Chez Luc et Marc, l'expression leur foi s'applique surtout à la persévérance du malade et à celle de ses porteurs. Mais chez Matthieu, qui a omis tout ce qui vient d'être raconté, le terme de foi ne peut se rapporter qu'au simple fait, de leur venue. Cette explication toute différente du mot foi n'est compatible qu'avec la liberté de la tradition orale. - A la vue d'une telle persévérance, Jésus reconnaît dans cet homme, exactement comme plus tard dans la femme cananéenne, un de ceux que le Père lui amène (Jean.6.44), et il l'accueille avec la plus tendre compassion. L'idée juive ordinaire était que la maladie était en général le châtiment de quelque péché. La conscience de cet homme avait donc pu être réveillée par le coup qui l'avait frappé, et peut-être craignait-il que ses péchés ne missent obstacle à la guérison qu'il venait demander. Jésus discerne l'angoisse de cette âme, et c'est à cette souffrance intérieure qu'il trouve bon d'appliquer d'abord le soulagement. Dans Luc nous lisons : O homme ; dans Marc et Matthieu : Mon fils. Weiss est obligé de chercher un motif pour lequel Luc, qui leur empruntait son récit, a fait ce changement. Il pense qu'il a vu quelque chose d'inconvenant dans le terme de fils appliqué à un pareil homme. Weiss oublie-t-il donc que Luc plus encore que les autres est l'évangéliste de la grâce ? - La forme dorique ἀφέωνται, admise aussi par les Attiques, ou bien est mise pour le présent ἀφίενται ou plutôt remplace le parfait ἀφεῖνται. - En s'exprimant ainsi, Jésus annonce-t-il le pardon parce qu'il le sait déjà accordé par Dieu, ou pardonne-t-il lui-même ? D'après le v. 24, il pardonne sur la terre en même temps que Dieu pardonne dans le ciel. D'après Jean.5.21, « le Fils donne la vie à ceux qu'il veut ; » mais d'après le v. 19, le Fils « ne fait que ce qu'il voit faire au Père. » Le Fils exécute donc bien sa volonté personnelle, mais sa volonté puisée dans celle du Père. Jésus a discerné chez le malade non seulement le sentiment de la souffrance, mais aussi celui du péché ; et il le traite selon le mandat qu'il a reçu quand il est venu sur la terre (Jean.6.40).
Verset 21. Il n'ignore pas qu'en parlant ainsi il jette le gant à ceux qui sont là pour l'épier. Quelle bonne fortune pour ceux-ci : un blasphème ! Rien ne pouvait sonner plus agréablement à leurs oreilles. Les scribes, γραμματεῖς, sont les mêmes que les docteurs de la loi du v. 17, seulement présentés ici au point de vue de l'étude du code écrit qui était leur occupation distinctive spéciale. Luc, selon Weiss, n'a pu employer ici ce second terme, au lieu de νομοδιδάσκαλοι (v. 17), qu'en l'empruntant à Marc. Mais pourquoi cela ? Il emploie une douzaine de fois le mot γραμματεῖς dans son évangile, une fois comme ici avec φαρισαῖοι (11.44). Ce mot convenait bien à ce moment où ils allaient discuter sur l'enseignement biblique. Marc, lui, ne parle pas de la présence des pharisiens que Luc mentionne deux fois. Selon Weiss également, le mot διαλογίζεσθαι, raisonner, ne peut être pris ici que dans le sens d'une discussion à haute voix, tandis qu'au v. 22, sous l'influence de Marc et du Matthieu apostolique, Luc ne parlerait plus que d'un parler intérieur de chacun avec lui-même. Mais le terme λέγοντες n'implique point nécessairement un parler de vive voix ; comp. 3.8 ; Matth.3.9 ; 9.21 ; c'est simplement le lémor hébreu. - Au premier coup d'œil l'accusation des scribes paraît fondée. Plusieurs exégètes y répondent en en appelant à la divinité de Jésus. Mais cela n'est pas conforme à l'emploi du titre de Fils de l'homme en vertu duquel Jésus va s'attribuer v. 24 la compétence de pardonner ; et en tous cas ses adversaires ne pouvaient penser à une telle réponse. Mais ne se peut-il pas que Dieu ait délégué son droit de grâce à un homme digne de toute sa confiance, dont il a fait, son mandataire sur la terre pour la grande œuvre du salut ? Voilà précisément la position que s'attribue Jésus v. 24. La seule question est donc de savoir si cette prétention est fondée. C'est cette question que Jésus va résoudre sans réplique possible.
Versets 22 à 24. Le miracle :