Cette réponse de Jésus n'est pas une simple accommodation au point de vue légal du scribe. L'œuvre qui sauve ou plutôt le salut lui-même dans son essence, c'est bien d'aimer. L'Evangile ne se distingue de la loi sur ce point qu'en ce qu'il fournit le moyen et donne la force d'accomplir ce devoir.
Comment arriver à aimer ainsi Dieu et le prochain ? Voilà la question qu'aurait faite le scribe, s'il eût été dans la disposition que décrit Paul (Romains ch. 7) et qui est la préparation intérieure de la foi. Il eût confessé son impuissance et répété, mais dans un sens plus profond qu'au commencement de l'entretien, cette question : « Que ferai-je » pour aimer de la sorte ? - Bleek, Meyer, Weiss, Hofmann, Schanz, etc., pensent que ces mots : voulant se justifier, renferment cette idée : se justifier d'avoir fait une question qui manquait de sens, et cela en montrant qu'elle renfermait pourtant un sérieux problème. Mais ce sens est passablement puéril. Le scribe a senti une accusation et même une condamnation dans ces mots : « Fais ainsi et tu vivras. » Car s'il aimait réellement, il n'aurait plus besoin de demander : Que dois-je faire… ? Il aurait la vie. Se sentant ainsi condamné par la loi parfaite qu'il vient de formuler lui-même, il prétexte de son ignorance, en d'autres termes, de l'obscurité de la lettre de la loi, pour s'excuser de ne l'avoir pas observée : « Que signifie- le mot de prochain ? Jusqu'où s'étend son application ? » Tant que l'on ne sait pas au juste ce que signifie cette expression, il est bien impossible d'accomplir le commandement. Ainsi s'explique d'une manière plus naturelle la remarque de Luc : « voulant se justifier lui-même. » Le vrai but de la parabole du bon Samaritain sera donc de montrer à ce scribe que la réponse à la question théologique qu'il trouve bon de poser, est naturellement écrite dans tout cœur droit et qu'il suffit de vouloir comprendre pour savoir. Jésus ne veut nullement, dire par là que par sa disposition charitable et par sa bienfaisance le Samaritain ait obtenu le salut. Il ne faut pas oublier qu'une toute nouvelle question, celle du sens du mot prochain, est intervenue. C'est uniquement, à ce nouveau sujet que s'applique la parabole. Il fait comprendre au scribe que la question, posée par lui comme si difficile, un cœur droit la résout avant même que de se l'être posée. Ce Samaritain ignorant possédait spontanément (φύσει, Rom.2.14) la lumière que les rabbins n'avaient pas trouvée ou avaient perdue dans leurs élucubrations théologiques. Ainsi était écartée l'excuse qu'il avait, osé avancer. Il y a un remarquable accord entre la conduite que Jésus attribue au Samaritain et la parole de Paul sur la loi écrite dans le cœur et sur son accomplissement, partiel par les païens, Rom.2.14-16. - Lightfoot a prouvé que les rabbins n'envisageaient pas en général ceux qui n'étaient pas membres du peuple juif, comme des prochains. Peut-être y avait-il là-dessus, dans leurs écoles, de savants débats. Le mot πλήσιον, étant ici sans article, pourrait, à la rigueur, être envisagé comme adverbe. Il est plus simple d'y voir l'adverbe transformé en substantif (ὁ πλήσιον). Le καί, et, en tête de la question, la met en relation étroite avec la réponse précédente.
2o Versets 30 à 35 : La parabole du bon Samaritain.
Versets 30 à 32. Le sacrificateur et le lévite :