Jésus lui avait dit : Hâte-toi. En effet il y avait des préparatifs à faire. - Dans la foule, encore dominée par les préjugés pharisaïques, éclate alors un mécontentement général. Rien n'indique que les disciples soient aussi compris dans ces mots : « tous murmuraient. » L'expression σταθεὶς δέ, « mais Zachée se tenant là (devant le Seigneur, v. 8), » met en relation étroite le discours suivant du péager avec ces murmures populaires. Σταθείς indique, quoiqu'en dise Weiss, une pose ferme et digne (18.11, opposé à 18.13). C'est ainsi que se redresse un homme dont l'honneur est attaqué. Cette attitude semble dire : « Crois-le bien, je ne suis pas un homme indigne de la faveur que tu me fais. » Et ce sera là aussi sans doute l'intention des paroles que prononce Zachée. Presque tous les interprètes modernes y voient un vœu solennel qu'il prononce en vue de sa conduite à venir. Le mot ἰδού, voici, indiquerait une résolution subite ; et les deux présents δίδωμι et ἀποδίδωμι, je donne et je rends, devraient être pris dans le sens de futurs : « Dès ce moment, en reconnaissance de la faveur qui m'est accordée, je donne et je rendrai… » Mais si le verbe « je donne » peut à la rigueur s'entendre ainsi, il me paraît qu'il n'en est pas de même du mot : « je rends. » Il n'est pas possible pour dire que, chaque fois qu'on aura fait tort, on rendra, de dire : je rends. Il n'est guères admissible non plus qu'un pécheur repentant et changé prévoie si sûrement de nouvelles infidélités. Ajoutons que ces paroles doivent avoir été prononcées par Zachée au moment de l'entrée de Jésus dans sa maison. Car il y a une relation étroite, indiquée par le δέ adversatif, entre le σταθεῖς εἶπε, il se tint là et dit, et les murmures universels dont parle le v. 7. Or, que Zachée fit un vœu pareil au terme et comme en souvenir de cette visite, cela se comprendrait, mais non qu'il ait commencé par là. Schleiermacher l'a bien senti, et c'est pourquoi il a proposé de placer le temps du séjour entre le v. 7 et le v. 8, et ce discours de Zachée au moment du départ. Mais le rapport antithétique évident entre les v. 7 et 8 ne permet rien de semblable. Je pense donc que les présents sont de vrais présents : « Voici ce que je fais, ce qui est ma manière de faire ordinaire. » Et il indique à Jésus, d'un côté, l'usage qu'il fait de ses gains, de l'autre, la manière dont il répare les torts qui peuvent lui échapper dans son administration. Ces paroles, en relation avec ce qui précède, signifient au fond : « Tu ne t'es pas mépris en m'acceptant pour hôte, tout péager que je suis ; et ce n'est pas un bien mal acquis que celui avec lequel je vais te recevoir à cette heure. » Le ἰδού annonce aussi dans ce sens une révélation inattendue, mais portant sur les secrets de sa conduite entièrement ignorés de ce public qui murmure. Par la moitié de ses biens, Zachée entend naturellement la moitié de ses revenus. Dans le cas d'un tort fait au prochain, la loi exigeait, quand la restitution était volontaire, un cinquième en sus de la somme soustraite (Lév.5.21, texte hébreu). Lorsque l'objet du vol avait été détruit et que la restitution était forcée, elle devait s'élever au quadruple (Ex.22.3,8, texte hébreu) ; et, si l'objet subsistait encore, au double seulement 21.37 (texte hébreu). Zachée appliquait, donc à la restitution volontaire qu'il pratiquait la règle fixée pour la restitution forcée et dans le cas le plus grave. Dans un métier comme le sien, il était facile de se laisser aller à commettre des injustices plus ou moins involontaires. Weiss objecte contre ce sens que de telles paroles seraient de la vanterie. Oui, si elles n'étaient pas la réponse à une calomnie. - Sur le mot συκαφαντεῖν, voir à 3.14. - Le mot ἡμίση du T. R. est une contraction de ἡμίσεα, mis pour ἡμίσεια ; cette dernière forme est la vraie leçon.
Versets 9 et 10. Déclaration de Jésus :