La phrase est absolument hébraïque (Vajehi… vehinné…). Rien de semblable dans les deux autres. Marc : « Un lépreux vient. » Matthieu : « Et voici un lépreux venant se prosterne. » Et Luc copierait son récit de l'un d'eux et y introduirait ce préambule hébraïque pour des lecteurs grecs ! - La phrase de Luc décrit bien la surprise causée par cette arrivée subite et effrayante. Pas de verbe ! Cet homme est là sans qu'on l'ait vu arriver. C'est une surprise ; il a violé les prescriptions légales. - Il est rempli de lèpre, c'est-à-dire que le mal est déjà arrivé à un degré très avancé. Son visage est d'une blancheur livide. Le malheureux cherche Jésus, du regard au milieu de cette foule qui l'entoure, et l'ayant découvert (ιδών) il s'élance vers lui. Le reconnaître et être à ses pieds, c'est tout un. Le dialogue est identique dans les trois récits. Il s'était formulé dans la tradition d'une manière fixe, tandis que les détails historiques se reproduisaient avec plus de liberté. - Les trois évangélistes disent purifier, au lieu de guérir, à cause de l'idée de souillure attachée à cette maladie. - Il y a dans ces mots : Si tu veux, tu peux, tout ensemble une profonde angoisse et une grande foi. D'autres malades avaient été guéris, - le lépreux le savait, - de là la foi. Mais il était probablement le premier malade de son espèce qui parvenait jusqu'à Jésus et réclamait son secours ; de là son anxiété. - Le vieux rationalisme expliquait ainsi sa demande : « Tu peux, comme Messie, me déclarer net. » Le malade, en voie de guérison naturelle ou déjà guéri, aurait simplement demandé à Jésus de constater la guérison et de le déclarer pur, afin d'être dispensé du voyage coûteux et pénible de Jérusalem. Mais pour le terme καθαρίζειν, purifier, comp. 7.22 ; Matth.10.8, où le sens purement déclaratif est impossible. Et quant au contexte, Strauss a déjà montré qu'il ne comporte pas ce sens affaibli. C'est ce que prouvent les expressions : plein de lèpre (v. 12), et il fut nettoyé (Matthieu et Marc), ou : la lèpre le quitta (Luc et Marc) ; enfin la profonde compassion de Jésus (dans Marc), et l'effet produit sur le peuple (v. 15).
v. 13. Marc, qui aime à dépeindre les sentiments de Jésus, fait ressortir la pitié profonde dont, il fut saisi à cette vue. - Les trois récits se rencontrent littéralement, dans un détail qui doit avoir impressionné très vivement les témoins et qui s'était identiquement maintenu dans la tradition : Etendant la main, il le toucha. Chacun connaissait le caractère contagieux de la lèpre. On pouvait même prétendre que, par ce contact avec un être souillé, Jésus se souillait lui-même. Mais quant à la contagion, Jésus sait bien que ce sera sa force qui l'emportera sur la maladie, non l'inverse. Dans toute sa vie n'affronte-t-il pas un bien autre danger, le contact de sa nature pure avec notre souillure, sans y succomber ? Cette victoire éloigne du reste toute crainte d'une souillure lévitique. En cas de conflit enfin, la question de vie prime celle du rite (6.3,5,9).
La réponse est identiquement la même dans les trois récits. Le résultat seul est diversement exprimé. Marc semble combiner les deux formes, celle de Matthieu : sa lèpre fut nettoyée (point de vue rituel), et celle de Luc : la lèpre se retira de lui (point de vue humain). Encore un des passages qu'allèguent ceux qui font de Marc le compilateur des deux autres ; voir à 4.40. Marc avec sa prolixité ordinaire réunit simplement les deux points de vue sous lesquels se présentait cette guérison.