Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney
Sermon 4
Le Sauveur élevé sur la croix, et le regard de la foi
« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3,14-15)
« Et moi, si je suis élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi-même. Or il disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir » (Jean 12,32-33)
Pour que ce sujet soit bien clair, je vais lire le passage dont il est question, en Nombres 21,6-9 : « Et l'Éternel envoya parmi le peuple les serpents brûlants, et ils mordaient le peuple ; et, de ceux d'Israël, il mourut un grand peuple. Et le peuple vint à Moïse, et dit : Nous avons péché, car nous avons parlé contre l'Éternel et contre toi ; prie l'Éternel qu'il retire de dessus nous les serpents. Et Moïse pria pour le peuple. Et l'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant, et mets-le sur une perche ; et il arrivera que quiconque sera mordu, et le regardera, vivra. Et Moïse fit un serpent d'airain, et le mit sur une perche ; et il arrivait que, lorsqu'un serpent avait mordu un homme, et qu'il regardait le serpent d'airain, il vivait » (Nombres 21,6-9)
Voilà l'événement auquel Christ fait allusion dans notre texte.
Dans les deux cas, le but était d'empêcher des hommes de périr. La morsure du serpent, si rien n'arrête son effet, entraîne la mort du corps ; les effets du péché, s'il n'est ni pardonné ni ôté du cœur, entraînent la ruine de l'âme. Christ est élevé pour que les pécheurs qui croient en lui ne périssent pas, mais qu'ils aient la vie éternelle. Dans ce contexte, « périr » ne peut pas vouloir dire être anéanti, cesser d'exister, car ce mot doit être le contraire de la vie éternelle, et la vie éternelle est évidemment bien plus qu'une existence sans fin. Ce doit être un bonheur éternel, une vraie vie, au sens d'une joie intense. Son contraire, le malheur éternel, est désigné par le mot « périr ». On trouve souvent dans l'Écriture un état de malheur sans fin mis en opposition avec un état de bonheur sans fin.
On peut relever deux points de ressemblance entre le serpent de bronze et Christ.
1. Christ devait être élevé, comme le serpent l'avait été dans le désert. D'après le passage de Jean 12 cité plus haut, il est clair qu'il s'agit du moment où il a été élevé au-dessus de la terre, sur sa croix, lors de sa crucifixion.
2. Christ doit être présenté comme le remède au péché, tout comme le serpent de bronze était présenté comme le remède à un poison. Il n'est pas rare, dans la Bible, de voir le péché décrit comme une maladie. Contre cette maladie, Christ avait le pouvoir de guérir. Il affirmait pouvoir pardonner le péché et purifier l'âme de sa souillure morale. Sans cesse il déclarait avoir ce pouvoir, et il encourageait les hommes à compter sur lui et à venir à lui pour en recevoir les effets. Dans tout son enseignement, il veillait à se présenter lui-même comme ayant ce pouvoir, comme celui qui peut apporter le remède au péché.
En cela, le serpent de bronze était une image qui annonçait Christ. Quiconque regardait ce serpent était guéri. De même, Christ ne guérit pas seulement de la punition (et d'ailleurs l'image de la guérison s'applique moins bien à la punition), mais surtout du fait de pécher, de ce penchant du cœur qui pousse au péché. Il guérit l'âme et lui rend la santé. C'est ce que disait l'ange venu annoncer sa naissance : « Tu appelleras son nom Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Matthieu 1,21). Sa puissance est capable de laver l'âme et de la rendre pure.
Christ et le serpent ont été élevés, l'un comme l'autre, comme un remède ; et remarquons-le tout particulièrement : comme un remède complet et suffisant. Les Hébreux d'autrefois, mordus par les serpents brûlants, ne devaient pas mélanger des potions de leur invention pour aider à la guérison : il leur suffisait pleinement de lever les yeux vers le remède que Dieu lui-même avait préparé. Dieu voulait leur faire comprendre que la guérison était entièrement son œuvre à lui. Le serpent sur la perche était la seule chose extérieure liée à leur guérison ; c'est vers lui qu'ils devaient regarder, et c'est de la façon la plus simple, rien que par un regard plein d'attente, signe d'une foi toute simple, qu'ils recevaient leur guérison.
