1 Ainsi dit l’Éternel : Les cieux sont mon trône, et la terre le marchepied de mes pieds : quelle est la maison que vous me bâtirez, et quel est le lieu de mon repos ? 2 Toutes ces choses, ma main les a faites, et toutes ces choses ont été, dit l’Éternel . Mais c’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole. 3 Celui qui égorge un bœuf, frappe un homme ; celui qui sacrifie un agneau, brise la nuque à un chien ; celui qui offre un gâteau, c’est du sang de porc ; celui qui présente le mémorial de l’encens [est comme] celui qui bénit une idole. Comme ils ont choisi leurs propres chemins, et que leur âme a pris plaisir à leurs choses exécrables, 4 moi aussi, je choisirai leurs calamités, et je ferai venir sur eux ce qu’ils craignent, parce que j’ai crié, et il n’y a eu personne qui réponde ; j’ai parlé, et ils n’ont pas écouté, et ont fait ce qui est mauvais à mes yeux, et ont choisi ce en quoi je ne prends pas plaisir.
v. 1 · Bible annotée · 18/10/2026
La nouvelle Jérusalem, le jugement des impies et leur exclusion du salut
Ce morceau est la conclusion de la réponse de l'Eternel à la prière du peuple. Comme dans le précédent, une séparation définitive est annoncée entre les fidèles et les méchants ; mais, tandis qu'au chapitre 65 le prophète, après avoir prononcé le rejet des impies, s'était arrêté à peindre l'heureux avenir des fidèles, il retrace ici les grands actes de jugement par lesquels sera préparé l'avènement du nouvel ordre de choses. Les fidèles sont invités à se réjouir de ces jugements ; les méchants doivent trembler au contraire à la menace d'être privés pour toujours du salut.
Le discours se divise en trois parties :
- Condamnation de l'hypocrisie en Israël, versets 1 à 4
- Châtiment du peuple infidèle et naissance d'une Jérusalem nouvelle, versets 5 à 14
- Jugement des nations ; rassemblement des élus de tout peuple à Jérusalem ; les impies irrévocablement exclus du salut, versets 15 à 24.
Ce morceau, si remarquable par la portée universelle de son contenu, par l'éclat des images et par le grand contraste final entre le culte que toute chair offre à l'Eternel sur la montagne de Sion, et le sort affreux des impies, clôt dignement le livre d'Esaie tout entier ; il présente du reste des analogies frappantes avec le discours d'ouverture (chapitre 1) : comparez surtout le début (versets 1 à 4) avec 1.11-15, et les derniers mots (verset 24) avec 1.31.
1 à 4 Condamnation du culte hypocrite.
1 à 2 La vraie explication a déjà été donnée par Calvin. Le prophète s'élève avec indignation, comme au chapitre 1 (verset 11 et suivants ; comparez 58.1 et suivants), contre l'idée si répandue chez les Juifs d'un mérite attaché aux cérémonies du culte. Israël croit avoir assez fait pour son Dieu, et même lui avoir rendu service, en lui bâtissant un temple et en lui offrant les sacrifices prescrits. A des gens qui pensent être en règle quand ils sont allés au temple et y ont sacrifié, Esaïe rappelle que le vrai culte est de nature spirituelle comme Dieu lui-même, et que c'est même dégrader l'Eternel, insulter à sa majesté et faire de lui une idole, que de prétendre l'enfermer dans un temple et s'acquitter envers lui par des offrandes, comme si celui qui a fait toutes choses avait besoin de quelque chose (Actes 17.24-25 ; comparez Psaumes 50.8-13) ! Sans doute, le temple est le lieu de repos de l'Eternel (Psaumes 132.5-8), mais parce que, dans sa condescendance, il l'a choisi pour s'y laisser invoquer et s'y manifester, non pour s'y renfermer ; c'est ce qu'avait bien compris Salomon, lorsqu'à la dédicace du temple il exaltait la majesté du Dieu que les cieux des cieux ne peuvent contenir, combien moins cette maison ! (1Rois 7.27). Esaïe fait allusion à cette parole. Croyez-vous, veut-il dire, que Dieu ait besoin d'une demeure, et que ce temple, ou tout autre que vous pourriez bâtir, en fût une digne de lui ? Le seul sanctuaire où il puisse habiter réellement sur la terre, c'est le cur de l'homme qui s'humilie et obéit à sa parole. (57.15 ; comparez Psaumes 51.18-19). Ces versets 1 et 2 sont cités par Etienne (Actes 7.49-50).
