17. Après la triste expérience qu'il vient de faire et qu'il ne servirait de rien de recommencer, car (fin du verset) personne ne pourrait la faire dans des circonstances aussi concluantes que Salomon, l'Ecclésiaste en revient à se demander si la sagesse présente vraiment quelque avantage sur la folie.
v. 12 · John Gill · 18/10/2026
Et je me suis tourné pour considérer la sagesse, et la folie, et la sottise, etc. Déçu dans sa poursuite du plaisir, n'y ayant trouvé ni satisfaction ni bonheur, il s'en détourne et reprend son étude de la sagesse et de la connaissance naturelles, pour en faire un nouvel essai : voir s'il n'y aurait pas quelque chose qui eût échappé à ses premières recherches, et si, en repassant ce qu'il avait examiné, il ne trouverait pas plus de satisfaction qu'auparavant - convaincu du moins que la poursuite du plaisir rassasie moins que l'étude de la sagesse, et abandonnant pour cela l'une au profit de l'autre. Et afin d'obtenir, si possible, plus de satisfaction sur ce point, il résolut de regarder de plus près, de pénétrer dans les secrets de la sagesse, d'en découvrir la nature et d'en examiner les contraires, pour être mieux en état, en les mettant en contraste et en les comparant, d'en former un jugement. Jarchi interprète la « sagesse » de la loi, et la « folie » et la « sottise » du châtiment de la transgression ; Alshech entend pareillement par « sagesse » la sagesse de la loi, et par « folie » la sagesse extérieure, la connaissance des choses du dehors ; Aben Ezra entend par « folie » le vin, dont les hommes enivrés deviennent fous, et par « sottise » la construction de maisons et l'acquisition de richesses ;
car que peut faire l'homme qui viendra après le roi ? - c'est de lui-même qu'il parle : que peut faire un homme qui vient après un roi tel que lui - doué de tels talents naturels pour scruter et acquérir toutes les sortes de connaissance ; possesseur de richesses si immenses qu'il pouvait se procurer tout ce qui était nécessaire pour l'assister dans sa poursuite du savoir ; à qui ne manquèrent ni l'industrie, ni la diligence, ni l'application, et qui réussit au-dessus de tous, avant et après lui ? Que peut donc faire un homme du commun, ou quiconque vient après un tel personnage, lui succède dans ses études, marche sur ses traces et suit son exemple et son plan - que peut-il faire de plus que ce qui est déjà fait ? Peut-il espérer surpasser un tel prince, ou découvrir ce que celui-ci n'a pu trouver ? Bien plus, c'est comme s'il disait : ce n'est pas seulement chose vaine pour un autre de venir après moi dans la recherche du savoir, dans l'espoir de trouver plus que je n'ai fait ; c'est pour moi-même une tentative stérile que de reprendre cette affaire ; car, après tout ce que j'ai fait, que puis-je faire de plus ? En sorte que ces paroles ne motivent pas sa poursuite de la sagesse, mais l'en corrigent. On peut, je crois, traduire : « mais que peut faire cet homme qui vient après le roi ? » - la particule s'employant parfois en ce sens - entendez lui-même, ou son successeur, ou toute autre personne : puisque ce n'était que refaire la même chose, parcourir de nouveau le cercle du savoir, sans aucun progrès nouveau ni satisfaction fraîche, conformément à la réponse qui suit ;
cela même qui a déjà été fait - ce n'est que refaire la même chose. Le Targum et Jarchi l'interprètent de la vaine tentative d'un homme qui supplie un roi après qu'un décret a été rendu et exécuté. Le Midrash entend par le roi Dieu lui-même, et l'interprète de la folie des hommes qui ne se contentent pas de leur condition, ou de ce qu'il les a faits. Gussetius traduit ainsi : « ceux qui l'ont fait » - c'est-à-dire le roi ; entendez Dieu, les trois Personnes divines, Père, Fils et Esprit, le mot étant au pluriel.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
Oui, répond-il, car, si je l'avais entièrement sacrifiée, au lieu de lui demeurer attaché au milieu même de mon épicurisme, j'aurais fait absolument fausse route et je me serais perdu (verset 14). La sagesse fait éviter les précipices, même quand on cherche le bonheur dans la joie. Mais elle n'obvie pas à tous les inconvénients, elle n'abolit pas la mort (verset 15), et la gloire qu'elle procure est éphémère (verset 16). De là un dégoût profond de la vie (versets 17 et 18), renforcé par la crainte d'avoir pour héritier un insensé qui sera incapable de conserver seulement ce que vous aurez péniblement créé (verset 19).
