Ici se placent les deux paroles mentionnées par Jean : J'ai soif, et : Tout est accompli. On pourrait retrouver dans les mots : Et parlant à voix forte, l'équivalent du : Tout est accompli, qui, selon Jean, a précédé immédiatement le dernier soupir. Mais il est plus probable que, dans la pensée de Luc, le φωνήσας n'a pas d'autre contenu que le εἶπε, il dit, et que les deux verbes se rapportent à la parole dernière : « Père, je remets… » Cette parole exprime le fait que Jean raconte en ces termes : Il remit son esprit. - La dernière parole est une citation de Ps.31.6. Le futur παραθήσομαι, je remettrai, dans la leçon reçue, est tiré des LXX. Ce futur était naturel dans la bouche de David, qui était encore éloigné de la mort ; il exprimait la manière dont il espérait pouvoir mourir un jour. Le présent seul convient à la position actuelle de Jésus. Au moment où il va perdre la conscience de lui-même et où il sent la possession de son esprit lui échapper, il le confie à son Père comme un dépôt. Car le gouvernement divin s'étend aussi à l'Hadès (Weiss). L'expression Père montre que son âme a recouvré maintenant sa sérénité. Naguère il était aux prises avec la souveraineté et la sainteté divines (Mon Dieu, mon Dieu !). Maintenant l'obscurité s'est dissipée ; il a retrouvé sa lumière, la face de son Père. C'est le premier effet de l'accomplissement de la rédemption, le prélude glorieux de la résurrection.
Keim n'accepte comme historique aucune des sept paroles que Jésus doit avoir prononcées sur la croix. La prière pour ses bourreaux n'a de sens ni par rapport aux soldats païens qui n'étaient que d'aveugles instruments, ni par rapport aux Juifs auxquels il venait d'annoncer le jugement divin. D'ailleurs le silence convenait bien mieux à Jésus qu'un héroïsme forcé et surhumain. Le trait du brigand se heurte à l'impossibilité que cet homme ait eu connaissance de l'innocence et du futur retour de Jésus, et que Jésus lui ait promis le paradis qui est entre les mains du Père. La parole adressée à Jean et à Marie n'est pas historique ; car ces deux personnages n'ont point été au pied de la croix (synoptiques), et Jean n'a jamais possédé de maison où recevoir Marie. La prière : Mon Dieu, mon Dieu…, n'est qu'une importation du Ps. 23 dans le récit de la Passion ; Jésus était trop original pour emprunter l'expression de ses sentiments à l'A. T. C'est ce qui ne permet pas non plus d'admettre l'authenticité de la dernière parole : Père, je remets…, empruntée au Ps. 31. Le : Tout est accompli, dans Jean, n'est que l'expression sommaire de la dogmatique déjà mise par l'auteur dans la bouche de Jésus, dans ses derniers discours : « J'ai achevé l'œuvre… » La vérité historique se réduit donc à deux cris de Jésus, l'un de douleur, que Jean a traduit dans la parole : J'ai soif, et un cri suprême, celui de la mort. Et c'est ainsi que par des difficultés prétendues, dont un enfant trouvera en quelques instants de réflexion la solution, on efface de l'histoire évangélique ce qu'elle renferme de plus saint et de plus sublime. La menace de Jésus et son intercession sont-elles donc choses contradictoires ? C'est juste le contraire. La pensée de Jésus perdrait-elle son originalité pour s'envelopper dans une expression de David souffrant ? La prière du brigand s'explique très naturellement, comme nous l'avons vu, etc. Ce serait faire trop d'honneur à l'Eglise primitive que de lui attribuer l'invention de pareilles paroles. Si l'homme eût inventé, il ne l'eût pas fait d'une manière si sobre, si concise, si simple. Encore une fois, que l'on compare les apocryphes !
III.
Les faits qui suivirent le supplice.
(23.47-56)
Ces faits sont : l'effet produit sur les témoins de la mort (v. 47 à 49) ; l'inhumation de Jésus (v. 50 à 53) ; les préparatifs des femmes (v. 54 à 56).
Versets 47 à 49. L'effet produit sur les témoins :