Christ doit être élevé comme un remède qui agit maintenant. Il en était de même pour le serpent. La guérison qu'il apportait alors était présente, immédiate. Elle ne demandait aucun délai.
Ce serpent était le remède choisi par Dieu. Christ l'est aussi : un remède choisi par Dieu, envoyé du ciel exprès pour cela. Il était vraiment étonnant que Dieu choisisse un serpent de bronze dans un tel but, un tel remède pour un tel mal ; et il n'est pas moins étonnant que Christ soit élevé dans l'agonie et dans le sang, comme remède à la fois contre la punition du péché et contre la force que le péché exerce sur le cœur.
Le serpent de bronze était un remède garanti par Dieu : pas une potion de charlatan comme il y en a des milliers, lancées avec des noms ronflants et des témoignages tapageurs, mais un remède préparé et présenté par Dieu lui-même, avec sa propre garantie de ses grandes vertus de guérison.
Il en est de même pour Christ. Le Père témoigne que Jésus-Christ est un remède parfaitement suffisant contre le péché.
Aujourd'hui, Jésus-Christ doit être présenté du haut de la chaire comme celui qui a été crucifié pour les péchés des hommes. Sa grande puissance pour sauver tenait à sa mort qui répare la faute.
Il ne suffit pas de le présenter du haut de la chaire : il faut aussi que cette présentation de sa personne et de son œuvre soit confirmée, et non démentie, par l'expérience de ceux qui le regardent.
Supposons qu'au temps de Moïse, on ait vu beaucoup de ceux qui avaient regardé continuer à mourir : qui aurait pu croire Moïse quand il déclarait sans réserve : « quiconque sera mordu, et le regardera, vivra » (Nombres 21,8) ? Il en est de même ici, pour l'Évangile et pour ceux qui le reçoivent. Sans aucun doute, les Hébreux avaient sous les yeux beaucoup de témoins vivants qui avaient été mordus et qui portaient encore les cicatrices de leurs blessures, mais qui avaient été guéris en regardant. Chacun de ces cas venait affermir la foi du peuple dans la parole de Dieu et dans sa puissance pour sauver. De même, Christ doit être présenté dans toute sa plénitude, et cette présentation doit être fortement confirmée par l'expérience de ses amis. Christ se présente lui-même comme quelqu'un qui est prêt à sauver et qui le veut. C'est donc cela qu'il faut montrer. Et cela doit être appuyé par le témoignage de ses témoins vivants.
Le premier point de ressemblance est le fait d'élever l'objet qu'on doit regarder ; le second est le fait même de regarder.
Les hommes regardaient le serpent en attendant que la puissance de Dieu les guérisse. Même ces hommes d'autrefois, à une époque où l'on y voyait encore assez peu clair, comprenaient que le serpent n'était qu'une image, et non la cause même de leur salut.
Il y a de même quelque chose de très frappant dans le lien entre la foi et la guérison. Prenons par exemple le cas de la femme qui souffrait d'une perte de sang. Elle avait entendu parler de Jésus, et d'une manière ou d'une autre, l'idée lui était venue que si seulement elle pouvait toucher le bord de son vêtement, elle serait guérie. Voyez-la se frayer un chemin à travers la foule, à bout de forces, pâle et tremblante ; si vous l'aviez vue, vous vous seriez peut-être écrié : « Que veut donc faire cette pauvre malade mourante ? »
Elle savait ce qu'elle essayait de faire. Enfin, sans que personne la remarque, elle arriva à l'endroit où se tenait le Saint, tendit sa main faible et toucha son vêtement. Soudain, il se retourne et demande : « Qui m'a touché ? Quelqu'un m'a touché ; qui était-ce ? » Les disciples, étonnés d'une telle question dans de telles circonstances, répondent : « La foule te presse de tous côtés, et des dizaines de gens te touchent à chaque instant ; pourquoi donc demander : Qui m'a touché ? »
En fait, quelqu'un l'avait touché avec la foi d'en être guéri, et il savait que la force qui guérit était sortie de lui pour aller vers un cœur qui croyait. Quelle belle image de la foi toute simple ! Et quel lien merveilleux entre la foi et la guérison !