v. 13 · John Gill · 18/10/2026
Puis j'ai vu que la sagesse a l'avantage sur la folie, etc. Toutefois, en repassant ces choses, il ne put s'empêcher de reconnaître que la sagesse et la connaissance naturelles, bien qu'il n'y eût en elles ni bonheur ni satisfaction véritables, surpassaient de beaucoup la folie et l'égarement ;
autant que la lumière a l'avantage sur les ténèbres - comme la lumière du jour l'emporte sur l'obscurité de la nuit : l'une est plaisante et délicieuse, l'autre fort incommode ; l'une sert à se diriger dans la marche, l'autre rend la marche périlleuse. La lumière signifie parfois la joie et la prospérité, et les ténèbres l'adversité ; l'une sert à exprimer la lumière de la grâce, l'autre les ténèbres du péché et de l'ignorance. Or, de même que la lumière naturelle surpasse les ténèbres, que la prospérité surpasse l'adversité et les calamités, et que l'état de grâce surpasse l'état de péché et de méchanceté, ainsi la sagesse surpasse la folie.
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Les yeux à la bonne place. Comparez Proverbes 17.24.
L'insensé marche dans les ténèbres. Comparez Proverbes 4.19.
v. 14 · John Gill · 18/10/2026
Le sage a ses yeux à la tête, etc. Tout homme les y a ; mais le sens est qu'il en fait usage : il regarde autour de lui et marche avec circonspection ; il prend garde à ses pas, prévoit le mal et l'évite - ou le danger auquel il est exposé, et s'en garde. Certains l'entendent, en un sens plus spirituel et évangélique, du Christ, qui est la tête du corps qu'est l'Église et de tout vrai croyant : de quiconque est sage à salut, dont les yeux sont fixés sur lui seul pour la justice, le salut et la vie éternelle ; ou sur qui reposent les yeux du Christ, dont il est dit qu'il a sept yeux, par lesquels il guide, garde et protège son peuple ;
mais l'insensé marche dans les ténèbres - ses yeux sont au bout de la terre ; il marche sans précaution, sans circonspection ni garde ; il ne sait ni où il est, ni où il va, ni où il posera le pied, ni contre quoi il pourra trébucher. Le sage est donc préférable à l'insensé, comme la sagesse à la folie. Le Midrash interprète le sage d'Abraham, et l'insensé de Nimrod ;
et j'ai reconnu, moi aussi, qu'un même sort les atteint tous - le sage et l'insensé ; ou « mais j'ai reconnu », etc. : quoiqu'il soit accordé que le sage vaut mieux que l'insensé, il faut avouer aussi ceci, que l'expérience de Salomon prouva et que prouve celle de tout homme : les mêmes choses arrivent aux sages et aux insensés ; ils sont sujets aux mêmes maladies du corps et aux mêmes désastres de la vie, à la pauvreté et à la détresse, à la perte des biens, des enfants et des amis - et à la mort même.
v. 15 · John Gill · 18/10/2026
Alors j'ai dit en mon cœur : comme il arrive à l'insensé, il m'arrivera à moi aussi, etc. À moi, le plus sage des rois et le plus sage des hommes. Il repassa ces choses dans son esprit, considéra ce qui lui était advenu, quel était son état présent, et quel serait son sort, surtout à la mort ; et il se dit en lui-même : les mêmes choses m'arrivent, à moi qui suis parvenu au plus haut degré de la sagesse, qu'au plus parfait insensé ; il ne peut donc y avoir de vrai bonheur dans cette sorte de sagesse. Le Targum le paraphrase ainsi :
« comme il arriva à Saül, fils de Kis, le roi qui se détourna avec perversité et ne garda pas le commandement qu'il avait reçu touchant Amalek, en sorte que son royaume lui fut ôté - ainsi m'arrivera-t-il ; »
et pourquoi ai-je donc été plus sage ? - le Targum ajoute : que lui, ou que tout autre homme, ou même qu'un insensé. Pourquoi ai-je pris tant de peine pour acquérir la sagesse ? Qu'y ai-je gagné ? Quel bonheur s'y trouve, puisqu'elle ne me donne ni avantage, ni prééminence, ni excellence sur un insensé, et ne me garantit pas des événements qui m'atteignent ?
