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Sermons sur les grands thèmes de l'Évangile · Charles G. Finney

Sermon 3

Le salaire du péché

« Car les gages du péché, c'est la mort » (Romains 6,23)

La mort dont il est question ici est celle qui est due au pécheur comme peine prévue par la loi de Dieu. Pour présenter le sujet de notre texte, je vais :

I. Faire comprendre, par une comparaison, ce qu'est le péché ;

II. Indiquer quelques-uns des caractères que doit avoir la peine prévue par la loi de Dieu ;

III. Montrer ce que doit être cette peine.

I. Une comparaison nous fera voir le plus concrètement ce qu'est le péché. Imaginez simplement un gouvernement établi pour assurer le plus grand bien de ceux qu'il gouverne, et aussi de ceux qui exercent l'autorité. Imaginez que le chef de ce gouvernement engage dans cette entreprise tout ce qu'il est : toute sa fortune, tout son temps, toutes ses forces, pour atteindre ce but élevé, le plus grand bien de tous. Dans ce but, il établit les meilleures lois possibles, des lois qui, si on leur obéit, assureront le plus grand bien à la fois des sujets et du prince. Il prend soin ensuite d'y attacher des peines suffisantes ; sinon, tout son soin et toute sa sagesse ne serviraient à rien. Il consacre au bien de son gouvernement tout ce qu'il est et tout ce qu'il a, sans rien garder et sans rien retrancher.

Mais certains de ses sujets refusent de s'associer à ce mouvement. Ils disent : « Charité bien ordonnée commence par soi-même », et ils veulent d'abord s'occuper d'eux-mêmes ; bref, ils sont égoïstes jusqu'au fond du cœur.

On voit facilement ce que cela donnerait dans un gouvernement humain. L'homme qui agit ainsi devient l'ennemi commun du gouvernement et de tous ses sujets. Voilà ce qu'est le péché. Cette comparaison montre exactement la situation du pécheur. Le péché, c'est l'égoïsme. Il se fixe un but égoïste, et pour l'atteindre il emploie des moyens égoïstes ; si bien que, par son but comme par ses moyens, il s'oppose exactement à Dieu et à tout ce que Dieu cherche à assurer pour le bonheur de tous. Il nie les droits de Dieu ; il rejette les intérêts de Dieu. Chaque pécheur soutient que sa propre volonté doit faire la loi. Le but qu'il s'efforce d'atteindre est entièrement opposé à celui que Dieu se propose dans son gouvernement.

Toute loi doit avoir des sanctions. Sans sanctions, ce ne serait qu'un simple conseil. Il est donc essentiel à la nature même de la loi, à ce qui fait d'elle une loi, qu'elle ait des sanctions.

Ces sanctions servent soit à récompenser, soit à punir. Elles promettent une récompense à celui qui obéit, et elles menacent aussi d'une peine celui qui désobéit. Elles punissent, en ce sens qu'elles défendent l'honneur de la loi qui a été violée.

Ensuite, les sanctions peuvent être soit naturelles, soit décidées par le gouvernement. Souvent, ces deux formes existent aussi dans d'autres gouvernements que celui de Dieu.

Les peines naturelles sont les conséquences fâcheuses qui découlent d'elles-mêmes de la faute, sans que le gouvernement ait à intervenir directement pour punir. Ainsi, dans tous les gouvernements, le mépris de ceux qui sont fidèles retombe naturellement, comme une peine, sur ceux qui désobéissent. Ces derniers sont les ennemis naturels de tous les bons citoyens.

Dans le gouvernement de Dieu, les reproches de la conscience et les remords entrent dans cette catégorie, ainsi d'ailleurs que bien d'autres choses qui découlent naturellement de l'obéissance d'un côté, et de la désobéissance de l'autre.

Il doit aussi y avoir des sanctions décidées par le gouvernement. Tout dirigeant doit montrer qu'il désapprouve qu'on viole ses lois. Laisser toute la question de l'obéissance aux seules conséquences naturelles serait évidemment injuste envers la société.

Puisque les gouvernements sont établis pour faire respecter la loi et obtenir l'obéissance, ils sont tenus d'y consacrer toutes leurs forces.

Dans certaines circonstances, le gouvernement dispose encore d'un autre moyen d'agir, que nous appelons la correction. L'un des buts de la correction est de venir avant que la peine ne tombe, et d'ouvrir de force des yeux qui ne veulent pas voir, pour qu'ils comprennent que la loi a un gouvernement derrière elle, et que le pécheur a une peine terrible à redouter. Elle frappe les hommes pendant leur temps d'épreuve, alors qu'ils n'ont encore ni vu ni ressenti combien la peine est terrible ; elle est faite pour les avertir, pour les faire réfléchir et considérer leur situation. Son but particulier est donc le bien de celui qui la reçoit, et de ceux qui la voient appliquer. Elle ne cherche pas à maintenir la dignité de la loi par des châtiments exemplaires. Cela appartient uniquement au domaine de la peine. La correction n'est donc pas une peine au sens où elle ferait payer au coupable le châtiment qu'il mérite ; elle cherche à détourner celui qui est soumis à la loi de désobéir à ses commandements.

