Dans cette prière, la victime se faisait involontairement l'avocat de son bourreau. Jésus veut rompre cette monstrueuse solidarité : il demande au malade son nom. Rien comme une question parfaitement calme, n'est propre à ramener à lui-même un forcené. Mais surtout il n'y a pas de moyen plus efficace de réveiller, chez l'homme qui n'a plus la conscience de lui-même, le sentiment de sa personnalité, que de lui rappeler et de lui faire redire son nom. Notre nom n'est-il pas l'expression de notre caractère et le sommaire de notre histoire ? Tous les souvenirs de notre passé se réveillent en l'entendant, surtout quand nous le prononçons nous-mêmes. Or, la guérison du malade avait pour première condition le retour au sentiment distinct de sa personnalité. - Il y avait à cette époque une puissance qui paraissait irrésistible ; c'était celle de ces 4000 guerriers dont se composait une légion romaine. Aussi est-ce par ce terme que le malade caractérise le pouvoir qui l'opprime et avec lequel il se confond encore. L'expression : plusieurs démons, s'explique par la multiplicité des rechutes et la diversité des symptômes. - v. 31. Cependant l'ordre de Jésus subsistait. Le démon comprend qu'il faut lâcher sa proie. Si on lit παρεκάλει, il suppliait, ce mot peut avoir pour sujet en grec les démons ; car comme pluriel neutre ce mot se construit avec le verbe au singulier ; mais le sujet peut être aussi le démoniaque, qui supplie pour ses hôtes avec lesquels il s'identifie. - Le démon allait forcément obéir quand un expédient s'offre à lui.