Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney
Sermon 8
Un cœur décidé à faire le mal
« Parce que la sentence contre les mauvaises œuvres ne s'exécute pas immédiatement, à cause de cela le cœur des fils des hommes est au-dedans d'eux plein d'envie de faire le mal » (Ecclésiaste 8,11)
Ce texte suppose clairement que la vie présente n'est pas le moment des récompenses et des punitions, où les hommes seraient traités selon leur caractère et leur conduite. Il ne l'affirme pas en toutes lettres, mais il le suppose, comme la Bible le fait d'ailleurs partout. Tout le monde sait que nous ne vivons pas dans un temps où récompenses et punitions sont données sur-le-champ ; l'expérience et l'observation de chacun le confirment avec une force qui ne laisse aucun doute. Il est donc tout à fait normal que la Bible le suppose comme une vérité connue. Quiconque lit sa Bible voit bien qu'elle tient pour vraies beaucoup de choses, et que ce sont justement celles que chacun sait être vraies, et dont personne ne pourrait être plus sûr même si Dieu les avait affirmées à chaque page. Pour cette vérité-ci, chacun sait qu'il n'est pas lui-même puni dans cette vie comme il l'a mérité. Et chacun voit la même chose chez ses voisins. Le psalmiste était si stupéfait de l'injustice évidente des choses de ce monde, quand il comparait le sort des justes à celui des méchants, qu'il en a été profondément ébranlé. Ce trouble a duré, dit-il, « jusqu'à ce que je sois entré dans les sanctuaires de Dieu : j'ai compris leur fin » (Psaume 73,17).
Ce passage suppose aussi que tous les hommes ont, par nature, le même cœur. Il affirme d'eux tous un même fait général, et suppose ainsi qu'ils ont tous le même caractère : « le cœur des fils de l'homme est pleinement décidé en eux à faire le mal ». Il en est de même ailleurs : Dieu vit que « toute l'imagination des pensées de son cœur n'était que méchanceté en tout temps » (Genèse 6,5). C'est ainsi que Dieu parle habituellement des pécheurs dans sa Parole. Il suppose toujours que, par nature, ils ont tous les mêmes dispositions.
Le texte montre aussi quelle est l'orientation morale du cœur du pécheur : il est « pleinement décidé à faire le mal ». Mais il faut nous arrêter ici un instant pour nous demander ce que veut dire, dans notre passage, le mot « cœur ».
Il est évident que la Bible emploie ce mot avec différentes nuances de sens. Parfois il désigne la conscience, comme dans ce passage qui affirme : « si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jean 3,20), et l'on peut donc s'attendre à ce qu'il nous condamne d'autant plus. Parfois le mot désigne l'intelligence. Mais ici, de toute évidence, il désigne la volonté, car c'est la seule faculté de l'esprit dont on puisse dire qu'elle est décidée, fixée, tendue et résolue vers une certaine ligne de conduite choisie librement. La volonté est la faculté qui se fixe sur une direction choisie ; dans notre texte, le mot « cœur » doit donc désigner la volonté, sinon on ne peut donner au passage aucun sens compréhensible.
Mais dans quelle direction, et vers quel but, la volonté des méchants est-elle pleinement fixée ? Réponse : vers le mal. C'est ce que la Parole de Dieu affirme solennellement.
Mais disons-le pour bien nous faire comprendre : cela ne veut pas dire que les hommes font le mal pour le mal lui-même ; cela ne veut pas dire que pécher, en tant que désobéissance à Dieu, soit leur but direct. Non : l'ivrogne ne boit pas parce que c'est mal de boire ; il boit bien que ce soit mal. Il boit pour le plaisir immédiat que la boisson lui promet, et non pour le plaisir de pécher. C'est pareil pour celui qui ment. Son but n'est pas de violer la loi de Dieu, mais de tirer quelque avantage de son mensonge ; et pourtant il ment malgré l'interdiction de Dieu.
Son cœur peut finir par être pleinement décidé à mentir chaque fois que cela l'arrange, pour l'avantage qu'il espère en tirer ; et c'est en vain que Dieu s'efforce, par des interdictions et des punitions terribles, de le détourner de ce chemin. C'est pareil pour le vol, l'adultère et les autres péchés. Il ne faut pas croire que les hommes s'attachent à ces péchés par amour de la méchanceté pure ; ils font le mal pour l'avantage qu'ils espèrent en retirer. L'homme qui vit dans la débauche serait peut-être content que ce ne soit pas mal de satisfaire sa passion ; mais, même si c'est mal, il est décidé à le faire. Adam et Ève ont mangé le fruit défendu ; pourquoi ? Parce qu'ils voyaient qu'il était beau, et qu'on leur avait dit qu'il les rendrait sages ; c'est donc pour l'avantage qu'ils espéraient en tirer, et malgré l'interdiction de Dieu, qu'ils en ont pris et mangé. Je sais qu'on dit parfois que les pécheurs aiment le péché pour lui-même, par pur amour du péché en tant que péché, simplement parce que c'est une désobéissance à Dieu, avec un goût naturel pour lui, comme les loups aiment la viande ; mais ce n'est pas vrai, en tout cas pas dans bien des cas. La simple vérité, c'est que les hommes ne s'attachent pas au péché pour lui-même : ils sont décidés à pécher pour l'avantage qu'ils espèrent en tirer.
