Dans ces mots. : Quand vous priez, dites, le terme προσεύχεσθαι, prier, désigne l'état général d'adoration, et le mol dites, la prière formulée. - Il est évident que par cet ordre : Quand vous priez, dites…, Jésus ne voulait pas imposer aux siens la répétition servile de ce formulaire, à chaque acte de prière ; il présentait le type dont l'empreinte devait se retrouver, mats d'une manière libre, variée, spontanée, dans toute, prière offerte par ses disciples. Le caractère distinctif de ce formulaire, c'est l'esprit filial, qui se montre d'abord dans l'allocution : Père, puis dans l'objet et dans l'ordre des demandes. Des cinq demandes que comprend l'oraison dominicale chez Luc, deux se rapportent directement à la cause de Dieu ; elles sont en tête ; trois aux besoins de l'homme ; elles n'occupent que la seconde place. Cette priorité absolue donnée aux intérêts divins implique chez l'homme qui prie de la sorte un dépouillement, de lui-même, un amour et un zèle pour Dieu et sa cause qui supposent un cœur pleinement régénéré, un cœur d'enfant de Dieu, tel que celui de Jésus, préoccupé avant tout des intérêts divins. Après s'être ainsi oublié et comme perdu en Dieu, le chrétien revient à lui ; mais, comme c'est en Dieu qu'il se retrouve, il ne se retrouve pas seul. Il se contemple comme membre de la famille de Dieu, et, après avoir dit : toi, il continue en disant : nous. L'esprit fraternel devient ainsi, dans la seconde partie de sa prière, le complément de l'esprit filial qui avait dicté la première ; l'intercession fraternelle se confond avec la supplication personnelle. L'oraison dominicale n'est donc autre chose que le sommaire de la loi mis en action sous la forme de la prière, le sommaire réalisé d'abord dans l'intimité du cœur, pour passer de là dans la vie entière.
Il paraît certain, par les Mss., que, dans le texte de Luc, l'allocution doit être réduite au seul mot : Père. Les mots suivants : notre, qui es aux cieux, sont dans notre évangile une importation de Matthieu ; mais l'allocution complète chez celui-ci est conforme sans doute à la teneur réelle de la parole du Seigneur. Dans le titre de Père, s'exprime le double sentiment de la soumission et de la confiance. Ce nom ne se trouve dans l'A. T. qu'Es.63.16 (comp. Ps.103.13) et n'est employé que par rapport à l'ensemble de la nation. L'Israélite pieux se sentait le serviteur de Jéhova, non son enfant. La relation filiale du croyant avec Dieu qui s'exprime dans ce mot repose sur l'incarnation et la révélation du Fils. Luc.10.22 : « Celui à qui le Fils veut faire connaître le Père. » Comp. Jean.1.18. - Les mots : qui es aux cieux, dans Matthieu, rappellent la toute-puissance de cet être infini dont le nom de Père faisait ressortir la sagesse et la bonté.
Les deux premières demandes se rapportent à l'honneur de Dieu ; l'enfant de Dieu seul peut prier ainsi. Welstein a réuni un grand nombre de passages analogues à ces deux demandes, tirés des formulaires juifs. L'A. T. lui-même est rempli de textes semblables. Mais l'originalité de cette première partie de l'oraison dominicale n'est pas dans les mots ; elle est dans le sentiment filial qui s'exprime ici au moyen de ces termes déjà connus. - Le nom de Dieu désigne la révélation de l'être divin dans le cœur de la créature, le reflet, du caractère de Dieu dans la conscience des hommes. Voilà pourquoi ce nom n'existe parfait que dans un seul être, celui qui est lui-même l'image adéquate de Dieu, et qui seul le connaît parfaitement. Aussi Dieu dit-il de lui Ex.23.21 : « Mon nom est en lui. » Et voilà pourquoi ce nom peut et doit devenir plus saint qu'il ne l'est : être rendu saint - c'est le sens du mot sanctifié - dans tous les êtres, qui ne connaissent encore Dieu qu'imparfaitement. Que de notions indignes de Dieu et de son caractère Jésus ne voyait-il pas encore régner parmi les hommes ! Il veut que ses disciples lui demandent d'affirmer son caractère saint dans chaque conscience humaine, afin que toute idolâtrie, grossière ou subtile, aussi bien que tout pharisaïsme formaliste, tombe à jamais, et que tout homme s'écrie avec les séraphins, dans le saisissement de l'adoration : Saint, saint, saint (Esaïe ch. 6) !
