Le v. 24 retrace l'un des spectacles les plus sublimes que la terre ait contemplés : l'homme, calme en Dieu, dominant, par l'union entière de sa volonté avec celle du Tout-Puissant, le déchaînement des forces aveugles de la nature. Luc dit selon son habitude : ἐπιστάτα ; Marc : διδάσκαλε ; Matthieu : κύριε. - Le terme ἐπετίμησε, littéralement tança, fait allusion au caractère hostile de cette puissance dans sa manifestation actuelle. Jésus s'adresse non seulement au vent, mais à l'eau ; car l'agitation des flots (κλύδων) persiste encore après que l'ouragan est calmé.
Dans Marc et Luc, Jésus commence par sauver, puis il réprimande. Dans Matthieu, c'est le contraire. La dernière méthode paraît moins conforme à la sagesse du Seigneur. On n'écoute bien que quand on est rassuré. - Mais en quoi les apôtres avaient-ils mérité le reproche de manquer de foi ? Auraient-ils dû laisser la tempête suivre son cours, dans l'assurance qu'avec Jésus ils ne couraient aucun péril, ou qu'il se réveillerait à temps ? Il est plus simple d'admettre que ce qu'il blâme chez eux, c'est l'état de trouble et d'agitation dans lequel il les trouve, à son réveil. Quand il y a de la foi dans le cœur, la prière peut-être émue, pressante ; elle n'est pas accompagnée d'agitation.
Verset 25. L'exclamation attribuée aux témoins a été trouvée étrange dans la bouche des apôtres ; comme s'ils n'avaient pas vu déjà bien d'autres faits semblables ! Mais d'abord il y avait là d'autres personnes qu'eux (Marc.4.36) ; puis de tels faits paraissent toujours nouveaux lors même qu'on en a déjà vu de semblables ; à chaque fois celui qui les accomplit paraît plus grand. Enfin, c'était la première fois que les apôtres eux-mêmes voyaient leur Maître aux prises avec les puissances aveugles de la nature.
Strauss admet ici un mythe pur. Keim lui oppose l'antiquité évidente du récit (majesté sublime du tableau de Jésus, absence de toute ostentation dans ses paroles et ses actes, expression simple de l'admiration des témoins). Le récit doit donc selon Keim reposer sur un fait quelconque, une aventure toute naturelle de navigation que l'on aura idéalisée d'après des paroles telles que Ps.107.25 et suiv., et l'allocution à Jonas.1.4-6 : « Réveille-toi, dormeur. » Le rationalisme a supposé que Jésus après avoir bien considéré le temps avait discerné des symptômes favorables et annoncé la fin de la tourmente. Mais Pierre et les autres pécheurs ne devaient-ils pas connaître aussi les symptômes du temps ? Le texte, qui reproduit simplement la teneur de la tradition apostolique, ne permet aucune explication semblable. Le monde avec ses lois est l'œuvre de la volonté créatrice ; la volonté reste la maîtresse de l'univers.
10. La guérison du démoniaque. (8.26-39)
Ce morceau nous met en face d'une victoire plus saisissante encore que la précédente. Car le théâtre de la lutte est ici l'âme humaine, et le principe qui la bouleverse, est une puissance d'un ordre supérieur à celui de la nature et de l'humanité elle-même. Ce récit se trouve dans les trois synoptiques, mais avec des différences caractéristiques (Marc.5.1 et suiv. ; Matth.8.28 et suiv.).
Versets 26 et 27 : La rencontre.