C'est exactement ainsi que les Hébreux recevaient cette merveilleuse puissance de guérison, simplement en regardant vers le serpent de bronze. Sans doute était-ce pour eux un grand mystère, mais ce n'en était pas moins un fait. Qu'ils regardent : le regard apporte la guérison, même si aucun d'eux ne peut dire comment la force qui guérit arrive jusqu'à lui. De même, nous devons vraiment regarder vers Christ, et en regardant, recevoir la puissance qui guérit. Peu importe que nous comprenions mal comment ce regard agit pour nous donner le remède au péché.
Regarder vers Jésus implique que nous détournions le regard de nous-mêmes. Il ne faut pas mélanger des remèdes de charlatan avec le grand remède. Cette façon de faire échoue toujours. Des milliers de gens échouent justement de cette manière : ils essaient sans cesse d'être guéris en partie par leurs propres œuvres, stupides et obstinées, et en partie par Jésus-Christ. Il ne faut regarder ni vers l'homme, ni vers rien de ce que l'homme fait, ni vers l'aide de l'homme. Il faut compter uniquement sur Christ, et sur lui seul. Et ce qui est vrai pour le pardon l'est aussi pour la sanctification, c'est-à-dire le fait de devenir saint. Elle aussi se fait par la foi en Christ. C'est seulement par la foi, et grâce à elle, que vous recevez cette influence divine qui rend l'âme sainte, l'Esprit de Dieu ; et c'est lui, dans l'une de ses manières d'agir, qui était la puissance qui guérissait les Hébreux dans le désert.
Regarder vers Christ implique de détourner le regard de nous-mêmes, en ce sens que nous ne comptons pas du tout sur nos propres œuvres pour obtenir la guérison que nous désirons, pas même sur les œuvres de la foi. Le regard se tourne vers Christ seul, notre remède tout-puissant, parfaitement suffisant, et présent dès maintenant.
Les chrétiens ont sans cesse tendance à compter sur ce qu'ils font eux-mêmes, et non sur une foi toute simple en Christ. La femme qui souffrait d'une perte de sang semble avoir lutté pendant de longues années pour trouver un soulagement avant de venir à Christ ; elle avait sûrement essayé les remèdes de tout le monde, et en plus poussé sa propre ingéniosité jusqu'au bout, mais rien n'y avait fait. Enfin, elle entendit parler de Jésus. On disait qu'il faisait beaucoup d'œuvres merveilleuses. Elle se dit en elle-même : « Ce doit être le Messie promis, celui qui devait porter nos maladies et guérir tous les maux des hommes. Oh, que je coure vers lui, car si seulement je touche le bord de son vêtement, je serai guérie. » Elle ne s'arrêta pas pour raisonner sur la manière dont la guérison se ferait ; elle ne s'appuyait sur les théories de personne, et n'en avait aucune à elle ; elle se dit simplement : « J'ai entendu parler de quelqu'un qui est puissant pour sauver, et je cours vers lui. »
Il en est de même pour la guérison de nos péchés. Désespérant de trouver aucun secours en nous-mêmes ou dans aucun autre nom que celui de Christ, et sûrs qu'il y a en lui la force d'accomplir la guérison, nous l'attendons de lui et nous venons à lui pour l'obtenir.
Plusieurs fois, ces dernières années, des personnes sont venues me poser cette question : « Est-ce que je peux, d'une manière ou d'une autre, être sauvé de mes péchés, réellement sauvé, au point de ne plus retomber dans les mêmes péchés, face aux mêmes tentations ? » Je leur ai répondu : « Avez-vous déjà essayé de regarder vers Jésus ? » « Oh oui. »
« Mais vous attendiez-vous à être réellement sauvé du péché en regardant vers Jésus, et à être rempli de foi, d'amour et de sainteté ? » « Non, je ne m'attendais pas à cela. »
Supposons maintenant qu'un homme ait regardé le serpent de bronze juste pour voir, pour faire une expérience. Il n'a aucune foi en ce que Dieu dit de la guérison par le regard, mais il a envie d'essayer. Il va regarder un peu, en surveillant ce qu'il ressent pour voir l'effet que cela lui fait. Il ne croit pas la parole de Dieu ; mais comme il n'est pas absolument certain qu'elle soit fausse, il veut bien daigner l'essayer. Ce n'est pas du tout regarder au sens de notre texte. Cela n'aurait pas guéri l'Israélite mordu ; cela ne peut pas guérir le pauvre pécheur. Il n'y a là aucune foi.
