Cette question : Pourquoi m'appelles-tu bon ? par laquelle Jésus répond à la demande de son interlocuteur est différente dans Matthieu, (Matthieu 19.17, voir la note) selon le vrai texte.
Luc rapporte la parole de Jésus dans les mêmes termes que Marc.
Comme les évangélistes ne nous donnent qu'un résumé des entretiens qu'ils rapportent, il est très possible que les deux paroles conservées par la tradition apostolique aient été prononcées par le Sauveur.
- Quant au sens de la question de Jésus : Pourquoi m'appelles-tu bon ? et à cette distinction qu'il établit entre lui et Dieu qu'il déclare seul bon, les interprètes diffèrent beaucoup, selon qu'ils sont influencés par leurs vues dogmatiques. Ceux qui nient la sainteté parfaite de Jésus voient dans cette parole un aveu de péché. Mais c'est ne tenir compte ni de la situation particulière dans laquelle elle a été prononcée, ni de l'ensemble des données de l'Evangile. De celles-ci ressort avec éclat l'entière pureté de la conscience du Sauveur. Il n'y a donc que deux manières d'expliquer ce refus du titre de bon.
Il faut supposer que Jésus se met au point de vue de celui qui l'interroge et dont la question prouve qu'il a les idées les plus fausses sur la bonté de l'homme. Se croyant bon lui-même, il doit, à plus forte raison, qualifier ainsi ce Maître pour lequel il montre une vénération profonde, bien qu'à ses yeux, il ne soit qu'un homme supérieur, tout au plus un envoyé de Dieu. C'est là, dit-on, l'erreur que Jésus veut dissiper par sa réponse, et bientôt il retrouvera toute son autorité divine, en demandant à cet homme riche de sacrifier ce qu'il possède pour le suivre. (verset 21)
Telle est, avec quelques légères différences, l'explication admise dans l'Eglise chrétienne, depuis Augustin jusqu'aux réformateurs et jusqu'aux exégètes modernes, Bengel, Olshausen, Ebrard, Lange.
- Mais on peut objecter à cette interprétation que l'interlocuteur aurait pu difficilement deviner ce sens des paroles de Jésus.
Il est préférable de les expliquer de la manière suivante. Jésus saisit le mot du jeune homme : bon Maître, entendu par celui-ci dans son sens ordinaire et tout humain, pour élever sa pensée jusqu'à l'idée absolue de toute bonté, qui est Dieu seul. Le refus de ce titre n'est destiné qu'à établir une distinction nécessaire entre la sainteté humaine et la perfection absolue, qui est Dieu.
La sainteté humaine est relative, et elle l'était même en Jésus, puisqu'en lui s'accomplissait un développement progressif, (Luc 2.52) qu'il devait encore "apprendre l'obelssance par les choses qu'il allait souffrir," et ainsi "être consommé," (Hébreux 5.8,9) c'est-à-dire parvenir à la perfection.
A ce point de vue, l'idée de la bonté absolue, excluant tout développement et tout progrès, n'appartient qu'à Dieu seul. (Voir Meyer, Comm. sur le Nouveau Testament, à ce passage.)