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Tout par grâce · Charles H. Spurgeon

Chapitre 15

La repentance va avec le pardon

Il ressort clairement du texte que nous venons de citer que la repentance est liée au pardon des péchés. En Actes 5,31, nous lisons que Dieu a élevé Jésus « pour donner à Israël la repentance et le pardon des péchés ». Ces deux bénédictions viennent de cette main sacrée qui fut un jour clouée au bois, mais qui est maintenant élevée dans la gloire. La repentance et le pardon sont rivés l'un à l'autre par le dessein éternel de Dieu. « Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint » (Matthieu 19,6).

La repentance doit aller avec la rémission, et vous verrez qu'il en est ainsi si vous réfléchissez un peu à la question. Il est impossible que le pardon du péché soit accordé à un pécheur qui ne se repent pas : ce serait l'affermir dans ses mauvaises voies et lui apprendre à faire peu de cas du mal. Si le Seigneur disait : « Vous aimez le péché, vous y vivez, vous allez de mal en pis, mais tout de même je vous pardonne », ce serait proclamer une horrible permission de faire le mal. Les fondements de l'ordre social seraient arrachés, et l'anarchie morale suivrait. Je ne saurais dire quels maux sans nombre se produiraient à coup sûr si l'on pouvait séparer la repentance et le pardon, et passer sur le péché tandis que le pécheur y resterait aussi attaché que jamais. Dans la nature même des choses, si nous croyons à la sainteté de Dieu, il faut qu'il en soit ainsi : si nous persistons dans notre péché et refusons de nous en repentir, nous ne pouvons pas être pardonnés, mais nous devons récolter les conséquences de notre obstination. Selon la bonté infinie de Dieu, il nous est promis que, si nous abandonnons nos péchés en les confessant, et si nous acceptons par la foi la grâce qui nous est préparée en Jésus-Christ, Dieu est « fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1,9). Mais tant que Dieu vit, il ne peut y avoir aucune promesse de miséricorde pour ceux qui persistent dans leurs mauvaises voies et refusent de reconnaître leurs torts. Assurément, aucun rebelle ne peut s'attendre à ce que le roi lui pardonne sa trahison tant qu'il reste en révolte ouverte. Personne ne peut être assez insensé pour s'imaginer que le Juge de toute la terre ôtera nos péchés si nous refusons de les ôter nous-mêmes.

De plus, il doit en être ainsi pour que la miséricorde divine soit complète. Une miséricorde qui pardonnerait le péché tout en laissant le pécheur y vivre serait une miséricorde maigre et superficielle. Ce serait une miséricorde inégale et difforme, boiteuse d'un pied et desséchée d'une main. Lequel, à votre avis, est le plus grand privilège : être purifié de la culpabilité du péché, ou être délivré de la puissance du péché ? Je n'essaierai pas de peser dans la balance deux grâces si extraordinaires. Ni l'une ni l'autre n'aurait pu nous parvenir sans le sang précieux de Jésus. Mais il me semble qu'être délivré de la domination du péché, être rendu saint, être rendu semblable à Dieu, doit être compté comme la plus grande des deux, s'il faut faire une comparaison. Être pardonné est une faveur immense. Nous en faisons l'une des premières notes de notre psaume de louange : « C'est lui qui pardonne toutes tes iniquités » (Psaume 103,3). Mais si nous pouvions être pardonnés et qu'ensuite il nous soit permis d'aimer le péché, de nous livrer sans frein à l'iniquité et de nous vautrer dans la convoitise, à quoi servirait un tel pardon ? Ne risquerait-il pas de se révéler une friandise empoisonnée, qui nous détruirait de la manière la plus sûre ? Être lavé et rester couché dans la boue, être déclaré pur et avoir encore la lèpre blanche sur le front, ce serait la pire moquerie de la miséricorde. À quoi bon faire sortir un homme de son sépulcre si on le laisse mort ? Pourquoi le conduire à la lumière s'il est encore aveugle ? Nous remercions Dieu de ce que celui qui pardonne nos iniquités guérit aussi nos maladies. Celui qui nous lave des taches du passé nous relève aussi des chemins impurs du présent, et nous garde de tomber à l'avenir. Nous devons accepter avec joie à la fois la repentance et la rémission : elles ne peuvent pas être séparées. L'héritage de l'alliance est un et indivisible, et il ne faut pas le morceler. Diviser l'œuvre de la grâce, ce serait couper en deux l'enfant vivant, et ceux qui le permettraient n'y ont aucune part.

