La longueur de la maladie est mentionnée, soit pour faire ressortir combien elle était invétérée et difficile à guérir, soit plutôt, d'après le v. 6, pour expliquer la compassion profonde dont Jésus se sentit ému en contemplant ce malheureux. - Ἐχων pourrait se prendre dans le sens intransitif (ἀσθενῶς ἔχειν) ; mais la construction est si semblable à celle du v. 5, où χρόνον est l'objet de ἔχει, qu'il est préférable de faire de ἔτη l'objet de ἔχων : « Ayant trente-huit ans de cet état de maladie. » On a ce qu'on a souffert. Il ne faut pas lier étroitement ἔχων à ἦν ἐκει, comme si Jean voulait dire que le malade était là depuis trente-huit ans.
Jésus paraît ici subitement, comme sortant d'une espèce d'incognito. Quelle différence entre cette arrivée sans éclat et son entrée dans le temple à la première Pâque, 2.13 et suivants ! Ce n'est plus ici le Messie ; c'est un simple pèlerin. - Meyer traduit γνόυς : ayant appris, comme si Jésus avait pris des renseignements. Weiss pense qu'il a entendu le fait de la bouche du malade lui-même. Ce sens est possible : cependant γνόυς peut indiquer aussi l'une de ces aperceptions instantanées par lesquelles la vérité se révélait à Jésus dans la mesure où l'exigeait sa tâche du moment. Comparez 1.49 ; 4.17. Le v. 14 montrera que la vie entière du malade est présente à ses regards. - Le long temps rappelle les trente-huit ans du v. 5 : ainsi s'explique l'identité de la construction. - La fête de Purim était célébrée chez les Juifs par des œuvres de bienfaisance et par des présents mutuels. C'était le jour des largesses. Le jour de Purim, disait un Juif, on ne refuse rien aux enfants. Jésus entre dans l'esprit de la fête, comme il le fait aux ch. 6 et 7 à l'égard des rites de Pâques et des Tabernacles. Sa compassion, éveillée par la vue de cet homme gisant et abandonné (couché) et par la contemplation intérieure de la vie de souffrances qui avait précédé ce moment (déjà), le pousse à user aussi de largesse et à accomplir spontanément envers, une œuvre de miséricorde. Sa question : « Veux-tu être guéri ? » est une promesse implicite. Jésus travaille ainsi comme dit Lange, à tirer le malade du sombre découragement où l'avait plongé cette longue et inutile attente et à faire renaître en lui l'espérance. En même temps Jésus, par cette question, veut détourner sa pensée du moyen de guérison sur lequel elle était exclusivement fixée, et lui en faire pressentir un nouveau, l'être vivant qui va devenir pour lui le vrai Béthesda. Comparez la parole analogue de Pierre à l'impotent. Actes 3.4 : « Regarde-nous. » La foi, éveillée par le regard attaché sur celui qui lui parle, sera comme le canal par lequel la force d'en-haut pénétrera chez lui. - La réponse du malade ne suppose pas l'authenticité du v. 4, ni même nécessairement celle de la fin du v. 3. Elle s'explique suffisamment par le fait connu, ou aisé à comprendre, du jaillissement intermittent de la source. - On voit par les mots : Je n'ai personne, qu'il était isolé et pauvre.