La correction ne pourrait guère exister sous un gouvernement de pure loi, pour la simple raison qu'un tel gouvernement ne peut pas retarder l'application de la peine. La correction suppose que la peine est suspendue pour un temps. Il faut donc bien distinguer les châtiments qui punissent de ceux qui corrigent.

Nous sommes pécheurs, et nous n'avons donc guère de raisons de nous attarder sur les récompenses que prévoit le gouvernement de Dieu. Nous ne pouvons rien réclamer comme récompense au nom de la loi : notre péché nous en exclut complètement. Mais les peines, elles, nous concernent au plus haut point. Je vais donc examiner ceci :

II. Quels sont les caractères de la peine prévue par la loi de Dieu ?

Dieu nous a donné la raison. Elle affirme d'instinct, d'une façon qu'on ne peut pas repousser, toutes les grandes vérités du gouvernement moral de Dieu. Il y a certains caractères dont nous savons qu'ils doivent appartenir à la loi morale. Par exemple, le premier est la justice en elle-même. La peine ne doit menacer ni de plus ni de moins que ce qui est juste. La justice doit être un caractère de la loi de Dieu ; sinon, l'univers tout entier la condamnerait forcément.

La justice en elle-même veut dire et suppose que la peine soit à la mesure du devoir qui a été violé. Ce qui rend le péché coupable, c'est qu'il viole un devoir. La culpabilité doit donc être proportionnée à la grandeur du devoir violé, et par conséquent la peine doit être mesurée d'après ce devoir.

La justice du gouvernement est un autre caractère. Cet aspect de la loi cherche à protéger contre la désobéissance. Une loi n'est pas juste du point de vue du gouvernement si sa peine n'est pas fixée de façon à donner la meilleure protection possible contre le péché, autant que la situation le permet. Supposons que, dans un gouvernement, les sanctions de la loi soient dérisoires, sans aucun rapport avec le but à atteindre. Un tel gouvernement est injuste envers lui-même et envers les intérêts qu'il a la charge de défendre. Un bon gouvernement doit donc être juste en tant que gouvernement : par la sévérité de ses peines et par la certitude qu'elles seront justement appliquées, il doit donner la meilleure garantie possible que sa loi sera respectée.

Ensuite, les peines doivent être à la hauteur du but que visent la loi et celui qui l'a donnée. Le gouvernement n'est qu'un moyen pour atteindre un but, et ce but, c'est que tous obéissent, et donc que tous soient heureux. Si la loi est indispensable pour atteindre ce but, sa peine doit être fixée en conséquence.

La peine doit donc être fixée selon l'importance du commandement. Si le commandement a une importance fondamentale, une importance telle que lui désobéir sape l'existence même de tout gouvernement, alors il doit être protégé par les sanctions les plus fortes et les plus solennelles. Les peines attachées au fait de le violer doivent être les plus lourdes qui soient.

La peine doit exprimer suffisamment ce que pense celui qui a donné la loi : la valeur qu'il accorde au but qu'il veut atteindre par cette loi, le caractère sacré qu'il donne à sa loi, et la culpabilité réelle de la désobéissance. La peine cherche à montrer le cœur de celui qui a donné la loi : à montrer avec quel sérieux il désire défendre ce qui est juste, et assurer l'ordre et le bien-être qui dépendent de l'obéissance. Par la grandeur de la peine, celui qui donne la loi montre son cœur, et fait peser sur ses sujets toute l'influence de son caractère.

Quand on applique la peine, le but est exactement le même : il ne s'agit pas de satisfaire une soif de vengeance, comme certains semblent le croire, mais d'agir sur ceux qui sont gouvernés pour les pousser à obéir. La peine a, de façon générale, le même but que la loi elle-même.

La peine doit exprimer suffisamment combien celui qui a donné la loi tient au bien de tous et s'y intéresse. Dans le commandement, il l'a déjà exprimé en partie ; dans la peine, il l'exprime encore davantage. Dans le commandement, nous voyons le but visé, et nous voyons qu'il tient au bien de tous ; dans la peine, nous avons la mesure de cet attachement : elle nous montre combien il est grand. Supposons, par exemple, qu'une loi humaine ne punisse le meurtre que d'une peine dérisoire. Sous prétexte d'avoir très bon cœur, le législateur punit ce crime de meurtre d'une amende de cinquante centimes ! Cela montrerait-il qu'il aime beaucoup ses sujets et qu'il accorde un grand prix à leur vie et à leurs intérêts ? Bien au contraire. Vous ne pouvez pas avoir le sentiment qu'un législateur a fait son devoir s'il ne montre pas combien il tient à la vie humaine, et s'il ne fixe pas une peine qui soit vraiment à la mesure du but à atteindre.

Un mot sur la peine de mort dans les gouvernements humains. Les avis divergent pour savoir ce qui est le plus efficace : la prison à vie en isolement, ou la mort. Je laisse cette question de côté, mais je dois dire que personne n'a jamais douté que le meurtrier mérite de mourir. Si l'on préfère une autre peine que la mort, ce n'est pas du tout parce que le meurtrier ne mérite pas la mort. Personne ne peut en douter un seul instant. C'est l'un des principes immuables de la justice : si un homme sacrifie la vie d'un autre, il sacrifie la sienne ; « vie pour vie, œil pour œil » (Exode 21,23-24).