Je vous le demande, à vous qui cherchez le Seigneur : une seule de ces grâces vous suffirait-elle ? Cela vous contenterait-il, mon lecteur, que Dieu vous pardonne votre péché et vous permette ensuite d'être aussi mondain et aussi méchant qu'avant ? Oh non ! L'âme vivifiée craint davantage le péché lui-même que le châtiment qu'il entraîne. Le cri de votre cœur n'est pas : « Qui me délivrera de la punition ? » mais : « Misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps de cette mort ? Qui me rendra capable de vivre au-dessus de la tentation, et de devenir saint, comme Dieu est saint ? » (Romains 7,24). Puisque l'union de la repentance et de la rémission répond au désir que la grâce fait naître, et puisqu'elle est nécessaire pour que le salut soit complet et pour l'amour de la sainteté, soyez sûr qu'elle demeure.

La repentance et le pardon sont unis dans l'expérience de tous les croyants. Il n'y a encore jamais eu personne qui se soit sincèrement repenti de son péché, d'une repentance pleine de foi, sans être pardonné ; et, d'autre part, il n'y a jamais eu personne de pardonné qui ne se soit repenti de son péché. Je n'hésite pas à dire que sous la voûte des cieux il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais un seul cas de péché lavé sans que, en même temps, le cœur ait été amené à la repentance et à la foi en Christ. La haine du péché et le sentiment du pardon entrent ensemble dans l'âme, et ils y demeurent ensemble tant que nous vivons.

Ces deux choses agissent l'une sur l'autre : l'homme qui est pardonné se repent pour cette raison même, et l'homme qui se repent est aussi, très certainement, pardonné. Rappelez-vous d'abord que le pardon conduit à la repentance. Comme nous le chantons avec les paroles de Hart :

« La loi et ses terreurs ne font qu'endurcir, tant qu'elles agissent seules ; mais le sentiment d'un pardon acheté par le sang a vite fait de fondre un cœur de pierre. »

Quand nous sommes sûrs d'être pardonnés, alors nous avons l'iniquité en horreur ; et je pense que, lorsque la foi grandit jusqu'à la pleine assurance, de sorte que nous sommes certains, au-delà de tout doute, que le sang de Jésus nous a lavés et rendus plus blancs que la neige, c'est alors que la repentance atteint son plus haut point. La repentance grandit à mesure que la foi grandit. Ne vous y trompez pas : la repentance n'est pas l'affaire de quelques jours ou de quelques semaines, une pénitence passagère dont on se débarrasse au plus vite ! Non, c'est la grâce de toute une vie, comme la foi elle-même. Les petits enfants de Dieu se repentent, et les jeunes gens aussi, et les pères. La repentance est la compagne inséparable de la foi. Tout le temps que « nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Corinthiens 5,7), la larme de la repentance brille dans l'œil de la foi. Ce n'est pas une vraie repentance, celle qui ne vient pas de la foi en Jésus, et ce n'est pas une vraie foi en Jésus, celle qui n'est pas teintée de repentance. La foi et la repentance, comme les frères siamois, sont unies par un lien vital. Dans la mesure où nous croyons à l'amour de Christ qui pardonne, dans cette mesure nous nous repentons ; et dans la mesure où nous nous repentons du péché et haïssons le mal, nous nous réjouissons de la plénitude de l'absolution que Jésus a été élevé pour accorder. Vous n'apprécierez jamais le pardon si vous n'éprouvez pas la repentance ; et vous ne boirez jamais la repentance à sa coupe la plus profonde tant que vous ne saurez pas que vous êtes pardonné. Cela peut sembler étrange, mais c'est ainsi : l'amertume de la repentance et la douceur du pardon se mêlent dans la saveur de toute vie touchée par la grâce, et forment ensemble un bonheur incomparable.