Alors j'ai dit en mon cœur que cela aussi est vanité - cette sagesse mondaine n'a rien de solide ni de substantiel, non plus que le plaisir ; et c'est chose vaine que d'y chercher le bonheur, puisque tel est le cas : les mêmes événements atteignent ceux qui la possèdent et celui qui ne la possède pas.
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
Le sage pourrait se consoler de la mort, qui l'atteindra aussi sûrement que l'insensé, par la pensée que sa mémoire du moins vivra parmi les hommes. Illusion ! Le temps viendra où il sera oublié comme l'insensé, et même oublié depuis longtemps. Par ce dernier trait l'Ecclésiaste insinue que l'oubli ne tarde guère. Il y a sans doute quelques exceptions, mais elles ne se produisent pas pour les sages plus souvent que pour les insensés.
v. 16 · John Gill · 18/10/2026
Car il n'y a pas plus de souvenir du sage que de l'insensé, à jamais, etc. Le Targum l'interprète du monde à venir ; mais en ce monde même, le souvenir d'un sage ne dure pas toujours plus que celui d'un insensé. Le sage peut être choyé de son vivant, et même quelque temps après sa mort son souvenir peut se maintenir : sa renommée subsiste un peu, ses œuvres et ses écrits sont applaudis ; mais bientôt se lève un autre génie plus brillant que lui, ou du moins tenu pour tel, qui l'éclipse ; alors sa renommée s'obscurcit, ses écrits sont négligés et méprisés, et lui-même et ses œuvres sont ensevelis dans l'oubli - tel est le cours ordinaire des choses. Ceci montre que Salomon parle de la sagesse naturelle, de l'homme sage selon cette sagesse-là, et du souvenir qu'on en garde à ce titre ; car pour ceux qui sont véritablement bons et sages, leur mémoire est bénie : ils demeurent en souvenir éternel et ne seront jamais oubliés, ni en ce monde ni en celui qui vient - quand la mémoire des méchants pourrira, eux dont les noms ne sont écrits que dans la poussière (Jérémie 17:13 ; Jean 8:6), et non dans le livre de vie de l'Agneau ;
puisque ce qui est maintenant, dans les jours à venir, sera entièrement oublié - ce qui est maintenant en estime auprès des hommes et hautement applaudi d'eux, ce qui est dans leur bouche, dans leur esprit et dans leur mémoire, avant longtemps - au temps futur, après la mort de l'homme, comme dit le Targum, ou quelque temps après - n'occupera plus les pensées, et sera comme s'il n'avait jamais été, comme si de tels hommes n'avaient jamais paru au monde. Bien des sages ont vécu dont les noms sont aujourd'hui inconnus ; d'autres dont on ne connaît que les noms, leurs œuvres étant perdues ; d'autres enfin dont les œuvres subsistent, mais sans estime aucune. Cela s'entend en général et pour l'ordinaire ; il peut y avoir sinon quelques exceptions à cette observation générale.
Et comment le sage meurt-il ? comme l'insensé - tous deux sont sujets à la mort : il est réservé aux hommes, sages ou non, savants ou ignorants, de mourir, et tous deux meurent en effet ; la sagesse ne peut garantir un homme de la mort ; et alors sages et insensés sont réduits à la même condition et aux mêmes circonstances. Tout le savoir, toute la connaissance, toute la sagesse d'un homme cessent quand il meurt, et il est tel qu'un autre : en ce jour-là, toutes ses savantes pensées périssent, et il est de niveau avec l'insensé. Salomon, le plus sage des hommes, mourut comme les autres - preuve accomplie de sa propre observation, que son père avait faite avant lui (Psaume 49:10). Mais cela n'est pas vrai de celui qui est spirituellement sage, sage à salut : la mort du juste diffère de la mort du méchant ; tous deux meurent, mais non pareillement, non de même manière ; l'homme de bien meurt en Christ, il meurt dans la foi, il a de l'espérance dans sa mort, et il ressuscite pour la vie éternelle. Le Targum porte :
« et comment les enfants des hommes diront-ils que la fin du juste est comme la fin du méchant ? »
v. 17 · John Gill · 18/10/2026
