Marc dit ici en parlant de Jésus : περιβλέψαμενος, ayant promené son regard tout à l'entour de lui ; on sent le récit du témoin. - Ce n'est pas le fait même de la propriété qui empêche l'âme de prendre son essor vers les biens spirituels ; c'est le sentiment de sécurité qui s'y rattache. Aussi, dans Marc, du moins d'après la leçon reçue, Jésus explique-t-il sa première déclaration par une seconde : « Combien il est difficile que ceux qui se confient aux richesses, entrent… » Les Arabes et aussi les rabbins aiment à désigner une chose impossible par l'image d'un chameau pesamment chargé, arrivant, à une porte de ville basse et étroite, par laquelle il devrait passer. Parfois à ce chameau chargé, ils substituent l'éléphant. Ici, afin de donner à cet image une forme plus piquante encore, Jésus transforme la porte en une ouverture plus petite encore, opposant ainsi ce qu'il y a de plus grand et ce qu'il y a de plus petit ; comp. Matth.23.24. Quelques interprètes et copistes ont cru devoir changer le mot κάμηλον, chameau, en κάμιλον (l'η se prononçait ι). Ce terme peu usité ne se trouve pas même dans les anciens lexicographes ; il paraît avoir désigné parfois un câble de navire ; son emploi dans ce cas-ci est absolument improbable. D'autres ont supposé que le terme : le trou de l'aiguille, désignait dans le langage oriental la petite porte à l'entrée des villes, par laquelle passaient les piétons, tandis que chariots et chameaux passaient par une plus grande. Ces suppositions ne sont pas nécessaires dès que l'on tient compte de la forme paradoxale qu'effectuent volontiers les maximes orientales. - Dans le texte reçu (τρυμαλιᾶς ῥαφίδος), ῥαφίδος est une correction tirée de Marc et Matthieu ; la vraie leçon, dans Luc, est βελόνης qui signifie aussi aiguille. Au lieu du mot τρυμαλιά, les alex. lisent τρῆμα. La première forme peut venir de Marc ; mais la seconde peut aussi être tirée de Matthieu, ce qui est plus probable puisque c'était l'évangile le plus généralement employé. Le mieux est donc de lire dans Luc : τρυμαλιᾶς βελόνης.
Exclure les riches du salut, c'était, semble-t-il, en exclure tout le monde. Car si les plus bénis d'entre les hommes ne peuvent qu'avec peine être sauvés, que sera-ce des autres ? Tel paraît être le lien entre v. 25 et 26
Meyer et de Wette lient d'une manière un peu différente ; le premier : les riches ont plus de moyens de faire de bonnes œuvres que les autres, et par conséquent de mériter le salut ; le second : tout le monde cherchant plus ou moins la richesse, personne ne peut donc être sauvé.