Remarquez bien maintenant l'expression : un cœur « pleinement décidé à faire le mal ». Tel homme est avare : il a mis tout son cœur à devenir riche, honnêtement s'il le peut, mais riche de toute façon ; à gagner de l'argent par des moyens honnêtes si possible, mais à le gagner à coup sûr. Tel autre est ambitieux. L'amour de la réputation remplit et enflamme son âme ; c'est pourquoi il devient peut-être très poli et très aimable dans ses manières, parfois même très religieux, si la religion est bien vue ; mais il est entièrement égoïste, et il ne l'est pas moins parce qu'il est si religieux.
L'égoïsme prend mille formes et mille visages ; mais toutes, sans exception, sont des péchés, car l'esprit tout entier devrait se donner au service de Dieu et à l'accomplissement de chaque devoir que la raison lui fait connaître. Qu'a fait Ève ? Elle s'est livrée à son envie de savoir, et au plaisir de se faire plaisir. Elle a accepté de croire l'esprit menteur qui lui disait que cet arbre était « désirable pour rendre intelligent » (Genèse 3,6). Elle s'est dit que cela devait être très important. L'arbre semblait aussi bon à manger, et son appétit s'est fortement éveillé ; plus elle le regardait, plus son envie grandissait. Et maintenant, que devait-elle faire ? Dieu lui avait défendu d'y toucher : allait-elle obéir à Dieu, ou à son appétit enflammé ? Malgré l'ordre de Dieu, elle en a mangé. Était-ce un péché ? Beaucoup penseraient que c'était un tout petit péché ; mais c'était une vraie révolte contre Dieu, et il ne pouvait pas faire autrement que de la frapper de sa terrible désapprobation !
Ainsi, partout, céder aux exigences de l'appétit et de la passion contre les droits de Dieu est un péché grave. Tous les hommes ont le devoir de craindre Dieu et de lui obéir, quels que soient le renoncement et le sacrifice que cela leur coûte.
J'ai dit que l'égoïsme prend souvent une forme religieuse. Au début, l'esprit peut être fortement touché par certaines des grandes vérités bouleversantes de l'Évangile ; mais bientôt il en vient à tout voir de façon entièrement égoïste : il ne cherche plus qu'à échapper à la punition, et il fait de la religion une affaire de profit. C'est étonnant de voir combien, dans ces cas-là, l'esprit se trompe complètement sur le but de l'Évangile, et perd entièrement de vue cette grande vérité : l'Évangile veut arracher l'égoïsme de l'homme et tourner son cœur vers l'amour désintéressé. En commettant cette erreur de fond, il voit tout l'Évangile comme un système d'indulgences au service de ses propres plaisirs. On le voit bien dans la façon dont certains comprennent la justice de Christ portée à notre compte : ils s'imaginent qu'elle leur est comptée pendant qu'ils vivent dans le péché. Autrement dit, ils pensent échapper entièrement à la punition prévue pour ceux qui violent la loi, et recevoir même les honneurs et les récompenses d'une obéissance complète, tout en gardant tous les plaisirs d'une vie de péché. C'est horrible ! Les indulgences de l'Église de Rome ont-elles jamais été pires que cela ?
Examinez à fond un tel cas, et vous verrez que l'égoïsme est à la base de toute la religion qu'il contient. Cet homme était attaché au monde avant, et il est pieux maintenant ; mais il est pieux pour la même raison qu'il était attaché au monde. Le même cœur égoïste sert de fondement à l'une et à l'autre manière de vivre. Il poursuit les mêmes buts, dans le même esprit ; son caractère moral reste inchangé. Il prie, peut-être ; mais si c'est le cas, il demande à Dieu de faire de grandes choses pour lui, pour servir ses propres buts égoïstes. Il n'a pas la moindre idée de se remettre entre les mains de Dieu pour servir ce qui compte pour Dieu, au point d'être désormais en parfait accord de cœur avec lui, de ne désirer et de ne chercher que ce qui compte pour Dieu, et de n'avoir absolument aucun autre intérêt à servir que ceux de Dieu.
Pour illustrer ce point, supposons qu'un père dise à ses enfants : « Je vous donnerai mes biens si vous travaillez avec moi et si vous faites vraiment de mes intérêts les vôtres ; si vous ne voulez pas le faire, je vous déshériterai. » Certains enfants peuvent voir cette offre de façon parfaitement égoïste et se dire : « Je vais en faire juste assez pour mon père, pour avoir son argent ; je vais lui faire croire que je me dévoue entièrement à ses intérêts, et j'en ferai juste assez pour être sûr d'avoir la récompense promise ; mais pourquoi en ferais-je davantage ? »
Ou prenons le cas d'un gouvernement humain qui offre des récompenses à ceux qui ont enfreint la loi, à condition qu'ils reviennent à l'obéissance. Le vrai sens de cette offre va jusqu'à leur demander de se donner sincèrement, de tout leur cœur, au plus grand bien du gouvernement. Mais ils peuvent voir les choses de façon entièrement égoïste, et décider d'accepter la proposition juste assez pour obtenir les récompenses, et uniquement pour les récompenses. Celui qui gouverne veut et attend qu'ils soient vraiment de cœur avec lui, qu'ils lui veuillent sincèrement du bien ; si c'était le cas, il aimerait les récompenser très largement ; mais comment pourrait-il être satisfait d'eux s'ils sont entièrement égoïstes ?
Or un homme peut être aussi égoïste quand il prie que quand il vole, et même bien plus coupable ; car il peut se moquer de Dieu plus gravement encore, et essayer, avec encore moins de respect, d'acheter le Tout-Puissant pour qu'il serve ses propres buts égoïstes. Comme s'il s'imaginait pouvoir faire de Celui qui sonde les cœurs son propre instrument ! Il peut avoir l'insolence d'essayer de l'amener à faire son jeu, et ainsi le provoquer très gravement en face.