Nous sommes forcés d'affirmer qu'aucun gouvernement ne donne assez d'importance à la protection de la vie humaine s'il ne protège pas ce bien précieux par ses peines les plus lourdes. Là où la vie et tout ce qui en dépend sont en jeu, la peine doit être aussi grande et aussi solennelle que possible.

Les êtres libres et responsables ont deux côtés dans leur sensibilité : l'espérance et la crainte. On peut donc leur présenter la perspective d'un bien, ou la peur d'un mal. Je parle maintenant de la peine : elle ne s'adresse qu'à la crainte.

J'ai dit, en substance, que la peine doit affirmer et défendre suffisamment l'autorité légitime de celui qui a donné la loi ; qu'elle doit, si possible, condamner le péché comme il le mérite, et qu'elle doit reposer sur une juste appréciation de ce qu'il est. Le gouvernement moral de Dieu s'étend à tout l'univers des êtres intelligents, et ses immenses conséquences se prolongent dans l'éternité. L'étendue et l'ampleur des intérêts qui sont en jeu sont donc absolument sans limites ; et par conséquent les peines de sa loi, qui sont fixées pour défendre l'autorité de ce gouvernement et protéger ces intérêts sans mesure, doivent être terribles au-delà de toute mesure. Si l'on pouvait imaginer quelque chose de plus grand et de plus terrible que la peine annoncée, tous les esprits diraient : « Ce n'est pas assez. » Pour peu qu'on voie justement les conséquences et la culpabilité du péché, on ne pourrait pas être satisfait si la peine n'était pas la plus grande qu'on puisse concevoir. Le péché est si ignoble, si malfaisant, si terriblement destructeur, et ses ravages s'étendent si loin, que des êtres libres et responsables ne pourraient pas avoir le sentiment qu'on en a fait assez tant qu'on pourrait faire davantage.

III. Quelle est la peine prévue par la loi morale de Dieu ?

Notre texte répond : « la mort ». Il ne s'agit certainement pas de la mort du corps, car les croyants meurent, et les animaux aussi, alors que ni les uns ni les autres ne peuvent recevoir le salaire du péché. De plus, ce ne serait pas une peine si, une fois cette mort subie, les hommes allaient aussitôt au ciel. Une telle peine, présentée comme le salaire du péché, ne serait qu'une insulte au gouvernement de Dieu.

Il ne peut pas non plus s'agir de la mort spirituelle, car celle-ci n'est rien d'autre qu'un état de désobéissance complète à la loi. On peut difficilement imaginer quelque chose de plus absurde que de punir un homme pour sa désobéissance en le condamnant à désobéir sans fin : vouloir faire respecter la loi en condamnant ceux qui l'ont violée à la violer pour toujours, et rien de plus.

Non, cette mort, c'est un malheur sans fin, qui correspond à la peine de mort dans les gouvernements humains. Tout le monde sait ce qu'est la peine de mort. Elle sépare le criminel de la société pour toujours ; elle le prive d'un seul coup et complètement de tous les avantages que lui assurait le gouvernement, et le livre à une ruine sans espoir. On ne peut rien infliger de plus terrible. C'est la peine extrême, plus effrayante que toute autre peine que l'homme puisse infliger.

Il ne fait aucun doute que la mort dont parle notre texte est destinée à correspondre à la peine de mort dans les gouvernements humains.

Vous remarquerez aussi que, dans notre texte, la mort, salaire du péché, est directement mise en face de ce qui suit : « le don de grâce de Dieu, c'est la vie éternelle dans le christ Jésus, notre Seigneur » (Romains 6,23). Cela peut éclairer la question de savoir quelle est la nature de cette mort. Nous devons chercher ce qui est le contraire de la « vie éternelle ».

Or cette vie éternelle n'est pas simplement une existence éternelle. Dans l'Écriture, partout où l'expression est employée, la vie éternelle ne veut jamais dire simplement une existence éternelle ; elle veut dire un état de bonheur éternel, qui repose sur une sainteté éternelle. Dans l'Écriture, le mot « vie » est employé si souvent au sens de vraie vie, une vie qui vaut la peine d'être vécue, c'est-à-dire un bonheur réel et riche, qu'il n'est pas nécessaire de le prouver.

La peine de mort est donc le contraire de cela : un malheur éternel.

Je dois dire ici quelques mots des objections que l'on fait à cette doctrine du châtiment éternel.

Toutes les objections que j'ai jamais entendues reviennent seulement à ceci : ce serait injuste. On peut les exprimer de différentes façons, mais c'est la seule idée qu'elles contiennent qui ait un peu de poids.

1. On prétend que c'est injuste parce que « la vie est si courte ». Quelle étrange façon de parler ! La vie est si courte que les hommes n'ont pas le temps de pécher assez pour mériter la mort éternelle ! Les hommes oublient-ils qu'un seul péché suffit pour encourir la peine due au péché ? Combien de péchés faudrait-il pour faire une seule désobéissance à la loi de Dieu ? Les hommes parlent souvent comme s'ils pensaient qu'il en faut un très grand nombre. Comme si un homme devait commettre un grand nombre de meurtres avant d'avoir accumulé assez de crime de meurtre pour tomber sous la condamnation du tribunal ! Quoi ? Un homme va-t-il se présenter devant le tribunal pour plaider que, sans doute, il a violé la loi, mais qu'il n'a pas vécu assez longtemps, et qu'il ne l'a pas violée assez de fois, pour encourir sa peine ? Quel tribunal sur la terre a jamais accepté une telle défense, sinon comme la preuve de la folie et de la culpabilité de celui qui la présente ?

