Les paroles sévères relatives aux Juifs, que Jésus ajoute, dans Matthieu, à la louange donnée à la foi du centurion, prouvent que Matthieu emploie une source différente de celle de Luc. Ces paroles se trouvent chez Luc dans un tout autre contexte (13.28), à un moment plus avancé et où elles ont plus d'à-propos.
Plusieurs critiques anciens et modernes identifient cette guérison avec celle du fils de l'employé royal (Jean.4.46). Les différences sont pourtant considérables : chez Luc un militaire d'origine païenne, chez Jean un employé civil d'origine juive ; là Capernaüm, ici Cana ; là un homme qui redoute par humilité de voir Jésus entrer chez lui, ici un homme qui vient le chercher de bien loin pour le faire venir chez lui ; enfin, et c'est à nos yeux la différence la plus décisive, là un païen donné en exemple à tout Israël, ici un Juif à l'occasion duquel Jésus jette un certain blâme sur tous ses compatriotes galiléens. En vérité, si ces deux récits se rapportaient au même fait, les détails des narrations évangéliques ne mériteraient plus la moindre créance. - D'après Keim, le fait miraculeux s'expliquerait, d'un côté, par la foi du centurion et du malade, qui possédait déjà une certaine vertu de guérison ; de l'autre, par la puissance morale inhérente à la parole de Jésus, parole qui était un milieu entre un vœu et un ordre. Mais ce mode d'action éthico-psychique exigerait en tout cas la présence de celui qui guérit de la sorte. Or, cette présence est décidément exclue par les deux récits et par ce mot de Jésus : une si grande foi ! Et qu'est-ce que ce milieu entre un vœu et un ordre ? C'est l'expression de l'embarras où l'interprète s'est jeté par son système.
3. Le fils de la veuve de Naïn. (7.11-17)
Le récit suivant est l'un de ceux où se révèle le mieux la tendresse de cœur du Seigneur et la puissance qu'exerçaient sur lui les douleurs humaines. On a objecté, contre la réalité de ce fait, la circonstance qu'il n'est rapporté que par Luc. La critique raisonne toujours comme si les évangélistes avaient eu les préoccupations historiques qui la dominent elle-même. La vie de Jésus présentait une si grande richesse de faits miraculeux, que nul n'a songé à les rapporter d'une manière complète. Jésus fait allusion (10.13) à des miracles accomplis à Chorazin et à Bethsaïda, dont aucun n'est mentionné dans nos évangiles, à l'exception d'un seul dans cette dernière ville. Il est très remarquable que parmi tous ces miracles qui sont indiqués sommairement dans nos évangiles (4.23,40-41 ; 6.18-19 et parall. ; 7.21, etc. ; Jean.2.23 ; 4.45 ; 6.2 ; 20.30 ; 21.25), un ou deux seulement de chaque catégorie soient racontés en détail. Il semble que l'on ait choisi, dans chaque genre, l'exemple le plus saillant, et qu'on ait renoncé dès l'abord à conserver le récit détaillé des autres. Pour l'édification, qui était le seul but de l'évangélisation populaire, cela suffisait. Dix guérisons de lépreux ne disent pas plus à la foi qu'une seule. Mais il pouvait arriver que quelqu'un des nombreux miracles laissés de côté dans la tradition parvînt, par des renseignements privés, à la connaissance de l'un de nos évangélistes, et qu'il l'insérât dans son écrit. Ainsi, quant à la catégorie des résurrections, c'était celle de la fille de Jaïrus qui avait pris place au premier rang dans la tradition, - elle se trouve dans les trois synoptiques, - tandis que d'autres faits de ce genre, tel que celui qui va suivre, avaient été laissés à l'arrière-plan, sans qu'ils soient niés pour cela.
Versets 11 et 12. La rencontre :