La place une fois assurée et préparée pour eux, il faudra les y faire parvenir. C'est encore lui qui se charge de ce soin. Le retranchement de καί, et, devant ἑτοιμάσω dans quelques Mss. (« et quand je serai allé, je préparerai »), amènerait un asyndeton non motivé, absurde même, entre l'idée de préparer et celle de revenir qui suit, et conduirait en même temps à une tautologie complète avec la phrase précédente. La leçon ἑτοιμάσαι, pour préparer, est une correction ultérieure que rendait presque indispensable le retranchement du καί. - Aux deux verbes : quand je serai allé et que j'aurai préparé correspondent les deux verbes de la principale : je reviendrai (littéralement je reviens) et je prendrai à moi. Le présent je reviens indique l'imminence. Malgré cela, Origène et d'autres Pères, Calvin, Lampe et, parmi les modernes, Hofmann Luthardt, Meyer, Weiss. Keil, Schanz, rapportent ce terme à la venue finale et glorieuse du Seigneur. Sans doute cette promesse est adressée aux croyants en général, mais elle n'en a pas moins en vue avant tout les disciples personnellement, que Jésus veut fortifier dans leur découragement actuel : et il les consolerait au moyen d'un événement qu'aucun d'eux n'a vu et qui est encore futur à cette heure ! On oublie, en expliquant ainsi ce mot je viens, que Jésus n'a jamais affirmé la proximité de sa Parousie et qu'il a bien plutôt fait pressentir le contraire : « Comme l'époux tardait à venir » (Matthieu 25.5) ; « Si le maître vient à la seconde veille ou s'il vient à la troisième » (Luc 12.38) ; « Tard ou à minuit, ou au chant du coq ou le matin » (Marc 13.35) ; comparez aussi les paraboles du levain et du grain de sénevé. D'ailleurs, nous avons l'explication authentique de ce mot venir au v. 18, où il ne peut, comme Weiss le reconnaît, s'appliquer à la Parousie. Ebrard pense qu'il s'agit de la résurrection de Jésus. Mais la vraie réunion, après la séparation causée par la mort de Jésus, n'eut pas encore lieu par la résurrection. Les apparitions du Seigneur furent passagères ; leur destination était uniquement de préparer, par la foi à la résurrection, la venue de l'Esprit. Grotius, Reuss, Lange, Hengstenberg, Keil rapportent le mot venir au retour de Jésus à la mort de chaque fidèle ; comparez la vision d'Etienne. Mais au v. 18 ce sens est tout à fait impossible, et l'on n'en peut citer aucun exemple, pas même 21.23, où il conduirait à une tautologie intolérable. Cette venue se rapporte donc, comme l'ont reconnu Lücke, Olshausen, Néander, au retour de Jésus par le Saint-Esprit, à l'union étroite et indissoluble contractée par là entre le disciple et la personne de Jésus glorifié ; comparez tout ce qui suit, v. 17, 19-21 et 23 ; surtout le v. 18 qui est l'exégèse de notre : Je reviens. Weiss allègue contre notre sens qu'il s'agit ici d'un retour personnel. Nous renvoyons au v. 18. - Le verbe suivant : Je vous prendrai à moi, indique un autre fait, qui sera le résultat de cette préparation spirituelle. C'est l'introduction du fidèle dans la maison du Père, au terme de sa carrière terrestre, soit au moment de sa mort, soit à celui de la Parousie, s'il vit jusqu'à ce moment. Καί, et, a le sens de et en conséquence, ou de : et ensuite, comme l'indique le contraste entre le présent (je viens) et le futur (je prendrai). Ce sera l'entrée du fidèle, préparé par la communion spirituelle avec Jésus, dans la demeure obtenue par la médiation de ce même Jésus. Προς ἐμαυτόν, auprès de moi-même (12.32) ; il le serre pour ainsi dire sur son cœur en l'emportant. Il y a une infinie tendresse dans ces derniers mots. C'est pour lui-même qu'il semble se réjouir et regarder à ce moment qui mettra fin à toute séparation : « Afin que là où je suis, vous y soyez aussi ; comparez 17.24. La communauté du lieu (« là où ») implique celle de l'état. Autrement le retour de Jésus en esprit ne serait pas nécessaire pour préparer dans chaque cas particulier cette réunion. Quelle simplicité touchante et quelle dramatique vivacité dans l'expression de ces idées si profondes et si neuves ! La maison du Père, la préparation de la demeure, la venue pour chercher, enfin le prendre à soi, ce langage familier et presque enfantin ressemble à une douce musique par laquelle Jésus cherche à apaiser chez les apôtres l'angoisse de la séparation. Ainsi se termine le premier entretien, provoqué par la question de Pierre : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre ? » Réponse : « Ton martyre même n'y suffirait pas ; mon retour en Esprit dans ton cœur : voilà la condition de ton entrée dans ma gloire céleste. » Comparez 3.5.
Mais Jésus remarque qu'il s'élève encore bien des questions dans leur esprit, que leur cœur aussi est en proie à bien des doutes ; et, pour les exciter à l'interroger, il jette à leur ignorance une sorte de défi, en leur disant :