2. On dit aussi que « l'homme est un être si petit, si insignifiant, qu'il ne peut pas commettre un péché infini ». Que veut dire cette objection ? Veut-elle dire que le péché est un acte de création, et qu'il faut donc le mesurer d'après la grandeur de ce qu'il crée ? Ce serait une idée tout à fait extravagante de la nature du péché. Veut-elle dire que l'homme ne peut pas violer un devoir d'une force infinie ? Alors ce qu'elle dit est tout simplement faux, comme chacun doit le savoir. Celui qui fait cette objection veut-il dire que la culpabilité du péché ne se mesure pas d'après le devoir qu'il viole ? Alors il ne sait pas ce qu'il dit, ou bien il nie méchamment une vérité connue. Quoi ? L'homme serait si petit qu'il ne pourrait pas beaucoup pécher ! Est-ce ainsi que nous raisonnons dans des cas semblables ? Supposez que votre enfant vous désobéisse. Il est beaucoup plus petit que vous ! Mais le déclarez-vous pour autant innocent ? Est-ce une raison qui efface sa faute ? Ceux qui sont en dessous ne peuvent-ils commettre aucune faute contre ceux qui sont au-dessus d'eux ? Les gens sensés se sont-ils toujours trompés en pensant que les plus jeunes et les plus petits ont parfois le devoir d'obéir aux plus âgés et aux plus grands ? Supposez que vous frappiez un juge ; supposez que vous insultiez le roi, ou que vous tentiez de l'assassiner : est-ce un crime minuscule, presque trop excusable pour qu'on le tienne même pour un crime, sous prétexte que vous êtes placé plus bas et lui plus haut ? Vous dites : « Je suis si petit, si insignifiant ! Comment pourrais-je mériter une si grande punition ? » Raisonnez-vous ainsi dans un seul autre cas que celui de vos propres péchés contre Dieu ? Jamais.

3. Certains disent encore : « Le péché n'est pas un mal infini. » Cette phrase peut s'entendre de deux façons. Veut-elle dire que le péché ne ferait pas un mal infini si on le laissait se développer sans fin ? C'est faux, car même s'il ne perdait qu'une seule âme, le mal qui en résulterait serait infini. Veut-elle dire que le péché n'est pas un mal infini si l'on regarde ses résultats et ses conséquences actuels ? Admettons-le : cela ne prouve rien pour notre sujet, car il se peut bien que la somme de tout le mal qui découle d'un seul péché ne puisse apparaître entièrement qu'au bout de l'éternité. Comment pouvez-vous alors mesurer le mal du péché d'après ce que vous voyez aujourd'hui ?

Mais d'autres considérations encore montrent que la peine de la loi doit être infinie. Le péché est un mal naturel infini, en ce sens qu'il n'y aurait pas de limite au mal qu'il entraînerait naturellement si le gouvernement de Dieu ne le retenait pas.

Même si le péché ne perdait qu'une seule âme, on ne pourrait fixer aucune limite au mal qu'il causerait ainsi.

De plus, le péché entraîne une culpabilité infinie, car il viole un devoir infini. Il est important de relever ici une erreur courante, qui vient d'une confusion d'idées sur ce qui fonde le devoir. Cette confusion entraîne des erreurs sur ce qui fait la culpabilité du péché. Je pourrais montrer ici que, lorsqu'on comprend mal le fondement du devoir, on se trompe presque forcément sur la nature et l'étendue du péché et de la culpabilité. Revenons à notre comparaison de tout à l'heure. Voici un gouvernement sagement organisé pour assurer le plus grand bien de ceux qu'il gouverne et de tous ceux qui sont concernés. D'où vient le devoir d'obéir ? Certainement de la valeur réelle du but qu'on cherche à atteindre. Mais quelle est l'étendue de ce devoir d'obéir, autrement dit, quelle est sa vraie mesure ? Je réponds : il est exactement égal à la valeur du but que le gouvernement cherche à atteindre, que l'obéissance permettra d'atteindre, mais que le péché détruira. C'est d'après cette mesure que doit être fixée la peine décidée par Dieu. C'est d'après elle que celui qui donne la loi doit déterminer quelles sanctions, pour récompenser et pour punir, il doit attacher à sa loi afin de répondre à ce qu'exigent la justice et l'amour désintéressé.

Or la loi de Dieu vise à assurer le plus grand bien de tous. Son but principal et dernier n'est pas, à strictement parler, d'obtenir pour Dieu l'hommage le plus élevé, mais plutôt d'assurer le plus grand bien de tous les êtres intelligents et libres : Dieu et toutes ses créatures. Vue ainsi, vous comprendrez que la valeur réelle du but recherché est le vrai fondement du devoir d'obéir au commandement. Quand on a estimé la valeur de ce but, on connaît la valeur et la force du devoir.