Les pécheurs doivent regarder vers Christ à la fois avec le désir et avec l'intention d'être sauvés. Le salut est le but pour lequel ils regardent.
Supposons que quelqu'un ait regardé vers le serpent de bronze sans aucune envie ni aucune intention d'être guéri. Cela ne pouvait lui faire aucun bien. Et cela ne peut faire aucun bien aux pécheurs de penser à Christ autrement que comme un Sauveur, et un Sauveur pour leurs propres péchés.
Les pécheurs doivent regarder vers Christ comme le remède à tout péché. Vouloir faire une exception, en épargnant certains péchés tout en acceptant d'en abandonner d'autres, montre une vraie révolte du cœur, et cela ne peut jamais tromper Celui qui voit tout. Il ne peut pas y avoir de sincérité dans un cœur qui ne se propose de chercher à être délivré du péché qu'en partie.
Les pécheurs peuvent regarder vers Christ tout de suite, sans le moindre délai. Ils n'ont pas besoin d'attendre d'être presque morts de leur maladie. Pour l'Israélite mordu, il ne servait à rien d'attendre et de repousser le moment de regarder le serpent jusqu'à ce qu'il se trouve aux portes de la mort. Il aurait pu dire : « Je suis bien mordu, c'est clair, mais je ne vois pas encore que cela enfle beaucoup ; je ne sens pas le poison se répandre dans mon corps ; je ne peux pas encore regarder, car mon cas n'est pas encore assez désespéré ; je ne pourrais pas espérer émouvoir la pitié du Seigneur dans l'état où je suis, il faut donc que j'attende. » Je le dis : un tel délai n'était alors ni nécessaire ni utile. Et il n'est pas plus nécessaire ni plus utile aujourd'hui dans le cas du pécheur.
Nous devons regarder vers Christ pour recevoir des bienfaits qui sont promis, non pas aux œuvres, mais à la foi. C'est étonnant de voir combien d'erreurs on commet sur ce point. Beaucoup veulent absolument qu'il y ait d'abord une grande angoisse intérieure, de longs jeûnes, beaucoup de larmes amères et de grands cris pour implorer la pitié, avant de pouvoir espérer être délivré. Ils ne semblent pas comprendre que toutes ces manifestations de chagrin et de détresse ne servent absolument à rien, parce qu'elles ne sont pas la foi toute simple, ni une partie de la foi, ni même une aide pour arriver à la foi ; et qu'elles ne sont en aucune façon nécessaires pour toucher le cœur du Sauveur. C'est exactement comme si, pendant le fléau des serpents dans le désert, des hommes s'étaient creusé la tête pour fabriquer des remèdes de charlatan : préparer des emplâtres et des pommades, et soumettre le corps à des saignées, des purges et des remèdes pour purifier le sang. Tout ce traitement ne pouvait servir à rien ; il n'y avait qu'une seule guérison efficace, et si un homme était mordu et le savait, c'était la seule préparation nécessaire pour qu'il regarde, comme on le lui avait dit, afin d'être guéri.