Mais le texte affirme que « le cœur des hommes est pleinement décidé en eux à faire le mal ». Certains d'entre vous pensent peut-être autrement ; vous ne croyez pas à une telle corruption du cœur. « Oh, dit cette mère attendrie, je pense que ma fille est favorable à la religion. » « Pensez-vous qu'elle soit convertie ? » « Oh non, pas convertie, mais je pense qu'elle est bien disposée ; elle voit la religion d'un bon œil. » « Répond-elle à ce que Dieu lui demande, comme une amie de son gouvernement et de son honneur ? » « Ça, je ne peux pas le dire. » Demandez-lui de se repentir, et que dit-elle ? Elle vous dira qu'elle ne peut pas.
Comme c'est frappant : vous pouvez parcourir tous les milieux de la société, vous rencontrerez presque partout cette même attitude. Le pécheur dit : « Je ne peux pas me repentir, je ne peux pas croire. » Qu'est-ce qui ne va pas ? Où est le problème ? Allez voir cette jeune fille qu'on croit si favorable à la religion : elle est si aimable et si douce qu'elle ne supporte pas de voir quelqu'un souffrir ; mais attention : présentez-lui ce que Dieu lui demande, et que dit-elle ? « Je ne peux pas ; non, je ne peux obéir à Dieu sur aucune de ses exigences. Je ne peux pas me repentir de mon péché », dit-elle. Mais qu'est-ce donc que se repentir, pour que cette aimable jeune femme, si favorable à la religion par ailleurs, en soit incapable ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Dieu est-il si déraisonnable dans ses exigences qu'il vous impose des choses absolument impossibles à faire ? Ou bien vous souciez-vous si peu de ce qu'il ressent, et si peu de la vérité, que, pour vous justifier vous-même, vous êtes prête à l'accuser de la plus criante injustice, en laissant entendre, faussement, que tous les torts sont de son côté et aucun du vôtre ? Est-ce là un trait de caractère bien aimable chez vous ? Est-ce là une de vos preuves que le cœur humain n'est pas pleinement décidé à faire le mal ?
Vous ne pouvez pas vous repentir et aimer Dieu ! Vous trouvez tout à fait impossible de vous décider à servir Dieu et à lui plaire !
Qu'est-ce qui ne va pas ? Ne voyez-vous pas assez de raisons de donner votre cœur à Dieu ? Pas de raisons ? Le ciel, la terre et l'enfer peuvent tous s'unir pour déverser sur vous leurs raisons de craindre et d'aimer Dieu, et pourtant vous ne pouvez pas ! Pourquoi ? Parce que votre cœur est pleinement décidé, au-dedans de vous, à faire le mal plutôt que le bien. Vous êtes entièrement voué à vous faire plaisir à vous-même. Jésus peut vous supplier, vos amis peuvent vous supplier ; le ciel et l'enfer peuvent unir leurs voix pour vous supplier ; toutes les raisons qui peuvent toucher le cœur, venant de la raison, de la conscience, de l'espérance et de la crainte, des anges et des démons, de Dieu et des hommes, peuvent défiler longuement devant votre esprit comme une armée étincelante ; mais hélas ! votre cœur est si pleinement décidé à faire le mal qu'aucune raison de changer ne peut vous ébranler. Qu'est-ce que ce « je ne peux pas » ? Ni plus ni moins qu'un immense « je ne veux pas » !
Cette aimable jeune femme soutient qu'elle n'est pas bien corrompue. Oh non, pas elle. Elle ne volerait pas ! C'est vrai, son égoïsme prend une forme très tendre et très délicate. Elle a une sensibilité débordante ; elle ne supporte pas de voir un chaton en détresse ; mais que lui importent les droits de Dieu ? Que lui importent les droits de Jésus-Christ ? Que lui importe ce que Dieu ressent ? Que lui importent les sentiments et la compassion du Fils de Dieu crucifié ? Rien du tout. Alors, que vaut toute sa tendre sensibilité ? Les colombes et les chatons en ont encore plus qu'elle. Elle a sans doute beaucoup d'attachements tendres, mais ils sont tous sous la coupe d'un cœur parfaitement égoïste.
Notre mère Ève, elle aussi, était très aimable. En fait, elle était vraiment pieuse avant de pécher, et Adam pensait sans doute qu'on pouvait lui faire confiance en toutes circonstances ; mais voyez quelle terrible chute ! Ses filles font de même. En livrant leur cœur à un égoïsme raffiné, elles repoussent les droits les plus justes de Dieu, et les voilà tombées !
Parcourez ainsi tous les milieux de la société, et vous verrez la même chose. Allez sur le navire des pirates : le capitaine est armé jusqu'aux dents et a le feu de l'enfer dans les yeux ; demandez-lui d'accepter le Sauveur qu'on lui offre et de se repentir de ses péchés, et il vous fera exactement la même réponse que cette aimable jeune fille : il ne peut pas se repentir. Son cœur, à lui aussi, est si pleinement décidé à faire le mal qu'il n'arrive pas à se décider à quitter ses péchés pour se tourner vers Dieu.