Ce devoir est clairement infini, au sens où il est sans limites. C'est en ce sens que nous affirmons que le devoir n'a pas de limite. La raison même pour laquelle nous affirmons l'existence d'un devoir, c'est que la loi est bonne et qu'elle est le moyen indispensable du plus grand bien de l'univers. Ainsi, la raison qui nous fait affirmer qu'il faut une peine, quelle qu'elle soit, nous oblige à affirmer qu'une peine infinie est juste et nécessaire. Nous voyons que la justice en elle-même doit exiger une peine infinie, pour la même raison qui lui fait exiger une peine quelle qu'elle soit. Si une peine est juste, elle est juste parce que la loi assure un certain bien. Si ce bien que vise la loi est d'une étendue sans limites, la peine doit l'être aussi. La justice du gouvernement exige donc un châtiment sans fin ; sinon, elle ne donne aucune garantie suffisante pour le bien de tous.

De plus, la loi ne vise pas seulement un bien infini : elle tend aussi à le produire. Elle mène tout droit à ce but. Sa peine doit donc être infinie. La loi n'est pas juste envers les intérêts qu'elle vise et qu'elle tend à assurer si elle ne s'arme pas de sanctions infinies.

Rien de moins qu'une peine infinie ne peut exprimer suffisamment la valeur que Dieu accorde au grand but qui lui tient à cœur. Quand les hommes disent que la mort éternelle est une peine trop grande pour le péché, que pensent-ils des efforts que Dieu fait pour retenir le péché dans tout l'univers moral ? Que pensent-ils de la mort de son Fils bien-aimé ? Pensent-ils qu'il soit possible que Dieu exprime suffisamment, ou à sa juste mesure, sa haine du péché par une peine qui ne serait pas sans fin ?

Rien de moins ne pourrait exprimer suffisamment combien il tient à l'autorité de sa loi. Oh, quelles conséquences effrayantes, et quelle idée révoltante, si Dieu n'exprimait pas suffisamment combien il tient au caractère sacré de cette loi, sur laquelle repose tout le bien-être de son immense royaume !

Vous voudriez qu'il considère la violation de sa loi comme le font les universalistes, ceux qui croient que tous les hommes seront sauvés. S'il cédait à vos exigences, il ferait à coup sûr tomber une avalanche de ruines sur toutes ses créatures intelligentes ! S'il attachait à sa loi une peine qui ne soit pas sans fin, quel être saint pourrait faire confiance à la façon dont il gouverne !

Le souci qu'il a du bien de tous lui interdit d'attacher à sa loi une peine légère ou limitée. Il aime trop ses sujets. Certaines personnes se font une drôle d'idée de la façon dont un dirigeant doit montrer qu'il tient à ses sujets. Elles voudraient qu'il ait le cœur si tendre envers les coupables que ceux-ci prennent toute sa compassion et toute son attention. Elles lui permettraient peut-être de fixer, pour le crime de meurtre, une amende de six sous, mais guère plus, et peut-être même rien de plus. La femme et les enfants du pauvre meurtrier sont si précieux qu'il ne faut pas lui prendre beaucoup de son argent ; quant à toucher à sa liberté ou à sa vie, il n'en est pas question. Quoi ! Ne savez-vous pas que la nature humaine est très fragile et qu'elle cède facilement à la tentation, et que vous devez donc être très avare de peines contre le meurtre ? Peut-être diraient-elles qu'on peut punir le meurtrier en l'empêchant de dormir une nuit, une seule, pas plus ; et que Dieu peut laisser la conscience d'un coupable le troubler à peu près dans cette mesure pour le crime de meurtre ! Les universalistes nous disent bien qu'ils permettront au Dieu très-haut de donner à un homme une conscience qui le troublera un peu s'il commet un meurtre, un peu, disons pour la première et peut-être pour la deuxième fois ; mais ils ne remarquent généralement pas que, si la peine consiste en une conscience troublée, plus un homme pèche, moins il a à souffrir. Avec cette échelle qui descend toujours, on en arrivera vite à ceci : un meurtrier n'aurait même plus pour peine la perte d'une nuit de sommeil. Mais voilà les idées auxquelles arrivent les hommes quand ils s'écartent de ce qu'affirment une raison droite et la Parole par laquelle Dieu se révèle.

Je m'adresse maintenant à ceux qui ont un sens moral capable d'affirmer ce qui est juste, et des yeux pour voir comment agit la loi : je sais que vous ne pouvez pas nier que la loi morale de Dieu ait logiquement besoin de la peine de mort. Chacune de ces affirmations a une logique serrée à laquelle vous ne pouvez pas échapper.

Aucune peine qui ne soit infinie et sans fin ne peut exprimer suffisamment combien Dieu désapprouve le péché, et combien il est décidé à s'y opposer et à le punir. La peine doit durer aussi longtemps qu'il y a des êtres sur qui elle peut agir, aussi longtemps qu'il faut montrer ce que Dieu ressent devant le péché et comment il agit envers lui en tant que souverain.

Une peine moindre ne serait pas la plus grande que Dieu puisse infliger, car il peut certainement infliger un châtiment sans fin et infini. Si donc la situation exige la plus grande peine qu'il puisse infliger, ce doit être celle-là : être banni loin de Dieu, et la mort sans fin.

