Dans le récit de Matthieu, cette guérison s'opère d'une manière plus simple.
La femme malade s'approche timidement par derrière pour toucher le bord du vêtement de Jésus, qui, apercevant ce mouvement, se retourne, l'encourage avec compassion et la guérit par sa parole.
Dans Marc et Luc, la guérison s'effectue par la foi de la malade et par l'attouchement des vêtements de Jésus ; la femme sent qu'elle est guérie et en même temps Jésus connaît en lui-même qu'une puissance vient de sortir de lui ; il se retourne pour demander qui l'a touché, et ce n'est que lorsque la malade se révèle à lui qu'il lui adresse la parole comme confirmation de sa guérison. (versets 33,34)
On ne peut méconnaître l'importance de cette différence que présente la narration de Marc et de Luc. Une certaine critique s'est hâtée d'en conclure que les détails qui leur sont propres proviennent d'une tradition postérieure et portent le caractère légendaire d'un miracle opéré indépendamment de la volonté de Jésus.
Mais le miracle opéré par la parole de Jésus et par l'action directe de sa volonté est-il beaucoup plus aisé à comprendre que celui accompli par les puissances divines qui résidaient en lui et dont la foi simple et naïve, mais énergique de la malade a su s'emparer ?
Ce qu'on a dit de mieux sur ce sujet peut se résumer dans ces paroles de M. Godet : (sur Luc 8.43 et suivants)"Au moment où l'appel fut adressé à Jésus par l'attouchement de son vêtement de la part de la malade, la volonté générale et constante d'aider et de soulager qui l'animait au milieu de ses frères, reçut subitement par un avertissement divin une direction spéciale et particulièrement efficace, direction dont il eut la conscience distincte, mais dont l'objet lui resta inconnu jusqu'à ce que ce secret lui fut dévoilé. Remarquons que dans chaque miracle de Jésus il y a en quelque sorte deux pôles : la réceptivité du malade et l'activité du Sauveur. Au maximum d'action de l'un correspond d'ordinaire le minimum d'action de l'autre. A Béthesda, (Jean 5) où Jésus doit réveiller chez l'impotent jusqu'à la volonté de la guérison, et dans les résurrections de morts, la réceptivité humaine est au minimum et l'activité de Jésus s'élève au plus haut degré d'initiative. Dans le cas présent, c est l'inverse. Jésus est comme passif et l'initiative de la femme lui arrache en quelque sorte la guérison. Entre ces deux extrêmes s'échelonne la foule des cas ordinaires."