Oh, cet horrible engagement du cœur à faire le mal ! C'est la seule raison pour laquelle le Saint-Esprit est nécessaire pour changer le cœur du pécheur. Sans cela, vous n'auriez pas plus besoin du Saint-Esprit qu'un ange de lumière. Oh, comme le cœur du pécheur est terriblement dressé contre Dieu ! Juste au moment où les droits de Dieu entrent en jeu, il semble avoir une force presque toute-puissante pour s'opposer et résister ! Les raisons que donne la vérité peuvent déferler comme des vagues hautes comme des montagnes et venir frapper son cœur de fer : voyez comme il se raidit de toutes ses forces pour tenir tête à Dieu ! À quoi ne résisterait-il pas plutôt que de soumettre sa volonté à Dieu !
Ce texte contient aussi autre chose, qui apparaît en passant, supposé mais pas affirmé : c'est que les pécheurs sont déjà sous le coup d'une sentence. Le texte dit : « Parce qu'une sentence contre les mauvaises actions ne s'exécute pas promptement », ce qui suppose que la sentence est déjà prononcée et n'attend plus que le moment fixé pour être exécutée. Vous qui avez assisté à des procès, vous savez qu'après le jugement et la déclaration de culpabilité vient la sentence. Le coupable prend place sur le banc des accusés. Le juge se lève ; tout est silencieux comme la mort ; il reprend l'affaire, et arrive bientôt à la conclusion solennelle : « Ce tribunal vous a reconnu coupable du crime dont vous êtes accusé, et vous allez maintenant entendre votre sentence. » Puis la sentence est prononcée.
Après ce moment solennel, l'exécution est généralement remise à plus tard, pour une durée plus ou moins longue selon les circonstances. Le but peut être de donner au condamné l'occasion d'obtenir une grâce, ou, s'il n'y a aucun espoir de ce côté-là, de lui laisser au moins quelques jours ou quelques semaines pour réfléchir sérieusement et faire la paix de son âme avec Dieu. Voilà pourquoi l'exécution est d'habitude retardée. Mais une fois la sentence prononcée, l'affaire est entièrement tranchée. Aucun nouveau doute sur sa culpabilité ne peut plus venir changer quoi que ce soit ; le seul espoir qui reste, c'est la possibilité d'une grâce. La terrible sentence scelle son sort, à moins qu'il ne soit possible d'obtenir sa grâce. Cette sentence, comme elle s'enfonce dans le cœur du coupable ! « Vous allez maintenant, dit le juge, être reconduit à l'endroit d'où vous venez, pour y être gardé enchaîné, sous étroite surveillance, jusqu'au jour fixé ; puis vous serez sorti de votre prison entre dix heures et midi, selon le cas, et pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et que Dieu ait pitié de votre âme ! » La sentence est maintenant prononcée ; le tribunal a fait son travail ; il ne reste plus au shérif qu'à faire le sien, en exécutant ce que la justice a décidé, et la terrible scène se termine.
C'est ainsi que la Bible présente la situation du pécheur. Il est sous le coup d'une sentence, mais sa sentence n'est pas exécutée tout de suite. Un sursis lui est accordé. Le gouvernement de Dieu n'a besoin ni de tribunal ni de jury ; la loi elle-même dit : « L'âme qui péchera, celle-là mourra » (Ézéchiel 18,4) ; et encore : « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire » (Galates 3,10). Ainsi, l'ordre même de la loi contient la sentence de la loi contre chaque pécheur : une sentence à laquelle on ne peut pas échapper, et dont rien ne peut dispenser, sauf une grâce. Quelle situation pour le pécheur !
Mais considérez maintenant un autre fait étrange. Parce que la sentence n'est pas exécutée tout de suite ; parce que l'exécution est un peu retardée ; parce que la miséricorde obtient pour le coupable condamné un sursis de quelques jours, afin que la punition ne suive pas le crime de trop près, à cause de cela, « le cœur des fils de l'homme est pleinement décidé en eux à faire le mal ». Comme c'est stupéfiant ! Quelle façon de déformer et de détourner l'intention pleine de grâce du Roi, qui accorde un petit sursis au lieu d'une exécution immédiate !
Voyons ce que cela donnerait dans le cas d'un ami ou d'un voisin. Il a commis un crime terrible ; il est arrêté, jugé, déclaré coupable, condamné, remis au shérif en attendant le jour et l'heure de son exécution. Le juge lui dit : « Je retarde l'exécution pour que vous ayez l'occasion d'obtenir une grâce du gouverneur. Je vous assure que le gouverneur est un homme plein de compassion ; il aime accorder des grâces ; il en a déjà accordé des milliers ; si vous renoncez à votre esprit de révolte, il vous pardonnera tout, de grand cœur. Je vous en supplie donc, n'essayez surtout pas de vous justifier ; ne pensez pas échapper à la mort autrement qu'en vous en remettant à sa miséricorde ; ne vous imaginez pas qu'il puisse y avoir un autre refuge. »
Supposons maintenant que cet homme se mette à dire : « Je n'ai rien fait, absolument rien. Je suis simplement un martyr de la vérité et de la justice ! En tout cas, je n'ai rien fait de bien grave, rien qu'un gouvernement devrait relever. Je ne crois pas que je serai condamné (cet homme est déjà condamné !). Je vivrai aussi longtemps que le meilleur d'entre vous. » Il se met donc à chercher des excuses. Il s'y prend comme s'il préparait son procès, et comme s'il s'attendait à prouver son innocence devant le tribunal. Pire encore, il se met peut-être à combattre et à maudire le gouvernement, à insulter ses lois et ses agents, ne trouvant rien d'assez mauvais à dire contre eux, se laissant aller à l'opposition la plus scandaleuse, injuriant ceux-là mêmes dont la miséricorde a épargné sa vie, qu'il avait pourtant perdue ! Comme tout le monde serait choqué de voir un cas pareil : un homme qui foulerait aux pieds toute décence au point de se mettre à injurier le gouvernement dont il vient de violer les lois justes, et dont il a ensuite abusé de la clémence de la façon la plus scandaleuse ! Et pourtant, ce texte affirme que c'est exactement le cas du pécheur, et tout ce qu'on observe le confirme. Vous l'avez vu se jouer des milliers de fois ; vous pouvez regarder en arrière et le voir dans votre propre vie. Vous savez que tout cela est vrai, terriblement, effroyablement vrai.