Ces deux dons de l'alliance se garantissent l'un l'autre. Si je sais que je me repens, je sais que je suis pardonné. Comment saurais-je que je suis pardonné, si je ne sais pas aussi que je me suis détourné de ma conduite passée dans le péché ? Être croyant, c'est être pénitent. La foi et la repentance ne sont que deux rayons d'une même roue, deux mancherons d'une même charrue. On a bien décrit la repentance comme un cœur brisé à cause du péché, et arraché au péché ; on peut tout aussi bien dire qu'elle consiste à se détourner et à revenir. C'est un changement de pensée des plus complets et des plus radicaux, accompagné de tristesse pour le passé et de la résolution de s'amender à l'avenir. « Se repentir, c'est quitter les péchés que l'on aimait auparavant, et montrer que notre tristesse est sincère en ne les commettant plus. »

Or, quand il en est ainsi, nous pouvons être certains que nous sommes pardonnés ; car jamais le Seigneur n'a fait qu'un cœur soit brisé à cause du péché et arraché au péché sans lui pardonner. Si, d'autre part, nous jouissons du pardon par le sang de Jésus, si nous sommes justifiés par la foi et avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ (Romains 5,1), nous savons que notre repentance et notre foi sont de bon aloi.

Ne considérez pas votre repentance comme la cause de votre pardon, mais comme sa compagne. Ne vous attendez pas à pouvoir vous repentir avant d'avoir vu la grâce de notre Seigneur Jésus, et combien il est prêt à effacer votre péché. Gardez ces choses bénies chacune à sa place, et considérez-les dans leur rapport l'une avec l'autre. Elles sont le Jakin et le Boaz d'une expérience qui sauve ; je veux dire qu'on peut les comparer aux deux grandes colonnes de Salomon, qui se dressaient sur le devant de la maison du Seigneur et formaient une entrée majestueuse vers le lieu saint (1 Rois 7,21). Nul ne vient à Dieu comme il faut s'il ne passe entre les colonnes de la repentance et de la rémission. L'arc-en-ciel de la grâce de l'alliance s'est déployé sur votre cœur dans toute sa beauté quand les larmes de la repentance ont été éclairées par la lumière du plein pardon. La repentance du péché et la foi au pardon divin sont la chaîne et la trame du tissu d'une vraie conversion. C'est à ces signes que vous reconnaîtrez « vraiment un Israélite » (Jean 1,47).

Pour revenir au passage de l'Écriture que nous méditons : le pardon et la repentance coulent tous deux de la même source, et sont donnés par le même Sauveur. Le Seigneur Jésus, dans sa gloire, accorde l'un et l'autre aux mêmes personnes. Vous ne devez chercher ailleurs ni le pardon ni la repentance. Jésus tient l'un et l'autre tout prêts, et il est disposé à les accorder maintenant, et à les accorder très libéralement à tous ceux qui voudront les recevoir de ses mains. Qu'on n'oublie jamais que Jésus donne tout ce qui est nécessaire à notre salut. Il est très important que tous ceux qui cherchent la miséricorde s'en souviennent. La foi est tout autant un don de Dieu que le Sauveur sur qui cette foi s'appuie. La repentance du péché est aussi véritablement l'œuvre de la grâce que l'accomplissement de l'expiation par laquelle le péché est effacé. Le salut, du commencement à la fin, est par la grâce seule. Vous ne vous méprendrez pas sur ce que je dis. Ce n'est pas le Saint-Esprit qui se repent. Il n'a jamais rien fait dont il doive se repentir. Et s'il pouvait se repentir, cela ne répondrait pas à notre besoin : il faut que nous nous repentions nous-mêmes de notre propre péché, sinon nous ne sommes pas sauvés de sa puissance. Ce n'est pas le Seigneur Jésus-Christ qui se repent. De quoi se repentirait-il ? C'est nous-mêmes qui nous repentons, avec le plein consentement de toutes les facultés de notre esprit. La volonté, les affections, les émotions, tout travaille ensemble de grand cœur dans l'acte béni de la repentance du péché ; et pourtant, derrière tout ce qui est notre acte personnel, il y a une sainte influence secrète qui fait fondre le cœur, donne la contrition et produit un changement complet. L'Esprit de Dieu nous éclaire pour que nous voyions ce qu'est le péché, et il nous le rend ainsi répugnant. L'Esprit de Dieu nous tourne aussi vers la sainteté, il nous la fait apprécier, aimer et désirer de tout cœur, et il nous donne ainsi l'élan qui nous fait avancer d'étape en étape dans la sanctification. L'Esprit de Dieu produit en nous « le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2,13). Soumettons-nous dès maintenant à ce bon Esprit, afin qu'il nous conduise à Jésus, qui nous donnera gratuitement la double bénédiction de la repentance et de la rémission, selon la richesse de sa grâce.

« C'est par la grâce que vous êtes sauvés. » (Éphésiens 2,8)

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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