Une fois que la connaissance du Dieu saint resplendit au fond des cœurs, le règne de Dieu peut s'y établir. Car Dieu n'a besoin que d'être bien connu pour régner. Le terme de règne de Dieu désigne l'ordre de choses nouveau, fondé historiquement par le Christ et qui se développe ici-bas par la foi en lui jusqu'à ce que toute volonté soit soumise librement à celle de Dieu, et que de cette conformité de volonté résulte l'état extérieur et social qui réalisera la destination de l'humanité dans le plan divin. L'aoriste ἐλθέτω, vienne, comprend toute la série des faits historiques, qui amèneront cet état de choses. Cet impératif est le plus profond soupir de l'enfant de Dieu ; il exprime en même temps la certitude de l'exaucement.
La troisième demande : « Que ta volonté…, » qui se lit dans le T. R. d'après plusieurs Mss., est certainement une importation de Matthieu, il n'est pas possible de découvrir un motif pour lequel tant de Mss. l'auraient retranchée dans Luc seul. Chez Matthieu, elle formule si bien l'état de choses qui résultera de l'établissement du règne de Dieu dans l'humanité, qu'il n'y a pas lieu de douter qu'elle n'appartienne à l'oraison dominicale, telle que Jésus l'a prononcée. Dans un passage de Tertullien, cette demande est placée entre les deux précédentes, ce qui peut provenir soit de ce qu'elle a été diversement interpolée dans Luc, soit de ce que, en vertu du sens eschatologique que l'on donnait au terme de règne de Dieu, on croyait devoir terminer la première partie de la prière par la demande qui se rapportait à cet état final.
Verset 3. De la cause de Dieu, l'adorateur passe aux besoins de la famille de Dieu sur la terre : « Et, pour que nous puissions travailler nous-mêmes à cette œuvre divine dont nous te demandons le progrès, donne-nous…, pardonne-nous…, etc. » - Pour servir Dieu, avant tout il faut vivre. Les Pères ont en général compris le terme de pain dans un sens spirituel : le pain de vie (Jean ch. 6). Mais le sens littéral nous paraît ressortir avec évidence de la nature très générale de ce formulaire, qui exige au moins une demande relative à l'entretien de la vie présente. Jésus, qui vivait avec ses apôtres des dons journaliers de son Père, comprenait par expérience, mieux peut-être que bien des théologiens, le besoin que ses disciples éprouveraient d'une telle prière. Aucun indigent n'hésitera sur le sens à donner à cette demande. - Le mot ἐπιούσιος est étranger au grec profane et sacré. Il paraît, dit Origène, avoir été formé par les évangélistes. On peut le faire dériver de ἔπειμι, être imminent, d'où le participe ἡ ἐπιοῦα (ἡμέρα), le jour qui vient (Prov.27.1 ; Actes.7.26, et ailleurs). Il faudrait traduire, dans ce sens : « Donne-nous chaque jour le pain du temps ou du jour qui vient. » C'était certainement le sens que donnait à ce mot l'évangile des Hébreux, où il était rendu, au rapport de Jérôme, par לחם מחר, le pain de demain. Parlant du même sens grammatical d'ἐπιούσιος ; Athanase l'explique : « Le pain du siècle à venir. » Mais ces deux sens sont alambiqués, le second surtout. Le premier n'est guères compatible avec Matth.6.34 : « Ne vous inquiétez pas du lendemain ; le lendemain aura soin de ce qui le regarde. » Comp. Ex.16.19 et suiv. Il vaut donc mieux envisager ἐπιούσιος, comme un composé du substantif οὐσία, essence, existence, biens. Sans doute ἐπί perd ordinairement son ι quand il est composé avec un mot commençant par une voyelle. Mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle. Ainsi, ἐπιεικής, ἐπίουρος (Homère), ἐπιορκεῖν, ἐπιετής (Polybe). Et dans ce cas-ci, l'irrégularité est motivée par l'opposition tacite qui existe entre ce composé et un autre analogue, περιούσιος, superflu. Le sens est : « Donne-nous chaque jour le pain qu'il faut pour l'existence. » Cette expression répond très exactement à celle de Proverbes.30.8 : לחם חקי qu'on traduit par : « le pain de mon ordinaire, » et qui signifie littéralement : « le pain de ma ration ; » dans cette expression le terme חק, statutum, est tacitement opposé au superflu, τὸ περιούσιον, qui est l'aspiration naturelle du cœur humain. C'est cette expression biblique dont Jésus s'est probablement servi en araméen, et elle explique fort bien la nôtre. De ce fait remarquable que les deux évangélistes emploient une même expression grecque, d'ailleurs inusitée, on a conclu à la dépendance de l'un des évangélistes par rapport à l'autre ou à celle de tous deux par rapport à un document grec commun. Mais