Si, cette nuit, il vous était révélé d'une manière frappante et terrible que votre âme est condamnée, vous seriez foudroyé. Vous ne croyez pas la simple déclaration de l'Éternel telle qu'elle est écrite dans les pages de la Bible. Vous vous dites sans cesse : « Je ne serai pas condamné à la fin ; je vais continuer à prendre le risque. J'oserai encore mettre sa patience à l'épreuve. Je ne crois pas du tout qu'il m'enverra en enfer. En tout cas, je vais tenter ma chance encore un moment, et je ferai demi-tour plus tard, si je vois que c'est vraiment préférable ; mais pour l'instant, pourquoi aurais-je peur de m'engager de tout mon cœur sur le chemin que Dieu a défendu ? »
Où trouverez-vous quelque chose de comparable à une telle méchanceté ? Pensez seulement à cet endurcissement moral qui peut abuser des plus riches bontés de Dieu, qui peut dire froidement : « Dieu est si bon que je vais abuser de lui tant que je pourrai ; Dieu m'aime tant que je vais continuer, sans crainte, à l'insulter, et à détourner sa patience pour m'endurcir le plus possible dans le péché et la révolte. »
Que chaque pécheur le remarque : le jour de l'exécution est réellement fixé ; Dieu ne le laissera pas passer. Quand il arrivera, il n'y aura plus aucun délai. Si Dieu attend, ce n'est pas parce qu'il doute de la justice de la sentence, ni parce que son cœur hésite devant sa terrible exécution ; c'est seulement pour employer des moyens auprès de vous et voir s'il ne peut pas vous persuader d'accepter sa miséricorde. C'est tout ; c'est la seule raison pour laquelle le jugement tarde depuis si longtemps et pour laquelle l'épée de la justice ne vous a pas abattu depuis longtemps.
Voici un autre fait curieux. Non seulement Dieu a retardé l'exécution, mais il a prévu, à un prix immense, un moyen de faire grâce sans danger. Vous le savez, faire grâce est par nature une chose dangereuse : on risque tellement d'affaiblir la force de la loi, et d'encourager les hommes à la fouler aux pieds dans l'espoir de rester impunis. Mais Dieu a donné un témoignage glorieux en faveur de la loi, qui montre qu'il a à cœur de la maintenir à n'importe quel prix. Il ne pouvait pas pardonner le péché avant que sa loi, blessée et insultée, soit honorée devant tout l'univers. Ayant fait tout cela par le sacrifice de son propre Fils au Calvaire, il peut pardonner sans craindre les conséquences, à la seule condition que chaque candidat au pardon commence par se repentir.
Maintenant donc, le cœur miséricordieux de Dieu est grand ouvert, et aucune crainte des mauvaises conséquences d'un pardon gratuit ne vient gêner l'exercice de sa miséricorde. Avant le sacrifice de Christ, la Justice se tenait là, l'épée levée, réclamant vengeance contre les coupables ; mais par le sang versé à notre place, Dieu a sauvé sa loi du danger : il l'a relevée de sous le pied impie de celui qui la violait, il l'a placée bien haut, en sûreté et dans la gloire ; et maintenant, il ouvre toute grande la porte bénie de la miséricorde. Maintenant, il vient en la personne de son Esprit et vous invite à entrer. Il vient jusqu'à votre cœur, jusque dans votre chambre, pécheur, pour vous offrir le pardon le plus gratuit qui soit pour tous vos péchés. Entendez-vous ce léger coup frappé à votre porte ? « Voici, je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi » (Apocalypse 3,20). Regardez ces mains. N'ont-elles pas été percées ? Connaissez-vous ces mains ? Savez-vous où elles sont allées pour être clouées de part en part ? Voyez ces cheveux mouillés de rosée. Ah, combien de temps sont-ils restés dehors, à attendre que la porte s'ouvre ! Qui est-ce qui vient ? Est-ce le shérif de la justice ? Est-il venu avec ses hommes armés pour vous traîner à l'exécution ? Oh non, non ; c'est Quelqu'un qui vient avec la coupe de la miséricorde dans les mains ; il s'approche de la porte de votre prison, les yeux mouillés de larmes de compassion, et, à travers les barreaux de votre grille, il tend cette coupe de miséricorde à vos lèvres desséchées. Voyez-vous ce visage, plus défiguré que celui d'aucun homme ? Et vous n'en êtes que plus décidé à faire le mal ? Ah, jeune homme ! Hélas, jeune femme ! Est-ce là l'état de votre cœur envers le Dieu de miséricorde ? Où trouver une faute comparable ? Peut-on en trouver une pareille ailleurs dans l'univers que dans ce monde devenu fou ?
Ce qui se passe sur la terre doit éveiller au ciel un intérêt extraordinaire. Les anges désirent plonger leurs regards dans ces choses. Oh, comme l'univers entier regarde avec une curiosité émerveillée ce que Christ a fait, et comment les pécheurs pour qui il a tout souffert et tout fait répondent à son amour étonnant ! Quand ils vous voient décider d'autant plus fermement de faire le mal, ils reculent, épouvantés devant une méchanceté sans pareille ! Que peut-on faire pour de tels pécheurs, sinon les abandonner à la folie qu'ils ont choisie et au sort qui l'accompagne ?