Mais je dois passer à une autre remarque : l'Évangile, partout, suppose la même chose. Il affirme : « nulle chair ne sera justifiée devant lui par des œuvres de loi » (Romains 3,20). En fait, non seulement il l'affirme, mais il bâtit tout son système du sacrifice de Christ et de la grâce sur ce fondement. Il suppose sans cesse qu'il est impossible de payer sa dette et d'effacer son obligation ; et donc que le seul secours du pécheur, c'est le pardon par le sang qui rachète.

Une fois encore, si la peine n'est pas la mort sans fin, qu'est-elle donc ? Une souffrance passagère ? Alors combien de temps dure-t-elle ? Quand finit-elle ? Un seul pécheur en est-il jamais sorti, a-t-il fini son temps pour être ensuite emmené au ciel ? Nous n'avons aucun témoignage qui prouve un tel cas, pas un seul ; mais nous avons le témoignage solennel de Jésus-Christ, qui prouve qu'un tel cas ne pourra jamais exister. Il nous dit qu'on ne peut pas passer de l'enfer au ciel, ni du ciel à l'enfer. Un grand abîme est établi entre les deux, et personne ne le franchira jamais. Vous pouvez passer de la terre au ciel, ou de la terre à l'enfer ; mais ces deux états du monde à venir sont deux extrêmes très éloignés, et ni homme ni ange ne franchira l'abîme qui les sépare.

Mais à ma question : « Quelle est la peine ? », vous répondez : « Ce n'est que la conséquence naturelle du péché, telle qu'elle se manifeste dans une conscience troublée. » Il s'ensuit alors que plus un homme pèche, moins il est puni, jusqu'à ce que sa punition devienne une quantité infime, dont le pécheur ne se soucie plus du tout. Qui peut croire cela ? Avec un tel système, si un homme craint la punition, il n'a qu'à se jeter dans le péché avec encore plus de volonté et d'énergie : il aura la consolation de sentir qu'il peut très vite se débarrasser de tous ses remords, et se mettre hors d'atteinte de toute peine ! Et croyez-vous que ce soit là la seule punition de Dieu pour le péché ? Vous ne pouvez pas le croire.

Les universalistes confondent toujours la correction et la peine. Ils ne voient pas cette distinction fondamentale, et considèrent tout ce que les hommes souffrent ici, dans ce monde, comme une simple peine.

Alors que ce n'est presque pas une peine, mais surtout une correction.

Ils demandent : « À quoi cela servira-t-il, pour le pécheur, de l'envoyer dans un enfer sans fin ? Dieu n'est-il pas parfaitement bon ? Et s'il l'est, comment peut-il avoir un autre but que de faire au pécheur tout le bien possible ? »

Je réponds : la punition n'est pas destinée à faire du bien au pécheur qui est puni. Elle vise un autre bien, plus lointain et bien plus grand. La correction, quand il était sur la terre, cherchait surtout son bien personnel ; la peine vise d'autres résultats. Si vous demandez : « Dieu ne cherche-t-il pas, par la peine, à faire du bien à l'ensemble de l'univers ? », je réponds : si, c'est exactement ce qu'il cherche à faire.

Dans les gouvernements humains, la peine peut viser en partie à ramener le coupable dans le droit chemin. Dans cette mesure, c'est une correction. Mais la peine de mort, une fois tous les sursis passés et quand le coup fatal tombe, ne cherche plus à ramener le coupable : ce n'est pas une correction, c'est seulement une peine. Le coupable est déposé sur le grand autel public et offert en sacrifice pour le bien de tous. Le but est de laisser dans l'esprit de tous une impression effrayante et terrible du mal qu'est la désobéissance, et de ses conséquences redoutables. La correction vise moins à soutenir la loi qu'à faire revenir le coupable. Mais le jour du jugement n'a rien à voir avec le retour du pécheur perdu. Ce jour et tout ce qui en découle sont uniquement une peine. Il est étrange qu'on ne voie pas des faits aussi évidents.

Il y a encore une autre considération que l'on oublie souvent : sous toute correction qu'on peut appliquer sans danger, il doit y avoir une loi morale, soutenue par des sanctions suffisantes et redoutables, pour préserver l'autorité de celui qui l'a donnée, et pour maintenir la majesté et l'honneur de son gouvernement. Il ne serait pas sûr de se fier à un système de correction, et on ne pourrait d'ailleurs pas s'attendre à ce qu'il ait beaucoup de prise sur ceux qui sont perdus, s'il n'était pas soutenu par un système de loi et de peine. Ce châtiment qui frappe le pécheur qui n'est pas revenu doit demeurer pour toujours, comme un fait effrayant, pour montrer que la justice est accomplie, la loi défendue, Dieu honoré ; et pour laisser une impression durable et terrible du mal qu'est le péché, et de l'opposition éternelle de Dieu contre lui.

Remarques.