C'est pourquoi j'ai haï la vie, etc. Non au sens strict et absolu, la vie étant un don de Dieu, et une grande bénédiction - plus que le vêtement -, si chère à l'homme qu'il donnera tout ce qu'il possède pour elle ; mais par comparaison : en comparaison de la bonté de Dieu, qui vaut mieux que la vie ; ou en comparaison de la vie éternelle, pour la jouissance de laquelle l'homme de bien désire quitter ce monde. Le sens paraît être celui-ci : puisque la condition des sages et des insensés était égale, il en avait d'autant moins d'amour pour la vie, moins d'attachement à elle, moins de désir d'y demeurer, nul bonheur solide ne pouvant se goûter en rien de ce qui est sous le soleil. Certains pensent néanmoins qu'il était véritablement las de la vie, qu'il la supportait avec impatience, comme le furent Job, Jonas et d'autres. Le Targum porte :
« je hais toute vie mauvaise ; »
Alshech l'interprète des biens de ce monde, qui furent pour lui cause de dommage ; et Aben Ezra entend par la vie les personnes vivantes ;
parce que l'œuvre qui se fait sous le soleil m'était à charge - œuvre faite soit par lui-même - en particulier ses études ardues et ses poursuites avides de la connaissance et de la sagesse, qui furent une lassitude pour sa chair -, soit par d'autres, et surtout les œuvres mauvaises. Ainsi le Targum :
« car mauvaise m'est l'œuvre mauvaise, qui se fait par les enfants des hommes sous le soleil en ce monde ; »
car tout est vanité et rongement d'esprit - voir le commentaire sur Ecclésiaste 1:14.
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
A l'homme qui viendra après moi. Voir 1Rois 11.9-13.
v. 18 · John Gill · 18/10/2026
Oui, j'ai haï tout mon travail auquel j'avais travaillé sous le soleil, etc. Les grands ouvrages qu'il avait faits, les maisons qu'il avait bâties, les vignes, jardins et vergers qu'il avait plantés, etc. ; ce qu'il avait gagné par son labeur - ses richesses et ses biens - et ce qu'il avait acquis, non par le travail de ses mains, mais par celui de son esprit. Certains l'entendent des livres qu'il écrivit, qui furent une fatigue pour son corps et une lassitude pour son esprit, et dont il pouvait craindre que certains ne fissent mauvais usage ; Aben Ezra l'interprète de son travail sur ce livre même. À tout cela il n'attachait plus grand prix, puisqu'il fallait le laisser à un autre ;
parce que je dois le laisser à l'homme qui sera après moi - parce qu'il ne pouvait jouir lui-même du fruit de son labeur, ou du moins fort peu de temps, mais devait tout laisser à un autre : ses possessions, ses domaines, ses richesses et son trésor, qu'un homme ne peut emporter avec lui quand il meurt, mais qu'il lui faut laisser derrière lui, à ses héritiers et successeurs. Le Targum porte :
« parce que je le laisserai à Roboam mon fils, qui viendra après moi ; et Jéroboam son serviteur viendra et prendra dix tribus de ses mains, et possédera la moitié du royaume. »
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
19 à 23
Et qui sait...? Si du moins on savait qu'ils seront sages, on se consolerait en se disant que d'autres profiteront de ce qu'on aura laissé. Cette troisième vanité est développée dans les versets 21 à 23. Non seulement le sage meurt comme l'insensé, non seulement sa mémoire périt comme celle du plus insignifiant des hommes, mais ce qu'il a exécuté avec intelligence et peine passe à qui, sans avoir travaillé, va dissiper ! Sagesse, gloire, vertu, vous n'êtes que de vains noms ! Dans l'excès de ses souffrances, Job en est venu à maudire le jour de sa naissance. Il y a ici quelque chose de plus poignant encore et de plus profondément triste. Cet homme qui, doué de sens délicats, a pu jouir de tout ce qu'il y a de plus exquis au monde ; qui, possédant à un haut degré le goût du beau et du grand, s'est entouré de tout ce que la nature et les arts offrent de plus ravissant, a déployé une activité intelligente, a conquis l'admiration des peuples les plus éloignés ; en un mot a réalisé dans sa vie tout ce qui peut paraître l'idéal du bonheur, le voilà qui en est réduit à proclamer le néant de toutes choses ! Cette tristesse n'a rien de commun avec celle de Moïse (Nombres 11.11-15), d'Elie (1Rois 19.4), de Jérémie (Jérémie 20.7-18). Nous ne sommes point ici sur le terrain proprement moral. C'est la tristesse selon le monde, toute différente de la tristesse selon Dieu (2Corinthiens 7.10).