Dieu n'a pas d'autre choix. Si vous voulez abuser de lui, il doit appliquer sa loi et sa terrible sentence de mort éternelle. Supposons qu'il s'agisse d'un gouvernement humain et que des faits semblables se produisent : qui ne voit que ce gouvernement ferait aussi bien d'abdiquer tout de suite plutôt que de renoncer à punir ? C'est pareil pour Dieu. Même s'il ne prend aucun plaisir à la mort du pécheur, et même s'il ne vous fera jamais mourir parce que cela lui plairait, comment pourrait-il faire autrement qu'appliquer sa loi, s'il veut la maintenir ? Et comment pourrait-il se justifier s'il manquait à la maintenir ? Allez-vous lui tenir tête, en vous flattant qu'il n'exécutera pas sa terrible sentence contre vous ? Oh, pécheur, il est impossible que vous dépassiez le moment fixé sans que la sentence soit exécutée. Les lois humaines peuvent ne pas être appliquées ; les lois de Dieu, jamais ! Et qui donc a dit des pécheurs : « leur jugement, dès longtemps, ne demeure pas oisif, et leur destruction ne sommeille pas » (2 Pierre 2,3) ?
Remarques.
1. Permettez-moi de demander à ceux qui se disent chrétiens : pensez-vous croire ces vérités ? Supposons qu'il y ait ici, dans cette salle, un père et une mère, et que vous ayez un enfant dont vous savez et reconnaissez qu'il est condamné à mort. Vous ne savez pas si ce n'est pas aujourd'hui même, à cette heure même, qu'il doit être exécuté. Que ressentez-vous ? Le fait de savoir et de croire cela trouble-t-il votre repos ? Or, d'après ce que vous croyez, le cas de votre enfant est infiniment plus grave que cela.
Une mort éternelle en enfer, vous le savez, doit être bien plus terrible que n'importe quelle exécution publique sur la terre. Si votre propre fils devait être exécuté sur la terre, que ressentiriez-vous ? Vous dites croire qu'il est sous le coup d'une sentence bien plus terrible, celle de l'enfer : que ressentez-vous en réalité ?
Mais développons un peu ce cas. Imaginez ce père et cette mère âgés. Leur fils est parti en mer il y a des années. Depuis longtemps, ils ne l'ont pas vu et n'ont même pas eu de ses nouvelles. Que de fois leur esprit inquiet a pensé à lui ! Ils ne savent pas ce qu'il devient, mais ils craignent le pire. Ils avaient des raisons de savoir que ses principes n'étaient pas bien solides quand il a quitté la maison, et ils ont peur qu'il soit tombé dans des fréquentations de plus en plus mauvaises, au point d'être peut-être devenu un malfaiteur endurci. Pendant qu'ils parlent de tout cela, et qu'ils fouillent de temps en temps tous les journaux qu'ils peuvent trouver pour y découvrir, s'ils le peuvent, quelque indice sur ce qu'est devenu leur fils, soudain la sonnette de la porte retentit ; un messager entre et remet une lettre ; le vieux père la prend, brise le cachet, lit un mot et, tout à coup, s'effondre dans son fauteuil ; la lettre lui tombe des mains ; oh, il ne peut pas la lire ! La mère s'étonne, demande ce qui se passe ; elle se précipite et saisit la lettre tombée ; elle lit un mot et son cœur se brise de douleur. Qu'est-ce qui se passe ? Leur fils est condamné à mort, et il leur fait demander si son père et sa mère peuvent venir le voir avant qu'il meure. Au petit matin, ils sont partis. Les voisins, pleins de compassion, se rassemblent autour d'eux ; tous sont tristes, car c'est une chose douloureuse et ils la ressentent vivement. Les parents se hâtent vers la prison et apprennent les détails de cette triste affaire. Ils voient tout de suite qu'il ne peut y avoir aucun espoir de libération, sauf par une grâce. Le gouverneur habite tout près ; ils courent chez lui ; mais, malheureusement pour eux, ils le trouvent sévère et inflexible. Le cœur battant, la poitrine écrasée par un poids douloureux, ils supplient et supplient encore, mais tout semble inutile. Il leur dit : « Votre fils a été si méchant et a commis de tels crimes qu'il doit être pendu. Le bien de la nation l'exige, et je ne peux pas laisser mes sentiments l'emporter sur mon sens de la justice et sur ma conviction de ce qu'exige le bien public. » Mais les parents, dans leur angoisse, ne peuvent pas lâcher prise. Oh, quel combat dans leur esprit ! Comme cette affaire leur brûle le cœur ! Enfin, la mère éclate : « Monsieur, êtes-vous père ? Avez-vous un fils ? » « Oui, un fils. » « Où est-il ? » « Parti en Californie. » « Depuis combien de temps n'avez-vous pas eu de ses nouvelles ? Et si lui aussi venait à tomber ! Et si vous ressentiez des douleurs comme les nôtres, et que vous deviez pleurer un fils tombé ! » Le gouverneur se découvre père. Toute la tendresse cachée d'un cœur de père se réveille en lui. Il appelle son secrétaire particulier et lui dit : « Préparez une lettre de grâce pour leur fils ! » Oh, quel flot d'émotion ils laissent alors déborder !
Tout cela est très naturel. Personne ne trouve cela étrange.
