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De la liberté du chrétien · Martin Luther · L'homme intérieur

Chapitre II

La Parole et la foi

Nous voyons dans le livre du prophète Amos que, lorsque Dieu veut donner aux hommes un signe éclatant de sa colère, il leur retire sa Parole (Amos 8,11). Au contraire, quand il veut leur donner une marque de sa grâce, il la leur laisse : « Il a envoyé sa parole ; il les a guéris et les a tirés de leurs angoisses » (Psaume 107,20). Christ lui-même n'est venu dans le monde que pour lui apporter cette Parole. Et c'est aussi dans ce seul but qu'a été institué le ministère des apôtres, des évêques et des prêtres !

Vous demandez peut-être : parmi tant de paroles, quelle est donc cette Parole de Dieu, et comment parvenons-nous jusqu'à elle ? L'apôtre saint Paul nous répond dans son épître aux Romains : « C'est l'Évangile de Dieu au sujet de son Fils, qui s'est fait chair, qui a souffert, qui est ressuscité et qui est glorifié par la puissance de l'Esprit » (Romains 1,3-4). Cette prédication est la justification, la délivrance et le salut de l'âme qui y croit. « Si tu confesses de ta bouche que Jésus est le Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Romains 10,9). « Christ est la fin de la loi pour justifier tous ceux qui croient » (Romains 10,4). « Le juste vivra de sa foi » (Romains 1,17). Si l'âme ne parvient à la vie et à la justice que par la Parole de Dieu, il est clair qu'elle ne peut être justifiée que par la foi seule, et non par les œuvres. Si une œuvre pouvait la rendre juste devant Dieu, à quoi servirait donc sa Parole !

Bien plus : la foi ne supporte pas que les œuvres viennent s'y ajouter. Celui qui prétend être justifié à la fois par la foi et par les œuvres boite des deux pieds, comme les adorateurs de Baal. Au contraire, du jour où tu commences à croire, tu reconnais que tout ce qui est en toi n'est que misère et péché. « Tous ont péché, dit saint Paul, et sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3,23). « Il n'y a pas un seul juste, pas un qui fasse le bien. Tous les hommes se sont détournés de Dieu et sont tombés dans la vanité » (Romains 3,10-12). Tu comprends alors que tu as besoin de Christ. C'est en croyant en celui qui a souffert et qui est ressuscité pour toi que tu deviens un homme nouveau ; tous tes péchés te sont pardonnés, et c'est par ses seuls mérites que tu es justifié devant Dieu.

Cette foi, qui seule justifie, ne peut naître que dans les profondeurs de l'âme. Il est donc évident que les œuvres extérieures, quelles qu'elles soient, n'ont pas le pouvoir de libérer et de sauver, car elles n'atteignent pas le centre de la vie. De même, ce n'est pas le péché extérieur, l'action visible, qui rend l'âme coupable, la rend esclave et la condamne : c'est l'impiété et l'incrédulité du cœur. Que les chrétiens cessent donc de s'appuyer sur des œuvres sans effet ! Qu'ils s'appliquent avant tout à grandir dans la foi, et, par elle, dans la connaissance, non de leurs mérites, mais de Jésus-Christ, qui a souffert et qui est ressuscité pour eux ! Un jour, les Juifs demandent à notre Seigneur Jésus-Christ : « Que ferons-nous pour accomplir les œuvres de Dieu ? » Il leur répond : « Voici l'œuvre de Dieu : que vous croyiez en celui qu'il a envoyé » (Jean 6,28-29).

La foi en Christ est un trésor sans pareil : elle apporte avec elle la délivrance, elle sauve de tous les maux. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16,16). Ésaïe l'avait pressenti en prophète quand il s'écriait :

« Dieu enverra sur la terre sa parole, qui est un feu dévorant, et cette parole remplira la terre de justice » (Ésaïe 10,22-23). En effet, la foi, qui est la plénitude et l'accomplissement de la loi, remplit le cœur des croyants d'une telle justice qu'ils n'ont plus besoin de rien d'autre.

« C'est du cœur que l'on croit, dit saint Paul, pour parvenir à la justice » (Romains 10,10).

Mais, dira-t-on, si c'est la foi seule qui sauve, qui justifie et qui donne une telle abondance de biens, pourquoi l'Écriture sainte nous prescrit-elle tant d'œuvres, de cérémonies et de lois ?

Je réponds : il faut distinguer deux choses dans l'Écriture, les commandements et les promesses. Les commandements enseignent ce qui est bien ; mais qu'il y a loin du commandement à l'obéissance ! Ils prescrivent ce qu'il faut faire, mais ils n'en donnent pas la force. Ils révèlent l'homme à lui-même : en le convainquant qu'il est incapable de faire le bien, ils l'amènent à désespérer de ses propres forces. Les commandements appartiennent à l'Ancien Testament.

Ainsi, le commandement « Tu ne convoiteras point » (Exode 20,17) nous montre que nous sommes tous pécheurs, puisque personne, si grand que soit son effort, n'échappe à la convoitise. Cette incapacité à obéir à la loi de Dieu nous pousse à désespérer de nous-mêmes et à chercher en un autre le secours que nous ne trouvons pas en nous. « Dans ta ruine, ô Israël, moi seul je puis te secourir » (Osée 13,9).

Il en va de même pour tous les autres commandements : nous ne pouvons vraiment en accomplir aucun. Devant la hauteur même des commandements, l'homme prend conscience de son impuissance. Il cherche avec angoisse le moyen de satisfaire à cette loi qui le condamne et dont pas un iota ne peut être effacé. Alors sa bassesse et son néant lui apparaissent, et il ne trouve rien en lui qui puisse le justifier et le sauver.

C'est alors qu'interviennent les promesses divines. Elles forment le second enseignement des Écritures et manifestent tout particulièrement la gloire de Dieu. Ces promesses disent : si tu veux accomplir la loi et vaincre la convoitise, crois en Jésus-Christ ; en lui te sont offertes la grâce, la justice, la paix et la liberté. Par la foi, toutes ces choses sont à toi ; sans elle, tu restes privé de tout. Ce qui est impossible aux œuvres de la loi, si nombreuses et pourtant si vaines, est facile à la foi, car c'est à elle que le Père donne tout. Celui qui a la foi possède toutes choses. « Il les a tous enfermés dans l'incrédulité, dit l'apôtre, pour avoir pitié de tous » (Romains 11,32). La promesse donne donc ce que le commandement exige ; elle accomplit ce que la loi ordonne. Ainsi le commandement et son accomplissement viennent de Dieu seul : celui qui ordonne est aussi celui qui accomplit. Ces promesses forment le Nouveau Testament. Toutes ces promesses de Dieu sont des paroles saintes, vraies et justes, des paroles de liberté, de paix et de bonté inépuisable. L'âme qui s'y attache par une foi ferme s'unit à elles, s'en pénètre, s'y plonge et se remplit de leur force. Si Jésus guérissait les malades en les touchant, quelle force l'âme ne puisera-t-elle pas dans ce contact intime avec lui, en se pénétrant ainsi de sa Parole ? Oui, c'est par la foi seule, et non par les œuvres, que la Parole la justifie, la sanctifie, la libère, la remplit de tous les biens et fait d'elle un enfant de Dieu. « À ceux qui croient en son nom, dit saint Jean, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12).

Texte : Traduction française de 1879 (Sandoz & Fischbacher), mise en français courant par biblelibre.org. Source : Le livre de la liberté chrétienne, Sandoz & Fischbacher, 1879 (Gallica, Bibliothèque nationale de France) (Traduction de 1879 du domaine public ; version en français courant de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant ces sources).

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