v. 19 · John Gill · 18/10/2026
Et qui sait s'il sera sage ou insensé ? etc. Le roi qui viendra après lui, comme dit le Targum - son successeur et héritier ; et par conséquent, s'il fera bon ou mauvais usage de ce qui lui sera laissé, s'il le conservera et le fera fructifier, ou s'il le dissipera. Il donne à entendre que s'il eût été assuré que celui qui entrerait dans ses travaux serait un sage, il eût trouvé quelque satisfaction à avoir travaillé, et à ce qu'un tel homme en eût le bénéfice ; mais comme ce qu'il serait demeurait chose incertaine, il ne pouvait prendre aucun plaisir à repasser les travaux qu'il allait quitter. Certains pensent que Salomon laisse entrevoir ici le soupçon qu'il avait que son fils Roboam, son successeur et héritier, se révélerait un insensé - comme il advint ;
et pourtant il sera maître de tout mon travail auquel j'ai travaillé, et dans lequel je me suis montré sage sous le soleil - quel qu'il soit, tout viendra entre ses mains ; il aura le pouvoir de disposer de tout à son gré - non seulement d'en jouir, mais de changer et de bouleverser les choses, peut-être fort en pis, s'il ne détruit entièrement ce qui fut accompli avec tant de soin et d'industrie, de labeur et de peine, de sagesse et de prudence : pensée affligeante et cruelle. Aussi ajoute-t-il :
cela aussi est vanité - preuve nouvelle qu'il n'est de bonheur en rien de ce que l'homme fait, possède ou goûte ; et cette circonstance ajoute encore à son tourment et à son infélicité.
20 Alors je me suis misg 20 litt. : tourné. à faire désespérer mon cœur à l’égard de tout le travail dont je me suis travaillé sous le soleil. 21 Car il y a tel homme qui a travaillé avec sagesse, et avec connaissance, et avec droitureh 21 ou : habileté. , et qui laisse [ce qu’il a acquis] à un homme qui n’y a pas travaillé, pour être son partage. Cela aussi est vanité et un grand mal.
v. 20 · John Gill · 18/10/2026
C'est pourquoi je me suis mis à faire désespérer mon cœur, etc. De trouver jamais le bonheur en quoi que ce soit d'ici-bas. Il « se retourna », selon la force du mot : il abandonna ses études sévères de la sagesse et ses poursuites avides du plaisir ; il renonça aux travaux pénibles auxquels il s'était employé ; il alla d'une chose à l'autre sans se fixer ni s'arrêter à rien, à dessein de détendre son esprit, comme le rend la version syriaque - de le dépouiller de toute pensée et de tout souci anxieux, et de le rappeler de ses entreprises vaines et stériles ; de n'être plus en peine ni en pensée
de tout le travail que j'avais pris sous le soleil - ni de ce qu'en seraient la suite et l'issue ; mais de laisser paisiblement le tout à une Providence toute sage qui dispose de tout ; et de ne plus chercher le bonheur en rien de ce qui est sous le soleil, mais dans les choses qui sont au-dessus de lui - non en ce monde, mais dans le monde à venir.
v. 21 · John Gill · 18/10/2026
Car tel homme a travaillé avec sagesse, et avec connaissance, et avec droiture, etc. Qui fait tout ce qu'il fait - dans les choses naturelles, civiles et religieuses, dans l'État, dans sa famille et dans le monde, et en quelque affaire qu'il soit engagé - de la manière la plus sage et la meilleure, avec la plus entière honnêteté et intégrité, selon toutes les règles de la sagesse et de la connaissance, de la justice et de l'équité : c'est de lui-même qu'il parle ; le Midrash l'interprète de Dieu ;
et il le laisse en partage à un homme qui n'y a point travaillé - à son fils, héritier et successeur, qui n'a jamais pris aucune peine, ni ne s'est joint à lui pour en acquérir la moindre part ; et pourtant tout vient entre ses mains, comme sa possession et son héritage. Le Targum l'interprète d'un homme qui meurt sans enfants ; et d'autres l'entendent de celui qui laisse son bien à des étrangers, et non à ses enfants.
Cela aussi est vanité, et un grand mal - non chose coupable et criminelle, mais vexatoire et affligeante.