Pour les images du trône et du marchepied, voir 6.1 et 60.13. L'Eternel a sans doute aussi une demeure dans la création visible ; mais ce sanctuaire, ce n'est pas le temple de Jérusalem, c'est l'univers entier, qui seul convient à sa grandeur. Comparez 57.15.
On a donné de ce passage plusieurs explications différentes de celle que nous venons d'exposer. D'après les uns, le prophète, s'adressant au peuple exilé, condamnerait à l'avance la pensée de rebâtir un temple après le retour, ou du moins le formalisme qu'il craindrait déjà de voir s'y renouveler. Mais il déclare lui-même ailleurs que le temple doit être rebâti (44.28 ; comparez Esdras 1.1-4 et Aggée) ; et s'il parlait ici en vue de l'époque du retour, il n'aurait pu le faire que dans les tout derniers temps qui précédèrent, ou dans ceux qui suivirent cet événement. Ce chapitre appartiendrait donc à une autre époque que le reste de la prophétie chapitres 40 à 66 ; ce qui n'est guère admissible. Selon d'autres, le but du prophète serait de s'opposer au projet formé par les exilés de bâtir un temple en Babylonie. Mais ni dans notre texte ni dans l'histoire on ne trouve la moindre trace d'un semblable dessein. Enfin, selon quelques-uns, Esaïe voudrait dire que dans la nouvelle économie il n'y aura plus de temple, et condamnerait comme une profanation toute espèce de culte rituel qui pourrait s'y produire. Mais si dans quelques tableaux des temps messianiques, le prophète ne parle pas du temple (2.4 ; 4.5-6), dans plusieurs autres il suppose l'existence d'un temple et d'un culte dans la nouvelle Jérusalem (versets 21 à 24 ; 56.7 ; 60.7).
v. 3 · Bible annotée · 18/10/2026
Le sens est que celui qui offre à Dieu un culte de pure forme, l'outrage aussi gravement que celui qui commet un crime et viole audacieusement la loi. Le rite sans l'adoration du cur, le sacrifice sans l'obéissance, lui est insupportable. Comparez 1.13-14.
Leurs abominations : l'idolâtrie (Jérémie 7.30), à laquelle ils se livrent, en dépit de leur piété apparente. Le chien et le porc : deux animaux impurs, qu'on n'offrait jamais en sacrifice, chez les Israélites (65.4).
5 Écoutez la parole de l’Éternel , vous qui tremblez à sa parole : Vos frères qui vous haïssaient, qui vous rejetaient à cause de mon nom, disaient : Que l’Éternel soit glorifié, et que nous voyions votre joie ! Mais euxa 5 ou : mais il apparaîtra à votre joie, et eux. , ils seront confus.
v. 5 · Bible annotée · 18/10/2026
5 à 14 Le châtiment des impies ; le salut glorieux de Sion.
Le prophète adresse aux fidèles une parole de consolation. Leurs frères (des Israélites, non des païens) les méprisent, les haïssent, les repoussent même (voyez 65.5), à cause de leur fidélité à Jéhova, et se moquent des promesses qui font leur espérance (5.19). Comparez Luc 6.22. Qu'ils se consolent ! Ce n'est pas pour les opprimés, mais pour les oppresseurs que sera la confusion : L'Eternel paraîtra pour le bien des fidèles et pour la ruine de ceux qui nient qu'il doive apparaître (Calvin). Comparez 1.29 ; 26.14 ; 65.13.
6 Une voix de tumulte [vient] de la ville, une voix, du temple, une voix de l’Éternel qui rend la récompense à ses ennemis.
v. 6 · Bible annotée · 18/10/2026
Le prophète assiste en esprit au jugement qu'il vient d'annoncer. Il entend un fracas pareil à celui du tonnerre : l'Eternel sort de sa résidence (la ville, le temple) pour foudroyer ses ennemis ; c'est sa réponse au défi des moqueurs (verset 5 ; comparez le jugement des profanateurs en Sion33.14). Joël parle également de l'Eternel qui rugira de Sion (Joël 3.16).
