Sur l'apparition de Jésus aux femmes qui eut lieu, d'après Matthieu, durant ce retour, voir plus haut. - Le mot de Luc : elles annoncèrent…, contredit littéralement le récit de Marc (v. 8) : « Elles ne dirent rien à personne ; car elles craignaient. » Mais ces deux données se rapportent à deux moments différents ; celle de Luc, qui se retrouve, v. 22-23, dans la bouche des deux disciples d'Emmaüs, se confond, comme le montre la fin du verset, avec la nouvelle apportée un peu plus tard par Marie-Madelaine, qui engagea Pierre et Jean à se rendre au sépulcre. Il est bien clair qu'une fois la première émotion de surprise passée et après que les apôtres, puis Marie-Madelaine furent revenus du sépulcre, les femmes sortirent de leur silence et ne craignirent plus de raconter ce qui leur était arrivé. C'est ce que Marc racontait sans doute dans la suite authentique de son récit, qui nous manque.
Verset 10. Le αἱ, qui, du T. R. et des byz. postérieurs (depuis E, qui est du VIIIe siècle) a beau manquer dans tous les Mjj. antérieurs ; il n'en est pas moins la vraie leçon. Sans ce αἱ, il faudrait traduire : « C'étaient Marie-Madelaine, Jeanne… [sous-entendu : qui rapportaient cela] ; et les autres le disaient avec elles… » Mais à quoi bon partager ainsi les femmes en deux groupes ? Je pense que les copistes ont commencé par prendre le ἦσαν dans le sens de : « C'étaient… » Après cela, on a fait du αἱ λοιπαί le sujet de ἔλεγον, et le pronom αἱ, a dû être supprimé.
Verset 12. L'omission de ce verset dans le Cantabrigiensis et dans quelques documents de la traduction latine et d'une traduction syriaque postérieure, a paru à Tischendorf un fait si grave, qu'il l'a retranché tout entier dans sa 8e édition. On peut en effet supposer que c'est là une interpolation d'après Jean.20.1-10. Cependant il serait bien étonnant qu'après un récit comme celui des femmes (Luc, v. 9 et 10), les apôtres fussent restés tranquillement, chez eux et qu'aucun ne se fût levé pour courir au tombeau voir ce qui en était. Puis, si l'on avait ajouté le v. 12 d'après Jean, pourquoi n'aurait-on parlé que de Pierre ? Et aurait-on appliqué à ce disciple le terme de παρακύψας, qui chez Jean s'applique exclusivement à Jean lui-même et oppose expressément son attitude hésitante à la conduite décidée de Pierre ? Enfin l'on n'aurait pas substitué à l'expression de πιστεύειν, croire, le terme beaucoup plus faible de θαυμάζειν, s'étonner. Il faudrait de fortes raisons internes pour accorder au seul Mj. D., ordinairement très arbitraire et négligent, la préférence sur tous les autres Mjj. réunis. Or dans ce cas, comme nous venons de le voir, les critères internes lui sont plutôt défavorables. Je ne puis donc m'empêcher de croire qu'il y a un fond authentique dans ce verset, mais tout en reconnaissant qu'il doit avoir été paraphrasé d'après le texte de Jean. Il faut peut-être le lire ainsi : Ο δε Πετρος αναστας εδραμεν επι το μνημειον και παρακυψας απηλθε προς εαυτον θαυμαζων το γεγονος. - Παρακύπτειν, se baisser pour sonder du regard (1Pierre.1.12 ; μόνα, seuls, sans le corps.
2. L'apparition sur le chemin d'Emmaüs. (24.13-32)
Ce beau récit ne nous a été conservé que par Luc. C'est le pendant de celui de l'apparition à Marie-Madelaine dans l'évangile de Jean. Le court récit de Marc.16.12-13 n'est qu'un extrait de celui-ci. Strauss lui-même, tout en cherchant à ramener ce fait à des proportions purement naturelles, n'a pu s'empêcher d'y reconnaître un fond réellement historique.
Versets 13 et 14. Les deux voyageurs :