les différences très considérables que nous observons entre les deux rédactions de ce formulaire de prière, chez Luc et Matthieu, renferment précisément la réfutation la plus décisive de ces deux hypothèses. Nul écrivain chrétien ne se serait permis d'apporter volontairement et arbitrairement de pareilles modifications à un modèle de prière annoncé par Jésus en ces termes : « Quand vous priez, dites… » Les différences sont donc ici involontaires. Il faut par conséquent admettre que ce terme grec commun a été choisi, pour rendre l'expression araméenne dont Jésus s'était servi, au moment où la tradition orale primitive a été reproduite en grec pour les nombreux Juifs, parlant cette langue, qui habitaient Jérusalem et la Palestine (Act.6.1 et suiv.). Cette traduction, une fois fixée dans la tradition orale, a passé de là dans nos rédactions évangéliques. - Au lieu de « chaque jour, » Matthieu dit : σήμερον, aujourd'hui. Le terme de Luc, par son sens plus général et plus abstrait, répond peut-être moins bien que celui de Matthieu au sentiment de la supplication réelle et actuelle. De plus, Luc emploie le présent δίδου, qui est en relation avec le mot chaque jour, car il désigne l'acte permanent : « Donne-nous constamment le pain de chaque jour. » L'aoriste δός, de Matthieu, d'autre part, convient au mot aujourd'hui ; il désigne l'acte unique et momentané, et doit sans cloute aussi être préféré. - Quelle réduction des exigences humaines à leur minimum, sous les deux rapports de la qualité (le pain) et de la quantité (nécessaire à chaque jour) !
Verset 4. Le plus profond sentiment du disciple de Jésus, après celui de sa dépendance quant à l'existence terrestre, c'est celui de sa culpabilité ; et la première condition pour pouvoir agir dans le sens indiqué par les premières demandes, c'est d'être déchargé de ce fardeau par le pardon. Car c'est sur le pardon que repose l'union de l'âme avec Dieu. Au lieu du terme de péchés (Luc), Matthieu emploie, dans le premier membre, celui de dettes. Tout devoir envers Dieu négligé constitue en effet une dette acquittable par une peine. Mais ce terme pourrait bien avoir été tiré de celui qui suit : nos débiteurs. - Dans la seconde proposition Luc dit : Car aussi nous-mêmes (αὐτοί)… ; Matthieu : Comme aussi nous… L'idée d'une imprécation contre nous-mêmes, en cas de refus de pardon de notre part, peut se trouver dans la formule de Matthieu plus facilement que dans celle de Luc. Celle-ci ne renferme pas même la notion d'une condition ; elle exprime simplement un motif tiré de la manière dont nous agissons nous-mêmes dans notre sphère. Il faut sans doute comprendre ce motif dans le même sens que celui du v. 18 : « Si vous qui êtes mauvais savez donner des dons excellents à vos enfants… » « Tout mauvais que nous soyons, nous usons cependant nous-mêmes du droit de grâce qui nous appartient, en remettant les dettes à ceux qui nous doivent ; combien plus toi, Père, qui es la bonté même, n'useras-tu pas du tien envers nous ? » Et c'est probablement aussi le sens dans lequel nous devons comprendre le comme aussi de Matthieu. La seule différence est que, ce que Luc allègue comme motif (car aussi), Matthieu le donne comme point de comparaison (comme aussi). Chez Luc le terme quiconque nous doit peut désigner aussi bien les débiteurs financièrement parlant, que ceux qui ont manqué à leurs devoirs moraux envers nous. - L'expression très absolue de Luc : Nous remettons à quiconque nous doit, suppose le croyant vivant déjà dans cette sphère de charité que Jésus vient créer sur la terre et qui a été posée en principe dans le sermon sur la montagne. - Cette demande journalière de pardon (chaque jour, v. 3) a fait encourir à l'oraison dominicale le déplaisir des frères de Plymouth, qui l'envisagent comme une prière formulée en vue d'un état plus juif que chrétien. Mais comp. 1Jean.1.9, qui s'applique certainement à des croyants : « Si nous confessons… » Et nous avons vu que dès ses premiers mots cette prière suppose un cœur d'enfant de Dieu, un cœur qui a appris à mettre les intérêts de Dieu avant les siens propres. - L'absence de toute allusion au sacrifice de Jésus-Christ pour le pardon des péchés est une preuve bien frappante de l'authenticité parfaite de ce formulaire soit dans Luc, soit dans Matthieu. Si Luc en particulier y eût le moins du monde mis du sien, comment aucune expression empruntée à la dogmatique de l'épître aux Romains ne se fût-elle glissée sous sa plume ?
