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Tout par grâce · Charles H. Spurgeon

Chapitre 13

La régénération et le Saint-Esprit

« Il faut que vous naissiez de nouveau » (Jean 3,7). Cette parole de notre Seigneur Jésus a semblé flamboyer sur le chemin de beaucoup, comme l'épée nue du chérubin à la porte du paradis. Ils ont désespéré, parce que ce changement est au-delà de leurs plus grands efforts. La nouvelle naissance vient d'en haut, et elle n'est donc pas au pouvoir de la créature. Or, loin de moi l'idée de nier, ou même de cacher, une vérité pour créer une fausse consolation. Je reconnais volontiers que la nouvelle naissance est surnaturelle, et qu'elle ne peut pas être opérée par le pécheur lui-même. Ce serait une piètre aide pour mon lecteur si j'étais assez méchant pour essayer de l'encourager en le persuadant de rejeter ou d'oublier ce qui est incontestablement vrai.

Mais n'est-il pas remarquable que le chapitre même où notre Seigneur fait cette déclaration si absolue contienne aussi l'affirmation la plus explicite sur le salut par la foi ? Lisez le troisième chapitre de l'Évangile de Jean jusqu'au bout, et ne vous arrêtez pas seulement à ses premières phrases. Il est vrai que le troisième verset dit ceci :

« Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3,3).

Mais ensuite, les versets quatorze et quinze nous parlent de cette manière :

« Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » (Jean 3,14-15).

Le dix-huitième verset répète la même doctrine délicieuse dans les termes les plus larges :

« Celui qui croit en lui n'est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (Jean 3,18).

Il est clair pour tout lecteur que ces deux affirmations doivent s'accorder, puisqu'elles sont sorties des mêmes lèvres et qu'elles sont rapportées sur la même page inspirée. Pourquoi créerions-nous une difficulté là où il ne peut pas y en avoir ? Si une affirmation nous assure qu'une chose que Dieu seul peut donner est nécessaire au salut, et si une autre nous assure que le Seigneur nous sauvera si nous croyons en Jésus, alors nous pouvons conclure sans crainte que le Seigneur donnera à ceux qui croient tout ce qui est déclaré nécessaire au salut. De fait, le Seigneur produit la nouvelle naissance chez tous ceux qui croient en Jésus ; et le fait qu'ils croient est la preuve la plus sûre qu'ils sont nés de nouveau.

Nous nous confions en Jésus pour ce que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes : si c'était en notre pouvoir, à quoi bon regarder à lui ? À nous de croire, au Seigneur de nous créer de nouveau. Il ne croira pas à notre place, et nous n'avons pas non plus à faire à sa place l'œuvre de la régénération. Il nous suffit d'obéir à l'ordre plein de grâce ; c'est au Seigneur d'opérer en nous la nouvelle naissance. Celui qui a pu aller jusqu'à mourir pour nous sur la croix peut nous donner, et nous donnera, tout ce qui est nécessaire à notre salut éternel.

« Mais un changement de cœur qui sauve est l'œuvre du Saint-Esprit. » Cela aussi est tout à fait vrai, et loin de nous l'idée de le mettre en doute ou de l'oublier. Mais l'œuvre du Saint-Esprit est secrète et mystérieuse, et on ne peut la percevoir que par ses résultats. Il y a dans notre naissance naturelle des mystères qu'il serait d'une curiosité malsaine de vouloir scruter : c'est encore bien plus vrai des opérations sacrées de l'Esprit de Dieu. « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit » (Jean 3,8). Mais voici du moins ce que nous savons : l'œuvre mystérieuse du Saint-Esprit ne peut pas être une raison de refuser de croire en Jésus, à qui ce même Esprit rend témoignage.

Si l'on demandait à un homme d'ensemencer un champ, il ne pourrait pas excuser sa négligence en disant qu'il serait inutile de semer si Dieu ne faisait pas pousser la semence. Il n'aurait pas raison de négliger le labour sous prétexte que seule l'énergie secrète de Dieu peut produire une moisson. Personne n'est empêché de vaquer aux occupations ordinaires de la vie par le fait que « si l'Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain » (Psaume 127,1). Il est certain qu'aucun homme qui croit en Jésus ne verra jamais le Saint-Esprit refuser d'agir en lui : en fait, le fait qu'il croie est la preuve que l'Esprit est déjà à l'œuvre dans son cœur.

Dieu agit dans la providence, mais les hommes ne restent pas pour autant les bras croisés. Ils ne pourraient pas faire un mouvement sans que la puissance divine leur donne la vie et la force, et pourtant ils poursuivent leur chemin sans se poser de questions ; cette puissance leur est accordée jour après jour par celui « qui a dans sa main leur souffle et toutes leurs voies » (Daniel 5,23). Il en est de même dans la grâce. Nous nous repentons et nous croyons, bien que nous ne puissions faire ni l'un ni l'autre si le Seigneur ne nous en rendait pas capables. Nous abandonnons le péché et nous nous confions en Jésus, et alors nous nous apercevons que c'est le Seigneur qui a produit en nous « le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2,13). Il est vain de prétendre qu'il y ait là une vraie difficulté.

Certaines vérités difficiles à expliquer avec des mots sont assez simples dans l'expérience réelle. Il n'y a aucune contradiction entre ces deux vérités : le pécheur croit, et sa foi est produite en lui par le Saint-Esprit. Seule la folie peut amener les hommes à se casser la tête sur des choses toutes simples pendant que leur âme est en danger. Personne ne refuserait de monter dans un canot de sauvetage parce qu'il ne connaîtrait pas la densité des corps ; et un homme mourant de faim ne refuserait pas non plus de manger avant d'avoir compris tout le processus de la nutrition. Si vous, mon lecteur, ne voulez pas croire avant de pouvoir comprendre tous les mystères, vous ne serez jamais sauvé ; et si vous laissez des difficultés de votre invention vous empêcher d'accepter le pardon par votre Seigneur et Sauveur, vous périrez sous une condamnation largement méritée. Ne commettez pas de suicide spirituel par passion pour la discussion de subtilités métaphysiques.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : All of Grace, Robert Carter & Brothers, 1886 (archive.org, exemplaire du Princeton Theological Seminary) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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