7 Avant qu’elle ait été en travail, elle a enfanté ; avant que les douleurs lui soient venues, elle a donné le jour à un [enfant] mâle. 8 Qui a entendu une chose pareille ? Qui a vu de telles choses ? Fera-t-on qu’un pays enfante en un seul jour ? Une nation naîtra-t-elle en une fois ? Car aussitôt que Sion a été en travail, elle a enfanté ses fils. 9 Amènerais-je jusqu’au moment de l’enfantement, et je ne ferais pas enfanter ? dit l’Éternel . Moi, qui fais enfanter, je fermerais [la matrice] ? dit ton Dieu .
v. 7 · Bible annotée · 18/10/2026
Pendant qu'Israël infidèle est frappé, Sion (le reste fidèle) voit se multiplier sa population. Esaïe la compare à une femme qui va devenir mère (comme 54.1). Il insiste sur le caractère merveilleux de cet enfantement : au lieu d'être lent et douloureux, il s'accomplit en un instant et sans souffrance ; au lieu de ne naître qu'à de longs intervalles, les enfants viennent au monde soudain en grand nombre : c'est chose inouïe, tout un pays (tout le peuple d'un pays) qui naît en un jour ! Comparez 26.4-5.
v. 8 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce verset oblige à donner un sens collectif au terme : un enfant mâle (verset 7) (grand et fort) ; c'est la personnification de tout le peuple nouveau.
v. 9 · Bible annotée · 18/10/2026
Cet enfantement miraculeux est l'uvre de Dieu lui-même. Après avoir préparé et conduit cette uvre de grâce jusqu'au point où le nouvel Israël est prêt à sortir du sein de l'ancien, se pourrait-il qu'il ne voulût pas l'achever ?
10 Réjouissez-vous avec Jérusalem, et égayez-vous à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ; tressaillez de joie avec elle, vous tous qui menez deuil sur elle ; 11 parce que vous téterez et serez rassasiés du sein de ses consolations, parce que vous sucerez et que vous vous délecterez de l’abondance de sa gloire. 12 Car ainsi dit l’Éternel : Voici, j’étends sur elle la paix comme une rivière, et la gloire des nations comme un torrent qui déborde ; et vous téterez, vous serez portés sur les brasb 12 litt. : sur les côtés. et caressés sur les genoux. 13 Comme quelqu’un que sa mère console, ainsi moi, je vous consolerai ; et vous serez consolés dans Jérusalem. 14 Et vous le verrez, et votre cœur se réjouira, et vos os fleuriront comme l’herbe verte ; et la main de l’Éternel sera connue en ses serviteurs, et il verse sa colère sur ses ennemis.
v. 10 · Bible annotée · 18/10/2026
Les fidèles (verset 5), qui ont si longtemps gémi sur Sion, peuvent et doivent se réjouir de sa prospérité, qui sera le partage de tous ceux qui ont pour elle des sentiments de fils (verset 11 et suivants). Comparez 51.3 ; 65.18.
v. 11 · Bible annotée · 18/10/2026
Après la naissance, l'allaitement ; et après ce dernier, les caresses et les consolations (versets 12 et 13).
v. 12 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparez 48.18 ; 60.17-18 ; 61.6.
Portés sur le côté. Voir 60.4, note.
v. 13 · Bible annotée · 18/10/2026
L'image des nouveau-nés est remplacée par une autre, plus touchante encore : celle d'un homme fort, accablé par la souffrance, et que l'amour maternel relève et console. Dieu, prenant lui-même le rôle d'une mère, console son peuple des peines de l'exil (comparez 49.13-15).
v. 14 · Bible annotée · 18/10/2026
Comparez 60.5.
L'image est pareille à celles de 44.4 ; 48.2 : la grâce divine leur rendra la vie comme la pluie à l'herbe desséchée (contraste : 1.30).