Au souvenir de ses fautes passées se rattache chez le chrétien le sentiment de sa faiblesse et par conséquent la crainte des fautes à venir. Il passe donc naturellement des péchés à effacer au péché à éviter. Car il sent bien que la sanctification est l'édifice à bâtir sur le fondement du pardon. Le mot tenter signifie : mettre à l'épreuve. Il est pris dans l'Ecriture soit dans un sens favorable : mettre à l'épreuve pour amener l'homme à se décider librement entre le bien et le mal, et en ayant en vue la décision pour le bien ; c'est dans ce sens que Dieu peut tenter (Gen.22.1) ; ou bien mettre la force morale à l'épreuve en vue de la faire succomber ; c'est dans ce sens que tente Satan et que « Dieu ne peut pas tenter » (Jacq.1.13). Ce qui rend cette dernière demande difficile à comprendre, c'est que ni l'un ni l'autre de ces deux sens ne paraît convenir ici, parce que si on prend le mot tentation dans le sens favorable, le fidèle ne peut demander à Dieu de lui épargner les épreuves nécessaires au développement de son être moral et à la manifestation de la puissance de sa foi (Jacq.1.3) ; et si l'on prend ce mot, dans le sens défavorable, il semble que ce soit faire injure à Dieu que de lui demander de ne pas accomplir envers nous un acte essentiellement diabolique. La solution de ce problème dépend de la question de savoir qui est l'auteur des tentations prévues dans cette prière. Or, il me paraît que la seconde partie de la demande, dans Matthieu : Mais délivre-nous du malin, ne laisse pas de doute sur ce point. L'auteur des tentations auxquelles se rapporte cette demande, n'est pas Dieu, mais Satan. L'expression : ῥῦσαι ἀπό, arracher à, est un terme militaire, qui désigne la délivrance d'un prisonnier tombé ou prêt à tomber au pouvoir de l'ennemi. L'ennemi, c'est le malin, qui dresse ses pièges sur le chemin des fidèles. Ceux-ci, conscients du danger qu'ils courent, ainsi que de leur faiblesse, demandent à Dieu de ne pas les faire tomber dans les pièges qui leur seraient tendus par l'adversaire. On a donné au mot εἰσφέρειν les sens de : exposer à, ou de : abandonner dans ; ces traductions ne répondent pas à l'énergie du terme grec : pousser dans, livrer à. Dieu ne pousse pas au mal, sans doute, mais il nous fait tomber dans le piège en nous livrant, par le retrait de sa main, à la puissance de l'ennemi qui l'a tendu. C'est le παραδιδόναι, livrer, par lequel Dieu manifeste sa colère contre les païens (Rom.1.24,26-28). Et certainement Dieu peut parfois en agir ainsi envers les disciples de Jésus. C'est alors un châtiment par lequel il punit leur présomption, leur confiance en eux-mêmes, leur orgueil spirituel. Comp. le fait du reniement de saint Pierre. Pour cela il suffit à Dieu de ne plus garder ; et l'homme se trouve par cet abandon livré au pouvoir de l'ennemi (2Sam.24.1. Comp. avec 1Chron.21.1). Voilà ce que sent profondément le fidèle ; de là cette prière dont le sens me paraît être celui-ci : « Que je ne m'abandonne pas aujourd'hui à un état de contentement de moi-même ou de sécurité charnelle qui te force, pour m'humilier et me réveiller, à me livrer à l'un des pièges que le malin placera infailliblement sur mon chemin[1] ; » ou, comme le dit Gess (Bibelst. über Joh. XIII-XVII, p. 111) : « Par cette prière nous confessons que nous mériterions souvent d'être conduits en tentation et nous demandons que néanmoins il plaise à Dieu dans sa grâce