Nous entendons beaucoup de critiques contre le châtiment à venir. Elles nous étonneraient moins si l'Évangile ne supposait pas cette vérité pour proposer ensuite un remède. On s'attendrait naturellement à ce que l'esprit recule devant les conclusions effrayantes auxquelles il est poussé quand on ne regarde que les exigences de la loi seule ; mais quand l'Évangile intervient pour sauver, il devient extrêmement étrange que des hommes admettent la réalité de l'Évangile, et rejettent pourtant la loi et ses peines. Ils parlent de grâce ; mais qu'entendent-ils par grâce ? Quand les hommes nient la réalité du péché, il n'y a plus de place ni de raison pour la grâce dans l'Évangile. Si l'on admet le péché en paroles, mais qu'on nie en fait sa culpabilité, la grâce n'est plus qu'un mot. Quand les hommes rejettent les sanctions de la loi de Dieu et s'efforcent de prouver qu'elles ne sont pas réelles, de quel droit prétendent-ils respecter l'Évangile ? Ils n'en font qu'une comédie, ou du moins une sorte de réparation pour une législation trop sévère et déraisonnable sous le régime de la loi. Que ceux qui calomnient ainsi la loi n'aillent pas croire qu'ils honorent Dieu en applaudissant son Évangile !

Ce que la Bible montre du sort final des méchants est extrêmement frappant. Des vérités spirituelles sont révélées par des images tirées de la nature : par exemple, les portes et les murailles de la nouvelle Jérusalem, pour représenter la splendeur et la gloire du ciel. On nous met entre les mains une longue-vue spirituelle ; il nous est permis de la tourner vers la ville glorieuse, « de laquelle Dieu est l'architecte et le créateur » (Hébreux 11,10) ; nous pouvons en contempler le sanctuaire intérieur, où les foules qui adorent louent Dieu sans cesse. Nous voyons leurs longues robes blanches, les palmes de la victoire dans leurs mains, la joie qui rayonne sur leurs visages, le bonheur indicible qui se montre dans leurs âmes. Voilà le ciel représenté par des images. Qui pense qu'il s'agit d'une exagération ? Qui accuse ces descriptions d'être excessives, comme si elles voulaient grossir la réalité ou faire naître des espérances sans fondement ? Personne ne le croit. Personne n'accuse jamais ainsi ce que la Bible dit du ciel. Pourquoi employer cette façon imagée de présenter les choses ? Sans aucun doute, le but est de nous donner la meilleure idée possible de la réalité.

Puis nous avons l'autre côté. Le voile se lève, et vous arrivez tout au bord de l'enfer pour voir ce qui s'y trouve. D'un côté, tout était glorieux ; de l'autre, tout est effrayant et plein d'horreurs.

Il y a un gouffre sans fond. Une âme qui ne peut pas mourir y est jetée ; elle tombe, tombe et tombe encore, descendant dans ce gouffre effroyable qui n'a pas de fond, pleurant et gémissant pendant sa chute, et vous entendez ses gémissements qui résonnent et résonnent encore contre les parois de cette terrible caverne de malheur !

Voici une autre image. Vous avez « l'étang de feu et de soufre » (Apocalypse 20,10), et vous voyez des pécheurs perdus jetés dans ses vagues de feu qui roulent ; ils battent ses rives brûlantes et se mordent la langue de douleur. C'est là « où leur ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas » (Marc 9,48), et pas une seule goutte d'eau ne peut leur parvenir pour leur rafraîchir la langue. Chacun d'eux dit : « je suis tourmenté dans cette flamme » (Luc 16,24).

Qu'en pensez-vous ? Dieu a-t-il dit ces choses pour effrayer nos pauvres âmes ? A-t-il voulu jouer avec nos peurs pour s'amuser ? Pouvez-vous le croire ? Non, cela ne lui brise-t-il pas plutôt le cœur de devoir construire un tel enfer, et de devoir y plonger les pécheurs qui refusent d'honorer sa loi, qui refusent d'accepter, par sa grâce, d'être sauvés du péché ? Ah, les vagues de la mort roulent, sombres, sous les yeux de Celui qui est saint et plein de compassion ! Il ne prend aucun plaisir à la mort du pécheur ! Mais il doit maintenir son trône, et sauver ses sujets fidèles, s'il le peut.

Passons à une autre scène. Voici un lit de mort. Avez-vous déjà vu un pécheur mourir ? Pouvez-vous décrire la scène ? Était-ce un ami, un parent, quelqu'un de cher, de très cher à votre cœur ? Combien de temps a-t-il mis à mourir ? Vous a-t-il semblé que son agonie ne finirait jamais ? Quand mon dernier enfant est mort, la lutte a été longue ; oh, elle a été terriblement longue et déchirante ! Vingt-quatre heures dans les souffrances d'un corps qui se défait ! J'en étais malade ; je ne pouvais pas le regarder ! Mais supposons que cela ait duré jusqu'à maintenant. Il y a longtemps que je serais mort moi-même, de douleur et d'épuisement nerveux, à force d'assister à une telle scène. Tous nos amis aussi. Qui pourrait survivre jusqu'à la fin d'une mort aussi terrible ? Qui ne crierait pas : « Mon Dieu, abrège-la, abrège-la par pitié ! » Quand ma femme est morte, son agonie a été longue et déchirante. Si vous aviez été là, vous auriez crié de toutes vos forces vers Dieu : « Abrège-la ! Oh, abrège-la, et mets fin à cette terrible agonie ! » Mais supposons qu'elle ait continué, encore et encore, jour et nuit, jour après jour, au fil de ses heures qui passent lentement, et nuit après nuit, de longues nuits, comme si le matin ne pouvait jamais venir. L'image de notre texte suppose une agonie éternelle. Imaginons un tel cas. Supposons qu'il se produise vraiment, dans un cercle d'amis chers et pleins de compassion. Un pauvre homme ne peut pas mourir ! Il reste dans l'agonie un mois, un an, cinq ans, dix ans, jusqu'à ce que tous ses amis soient brisés et tombent dans la tombe sous l'horreur insupportable de ce spectacle ; mais le pauvre homme ne peut toujours pas mourir ! Il survit à une génération, puis à une autre, et à une autre encore ; pendant cent ans, il meurt dans une agonie mortelle, et pourtant il ne s'approche pas de la fin ! Que penseriez-vous d'une telle scène ? Ce serait une image, rien de plus, une faible image de la terrible « seconde mort » (Apocalypse 20,14) !

