La remarque d'un caractère si intime du v. 32 ne peut provenir que du récit, de l'un des deux interlocuteurs, soit que cet interlocuteur soit l'auteur du document d'où Luc a puisé, soit que ce soit Luc lui-même. Dans ce dernier cas, comme les araméismes du récit se trouvent presque tous dans le dialogue, il faut les mettre sur le compte de la langue dans laquelle l'entretien a eu lieu. - L'apparition à Pierre, dont il est parlé v. 34, n'est pas mentionnée dans les trois autres évangiles ; mais elle l'est par Paul, 1Cor.15.5, où elle est placée en tête de toutes les autres. Car il s'agit dans ce chapitre des témoignages apostoliques sur lesquels repose la foi de l'Eglise (v. 11) ; et ni l'apparition à Marie-Madelaine, ni celle aux deux d'Emmaüs n'étaient de ce nombre, tandis que l'apparition à Pierre avait dans ce contexte de Paul une importance capitale. Il est très vraisemblable que Paul avait reçu connaissance de ce fait par Pierre lui-même, durant les quinze jours qu'il passa avec lui et avec Jacques, à Jérusalem, trois ans après sa conversion (Gal.1.18-19), et que ce fut à cette même époque qu'il fut aussi instruit par Jacques de l'apparition qui lui avait été accordée et qui est mentionnée par Paul quelques versets plus loin (v. 7). Si la tradition eût inventé, elle eût sans doute imaginé avant toute autre une apparition à Jean, l'apôtre bien-aimé.
Si, malgré les araméismes dans le compte rendu des entretiens, en vertu du v. 32, nous nous rangeons à l'idée que Luc était le compagnon de Cléopas, nous nous trouverons conduits à ce résultat intéressant que chaque évangéliste, comme les peintres, a laissé sa signature en quelque endroit de son tableau : Matthieu, dans ce péager qui obéit immédiatement à l'appel de Jésus ; Marc, dans ce jeune homme qui s'enfuit nu à Gethsémané ; Jean, dans la figure voilée du disciple bien-aimé ; Luc, dans le pèlerin anonyme d'Emmaüs.
3. L'apparition aux apôtres.(24.36-43)