2 à 12 Le fidèle abandonné, de Dieu. Le douloureux pourquoi du verset 2 se justifie par le fait que les appels du croyant restent sans réponse (versets 2 et 3). Pourtant Dieu a délivré jadis ceux qui l'invoquaient (versets 4 à 6). Mais dans ce cas-ci, au jugement de tout le monde, il ne répondra pas (versets 7 à 9). Pourquoi cette exception, quand il s'agit d'un homme qui, dès sa naissance, a été l'objet des soins particuliers de Dieu (versets 10 à 12) ?
Mon Dieu, mon Dieu. Etre abandonné de Dieu, c'est, pour tout être créé, la mort. Mais la mort peut être subie d'une manière plus ou moins inconsciente. Elle est d'autant plus douloureuse que cet abandon est mieux ressenti par l'être moral. L'impie, qui a donné à la créature la confiance qu'il devait à Dieu, ne peut éprouver qu'un sentiment de terreur mêlé de rage (pleurs et grincements de dents), lorsque les choses visibles lui échappent et que Dieu le livre à l'abandon qu'il a recherché lui-même. L'homme pieux, qui s'est habitué à dépendre de Dieu pour toutes choses, à vivre de ses délivrances et à tout rapporter à sa gloire, trouve dans cette mort une amertume plus poignante encore si possible. Il n'y a dans sa douleur ni révolte, ni blasphème. Il appelle encore Dieu mon Dieu, et par ce cri d'appel il continue à appréhender par foy la grâce cachée (Calvin). Mais cet élan de l'âme, qui ne rencontre que le vide, se transforme en un sentiment d'inexprimable angoisse. Cette douleur n'a pu être ressentie dans sa plénitude que par Celui qui n'a jamais péché, et c'est sur ses lèvres seulement que le pourquoi du psalmiste a été tout à fait légitime. Partout ailleurs le mal commis, connu ou ignoré, est une explication suffisante de l'éloignement de Dieu.
Te tenant éloigné..., littéralement : éloigné de mon salut, paroles de mon rugissement. Nous retrouvons ici cette extrême concision de style particulière à certains psaumes de David, dans des passages où se trahit une grande émotion (comparez Psaumes 16.4). La plupart des interprètes complètent la phrase comme suit : éloigné de mon salut et des paroles de mon rugissement.
Le psalmiste compare sa plainte au rugissement du lion. Alors même que l'on n'entendrait rien au dehors, toute sa vie intérieure n'est qu'un cri ; non pas toutefois un cri inarticulé, mais une supplication, des paroles, telles que celles que prononça Jésus en Gethsémané, lorsqu'il offrit à Dieu avec de grands cris et avec larmes des prières, des supplications (Hébreux 5.7).