Matthieu et Marc placent ce trait à cette même époque (Matth.18.1 et suiv. ; Marc.9.33 et suiv.). Marc, toujours riche en détails précis, nous apprend que la question s'était soulevée en chemin, dans le voyage de retour de Césarée à Capernaüm. « De quoi vous entreteniez-vous en chemin ? » leur demande Jésus après l'arrivée (v. 33). Et c'est alors que, dans une maison qui, d'après Matthieu, est probablement celle de Pierre, se passe la scène suivante. Nous avons plusieurs autres indices d'un grave conflit survenu à cette époque entre les disciples : ainsi l'avertissement, conservé par Marc à la fin du discours tenu par Jésus en cette occasion (9.50) : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix entre vous ; » puis l'instruction de Jésus sur la conduite à tenir dans le cas d'offense entre frères, Matth.18.15 : « Si ton frère vient à pécher contre loi… ; » enfin la question de Pierre : « Combien de fois pardonnerai-je à mon frère ? » et la réponse de Jésus, Matt.18.21-22. Toutes ces paroles appartiennent à ce même moment du retour à Capernaüm, et sont les indices d'une sérieuse altercation entre les disciples. D'après le récit très dramatique de Marc, Jésus lui-même, prenant l'initiative, les interroge sur l'objet de la dispute. Le mot διαλογισμός paraît être employé ici dans deux sens différents, qui seraient tous deux admissibles : au v. 46, dans celui de discussion ; au v. 47, dans celui de pensée. Mais ce n'est pourtant qu'une apparence ; dans le premier cas, c'est la question en tant que discutée entr'eux ; dans le second, c'est la même question, mais en tant qu'agitée dans leur propre cœur. Comp. l'expression 24.38. Jésus n'avait pas entendu la discussion ; mais il avait discerné la pensée intime qui l'avait provoquée (voir Hofmann). - Honteux comme des enfants coupables pris sur le fait, ils gardent d'abord le silence, puis ils se décident à confesser le sujet de leur querelle. Chacun avait fait valoir ses prétentions à la première place, et rabaissé celles des autres. Pierre avait naturellement joué le premier rôle dans cette discussion ; sans doute il avait été le plus maltraité. De là sa question Matth.18.21 et la réponse de Jésus. On voit combien peu l'annonce des souffrances de leur Maître avait modifié leurs idées sur la grandeur messianique. Jésus s'assied (Marc.9.35) et, les rassemblant autour de lui, leur donne l'instruction qui suit. Tous les détails de cette situation sont omis dans Matthieu, qui, contre toute vraisemblance morale, place la question : Qui est le plus grand ? dans la bouche des disciples eux-mêmes. C'est qu'il vise uniquement à l'enseignement donné par Jésus à cette occasion. Quant à Luc, Bleek et Weiss ne pensent pas qu'il s'agisse chez lui d'une contestation extérieure (comp. v. 47 τῆς καρδίας). Mais le terme εἰσῆλθε, survint, ne permet pas de douter que la discussion n'ait réellement éclaté entr'eux.
Jésus fait de l'enfant le sujet de sa démonstration, non qu'il veuille le présenter comme l'image du disciple humble, ainsi que le pense Meyer ; il fait de lui simplement le type de l'être faible, ignorant, pauvre. C'est une loi du ciel, que l'être le plus faible ici-bas se trouve jouir de la plus riche mesure de tendresse et d'assistance divines (Matth.18.10). Conformément à cette loi, Jésus voue aux enfants un intérêt spécial et fait d'eux ses recommandés particuliers auprès de tous les siens. Celui qui, entrant dans son esprit, les accueille en cette qualité, l'accueille lui-même. Car, en accueillant sur la recommandation de Jésus ce qu'il y a de plus petit, il se fait le plus petit, et il reçoit au dedans de lui le plus grand qui s'est fait lui-même pour nous le plus petit. Jésus, Dieu en Jésus, voilà la compensation qui lui est accordée pour cet anéantissement volontaire. L'expression : en mon nom, caractérise, non la qualité de celui qui est reçu, comme si ce mot signifiait qu'il vient de la part de Jésus, mais le sentiment de celui qui reçoit ; il le fait en vue de Jésus qui lui recommande cet être encore faible. - Le comparatif plus petit prend, en raison de l'article, le sens de superlatif : « Celui qui est plus petit (que tous les autres), en se faisant tel. » - Jésus ne dit pas : le plus grand, mais seulement grand, pour ne pas entrer dans le sentiment d'ambition personnelle qui avait provoqué cette discussion entre les disciples. - La leçon alex. ἐστί, est, est plus spiritualiste que le ferai, sera, des byz., qui est eschatologique. Elle me paraît préférable dans ce contexte.
Dans Matthieu l'enfant mis en scène n'est pas d'abord présenté aux disciples comme l'objet de leur accueil affectueux, mais comme l'exemple du sentiment d'humilité qu'ils doivent eux-mêmes revêtir. C'est au v. 5 que Matthieu passe de cette idée à celle que renferme renseignement de Jésus dans Luc et Marc. Il est probable que la première partie de l'enseignement dans Matthieu est empruntée à une autre scène, que nous trouvons plus tard dans Marc.10.13-16 et Luc.18.15-17, et dans Matthieu lui-même (Matthieu.19.13-15). Cet évangile combine ici, comme d'ordinaire, en un seul discours des éléments appartenant à des situations diverses.
2o Versets 49 et 50 : Le disciple dissident.