Il en est de même pour le pécheur. S'il est pécheur et qu'il le sait, c'est là toute sa préparation, tout ce qui le rend apte à venir à Jésus. Cela ne lui sert à rien de chercher à fabriquer des recettes de charlatan et de mélanger des remèdes de son invention avec le grand Remède que Dieu a préparé. Pourtant, dans la vie religieuse, on a sans cesse tendance à faire exactement cela : à préparer une multitude infinie et variée de remèdes spirituels de charlatan, et à compter sur eux. Voyez ce pécheur. Comme il peine et se tourmente ! Il remuerait ciel et terre pour accomplir son propre salut, à sa manière, à son propre honneur, par ses propres œuvres. Voyez comme il s'épuise dans la multitude de ses inventions ! D'habitude, avant d'arriver à la foi toute simple, il se retrouve enfoncé dans la boue profonde du désespoir. « Hélas, s'écrie-t-il, il ne peut pas y avoir d'espoir pour moi ! Oh, mon âme est perdue ! »
Mais enfin, une lueur de pensée perce l'épaisse obscurité : « Peut-être que Jésus peut m'aider ! S'il le peut, alors je vivrai, mais pas autrement, car il n'y a sûrement aucun secours pour moi en dehors de lui. » Le voilà dans son désespoir, courbé par la lassitude de son âme, épuisé par ses vains efforts pour s'en sortir par d'autres moyens. Maintenant il pense au secours qui vient d'en haut. « Je ne peux rien faire d'autre que me jeter tout entier, avec tout mon désespoir, sur Jésus-Christ. Va-t-il m'accueillir ? Peut-être que oui ; et cela me suffit. » Il réfléchit encore un peu : « Peut-être, oui, peut-être qu'il m'accueillera ; et même plus, je pense qu'il le fera, car on me dit qu'il l'a fait pour d'autres pécheurs. Je pense qu'il le fera ; oui, je sais qu'il le fera ; et voici mon cœur coupable ! Je vais lui faire confiance ; oui, même s'il me fait mourir, je me confierai en lui ! »
Est-ce que certains d'entre vous ont vécu quelque chose de ce genre ?
« Peut-être qu'il acceptera ma demande, peut-être qu'il écoutera ma prière. »
C'est tout ce que le pécheur ose faire au début. Mais bientôt, vous l'entendez s'écrier : « Il dit qu'il le fera ; il faut que je le croie ! » Alors la foi s'accroche, et elle s'appuie sur la fidélité qui a été promise ; et avant même qu'il s'en rende compte, son âme est emportée comme sur un char, et il sent son cœur rempli de paix et de joie, comme quelqu'un qui est déjà aux portes du ciel.
Remarques.
1. Quand il est dit en Jean 12 : « si je suis élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi-même » (Jean 12,32), la formule est bien universelle dans sa forme, mais on ne peut pas la comprendre comme strictement universelle sans la mettre en conflit avec la vérité de la Bible et avec des faits connus. Ce n'est en réalité qu'une manière de parler courante pour désigner une grande multitude : j'attirerai un très grand nombre, une « grande foule que personne ne pouvait dénombrer » (Apocalypse 7,9). Rien, ici, ni dans le contexte ni dans le sujet, n'oblige à comprendre ces mots comme strictement universels.
2. Ce moyen du serpent de bronze avait sans doute pour but de mettre à l'épreuve la foi des Israélites. Dieu a souvent mis leur foi à l'épreuve, et il a souvent arrangé les événements de façon à éduquer leur foi, à la faire grandir et à la développer. Il a fait bien des choses pour les éprouver. Ici aussi. Ils avaient péché. Des serpents brûlants étaient venus parmi eux, et partout, beaucoup étaient empoisonnés et mouraient. Dieu dit : « Fais un serpent de bronze, place-le sur une perche, et dresse-le bien haut devant les yeux de tout le peuple. Que ceux qui souffrent regardent ce serpent, et ils vivront. » Cela mettait leur foi à l'épreuve.
3. On peut imaginer que beaucoup sont morts par simple incrédulité, alors que tout avait été largement prévu pour leur salut. « Nous, regarder un serpent de bronze ! pouvaient-ils dire avec mépris. Comme s'il n'y avait pas déjà assez de charlataneries qui courent parmi le peuple, il faut encore que Moïse nous en serve une de plus ! » Peut-être que certains se mettaient à faire de grands raisonnements sur la question. « Nous, disaient-ils, nous ferons bien plutôt confiance à nos médecins, qui ont fait leurs preuves, qu'à ces contes de bonnes femmes. Quel lien logique peut-on voir entre le fait de regarder un morceau de bronze et la guérison d'une morsure de serpent ? »
De même, beaucoup aujourd'hui se moquent de l'Évangile. Ils se demandent comment une puissance de guérison pourrait bien venir de la foi en l'Évangile. Certes, ils entendent certaines personnes dire qu'elles sont guéries, qu'elles savent que la puissance de guérison a atteint le fond de leur âme, et ces personnes s'écrient : « J'ai regardé vers Jésus, et j'ai été guéri, rendu sain et entier, depuis cette heure-là ! » Mais ils considèrent tout cela comme une simple illusion de fanatiques. Ils n'y voient rien qui corresponde à leurs théories.