Mais, juste en face de cela, voyez le cas du pécheur condamné à un enfer éternel. Si les oreilles de votre esprit étaient ouvertes, vous entendriez rouler les roues du char : le grand Juge qui vient sur son char de tonnerre ; vous verriez l'épée de la Mort briller dans les airs, prête à abattre le pécheur endurci. Mais écoutez ce père, qui se dit chrétien, prier pour son fils impie. Il pense qu'il devrait prier pour lui une ou deux fois par jour ; alors il commence ; mais hélas, il a presque oublié son sujet. Il sait à peine pour quoi il prie, et il n'y pense guère. Dieu dit : « Priez pour votre fils qui va mourir ! Élevez vos cris pour lui pendant que la miséricorde attend encore et qu'on peut encore trouver le pardon. » Mais hélas ! où sont les parents chrétiens qui prient comme on prie pour un fils condamné qui sera bientôt exécuté ? Ils disent qu'ils croient la Bible, mais la croient-ils vraiment ? Agissent-ils comme s'ils croyaient seulement la moitié de ses terribles vérités sur les pécheurs condamnés, prêts à descendre dans un enfer éternel ? Et pourtant, remarquez-le : dès qu'ils se réveillent spirituellement, comme ils ressentent les choses ! Et comme ils agissent !
Qu'est-ce qui ne va pas chez ce chrétien de nom qui n'a aucun esprit de prière et aucune puissance auprès de Dieu ? C'est un incroyant ! Comment ! Dieu dit que son fils est condamné à mort, que l'ange de la mort peut venir dans l'heure qui vient l'abattre dans sa culpabilité et son péché, et envoyer aussitôt son âme en enfer ; et le père ou la mère ne ressentent rien ! Ce sont des incroyants ; ils ne croient pas ce que Dieu a dit.
2. Faisons encore une autre supposition. Ces parents affligés sont allés chez le gouverneur ; ils ont déversé devant lui leur douleur et ont fini par arracher une grâce à ses mains sévères. Ils sortent de chez lui en courant vers la prison, si heureux qu'ils touchent à peine le sol ; en approchant, ils entendent des chants joyeux, et ils se disent : « Comme notre fils doit souffrir d'être au milieu de compagnons et de scènes si peu faits pour lui, si contraires à ce qu'il ressent ! » Ils rencontrent le shérif. « Qui est-ce, demandent-ils, qui peut chanter si joyeusement dans une prison ? » « C'est votre propre fils. Il ne s'imagine pas du tout qu'il sera exécuté ; il jure qu'il mettra le feu à la maison du gouverneur ; vraiment, il montre un esprit tout à fait résolu, comme si son cœur était pleinement décidé à faire le mal. » « Ah, disent-ils, c'est désolant ; mais nous pouvons dompter son cœur méchant et orgueilleux. Nous allons lui montrer la grâce et lui dire ce que ressent le gouverneur. Nous sommes sûrs que cela le fera plier. Il ne pourra pas résister à tant de bonté et de compassion. »
Ils arrivent à la porte ; on les laisse entrer, et ils lui montrent la grâce. Ils lui disent combien elle leur a coûté et combien le gouverneur est ému de son cas. Il la saisit, la déchire en morceaux et la piétine ! « Oh, disent-ils, il doit avoir perdu la raison ! » Mais supposons que ce ne soit que la corruption de son cœur, et qu'ils finissent par le voir et par comprendre que c'est bien le cas. « Hélas, s'écrient-ils, c'est le pire de tout ! Quoi ! il ne veut pas être gracié, il ne veut pas être sauvé ! C'est pire que tout le reste. Eh bien, il nous faut rentrer dans notre maison désolée. Nous en avons fini avec notre fils ! Nous avons obtenu sa grâce avec nos larmes, mais il n'en veut pas. Il n'y a plus rien que nous puissions faire. »
Ils s'en vont tristement, sans même avoir le cœur de lui dire adieu. Ils rentrent chez eux doublement attristés : il mérite de mourir pour ses premiers crimes, et aussi pour un crime plus grand encore, celui d'avoir refusé la grâce qu'on lui offrait.
Le jour de l'exécution arrive ; le shérif est là pour faire son devoir ; il emmène le condamné de la prison au lieu de l'exécution ; la foule se presse autour et suit tristement. Soudain, un messager accourt et dit au condamné : « Vous avez déchiré une grâce, mais en voici encore une ; voulez-vous l'accepter ? » Avec un mépris orgueilleux, il repousse même cette dernière offre de grâce ! Et maintenant, de quel côté vont les sentiments de tout le pays ? Les gens disent-ils : « Comme c'est cruel de pendre un jeune homme, et pour un crime pareil, si peu de chose » ? Ah non, pas du tout. Ils voient bien qu'il faut une loi et une justice ; ils savent qu'une loi outragée à ce point doit pouvoir se faire respecter par l'exécution du coupable. Et maintenant, le shérif annonce : « Plus que quinze minutes à vivre » ; et même ces minutes-là, il les passe à insulter le gouverneur et à outrager la majesté de la loi.