Les derniers mots forment la transition à la strophe suivante ; par les ennemis il faut entendre non seulement Israël infidèle, mais les rebelles dans tous les peuples ; car c'est un jugement tout à fait général qui va être décrit (verset 16).
15 Car voici, l’Éternel viendra en feu, et ses chars, comme un tourbillon, pour rendre sa colère avec fureur, et son tancement avec des flammes de feu. 16 Car l’Éternel entrera en jugement avec toute chair, par le feu, et par son épée ; et les tués de l’Éternel seront en grand nombre. 17 Ceux qui se sanctifient et se purifient dans les jardins, en en suivant un seulc 17 selon qqs. : une seule, c.-à-d. une idole. [qui est] au milieu, mangeant la chair du porc et des choses exécrables et des souris, périront tous ensemble, dit l’Éternel .
v. 15 · Bible annotée · 18/10/2026
15 à 24 Le jugement universel et le rassemblement des fidèles de tout peuple en Sion.
Un triage final s'opère parmi les Gentils comme en Israël.
L'Eternel est un guerrier (42.13 ; 59.17). Son apparition est semblable à l'orage (30.27, 30 ; 29.6 ; comparez Psaumes 18.8-16). Les nuées sont son char ; l'ouragan et le feu (la foudre), les armes avec lesquelles il détruit ses ennemis. Cette description est imitée en partie Jérémie 4.13. Déverser : littéralement rendre ; il paie les idolâtres en feu (Reuss).
v. 16 · Bible annotée · 18/10/2026
L'épée : trait emprunté à l'image du guerrier ; comparez 34.5. Ce jugement universel (toute chair) est présenté sous l'image d'une bataille ; les tués de Jéhova jonchent le sol sans nombre. Imitation dans Jérémie 25.31,33.
v. 17 · Bible annotée · 18/10/2026
Ce verset fait un effet étrange au milieu de la description du jugement, versets 15 à 18 : on serait tenté avec quelques-uns d'y voir une adjonction au texte du prophète. En tous cas, l'idolâtrie ici dépeinte est plutôt celle des Juifs infidèles de l'exil que celle des contemporains d'Esaïe.
Se sanctifient... : pour être initiés aux mystères des idoles (65.5).
En imitant celui qui les conduit. Le texte hébreu dit littéralement : après un qui est au milieu. Il s'agit sans doute du hiérophante ou prêtre qui présidait aux rites et conduisait la procession. D'autres pensent à l'idole, placée au milieu du sanctuaire.
Pour les animaux impurs indiqués ici, voir 65.4 ; Lévitique 11.41,29. Certaine espèce de souris passait chez les Arabes et chez les Romains pour un mets fort délicat.
18 Et moi,… leurs actes et leurs pensées [sont devant moi]. [Le temps] est venu de rassembler toutes les nations et les langues ; et elles viendront et verront ma gloire. 19 Et je mettrai au milieu d’eux un signe ; et j’enverrai les réchappés d’entre eux vers les nations : à Tarsis, à Pul, et à Lud, qui bandent l’arc ; à Tubal et à Javand 19 la Grèce. , aux îles lointaines, qui n’ont pas entendu parler de moie 19 litt. : ma renommée. et n’ont pas vu ma gloire ; et ils raconteront ma gloire parmi les nations. 20 Et ils amèneront tous vos frères, d’entre toutes les nations, en offrande à l’Éternel , sur des chevaux, et sur des chars, et dans des voitures couvertesf 20 voitures couvertes et confortables; voir Nombres 7. 3. , et sur des mulets, et sur des dromadaires, à ma montagne sainte, à Jérusalem, dit l’Éternel , comme les fils d’Israël apportent l’offrande dans un vase pur à la maison de l’Éternel . 21 Et j’en prendrai aussi d’entre eux pour sacrificateurs, pour Lévites, dit l’Éternel .
v. 18 · Bible annotée · 18/10/2026
Il est nécessaire de suppléer une idée au commencement du verset : Mais moi... [je vais juger, ou je connais]...leurs uvres. L'émotion de l'auteur, en présence du terrible spectacle du jugement, explique l'omission du verbe ; et les deux termes qui se heurtent : moi...leurs uvres... ! sont d'un effet saisissant.