22 Car qu’est-ce que l’homme a de tout son travail, et de la poursuite de son cœur, dont il s’est tourmenté sous le soleil ? 23 Car tous ses jours sont douleur, et son occupation est chagrin ; même la nuit son cœur ne repose pas. Cela aussi est vanité.
v. 22 · John Gill · 18/10/2026
Car que revient-il à l'homme de tout son travail, et du tourment de son cœur ? etc. Quel profit en retire-t-il, quand il y a tant de tourment à l'acquérir, et dans la pensée de le laisser à d'autres ? Quel avantage y trouve-t-il, quand tout est acquis pour un autre et possédé par lui ? Et surtout, de quel usage cela lui est-il après sa mort ?
De tout ce en quoi il a travaillé sous le soleil ? - le Targum ajoute : « en ce monde » ; quoiqu'il ait travaillé tous ses jours, il n'est pas une seule chose acquise par son labeur qui lui soit d'un avantage réel, qui puisse lui procurer quelque consolation et satisfaction solides, lui apporter le vrai bonheur ou l'y conduire.
v. 23 · John Gill · 18/10/2026
Car tous ses jours ne sont que douleurs, et son occupation n'est que chagrin, etc. Tous ses jours sont pleins de douleurs, et de douleurs variées ; et toutes les affaires et transactions de sa vie s'accompagnent de chagrin et de peine. Non seulement les jours de la vieillesse sont mauvais, où l'on ne peut prendre aucun plaisir - ou ces temps qui excèdent l'âge commun de l'homme, quand il est parvenu à quatre-vingts ans ou davantage, et que sa force n'est plus que labeur et douleur -, mais tous ses jours, qu'ils soient nombreux ou non, depuis sa jeunesse, sont tous mauvais et pleins de peine (Genèse 47:9 ; Job 14:1) ;
et même la nuit, son cœur ne repose point - la nuit, pourtant destinée au repos et au délassement ; et quand il s'est couché sur son lit pour cela, selon la force du mot, soit par le désir avide d'amasser des richesses, soit par les soucis anxieux et cuisants de conserver celles qu'il a amassées, il ne peut dormir d'un sommeil tranquille et paisible : ses soucis rongeurs et ses pensées inquiètes le tiennent éveillé ; ou, s'il dort, son esprit est tourmenté de songes et d'appréhensions effrayantes, en sorte que son sommeil ne lui est ni doux ni réparateur.
Cela aussi est vanité - l'une des vanités qui appartiennent à la vie humaine.
24 Il n’y a rien de bon pour l’homme que de manger et de boire, et de faire jouir son âme du bien-être dans son travail. Et j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu . 25 Car qui peut manger, et qui peut jouir plus que moi ? 26 Car à l’homme qui est bon devant lui, [Dieu ] donne sagesse et connaissance et joie ; mais à celui qui pèche, il donne l’occupation de rassembler et d’amasser, pour donner à celui qui est bon devant Dieu . Cela aussi est vanité et poursuite du vent.
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
2.24 à 3.15 Deuxième morceau
Au lieu de chercher le bonheur et de le poursuivre sur la voie de la sagesse, de la folie, ou de la jouissance accompagnée d'une dévorante activité, attendons-le en repos comme venant de la main de Dieu, et en accommodant à chaque instant notre activité aux indications de la Providence, qui varient d'heure en heure.
Jusqu'ici l'Ecclésiaste a agi comme quelqu'un qui estime que le bonheur dépend de l'homme. Les expériences qu'il vient de raconter lui ont montré que c'est là une erreur.
v. 24 · John Gill · 18/10/2026
Il n'y a rien de meilleur pour l'homme que de manger et de boire, etc. Non de manière immodérée et voluptueuse, comme l'épicurien et l'athée, qui ne croient ni à un état futur ni à la résurrection des morts, et s'abandonnent à toutes les satisfactions coupables et sensuelles ; mais avec mesure, jouissant d'une manière gaie et paisible des bonnes créatures de Dieu, qu'il a données ; s'en contentant, lui en rendant grâces, et les regardant comme les bénédictions de la bonté divine et comme découlant de l'amour de Dieu pour lui - en usant ainsi librement, sans pourtant en abuser. Certains traduisent : « il n'est pas bon pour l'homme de manger », etc. - immodérément et à l'excès, et d'y placer son bonheur ; ou : « il n'y a point de bien au pouvoir de l'homme » - il n'est pas au pouvoir de l'homme d'user droitement des créatures. Jarchi le rend par interrogation : « n'est-il pas bon ? » - ce qui revient au même sens que le nôtre ; ainsi encore la Vulgate latine ;
et de faire jouir son âme du bien-être au milieu de son travail - non de cesser de travailler, ni de manger et de boire ce pour quoi il n'a pas travaillé, ou ce qui est le fruit du travail d'autrui ; mais ce qui est l'effet du sien propre, et dans lequel il persévère ; et c'est là le moyen de le poursuivre avec entrain, quand il en goûte le bien et en recueille le bénéfice et l'avantage - parti certainement préférable à celui d'entasser son bien pour le laisser à il ne sait qui.
