Jésus permet à Bartimée de donner essor à sa reconnaissance, et à la foule d'exprimer hautement son admiration et sa joie. Le temps des ménagements est passé. Ces sentiments auxquels se livre la multitude sont le souffle avant-coureur de la Pentecôte anticipée qui s'appelle le jour des Rameaux. Δοξάζειν, glorifier, se rapporte plutôt à la puissance, ὁ αἶνος, la louange, à la bonté de Dieu (2.20).
La supériorité incontestable du récit de Marc force Bleek à renoncer ici, au moins en partie, à son insoutenable procédé par lequel il fait de Marc le compilateur des deux autres. Il reconnaît que, tout en usant du récit des deux autres. Marc doit avoir eu, dans ce cas, une source propre et indépendante. C'est bien : mais cette source ne contenait-elle que ce seul et unique récit ? - Quant à ceux qui font de Marc ou du Proto-Marc la source des deux autres, il leur est difficile d'expliquer comment ceux-ci ont pu ôter ainsi, comme à plaisir, au récit primitif son caractère dramatique. Et puis, que signifie cette explication de la transposition du miracle chez Luc, empruntée à Bleek par Keil, Holtzmann. etc. : que c'est l'histoire suivante de Zachée qui a engagé Luc à placer la guérison avant Jéricho ! Le récit de Zachée ne suppose aucunement que la guérison de l'aveugle ait précédé. Volkmar, qui fait dériver Luc de Marc, et Matthieu des deux, prétend que Marc a voulu faire de l'aveugle le type des païens qui recherchent le Sauveur (de là le nom de Bar-Timée. Timée provenant selon lui de Thima, l'impur), et des membres du cortège qui veulent lui imposer silence, les représentants des judéo-chrétiens qui interdisaient aux païens l'accès au Messie d'Israël. Si Luc omet le nom de Bartimée., c'est parce qu'il est choqué de voir les païens désignés comme des êtres impurs ! S'il place le miracle avant Jéricho, c'est qu'il distingue la guérison de l'homme de celle de son paganisme, qui sera placée après, et cela dans le salut accordé à Zachée. Zachée, le pur, est le contrepied de Timée, l'impur (die Evang. p. 502-505)[1]. Voilà le jeu de cache-cache que les évangélistes ont joué, au moyen de la personne de Jésus ! On nous dispensera de citer d'autres preuves de la sagacité de cet interprète.
8. Jésus chez Zachée. (19.1-10)
Jésus s'était sans doute demandé, avant d'entrer dans la ville de Jéricho, où il passerait la nuit. Comme d'ordinaire, il attendait son abri de la sollicitude paternelle ; et le récit suivant nous montre qu'elle ne fit pas défaut. Luc raconte :
- la rencontre de Jésus et de Zachée (1-5) ;
- la réception de Zachée (6-8) ;
- la déclaration de Jésus (9-10).
1o v. 1-5. La rencontre :
Notes
[1] On pourrait penser que nous persiflons. Voici les termes : « Le mendiant aveugle de Marc est scindé par Luc en deux moitiés : a) l'aveugle, comme tel, qu'il place avant Jéricho ; b) l'élément, païen dans l'aveugle, qui est placé après Jéricho (en Zachée). »