La mission des soixante et dix disciples. Chapitre 10. 1 à 16
L'envoi des soixante et dix.
Après cela ou (grec) après ces choses, se rapporte à ce qui précède immédiatement depuis Luc 9.51, à la fin du ministère de Jésus en Galilée et à son départ pour Jérusalem, qui fut l'occasion des incidents rapportés à la fin du chapitre précédent.
C'est ce moment important qu'il choisit pour envoyer devant lui ces nombreux disciples. Leur mission avait pour but de réveiller l'attention et de préparer les voies à sa prédication dans les lieux où lui-même devait aller.
- Le mot : autres disciples ne les désigne point, comme on l'a cru, par opposition aux messagers que Jésus envoya en Samarie, (Luc 9.52) mais distingue cette mission de celle des douze en Galilée. (Luc 9.1 et suivants)
Jésus les envoie deux à deux : ils pouvaient se compléter l'un l'autre et se fortifier contre les dangers moraux et les découragements ; le témoignage aussi qu'ils étaient appelés à rendre en acquérait plus d'autorité. (Deutéronome 17.6 ; Matthieu 18.16)
- On a donné diverses raisons de ce nombre soixante et dix.
Les uns y ont vu, selon le symbolisme biblique des chiffres, le nombre des douze apôtres, multiplié par six. On aurait ainsi soixante-douze, ce qui expliquerait pourquoi ce dernier terme se trouve réellement dans plusieurs manuscrits (B, D etc.)
D'autres ont voulu retrouver ici l'idée énoncée dans le Talmud que l'humanité entière renfermait, d'après Genèse 10, soixante-dix peuples, et mettre cette mission dans une relation quelconque avec l'évangélisation du monde.
Mais comme il est fort peu probable que Jésus ait pensé alors à cette opinion juive, et comme il n'envoie nullement ses disciples vers les nations païennes, cette interprétation est étrangère au texte. Il est plus naturel de supposer que, en s'arrêtant à ce nombre, Jésus pensait aux soixante-dix anciens d'Israël, (Nombres 11.16 et suivants) comme il avait pensé aux douze tribus en choisissant douze apôtres.
- Ce fait nous montre combien les disciples de Jésus étaient nombreux dès cette époque, puisqu'il peut en choisir soixante-dix des plus capables pour leur confier cette importante mission. (Comparer 1Corinthiens 15.6) II ne les appelait pas, du reste, comme il l'avait fait pour les douze, à quitter d'une manière permanente leur vocation terrestre. Après avoir rempli cette mission et peut-être accompagné Jésus jusqu'à Jérusalem pour y célébrer la fête, ils devaient retourner à leurs travaux ordinaires.
- Comme cet envoi des soixante-dix disciples a été passé sous silence par les deux premiers évangélistes, la critique négative n'a pas manqué d'y voir une invention de Luc, ou du moins une tradition sans fondement historique. A ce compte, il faudrait retrancher le tiers au moins des récits de notre évangile, qui ne trouvent de parallèles ni dans Matthieu, ni dans Marc.
Voir le Commentaire de Meyer sur verset 1, et celui de M. Godet sur versets 23,24.