Ce passage se trouve Es.61.1 et suiv. On rapporte ordinairement toutes ces images aux bienfaits du retour de l'exil ; celui qui parle serait le prophète chargé d'annoncer à ses compatriotes cet heureux événement ; Jésus ne s'appliquerait ces paroles que par une extension de leur sens naturel. Le terme du texte grec qui se prêterait le mieux à cette interprétation serait celui d'αἰχμαλωτος, proprement prisonnier de guerre. Mais il signifie souvent prisonnier en général ; Paul se l'applique à lui-même dans sa captivité romaine. Si nous tenons compte des autres expressions soit en hébreu, soit en grec, nous sommes conduits à une autre explication. Le terme de kara deror, ἄφεσιν κηρῦξαι, publier la libération, se trouve appliqué Lév.25.10 à la grande fête de l'année de jubilé qui devait se célébrer tous les demi-siècles. Le jour des expiations, le 10 de tischri, les sacrificateurs publiaient à son de trompette, dans toute la terre d'Israël, la libération de ceux qui s'étaient vendus comme esclaves et le retour de chaque famille, qui avait aliéné ses propriétés, dans son domaine patrimonial ; Josèphe parle aussi de la libération des débiteurs, ce qui peut se comprendre de la sortie de prison des prisonniers pour dettes. Les termes de πτωχοί, indigents, et année favorable, se comprennent plus aisément, dans ce sens. Le premier suppose plutôt le peuple établi dans son pays ; le second, en relevant si expressément la notion d'année, fait penser à cette année de restauration fixée par la loi, beaucoup plutôt qu'au retour de la captivité. Ezéchiel.46.17 appelle l'année de jubilé schenath hadderor, ἐνιαυτὸς ἀφέσως, nom qu'il forme d'après Lév.25.10 et qui résume tout le passage d'Esaïe lu par Jésus. Le prophète a donc envisagé cette restauration périodique instituée par la loi comme le type de la restauration messianique et décrit celle-ci sous des images tirées de celle-là. Il met sa prophétie dans la bouche du Messie lui-même, comme dans d'autres passages. Es.49, par exemple. Si Jésus avait lui-même cherché ce passage, il y aurait tout simplement : « Il lut. » Le εὖρε suppose qu'en ouvrant il trouva. On comprend que Jésus n'aurait pu recevoir de la main de son Père un texte mieux approprié à la circonstance.
La première proposition du v. 18 est comme la paraphrase du terme Χριστός, Christ, c'est-à-dire Oint. - En lisant ces mots ἔχρισέ με, il est impossible que Jésus ne les ait pas appliqués à son récent baptême. - La locution οὗ ἕνεκεν ne peut, signifier ici c'est pourquoi, ce qui conduirait à un contre-sens. Il est évident que les LXX, d'où la citation est tirée, l'ont employée dans le sens, qu'elle a souvent dans le grec classique, de propterea quod, à cause de ce que. - Pour le terme πτωχοί, comp. Lév.25.6,14,25. - Les mots : pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, sont omis par les Mjj. alexandrins et par plusieurs documents del'Itala. On peut certainement supposer qu'ils ont été ajoutés ici d'après l'hébreu et d'après les LXX. Mais d'autre part, comme ils forment la base, en quelque sorte indispensable, de la parole du v. 23, il faut, les maintenir et attribuer leur omission à une négligence occasionnée par cette longue série d'infinitifs. - Le trait des aveugles guéris ne convient proprement ni à l'image de l'année de jubilé, ni à celle du retour de l'exil. Il y a en hébreu littéralement : A ceux qui sont liés, ouverture ; ce que les LXX paraissent avoir appliqué à la privation et au recouvrement de la vue. Luc les suit, en appliquant peut-être le mot aveugles aux prisonniers qui de l'obscurité du cachot reviennent à la clarté du jour. - Les derniers mots : renvoyer libres les opprimés, sont empruntés à un autre passage, Esaïe.58.6. Peut-être était-ce un parallèle cité en marge par un copiste et qui a passé dans le texte. - L'expression ἐνιαυτὸς κυρίου δεκτός signifie : l'année du Seigneur qui est la bienvenue, l'année choisie par le Seigneur pour accorder une faveur aux hommes. C'est la traduction d'une formule hébraïque qui signifie : l'année où Jéhova exécute le décret de sa bienveillance. - Les gnostiques Valentiniens et Clément d'Alexandrie ont conclu de cette expression que le ministère de Jésus n'avait duré qu'une année. C'était confondre le type et l'antitype. - Bengel a conclu du fait que ce passage d'Esaïe est celui que les Juifs lisent aujourd'hui au jour des expiations, que c'était précisément alors le jour de cette fête. Mais rien ne prouve que Jésus ait lu la péricope du jour ; le contraire paraît ressortir du récit (il trouva, v. 17) ; et le cycle des haphtares actuelles date d'un temps postérieur.
Versets 20 et 21. La prédication :