Mais est-ce du fanatisme ? Est-ce plus étrange que de voir un homme mordu par des serpents venimeux être guéri en regardant, sur l'ordre de Dieu, un serpent de bronze ?
4. Beaucoup butent sur la simplicité de l'Évangile. Ils veulent quelque chose de plus compréhensible ! Ils veulent voir comment cela marche. Ils refusent de faire confiance à ce qu'ils ne peuvent pas expliquer. C'est pour cette raison que beaucoup butent sur la doctrine de la sanctification par la foi en Christ. C'est si simple que leurs théories n'arrivent pas à l'expliquer.
Pourtant, la comparaison que nous offre notre texte est complète. Les hommes doivent regarder vers Jésus pour ne pas périr, mais avoir la vie éternelle. Et qui ne sait pas que la vie éternelle implique une sanctification entière ?
5. L'homme laissé à sa seule nature cherche toujours un moyen d'être sauvé qui lui fasse entièrement honneur. Il veut se fabriquer une forme de justice à lui, une façon d'être juste par lui-même, et il ne sait rien de ce que c'est que de faire confiance à Christ seul. Cela ne lui paraît ni naturel ni logique.
6. Dans beaucoup d'Églises, un peu partout, on voit une situation étonnante et des plus alarmantes : il n'y a presque pas de Christ dans leur expérience. Il est tout à fait évident qu'il tient une place extrêmement petite dans leur cœur. Bien loin de savoir que le salut est quelque chose que l'on obtient en croyant simplement en Christ, ils ne peuvent vous raconter qu'une expérience de ce genre. « Comment êtes-vous devenu chrétien ? » « J'ai simplement décidé de servir le Seigneur. » « C'est tout ? » « C'est tout. » « Savez-vous ce que c'est que de recevoir la vie éternelle simplement en regardant vers Jésus ? » « Je ne crois pas comprendre ce que vous voulez dire. » « Alors vous n'êtes pas chrétien. » Le christianisme, du début à la fin, se reçoit de Christ par la foi toute simple. C'est ainsi, et seulement ainsi, que le pardon du péché arrive jusqu'à l'âme ; et c'est seulement ainsi que peut venir cette « paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence » (Philippiens 4,7), qui habite l'âme avec la foi et l'amour. C'est ainsi que la sanctification vient par la foi en Christ.
Que faut-il donc penser d'une religion qui laisse Christ de côté ?
Beaucoup attendent un signe ou une preuve extraordinaire, sans comprendre que c'est par la foi qu'ils doivent être amenés à un plein accord de cœur avec Christ et à une part dans sa propre vie. Par la foi, Christ les unit à lui-même. La foi, qui agit par l'amour, les attire dans une union vivante avec son être moral. Tout cela se fait quand l'esprit regarde simplement vers Christ avec foi.
Quand le serpent fut dressé, sans doute beaucoup sont morts parce qu'ils ne voulaient pas accepter un moyen de guérison si simple ni agir en conséquence. Beaucoup sont morts parce qu'ils ne se rendaient pas compte de leur danger et ne voulaient pas s'en rendre compte. S'ils voyaient des gens guéris, ils disaient : « Nous ne croyons pas que ce soit le serpent de bronze sur la perche qui les a guéris. Ces gens n'étaient pas très empoisonnés ; ils ne seraient pas morts de toute façon. » Ils partent du principe que ceux qui attribuent leur guérison à la puissance de Dieu se trompent.
Beaucoup sont morts aussi pour avoir attendu. Ils attendaient de voir s'ils risquaient vraiment de mourir. Et ils attendaient encore, jusqu'à être si étourdis et si égarés qu'ils ne pouvaient plus que se coucher et mourir.
