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De la liberté du chrétien · Martin Luther · L'homme intérieur

Chapitre I

Libre et serviteur

Ceux qui n'ont aucune expérience de la foi chrétienne et qui n'en ont jamais senti la puissance en font une chose tout extérieure. Ils la mettent au rang des vertus ordinaires. Comment en parler comme il faut, et même comment comprendre ceux qui en ont parlé, si l'on n'a pas éprouvé ce qu'elle vaut au cœur de l'épreuve et des détresses ? Au contraire, celui qui en a goûté la force ne se lasse pas d'en parler, d'en écrire et d'y penser sans cesse. Elle est cette source d'eau vive dont parle Jésus-Christ, qui jaillit jusqu'à la vie éternelle (Jean 4,14).

Je connais trop bien la pauvreté de ma foi pour m'en vanter un jour. Pourtant, aux prises avec des tentations aussi grandes que variées, j'espère avoir assez puisé aux sources vivantes pour pouvoir en parler. Je n'en parlerai pas avec plus d'élégance, mais peut-être de manière plus solide que tant de beaux parleurs superficiels qui, jusqu'ici, n'ont même pas compris ce dont ils discourent. Pour en faciliter l'accès aux gens simples, à qui seuls je m'adresse ici, je poserai d'abord ces deux affirmations sur la liberté et la servitude spirituelles :

Le chrétien est un homme libre, maître de toutes choses ; il n'est soumis à personne. Le chrétien est un serviteur plein d'obéissance ; il se soumet à tous.

Ces deux affirmations opposées, l'une de liberté, l'autre de soumission, viennent de saint Paul lui-même, qui écrit : « Bien que je sois libre à l'égard de tous, je me suis assujetti à tous (1 Corinthiens 9,19). Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer (Romains 13,8). »

L'amour, en effet, ne cherche qu'à servir celui qu'il aime et à se soumettre à lui. C'est ainsi que Jésus-Christ, bien qu'il soit Seigneur et maître de toutes les créatures, est né d'une femme et s'est placé sous la loi : à la fois libre et esclave, en forme de Dieu et en forme de serviteur. Rappelons-nous ici que l'homme a une double nature. Par son âme, il est spirituel : c'est l'homme intérieur, la créature nouvelle. Par son corps, il est charnel : c'est l'homme extérieur, la créature ancienne.

« Même si l'homme extérieur se détruit, dit saint Paul, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (2 Corinthiens 4,16). C'est à cause de cette double nature que l'Écriture parle de lui de deux façons opposées, comme si deux hommes différents se battaient dans la même personne : « La chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair » (Galates 5,17). Parlons d'abord de l'homme intérieur, et voyons comment le chrétien devient spirituel, juste et libre. Il est évident que les choses extérieures ne peuvent pas produire en lui la justice et la liberté, pas plus qu'elles n'ont le pouvoir de le rendre injuste ou esclave. Que gagne l'âme, en effet, à ce que le corps soit libre et en forme, qu'il mange et boive, qu'il satisfasse tous ses désirs ? Les impies, qui profitent de ces choses, ne sont-ils pas esclaves de toutes leurs passions ? Et que perd l'âme, au contraire, si le corps est esclave, s'il souffre de la soif ou de la faim, s'il endure toutes les privations ? Les justes ne souffrent-ils pas toutes ces misères ? Et pourtant, dans leur conscience, ils se sentent les plus libres des hommes. Ni la liberté ni la servitude de l'âme ne dépendent donc de ces choses que l'on voit et que l'on touche.

Porter des vêtements sacrés comme les prêtres, vivre dans les églises, prendre part aux saintes cérémonies, prier, jeûner, s'abstenir de certains aliments : bref, toutes ces œuvres dont le corps est capable n'ont aucun pouvoir, puisque les méchants les accomplissent et que les hypocrites les imitent. Il faut autre chose pour rendre une âme libre et sainte.

À l'inverse, qu'importe que vous portiez des vêtements ordinaires, qu'on vous voie dans des lieux non consacrés, que vous mangiez et buviez, que vos lèvres ne prononcent pas de prières, que vous laissiez de côté toutes ces œuvres que les hypocrites font si bien ? Ce n'est pas cela qui fait du tort à l'âme.

Je dirai même plus : l'étude, la méditation, toutes les réflexions de l'esprit n'ont pas davantage de pouvoir. L'âme ne trouve sa vie, sa liberté et sa justice que dans la sainte Parole de Dieu, dans l'Évangile de Christ.

« Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi ne mourra point » (Jean 11,25-26). « Si le Fils vous affranchit, vous serez vraiment libres » (Jean 8,36). « L'homme ne vit pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu 4,4).

Tenons donc pour certain que l'âme peut se passer de tout, sauf de la Parole de Dieu ; sans elle, tout le reste ne lui sert à rien. Avec cette Parole, vous êtes riche et rien ne vous manque. Car elle est la vie, la vérité, la lumière, la paix, la justice, le salut, la joie, la liberté, la sagesse, la force, la grâce, la gloire et un bonheur sans mesure. Voilà pourquoi David, dans ses Psaumes (et en particulier dans le Psaume 119), appelle la Parole de Dieu et la désire avec tant d'ardeur.

Texte : Traduction française de 1879 (Sandoz & Fischbacher), mise en français courant par biblelibre.org. Source : Le livre de la liberté chrétienne, Sandoz & Fischbacher, 1879 (Gallica, Bibliothèque nationale de France) (Traduction de 1879 du domaine public ; version en français courant de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant ces sources).

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