Voir verset 30, note.
Il y a peu de mots de l'Evangile qui aient subi plus d'interprétations et de traductions diverses que celui que nous rendons par : en y pensant. C'est un de ces verbes grecs composés qui signifient à peu près tout ce qu'on veut, et dont le sens doit être déterminé par le contexte.
Les anciens traducteurs (Bèze, Ostervald), pour se conformer à Matthieu et à Luc, disent : Et étant sorti promptement ou s'étant jeté dehors, il pleura.
Luther, Calvin, Segond, Stapfer traduisent : il commença à pleurer.
Cette version est conforme au texte de D qui substitue le verbe : il commença, au participe qui se lit dans les autres documents.
L'Itala, la vulgate, les versions syriaques suivent ce texte.
Quelquesuns proposent de traduire : s'étant couvert la tête de son manteau ; d'autres : ayant jeté les yeux sur Jésus, etc.
Enfin, plusieurs interprètes et traducteurs éminents (Weiss, Holtzmann, les versions de Pau-Vevey, Rilliet, Ostervald révisé), rattachant cette parole à celle qui précède : Pierre se ressouvint, donnent à notre passage cette signification autorisée par la grammaire : et rentrant en luimême, ou en y réfléchissant, en y pensant, il pleurait.
Cela veut dire que, dans la suite, quand cette pensée lui revenait à l'esprit, elle lui arrachait des larmes. Et, en effet, quelque sens qu'on donne au premier de ces deux verbes, il faut rejeter comme fausse toute traduction qui rend le second, comme on le fait si souvent, par un passé défini (il pleura), au lieu de cet imparfait, voulu par l'évangéliste, il pleurait.
Dans tout son évangile, Marc emploie très fréquemment ce temps du verbe, qu'il ne confond jamais avec un autre, et par lequel il exprime la répétition, ou la durée, ou la permanence d'une action. Or, qu'il est touchant et vrai ce récit qui nous montre la douloureuse émotion de Pierre, sa profonde repentance, se manifestant par des larmes chaque fois qu'il se souvenait de ce moment tragique de sa vie !