Il en est de même aujourd'hui pour l'Évangile. Certains sont occupés par d'autres affaires, plus importantes pour le moment, et bien sûr il faut qu'ils attendent. Beaucoup se laissent influencer par l'avis des autres. Ils entendent toutes sortes d'histoires : « Tel homme a regardé, et pourtant il a perdu la vie. Tel autre n'a pas regardé, et pourtant il a été sauvé. » De même, les gens ont des avis différents sur leurs voisins qui se disent chrétiens, et cela fait trébucher beaucoup de monde. Ils entendent dire que certains ont pris un bon départ dans la foi, mais qu'ils semblent être tombés. Ces gens ont regardé, croyaient-ils, mais en vain. C'était peut-être le cas, car ils ont pu regarder sans vraie foi. Certains raisonnent tant qu'ils finissent par se persuader que regarder n'est qu'une illusion. Ils croient voir beaucoup de gens qui font semblant de regarder, qui paraissent regarder, et qui pourtant ne trouvent aucune guérison. « Qui peut croire, quand il y a tant d'obstacles qui font trébucher ? »
Ces apparences décourageantes ont dû pousser certains au désespoir dans le désert, on peut le supposer ; et nous voyons bien que les mêmes causes produisent les mêmes effets ici, chez les pécheurs. Certains pensent avoir commis le péché impardonnable. Ils se rangent parmi ceux qui « ont été une fois éclairés » (Hébreux 6,4), et ils pensent qu'à leur sujet il est dit : « il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une certaine attente terrible de jugement et l'ardeur d'un feu qui va dévorer les adversaires » (Hébreux 10,26-27). D'autres sont sûrs qu'il est maintenant trop tard pour eux. Leur cœur est dur comme une meule de pierre. Tout est sombre et désolé comme la tombe. Regardez-le : son regard même est celui d'une âme perdue ! Ah, certains d'entre vous raisonnent peut-être et refusent de croire exactement de cette manière !
Beaucoup ont négligé de regarder parce qu'ils pensaient aller mieux. Ils voyaient, croyaient-ils, un certain changement dans leurs symptômes. Il en est de même pour les pécheurs : ils se sentent mieux parce qu'ils vont aux réunions, et ils voient même tant de progrès qu'ils en concluent qu'ils sont certainement sur la bonne voie.
Beaucoup d'Hébreux d'autrefois ont peut-être refusé de regarder parce qu'ils n'avaient pas de véritable espoir ; parce qu'en fait, ils étaient pleins de doutes. Si vous aviez été là, vous auriez trouvé toutes sortes d'avis opposés, souvent même entre frères et sœurs, entre pères et mères, entre parents et enfants. Certains se moquent ; certains se mettent en colère ; certains ne veulent croire à aucun prix. Et faut-il le dire ? Certains pécheurs, qui devraient chercher Christ, sont retenus par des raisons tout aussi futiles et absurdes que celles-là.
Il nous est facile, à tous, de voir la ressemblance entre la manière de regarder, et les raisons de ne pas regarder, vers le serpent de bronze d'un côté et vers Christ le Sauveur de l'autre. Je n'ai pas besoin de pousser plus loin la comparaison dans tous ses petits détails. Mais la question qui se pose maintenant à vous tous est celle-ci : croyez-vous vraiment ce qui est écrit : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3,14-15) ? Comprenez-vous ce remède tout simple qu'est la foi ? Vous demandez peut-être : « Que devaient-ils croire ? » Ceci : que s'ils regardaient vraiment le serpent de bronze sur la perche, ils recevraient à coup sûr la guérison dont ils avaient besoin. C'était le remède garanti par Dieu, et ils devaient le considérer ainsi. Et vous, aujourd'hui, que devez-vous croire ? Que Christ est la grande réalité que ce serpent élevé dans le désert annonçait, et que vous devez recevoir de lui, par la foi toute simple, tous les bienfaits d'un salut complet et gratuit. Par la foi toute simple, je le répète ; et comprenez-vous cela ? Est-ce que je vous entends répondre : « Quoi ! moi, un pécheur, je peux simplement fixer les yeux sur Jésus avec une foi toute simple ? Qui, qui peut faire cela ? Est-ce moi ? Comment se peut-il que moi, j'aie ce privilège ? »
Je vois ici aujourd'hui les visages de certains que j'ai vus l'automne dernier aux réunions pour ceux qui cherchent. Qu'avez-vous fait depuis ? Avez-vous essayé de vous mettre vous-mêmes dans un certain état d'esprit ? Désirez-vous de toutes vos forces pouvoir enfin ressentir telle ou telle chose, selon un idéal que vous avez en tête ? Comprenez-vous que vous devez réellement regarder par la foi, et que ce regard de foi doit être pour vous ce que le toucher de la pauvre femme qui souffrait d'une perte de sang a été pour son corps mourant ? Comprenez-vous qu'il faut croire que si vous regardez avec une confiance toute simple, il vous accueillera sûrement, qu'il vous donnera son amour, sa paix, sa vie et sa lumière divines, et qu'il les fera vraiment battre dans tout votre être moral ? Le croyez-vous ? Mais non, ne voyez-vous pas que vous ne le croyez pas ? « Oh, dites-vous, c'est un grand mystère ! » Je ne vais pas l'expliquer, et je n'ai pas la prétention de pouvoir le faire, pas plus que je ne peux expliquer comment cette femme a été guérie en touchant le bord du vêtement du Sauveur. Le toucher dans un cas, et le regard dans l'autre, ne sont que les moyens, les canaux par lesquels la puissance doit être reçue. La manière dont Dieu agit a peu d'importance pour nous ; contentons-nous de savoir ce que nous devons faire pour obtenir l'action de son Esprit divin dans tout ce qui concerne la vie et la piété.