de ne point nous traiter ainsi. » Il me paraît que l'emploi que Jésus fait deux fois de l'expression entrer en tentation, dans le récit de Gethsémané (22.40,46), est conforme au sens que nous donnons à cette demande. - Le second membre : Mais délivre-vous…, est, dans Luc, une interpolation tirée de Matthieu. Sans cette fin, la prière n'est pas réellement fermée comme elle doit l'être ; Matthieu est donc encore ici plus complet que Luc. - La doxologie par laquelle nous terminons l'oraison dominicale, ne se trouve dans aucun Ms. de Luc et manque dans les plus anciens documents de Matthieu. C'est un appendice dû à l'usage liturgique de ce formulaire, et qui a été ajouté dans le texte du premier évangile, le plus ordinairement employé pour la lecture publique.
Nous croyons avoir constaté : 1. Que c'est Luc qui nous a conservé de la manière la plus exacte la situation dans laquelle fut enseignée cette prière-modèle, mais que c'est Matthieu qui nous en a conservé la teneur de la manière la plus complète et la plus fidèle. Il n'y a nullement, comme le croit Gess, contradiction entre ces deux résultats. 2. Que les deux rédactions ne peuvent provenir ni l'une de l'autre, ni toutes deux d'un document commun. Bleek lui-même se voit forcé d'admettre ici une source particulière pour chaque évangéliste. On ne peut admettre comme changements volontaires ni les retranchements de Luc, ni les additions de Matthieu. Holtzmann pense que celles-ci proviennent du désir de Matthieu d'élever le nombre des demandes au chiffre sacré de sept. Mais d'abord la division en sept demandes est une fiction ; elle ne répond ni à la symétrie évidente des deux parties de la prière, composées chacune de trois demandes, ni au vrai sens de la dernière demande, qu'il faudrait, contre toute raison, partager en deux. Puis les parties que Matthieu possède seul, ont une vraisemblance interne très frappante. - On a conclu de ces différences que ce formulaire n'avait point été en usage dans le culte de la primitive Eglise. Mais si cet argument était valable, il s'appliquerait aussi à la formule d'institution de la sainte Cène ; ce qui est insoutenable. La formule de l'oraison dominicale s'était conservée primitivement, comme tout le reste de l'histoire évangélique, par le moyen de la tradition orale ; elle est ainsi restée sujette à des modifications secondaires, et celles-ci ont tout simplement passé dans les premières rédactions écrites, auxquelles ont puisé nos écrivains synoptiques. - Le plus ancien document qui témoigne de l'emploi de l'oraison dominicale est la Didaché des douze apôtres (VIII, 2). Dans cet écrit cette prière est citée assez exactement d'après Matthieu. L'auteur, conformément à son esprit judaïque, y exhorte les fidèles à la prononcer trois fois chaque jour !
2o Versets 5 à 13 : L'efficacité de la prière.
Après avoir indiqué à ses disciples les objets essentiels de leur prière, Jésus les assure de l'efficacité de cet acte. Il le prouve :
- par un exemple, celui de l'ami indiscret (v. 5 à 8) ;
- par l'expérience commune (v. 9 et 10) ;
- par le caractère paternel de Dieu (v. 11 à 13).
Versets 5 à 8 : La parabole de l'ami importun.
Notes
[1] C'est ce qu'un homme pieux exprimait en ces termes, dans lesquels il paraphrasait cette demande : « Si l'occasion de pécher se trouve là, fais que le désir n'existe pas en moi ; si le désir est là, fais que l'occasion ne se présente pas. »