Rassembler toutes les nations: Dieu rassemble des gens de toute nation, afin d'accomplir son jugement (versets 15 et 16) et de faire éclater ainsi sa gloire au milieu d'elles. Le prophète a devant les yeux le tableau de Joël 3.2,9-17). Zacharie 14.12-14 développe à son tour ces tableaux de Joël et d'Esaïe et dit expressément que les nations s'assemblent pour combattre contre Jérusalem : elles préparent ainsi elles-mêmes l'accomplissement du dessein de Dieu, qui est de les frapper sous les murs de la ville sainte (voir au verset 24 et Apocalypse 20.8-9). Comparez aussi 29.5-7 ; Ezéchiel 38.1-22.
v. 19 · Bible annotée · 18/10/2026
Le prodige fait au milieu des peuples est l'acte par lequel Dieu anéantit leurs armées et manifeste sa gloire. Ceux qui échappent au désastre vont en porter la nouvelle et proclamer la puissance de Jéhova parmi les nations, c'est-à-dire parmi tous les habitants de la terre qui n'étaient point montés contre Jérusalem. Plusieurs entendent par les réchappés les Israélites sauvés. Ce sens est inadmissible ; au milieu d'eux se rapporte évidemment aux peuples rassemblés ; leurs ne peut se rapporter à un sujet différent. Au verset 20 ce sont les païens qui ramènent les Juifs ; pourquoi ne seraient-ce pas eux aussi qui s'en iraient par tout le monde donner le signal du retour ?
Le prophète mentionne, à titre d'exemples, quelques peuples éloignés : Tarsis, l'Espagne (2.16, note).
Pul et Lud : il faut lire plutôt Put et Lud (comme Ezéchiel 27.10 et ailleurs) ; comparez Genèse 10.6,13. Ces noms désignent deux peuples de l'Afrique, voisins de l'Egypte et habiles tireurs d'arc (Ezéchiel 30.5 ; Jérémie 46.9). Put est probablement la Lybie ; le nom paraît signifier arc et se présente dans les hiéroglyphes égyptiens sous la forme Phet.
Tubal : les Tybaréniens habitant la côte sud-est de la mer Noire, souvent nommés dans Ezéchiel.
Javan : les Grecs d'Asie (Ioniens) et d'Europe. Voir Genèse 10.2.
Les îles : l'Occident.
v. 20 · Bible annotée · 18/10/2026
A la nouvelle de cette manifestation de la gloire de Jéhova sous les murs de Jérusalem, tous les peuples y affluent pour l'adorer (2.2-4 ; 60.4 et suivants) ; et ils ramènent, avec toute sorte d'honneurs et par les moyens de locomotion connus du temps d'Esaïe, les Israélites dispersés parmi eux (vos frères ; voyez verset 5). Le plus bel hommage qu'ils puissent offrir à Jéhova, n'est-ce pas de lui rendre son peuple ? Par une image d'une grande beauté, les Israélites sont comparés à l'offrande, et les païens aux vases d'honneur dans lesquelles elle est présentée. Comparez, pour l'image, l'offrande que saint Paul fait à Dieu des Gentils sauvés (Romains 15.16).
22 Car, comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre que je fais, subsisteront devant moi, dit l’Éternel , ainsi subsisteront votre semence et votre nom. 23 Et il arrivera que, de nouvelle lune à nouvelle lune, et de sabbat en sabbat, toute chair viendra pour se prosterner devant moi, dit l’Éternel . 24 Et ils sortiront, et verront les cadavres des hommes qui se sont rebellés contre moi ; car leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront en horreur à toute chair.
v. 22 · Bible annotée · 18/10/2026
L'admission des païens au sacerdoce suppose que toutes choses ont été faites nouvelles (65.16-17). Cet ordre de choses nouveau ne périra pas comme l'ancien, non plus que ceux qui y auront part.