J'ai vu aussi que cela vient de la main de Dieu - non seulement les richesses qu'un homme possède, mais la jouissance qu'il en a, le cœur d'en faire usage (voir Ecclésiaste 5:18,19). Le Midrash interprète ce manger et ce boire de la loi et des bonnes œuvres ; et le Targum l'explique ainsi : faire jouir son âme du bien de pratiquer les commandements et de marcher dans les voies droites ; et il observe que si un homme prospère en ce monde, cela vient de la main du Seigneur, et c'est ce qui a été décrété à son sujet.
v. 25 · Bible annotée · 18/10/2026
Tel que nous le rendons, pour rester fidèles au texte reçu, ce verset rappelle la fin du verset 12 et signifie : Mes expériences sont d'autant plus probantes que, s'il y a eu un homme au monde qui ait eu à sa disposition toutes les conditions terrestres de bonheur, c'est moi, Salomon.
Mais plusieurs manuscrits, au lieu de plus que moi (mimmenni) présentent la leçon : si ce n'est par lui (mimmennou), qui est celle qu'ont eue sous les yeux les Septante et le traducteur syriaque. Personne ne peut rien faire sans Dieu. Pour réussir, il ne faut se proposer qu'une chose : suivre les indications divines, sans se faire à soi-même un plan de conduite d'après ses vues propres. Voilà l'idée nouvelle qui s'impose maintenant à l'Ecclésiaste, et il veut désormais se résigner à attendre du Maître souverain de toutes choses ce qu'il s'est jusqu'ici inutilement fatigué à chercher par ses propres efforts. Pourquoi, au lieu de se lamenter et de s'entêter dans la recherche d'un but qu'on se propose de son chef, ne pas vivre au jour le jour, jouissant, à l'occasion, des biens qu'il plaît à Dieu de mettre à notre portée et adaptant d'instant en instant notre faire aux signes de sa main ? Comparez avec le Psaume 127.
v. 25 · John Gill · 18/10/2026
Car qui peut manger ? etc. Qui devrait manger, sinon l'homme qui a travaillé pour cela ? Ou : qui a le pouvoir de manger - c'est-à-dire de jouir avec gaieté, aise et liberté des bonnes choses de la vie qu'il possède -, si cela ne lui est donné de Dieu ? (voir Ecclésiaste 6:1,2) ;
et qui peut s'y empresser plus que moi ? - le mot « chush », dans la langue rabbinique, s'emploie des cinq sens : la vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût ; et R. Élie rapporte que certains l'interprètent ici : « qui a le sens meilleur que moi ? » - un sens plus vif, en particulier pour sentir et goûter ce qu'on mange, en quoi réside une grande part du plaisir de la table ; et cela vient de Dieu : interprétation qui n'est point à dédaigner. Ou : « qui peut apprêter » - selon le sens arabe du mot - une meilleure table que moi ? Nul homme n'eut une plus grande affluence de biens que Salomon, ni une plus grande variété de mets et de boissons ; nul n'eut davantage en son pouvoir de vivre largement et de faire jouir son âme du bien-être ; nul ne fut plus désireux de goûter au plaisir, ni plus prompt à en faire l'expérience de la manière convenable. Et pourtant il trouva que le cœur de le faire venait du Seigneur ; que c'était là un de ses dons ; et que, tout comblé qu'il fût des bénédictions de la vie, si Dieu ne lui eût donné un cœur pour en user, il n'en eût jamais réellement joui.
v. 26 · Bible annotée · 18/10/2026
Dieu est le seul distributeur du bonheur ; mais il le donne et ne se le laisse pas arracher. Et il le donne à qui il lui plaît.
Mais au pécheur... Le pécheur est opposé à l'homme qui plaît à Dieu. L'Ecclésiaste ne veut pas qu'on puisse l'accuser de fatalisme. Qui dit bonheur, dit en général vertu.
