La prière de Jésus, racontée au v. 34, manque dans le Vaticanus et le Cantabrigiensis et dans quelques Mss. de l'Itala. Cette omission est probablement le résultat d'un accident. Car la Peschito et la plupart des documents de l'Itala, avec la grande majorité des Mjj., garantissent l'authenticité de cette parole, et le recours du brigand à la grâce de Jésus, quelques instants plus tard, ne peut guère s'expliquer que par l'impression qu'avait produite sur lui cette invocation filiale. On eût difficilement inventé les termes de cette prière. - Les personnes qui en sont les objets, ne peuvent être les soldats romains, qui ne font qu'exécuter aveuglément les ordres qu'ils ont reçus ; ce sont certainement les Juifs, qui, en rejetant et mettant à mort leur Messie, se frappent eux-mêmes du coup mortel (Jean.2.19). Il est donc littéralement vrai qu'en agissant ainsi, ils ne savent ce qu'ils font. Cette prière de Jésus a été exaucée par les quarante années de répit durant lesquelles Israël a pu entendre, avant de périr, la prédication apostolique. La colère de Dieu n'eût-elle pas pu se déchaîner justement sur lui à l'instant même ?
Le jet du sort sur les vêtements, qui fait du condamné une espèce de jouet, appartient au même ordre de faits que les moqueries racontées v. 35 et suiv. Les vêtements des cruciarii appartenaient, d'après la loi romaine, aux exécuteurs. Chaque croix était sans doute gardée par un détachement de quatre soldats, un τετράδιον (Act.12.4). Il faut lire κλήρους, les sorts, au lieu du singulier qui est tiré des parallèles. On tira deux fois au sort, d'abord pour la répartition des quatre parts à peu près égales formées des vêtements de Jésus (manteau, bonnet, ceinture, sandales), puis pour sa robe ou tunique, qui était trop précieuse pour entrer dans l'un des quatre lots. - Le mot θεωρεῖν, contempler, n'indique point un sentiment malveillant ; cependant, si dans ce qui suit on lit le καί, aussi, après δέ et le σὺν αὐτοῖς, avec eux, après ἄρχοντες ; il faut bien admettre que le peuple aussi se moquait. Pour moi, je suis disposé à voir dans ces mots, que lit le T. R., des adjonctions destinées à mettre le récit de Luc d'accord avec ceux de Marc (v. 29) et de Matthieu (v. 39), quoique cet expédient ne fût pas nécessaire, puisque ces deux derniers récits n'attribuent point les moqueries à la foule entière, mais seulement aux passants. Weiss conserve le καί, aussi, en l'entendant ainsi : Non seulement les chefs regardaient, mais de plus ils se moquaient. Ce sens est recherché. Le terme : l'Élu de Dieu, désigne le Christ comme choisi à l'avance pour réaliser le plan divin à l'égard d'Israël et du monde entier ; comp. 9.35. - Les moqueries des soldats s'appliquent à la royauté Israélite en elle-même, plus encore qu'à Jésus personnellement (Jean.19.5,14-15). - On a souvent pensé que le vin que les soldats offrirent à Jésus, était celui qui était placé là pour leur propre usage (ὅξος, un vin ordinaire). Mais l'éponge et le bâton d'hysope qui se trouvaient aussi là (voir Matthieu, Marc et Jean), ne permettent pas de douter que l'on n'eût pensé à un moyen de soulagement pour les suppliciés. - Les soldats affectent de traiter Jésus en roi, comme s'ils lui présentaient la coupe du festin. Aussi cet hommage dérisoire est-il mis en rapport avec l'inscription placée au haut de la croix par les soldats romains, d'après l'ordre de Pilate (Jean.19.19-22), inscription ironique, mais bien moins destinée à ridiculiser Jésus que le peuple juif et ses chefs. C'est cette relation d'idées qu'exprime le : il y avait aussi, du v. 38. Par cette inscription mortifiante pour les Juifs, Pilate se vengeait de l'avilissante contrainte qu'ils lui faisaient, subir en le forçant à exécuter un homme qu'il avait déclaré innocent. La mention des trois langues est une interpolation tirée de Jean.
3o Versets 39-46. Le temps passé sur la croix.