Votre postérité et votre nom : il était dit de Babel (14.22) : J'anéantirai le nom et le reste. Comparez 48.19.
v. 23 · Bible annotée · 18/10/2026
Esaïe décrit le culte nouveau dans la nouvelle Jérusalem sous les formes du culte de l'ancienne alliance. De même qu'Israël se rassemblait à Jérusalem aux grandes fêtes, toute l'humanité s'y rendra à chaque sabbat et à chaque nouvelle lune (jour sabbatique selon la loi). (Contraste : 1.13) Comparez l'assemblée sur la montagne de Sion 4.5-6.
Toute chair : non chacun à chaque sabbat, mais chaque fois des représentants de tous les peuples. Comparez Zacharie 14.16-19 ; Sophonie 3.9-10. L'idée dégagée de l'image, est celle d'un culte permanent offert à Dieu par l'humanité entière (2.2-3). Chaque dimanche qui réunit les croyants autour du trône invisible de leur Père céleste, est un accomplissement de cette prophétie.
v. 24 · Bible annotée · 18/10/2026
Il semblait, d'après 61.6, qu'Israël seul dût exercer la sacrificature dans la nouvelle économie. Mais ici le prophète va plus loin. Tout Israël sera prêtre ; mais Dieu se choisira en outre des prêtres et des lévites parmi ces païens qui viennent de remplir un office vraiment sacerdotal en lui offrant les restes d'Israël. On sait que dans l'Ancien Testament nul Israélite, sinon les descendants de Lévi et à plus forte raison nul païen ne pouvait être appelé au sacerdoce. C'est donc une ère toute nouvelle qu'annonce Esaïe : le mur de séparation entre Israël et les Gentils est tombé (Ephésiens 2.14). Comparez Esaïe 56.7 ; Malachie 1.11.
Quelle sorte de sacrifice seront offerts par ce sacerdoce renouvelé ? Des offrandes spirituelles telles que celles mentionnées Hébreux 13.15 ; Romains 15.16, des dons en faveur du règne de Dieu (chapitre 60) ; l'offrande que chacun fera de sa personne à son service (Romains 12.1).
La multitude des adorateurs, en sortant de la ville sainte s'en va contempler le champ de bataille, voisin de Jérusalem, où gisent sans sépulture, comme un éternel monument de la justice de Dieu les cadavres des impies (versets 16 et 18). Le prophète fait certainement allusion à l'odieuse vallée de Hinnom (30.33). La nouvelle Jérusalem lui apparaît comme l'ancienne renouvelée et glorifiée. De même qu'il y avait près de celle-ci un lieu maudit, où l'on jetait pour être brûlés les cadavres des malfaiteurs, il place le lieu du supplice éternel aux portes même de la nouvelle Sion. Ce tableau ne peut être pris à la lettre, non plus que les images qui suivent. Le ver qui ne meurt pas (châtiment intérieur) et le feu qui ne s'éteint pas (châtiment extérieur), sont les symboles d'une souffrance sans terme, qui consume le pécheur sans le détruire. Jésus s'approprie ces images (Marc 9.43-48 ; comparez Apocalypse 20.10,15 ; 21.8), tout en dégageant l'idée éternelle de la forme matérielle dont la revêt Esaïe. Le nom de géhenne, par lequel il désigne l'enfer, provient de celui de cette vallée de Hinnom (Gué-Hinnom) qui en est le type dans l'Ancien Testament.
Ce verset est la reproduction développée du refrain menaçant par lequel le prophète a terminé les deux premiers cycles de cette dernière partie (48.22 ; 57.21). Comparez aussi le dernier verset du chapitre 1. C'est par cet effrayant tableau que se termine le livre des consolations (40.1) : l'Eternel ne cesse pas d'offrir à tous et surabondamment sa grâce ; mais il faut que ceux qui la méprisent sachent à quoi ils s'exposent en la repoussant.
Conclusion
Après avoir étudié en détail le livre d'Esaïe, essayons d'en résumer les vues principales.
- L'adoration en esprit du seul vrai Dieu est destinée à remplacer les religions païennes et le culte symbolique de l'ancienne alliance. L'établissement de ce culte spirituel sur la terre entière est le terme auquel doit aboutir, selon le plan de Dieu, l'histoire de l'humanité.