Ceci aussi est vanité. Ces mots se rattachent, par dessus le début du verset 26, aux versets 24 et 25. Ce serait se condamner à une poursuite stérile que de compter, pour se procurer le bonheur, sur ses propres forces.
v. 26 · John Gill · 18/10/2026
Car Dieu donne à l'homme qui lui est agréable, etc. Nul homme n'est bon de lui-même ou par nature : tous les descendants d'Adam sont mauvais, très mauvais. Il en est qui sont bons à leurs propres yeux et aux yeux des autres, sans être pourtant véritablement bons ; ne sont réellement bons que ceux qui le sont aux yeux de Dieu, qui voit le cœur et sait ce qui est dans l'homme : ceux que sa grâce efficace a rendus bons ; qui le sont intérieurement, et non en apparence seulement ; qui sont bons de cœur, qui ont un cœur bon, un cœur pur, un esprit nouveau et droit créé en eux ; en qui s'accomplit une bonne œuvre de grâce, et dans le cœur desquels les diverses grâces de l'Esprit sont implantées ; qui ont en eux le bon Esprit de Dieu, dans le cœur desquels Christ habite par la foi ; en qui demeure la bonne parole du Christ, et qui possèdent un bon trésor de riches expériences de la grâce de Dieu ; qui, en un mot, sont nés de nouveau, renouvelés dans l'esprit de leur intelligence, et vivent par la foi en Jésus-Christ. La même expression est rendue « celui qui plaît à Dieu » (Ecclésiaste 7:26) ; et tel est l'homme accepté de Dieu en Christ, son Fils bien-aimé, en qui il a mis toute son affection ; revêtu de sa justice, rendu beau de sa beauté, et par là irrépréhensible à ses yeux ; qui par la foi regarde à cette justice et la saisit, et fait tout ce qu'il fait dans l'exercice de la foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. À un tel homme Dieu donne
la sagesse, la connaissance et la joie - la sagesse pour acquérir la connaissance, la garder, en user et la faire fructifier ; et la joie, pour être gai et reconnaissant des bonnes choses de la vie. Ou plutôt, il peut s'agir non de la sagesse naturelle, mais de la sagesse spirituelle - la sagesse dans le cœur, celle qui rend sage à salut et fait marcher avec sagesse et circonspection, les pas de l'homme de bien étant affermis par le Seigneur ; de la connaissance de Dieu en Christ, et du Christ, et des choses de l'Évangile, de celles qui regardent la vie éternelle ; et pareillement de la joie spirituelle - la joie et la paix dans la foi, dans la présence de Dieu et dans la communion avec lui ; la joie en Christ et dans l'espérance de la gloire de Dieu, joie ineffable et pleine de gloire. Toutes choses que Dieu, plus ou moins, à un moment ou à un autre, donne à ceux qui sont véritablement bons, et qui ne se trouvent ni dans la sagesse du monde, ni dans le plaisir, ni dans les richesses, ni dans le pouvoir et l'autorité. Le Targum porte :
« à l'homme dont les œuvres sont droites devant Dieu, il donne la sagesse et la connaissance en ce monde, et la joie avec les justes dans le monde à venir ; »
mais au pécheur il donne la tâche de recueillir et d'amasser - de recueillir le mammon et d'amasser une grande possession, comme dit le Targum ; de rassembler force richesses, mais sans la sagesse ni la connaissance pour en user, sans en avoir la jouissance véritable ni y trouver de plaisir : tout ce qu'il possède, c'est un surcroît de peine et de souci pour acquérir des richesses dont il ne tire aucune consolation, et qu'il ne détient pas pour son propre usage. Le Midrash illustre ce contraste de l'homme de bien et du pécheur par les exemples d'Abraham et de Nimrod, d'Isaac et d'Abimélec, de Jacob et de Laban, des Israélites et des Cananéens, d'Ézéchias et de Sanchérib, de Mardochée et d'Haman. Mais
c'est pour donner à celui qui est agréable à Dieu - ainsi la Providence divine ordonne-t-elle parfois que tout ce pour quoi un méchant a peiné tous ses jours vienne aux mains d'hommes véritablement bons, qui feront droit usage de ce qui leur est remis.
Cela aussi est vanité et rongement d'esprit - non pour l'homme de bien, mais pour le méchant. Ainsi le Targum :
« c'est vanité pour le pécheur, et brisement d'esprit ; »
il lui est amer qu'un tel homme doive posséder ce pour quoi il a peiné - ou il lui serait amer, s'il le savait.