La position qu'occupent les mots ταῦτα τὰ ῥήματα, ces paroles-là, en tête de la phrase, leur donne, malgré la dénégation de Weiss, un sens emphatique : des paroles d'une telle gravité. Aussi le souvenir de la localité où elles avaient été prononcées était-il resté profondément gravé dans la mémoire de l'évangéliste. Le terme γαζοφυλάκιον, trésor, désigne probablement, en raison de la préposition ἐν, dans, tout l'emplacement où étaient recueillies les sommes remises pour l'entretien du temple et pour d'autres buts pieux. Il ressort de Marc 12.41 et de Luc 21.1 qu'on appelait proprement de ce nom les troncs, ou coffres d'airain, au nombre de treize, destinés à recevoir les dons des fidèles. Ils étaient dans le parvis des femmes et portaient chacun une inscription indiquant le but auquel était consacré l'argent qu'on y déposait. C'est en face de celui qui était destiné aux pauvres que se tenait Jésus, lorsqu'il vit la veuve y mettre sa pite. Il est probable que l'appartement appelé trésorerie était celui où l'on gardait les sommes provenant de ces troncs et qu'il en était voisin. Cette localité était presque attenante à celle où se trouvait la fameuse salle appelée Gazith, dans laquelle le sanhédrin tenait ses séances, entre le parvis des femmes et le parvis intérieur (Keil, Handb. der bibl. Archæol., 1re partie, p. 146, note 13)[1]. Cette dernière circonstance explique l'importance qu'attache l'évangéliste à l'indication du lieu. C'est en quelque sorte sous les yeux et aux oreilles du sanhédrin assemblé[2] (7.45-52), que Jésus enseignait quand il prononça de telles paroles. L'expression dans le temple sert à faire ressortir le caractère sacré de la localité indiquée : dans la trésorerie, en plein temple de Jérusalem ! Le et qui suit prend évidemment dans cette liaison le sens de : et pourtant. S'il y avait un lieu où Jésus se trouvait sous la main et comme à la merci de ses ennemis, c'était celui-là ; mais leur bras était encore paralysé par leur conscience et par la faveur publique qui entourait Jésus.
3. C'est moi : Jésus, le vrai Messie ; versets 21 à 29
Jésus venait de s'appliquer les deux symboles principaux que lui offrait la fête. Le témoignage suivant couronne les deux précédents ; c'est une affirmation plus générale sur sa mission.
Notes
[1] D'après Schurer, Gesch. des jüd. Volkes, II, p. 162-164, la Lischkath-Haggazith, lieu ordinaire des séances du sanhédrin, ne se trouvait pas, ainsi que le dit le texte ci-dessus, dans l'intérieur du parvis, mais sur la pente ouest de la colline du temple, entre celui-ci et la ville haute. G. G.
[2] Weiss relève avec un point d'exclamation ces expressions qu'il paraît prendre à la lettre. C'est à moi de m'étonner.