Vous avez sans doute eu des idées confuses sur le chemin du salut ; peut-être avez-vous échafaudé des plans, fait des suppositions, et travaillé sur vos propres sentiments. Vous priez, et après avoir prié, vous dites : « Maintenant, surveillons et voyons si cette prière m'a apporté le salut ! » C'est un peu comme si le peuple hébreu, mordu par les serpents et ayant reçu l'ordre de regarder le serpent de bronze, s'était mis à appliquer ici un emplâtre, là un cataplasme, puis une sonde, en perdant de vue pendant tout ce temps la seule chose dont Dieu leur avait dit qu'elle les guérirait à coup sûr. Oh ! pourquoi les hommes oublient-ils, et pourquoi ne comprennent-ils pas que tout le bien dont nous avons besoin vient de Dieu et se reçoit par la foi toute simple ? Quand nous voyons un besoin, Christ est là, et on le reçoit par la foi seule ; et ses promesses ne laissent aucun besoin sans réponse.
Si c'est bien là le chemin du salut, comme il est étonnant que les pécheurs regardent dans toutes les directions sauf vers Christ, et qu'ils fassent toutes sortes d'efforts, sauf celui de regarder tout de suite, avec une foi toute simple, vers leur Sauveur ! Combien de fois les voyons-nous découragés et désemparés, peinant si dur et tellement en vain ! Pas étonnant qu'ils soient à ce point égarés. Faites le tour des Églises et demandez : « Vous êtes-vous jamais attendus à être sauvés du péché dans ce monde ? » « Non. » Mais vous comptez être sauvés à la mort. Puisque le Seigneur a si peu réussi, malgré tous ses efforts, à rendre votre âme sainte pendant votre vie, vous pensez qu'il enverra la mort au bon moment pour aider à achever le travail !
Pouvez-vous croire une chose pareille ?
Tant que les chrétiens rejettent la glorieuse doctrine de la sanctification par la foi en Christ, une sanctification pour maintenant, accordée à chacun selon sa foi, on ne peut pas s'attendre à ce qu'ils enseignent aux pécheurs, avec une clarté compréhensible, comment regarder vers Christ avec une foi toute simple pour être pardonnés. Connaissant si peu, dans leur propre expérience, la puissance de la foi, comment pourraient-ils l'enseigner aux autres de façon efficace, ou même de façon juste ? Ainsi, quand un aveugle conduit un aveugle, il n'est pas étonnant qu'on les retrouve tous les deux là où le proverbe de la Bible montre que finissent ensemble les guides et ceux qu'ils guident.
Il ne semble y avoir aucun remède à une telle fin, sinon que ceux qui se disent chrétiens deviennent la lumière du monde ; et pour cela, qu'ils apprennent ce que veut dire la foi toute simple et qu'ils en fassent l'expérience. Une fois la foi apprise, ils feront l'expérience de sa puissance qui transforme, et ils seront capables d'enseigner aux autres le chemin de la vie.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).