- Le royaume de Dieu sera réalisé ici-bas par l'apparition d'un descendant de David, qui l'établira, non par la force extérieure, mais par la puissance de l'Esprit divin dont il sera oint : il révélera la loi de Dieu à tous les peuples, proclamera le salut et établira ainsi un règne de paix et de justice. Mais Esaïe annonce qu'il ne pourra accomplir cette uvre qu'en se sacrifiant lui-même, comme victime expiatoire, pour ses frères. Il est donc le prophète et le Roi parfait, en même temps que le souverain sacrificateur de l'humanité.
- L'établissement du règne de Dieu a pour condition un jugement ou une série de jugements par lesquels l'Israël charnel sera dispersé et la théocratie juive détruite. Il faut que l'ancienne Jérusalem disparaisse pour faire place à la nouvelle. La nation sainte des derniers temps comprendra le résidu croyant d'Israël, ramené de ses exils successifs, et les convertis d'entre les Gentils : tous ceux en un mot dont la foi au Christ aura fait de vrais enfants d'Abraham quiconque, juif ou païen, refusera obstinément le salut, sera retranché par le jugement final qui clora la série des jugements antérieurs.
- Le salut promis par les prophètes devait, dans l'intention divine, renouveler d'abord Israël, pour s'étendre ensuite à tous les Gentils. Esaïe annonce déjà le fait anormal qui modifiera profondément l'exécution de ce plan : l'incrédulité d'Israël à l'égard du Messie. Il résultera de là que les païens remplaceront momentanément Israël dans le règne de Dieu, jusqu'à ce que celui-ci revienne à l'Eternel et soit restauré avec le concours des païens eux-mêmes. Ainsi toutes les promesses qui, dans la bouche des prophètes, s'adressaient proprement à Israël, s'appliquent actuellement à l'Eglise, qui a pris sa place et qui accomplit l'uvre qui eût été la sienne de répandre la connaissance de Jéhova sur la terre. Mais Israël sera replacé un jour au bénéfice de la grâce dont il aurait dû lui-même communiquer les bienfaits aux païens. Les promesses faites à ce peuple ne sont donc pas ébranlées par son rejet momentané. Le centre de l'humanité sauvée sera l'Israël converti des derniers temps, autour duquel se grouperont tous les autres peuples.
- On ne doit pas se représenter cet état final sous une forme purement spirituelle. Toute âme, pour se réaliser complètement, doit se revêtir d'un corps. La vie spirituelle, pénétrant l'humanité, créera un état social saint et heureux, dans lequel Israël rétabli (à Jérusalem, sans doute ) jouera un rôle prépondérant. Humilié d'abord plus que tout autre peuple, glorifié maintenant entre tous, il sera au milieu d'eux le prophète de la grâce divine, et Jérusalem redeviendra la lumière du monde.
Ces vues, dont l'histoire a, jusqu'ici, pleinement confirmé la vérité, seraient-elles le produit de la réflexion d'un pieux israélite, plusieurs siècles avant Jésus-Christ ? Comment méconnaître dans le tableau de la personne du Messie et surtout dans celui de ses souffrances, de sa mort et de son activité royale et sacerdotale après qu'il est revenu à la vie, le fruit d'une révélation de Dieu ? Un trait surtout dans ce tableau est inexplicable sans une communication supérieure : c'est l'étonnante prévision de l'incrédulité d'Israël et de la mort du Messie, victime de cette incrédulité. On n'échappe à la force démonstrative de ce fait que par une exégèse qui détourne les textes de leur sens naturel (voir entre autres le chapitre 53).
Ce phénomène de l'inspiration prophétique atteint évidemment, dans certains moments, un degré particulier d'intensité. Soudain une vue nouvelle, communiquée le plus souvent sous forme de vision, s'empare de l'esprit du prophète ; puis elle devient le point de départ de développements plus réfléchis et plus oratoires. C'est comme une illumination subite qui se répand sur un point quelconque de l'avenir, pour se résoudre ensuite en une lumière continue. Il suffit de comparer certains points culminants de la prophétie (comme les chapitres 7, 9, 42, 50, 53, 61, 63), avec ce qui précède et ce qui suit, pour sentir que de tels passages sont le produit immédiat de ces actes d'inspiration les plus absolument divins.