Capernaüm était située sur le chemin qui conduisait de l'intérieur de l'Asie à la Méditerranée ; cette ville devait donc avoir un bureau de douane considérable. Ce bureau se trouvait placé hors de la ville et dans le voisinage de la mer. Ainsi s'explique l'expression de Luc : il sortit, et celle de Marc : pour aller au bord de la mer. Cela est également conforme à la situation décrite par Matthieu. - Sur les péagers, voir à 3.12. Jésus devait avoir de fortes raisons pour introduire dans le cercle de ses intimes un homme de cette catégorie. Voulait-il seulement faire voir combien il se mettait au-dessus des préjugés juifs ? ou désirait-il aussi posséder parmi ses disciples un homme habitué à manier la plume ? Tout cela est possible ; mais il y a quelque chose de si brusque, de si spontané et de si étrange dans cet appel, que l'on ne peut, en tout cas, douter que Jésus ne l'ait adressé par une impulsion directe d'en-haut. Ce caractère divin de l'appel ressort aussi de la décision et de la promptitude avec lesquelles il est accepté. Entre Jésus et cet homme, il doit, y avoir eu comme un coup de divine sympathie. Ainsi s'était formée la relation de Jésus avec ses premiers apôtres (Jean.1). Le ἐθεάσατο, il considéra, indique un regard attentif qui fit discerner à Jésus la disposition intérieure de ce péager. Celui-ci pensait peut-être : Si j'osais me joindre à lui ! Le nom de Lévi ne se retrouvant dans aucun des catalogues apostoliques, - il est impossible de l'identifier avec celui de Lebbée, qui a une autre étymologie et un autre sens, - on pourrait penser que ce Lévi n'a pas été mis au rang des Douze. Mais alors, pourquoi sa vocation serait-elle si spécialement racontée ? Puis l'expression : Ayant tout quitté, il le suivit (v. 28), ne permet pas de penser que Lévi ait repris sa profession de péager, et paraît le mettre sur la même ligne que les quatre plus anciens disciples (v. 44). Il y a donc lieu de le chercher parmi les apôtres. Dans le catalogue du premier évangile (Matt.10.3), l'apôtre Matthieu est désigné comme le péager ; et dans le même évangile sa vocation est racontée (Matth.9.9) avec des détails identiques à ceux de notre récit. Comment expliquer la chose ? Le gnostique Héracléon, Clément d'Alexandrie, Sieffert, Ewald, Keim pensent que notre premier évangile applique par erreur à la vocation de l'apôtre et ancien péager Matthieu des détails qui étaient proprement ceux de la vocation d'un autre péager nommé Lévi, qui ne fut point apôtre. Mais ne peut-on pas admettre que le premier nom de cet homme était Lévi, et que Jésus, en cette occasion dans laquelle il avait senti directement la main de Dieu, lui donna le surnom de Matthieu, don de Dieu, comme il avait donné à Simon, à sa première rencontre avec lui, le surnom de Pierre ? Ce nom que Matthieu portait habituellement dans l'Eglise fut naturellement celui sous lequel il figura plus tard dans les catalogues apostoliques. Seulement comment Marc et Luc n'ont-il pas, en mentionnant Matthieu dans leurs listes apostoliques, indiqué son identité avec le Lévi dont ils racontent ici la vocation ? Ils peuvent l'avoir ignorée ; ou bien ils n'ont pas voulu faire peser sur cet apôtre l'opprobre de son passé. En tout cas, Matthieu lui-même a bravé cette crainte ; car dans le premier évangile, qui provient de lui directement ou indirectement, l'épithète le péager est expressément ajoutée à son nom. - L'expression : καθήμενον ἐπὶ τὸ τελώνιον ne peut signifier : assis dans le bureau ; il faudrait : ἐπὶ ou ἐν τῷ τελωνίῳ. Je pense que la préposition ἐπί a ici le sens dans lequel l'emploient parfois les classiques, Hérodote, par ex., quand il dit d'Aristide qu'il se tenait ἐπὶ τὸ συνέδριον, devant le local où étaient réunis les chefs (8.79). Dans ce sens, Lévi aurait été assis devant le bureau, contemplant ce qui se passait. Comment, en effet, s'il eût été assis dans le bureau, son regard eût-il pu rencontrer celui de Jésus ? - Sans même rentrer il le suit, abandonnant tout.
2o Versets 29 à 32 : Le banquet et l'entretien qui suit.