Le centurion voit, de sa maison, Jésus approcher avec le cortège. La vénération que lui inspire ce personnage mystérieux, fait qu'il redoute même de le recevoir sous son toit ; il envoie alors la nouvelle députation Strauss voit en cela une contradiction avec sa première démarche. Mais il n'y a là qu'un progrès dans le sentiment d'humilité et de foi qui lui avait dicté celle-ci. Peut-être le centurion partait-il de l'idée juive ordinaire qu'un Juif ne pouvait sans se souiller entrer dans une maison païenne. Il n'était certainement pas prosélyte de la justice et circoncis. Autrement il n'aurait pas parlé ainsi. Ἱκανός, désigne la dignité morale, comme 3.16 et ailleurs. - Mais la foi de cet homme égale son humilité. L'expression εἰπὲ λόγῳ : « dis en parole, » oppose ce moyen à celui de la présence personnelle. - Dans le récit de Matthieu, toutes ces démarches sont réunies en un acte unique : l'arrivée du centurion lui-même, qui met Jésus au fait de la maladie, et qui à l'offre de Jésus de se rendre chez lui oppose la réponse que nous trouvons chez Luc v. 8. Bleek voit dans les détails de Luc une amplification du récit primitif ; d'autres, dans le récit Matthieu, un abrégé de celui de Luc Mais comment Luc eût-il ainsi brodé sur le canevas de Matthieu, ou celui-ci taillé dans le tableau de Luc ? Nos évangélistes sont des hommes croyants et sérieux. La tradition n'avait conservé littéralement que la parole caractéristique du centurion (v. 8) et l'exclamation admirative du Seigneur (v. 9). Quant au cadre historique, l'évangélisation orale l'avait traité avec plus de liberté. C'est ce qui explique de la manière la plus naturelle la différence entre nos deux récits. - Quoiqu'il ne soit qu'un homme ordinaire (ἄνθρωπος), et un homme dans une position dépendante, le centurion a lui-même des subordonnés par le moyen desquels il peut agir, sans se transporter à chaque fois sur les lieux. Jésus, bien plus rapproché que lui du sommet de la hiérarchie des êtres et disposant des forces du monde invisible, ne déploierait-il pas, s'il le veut, un pouvoir analogue ! On peut comparer ici la parole de Jésus sur les anges qui montent et descendent (Jean.1.52). - Comment expliquer une telle foi chez cet homme ? Il faut tenir compte de ces mots du v. 8 : ayant entendu parler de Jésus. Le bruit des miracles de Jésus était parvenu jusqu'à lui. Il y avait surtout une guérison que Jésus avait opérée à Capernaüm même, de Cana, et qui offrait une analogie remarquable avec celle que demandait le centurion : celle du fils de l'employé royal (Jean.4.46-54). La connaissance qu'il avait de ce miracle opéré dans la même ville est certainement le moyen le plus naturel d'expliquer la foi dont témoigne son message. - L'expression : une telle foi, se rapporte à la demande d'une guérison opérée sans l'aide de la présence corporelle. C'était là comme un paroxysme de foi.
Versets 9 et 10. La guérison :