L'heure terrible arrive, et sa dernière minute : la trappe s'ouvre ; il se débat une minute dans l'étreinte de la Mort, puis tout devient silencieux pour toujours ! Il est parti, et la Loi a été maintenue par la terrible exécution de sa sentence. Tout le monde sent que c'est juste. On ne peut absolument pas penser autrement. Même ses vieux parents n'ont pas un mot de plainte à prononcer. Ils approuvent ce qu'a fait le gouverneur ; ils donnent raison à la sentence. Ils disent : « Nous pensions vraiment qu'il accepterait la grâce ; mais puisqu'il ne l'a pas voulue, qu'il soit maudit ! Nous aimons un bon gouvernement, nous aimons les bienfaits de la loi et de l'ordre dans la société plus que nous n'aimons le mal et le crime. Il était bien notre fils, mais il était aussi le fils du diable ! »
Mais assistons maintenant à l'exécution de quelques-uns des pécheurs de notre propre assemblée. On vous fait appeler pour être exécuté. Nous voyons le messager ; nous entendons lire la sentence ; nous voyons que votre heure fatale est arrivée. Allons-nous nous retourner pour maudire Dieu ? Non, non ! Nous ne ferons rien de tel. Quand la trappe s'ouvrira sous vous, que vous suffoquerez, suffoquerez et mourrez, et que votre âme coupable, frappée de terreur, descendra en hurlant le long des parois de l'abîme, irons-nous nous plaindre de Dieu et de sa justice ? Non ! Pourquoi pas ? Parce que vous auriez pu obtenir miséricorde, mais vous ne l'avez pas voulu. Parce que Dieu vous a attendu longtemps, mais que votre cœur n'en est devenu que plus décidé à faire le mal. L'univers regarde et voit les faits tels qu'ils sont ; et d'une seule voix, qui résonne sous l'immense voûte du ciel, tous s'écrient : « Tu es juste et droit dans toutes tes voies, Seigneur Dieu très saint ! »
Qui dit que c'est cruel ? Quoi ! L'univers va-t-il prendre les armes contre l'Éternel ? Non. Quand l'univers sera rassemblé autour du grand trône blanc, et que la terrible sentence sera prononcée : « Allez-vous-en loin de moi, maudits » (Matthieu 25,41), ils s'en iront en foules compactes et immenses, comme si le vieil océan s'était mis à s'écouler ; ils descendront, descendront, ils s'enfonceront jusqu'au fond de leur sombre demeure ; mais les rachetés, d'un pas ferme et le cœur grave, proclameront : « La loi de Dieu est rétablie dans son droit ; la majesté outragée de la Loi et de la Miséricorde est maintenant honorée, et tout est bien ! »
Le ciel est grave, mais joyeux ; les rachetés sont graves, et pourtant ils ne peuvent que se réjouir en leur Père glorieux. Voyez ces foules immenses monter vers le ciel. Elles regardent en arrière, vers les plaines de Sodome, et voient la fumée de son incendie monter comme la fumée d'une grande fournaise. Mais elles déclarent que c'est juste, et n'ont pas un mot de plainte à prononcer.
À vous, pécheur encore vivant, j'ai ceci à dire aujourd'hui : l'heure de votre exécution n'est pas encore arrivée. Une fois encore, la main qui saigne tend la coupe de la miséricorde à vos lèvres. Réfléchissez un instant : votre Sauveur vous offre maintenant sa miséricorde. Venez, oh venez maintenant, et acceptez-la.
Que direz-vous ? « Je vais continuer dans mes péchés » ? Alors, tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'amour de Dieu est ému pour vous jusqu'au plus profond de lui-même, et que Dieu a fait, pour vous sauver, tout ce qu'il pouvait sagement faire. Le peuple de Dieu s'est intéressé à vous avec une inquiétude profonde et angoissée, et il est prêt maintenant à s'écrier : « Comment pourrions-nous les abandonner ? » Mais que pouvons-nous faire de plus ? Que peut faire de plus Dieu lui-même ? La miséricorde vous a suivi le cœur en sang et les lèvres tremblantes. Jésus lui-même a dit : « Combien de fois j'ai voulu vous rassembler, ô Jérusalem, Jérusalem ! Combien de fois j'ai voulu vous sauver, mais vous ne l'avez pas voulu ! » Jésus va-t-il vous regarder, pleurer sur vous et dire : « Si tu avais connu, toi aussi, au moins en cette tienne journée, les choses qui appartiennent à ta paix ! mais maintenant elles sont cachées devant tes yeux » (Luc 19,42) ? Oh, pécheur qui allez mourir, que direz-vous ? Votre réponse ne sera-t-elle pas : « C'en est assez ; j'ai repoussé la coupe du salut assez longtemps et assez méchamment ; vous n'avez pas besoin d'ajouter un mot. Oh, cette main qui saigne ! Ces yeux qui pleurent ! Est-il possible que j'aie résisté si longtemps à l'amour d'un Sauveur ? Je suis prêt maintenant à demander miséricorde ; et je me réjouis d'entendre que notre Dieu a un cœur de père. »
Il sait que vous avez péché gravement et lourdement, mais oh, il vous dit : « Ma compassion saigne et déborde pour vous depuis tant de jours. » Voulez-vous accepter tout de suite les conditions de la miséricorde et venir à Jésus ? Que répondez-vous ?
Supposons qu'un ange descende, vêtu de robes si pures et si blanches ; il déroule ses papiers et présente une lettre de grâce à votre nom, scellée du sang même de Jésus. Il ouvre le livre sacré, lit précisément le passage qui révèle l'amour de Dieu, et vous demande si vous voulez le croire et l'accepter. Que ferez-vous ?
Et moi, que dirai-je à mon Seigneur et Maître ? Quand je viendrai lui rendre compte de cette affaire, devrai-je témoigner que vous n'avez pas voulu écouter ? Quand Christ s'approche si près de vous, et qu'il voudrait tant vous serrer contre son cœur plein de chaleur, que ferez-vous ? Allez-vous encore répéter ce choix fatal, repousser son amour et braver sa justice outragée ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).