Dieu veut nous faire comprendre quelle chose terrible est le péché, et quel châtiment effrayant il mérite. Il voudrait nous montrer, par de telles images, combien doit être terrible le sort du pécheur qui s'obstine. Avez-vous déjà vu un pécheur mourir ? Et n'avez-vous pas crié : « Vraiment, la malédiction de Dieu est tombée lourdement sur ce monde ! » Ah, ce n'est qu'une faible image de la malédiction plus lourde encore qui vient avec la « seconde mort » (Apocalypse 20,14) !

Le texte affirme que la mort est « le salaire du péché ». C'est exactement ce que le péché mérite. Le travail gagne un salaire et donne un droit légitime à cette rémunération. De la même façon, on considère que les hommes gagnent un salaire quand ils pèchent. Ils ont droit à leur paie. Dieu se considère comme tenu de leur donner le salaire qu'ils ont bien mérité.

Comme je l'ai souvent dit, je ne dirais pas un seul mot dans ce sens pour tourmenter vos âmes s'il n'y avait aucun espoir, aucune miséricorde possible. Voudrais-je vous tourmenter avant le temps ? Que Dieu m'en garde ! Voudrais-je vous mettre sous les yeux cette terrible peine pour vous dire ensuite qu'il n'y a pas d'espoir ? Non. Je vous dis ces choses pour vous faire sentir que vous devez fuir pour sauver votre vie.

Pensez à ceci : « le salaire du péché, c'est la mort ! » Dieu veut dresser un monument qui proclamera à tout l'univers : « Agitez-vous, et ne péchez pas » (Psaume 4,5) ! Ainsi, chaque fois que les créatures regarderont cette terrible manifestation, elles diront : « Quelle chose terrible que le péché ! » Les gens s'écrient souvent : « Oh, quelle peine horrible ! » Ils ne sont que trop portés à oublier l'horrible culpabilité du péché, et le châtiment qu'il mérite ! Quand Dieu place un pécheur sur son lit de mort devant nos yeux, il nous invite à regarder la peine du péché. Le voilà couché, à l'agonie, gémissant, tremblant, torturé par la douleur, et pourtant il vit, et il vit encore. Supposez qu'il continue à vivre dans cet état de mourant un jour, une semaine, un mois, un an, vingt ans, un siècle, mille ans, mille âges, et qu'il vive toujours, « mourant sans cesse, et pourtant jamais mort ». Finalement, l'univers passe ; « les cieux sont enroulés comme un livre » (Ésaïe 34,4) ; et alors ? Ce malheureux est toujours là, couché ! Il lève les yeux et crie : « Combien de temps encore ? Oh, combien de temps ? » Comme le glas de la mort éternelle, la réponse descend jusqu'à lui : « Éternellement, éternellement. » Un autre cycle d'âges éternels passe, et de nouveau il ose demander : « Combien de temps ? » Et de nouveau la réponse lui revient : « Éternellement, éternellement ! » Oh, comme cette réponse effrayante descend en tonnant à travers tous les royaumes de la souffrance et du désespoir !

On nous dit que, lorsque toutes les choses de la terre arriveront à leur fin, « Le jugement s'assit, et les livres furent ouverts » (Daniel 7,10). Nous y serons, et plus encore, nous y serons pour régler nos comptes avec notre Seigneur et recevoir notre part. Que choisirez-vous, en ce jour du règlement final ? Le salaire du péché ? Dites-vous : « Donnez-moi mon salaire, donnez-moi mon salaire ; je ne veux rien devoir à Christ » ? Pécheur, vous l'aurez. Dieu vous paiera sans faute et sans rien retenir. Il a pris toutes les dispositions nécessaires, et votre salaire est prêt. Mais faites attention à ce que vous faites ! Regardez encore une fois avant de faire votre dernier saut. Bientôt le rideau tombera, le temps d'épreuve sera fini, et tout espoir aura disparu. Où serai-je alors ? Et vous, où serez-vous ? À droite, ou à gauche ?

La Bible place l'enfer sous les yeux du ciel. « Et la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles » (Apocalypse 14,11), et elle se voit en plein depuis les hauteurs de la Ville céleste. Là-haut, vous adorerez et vous louerez Dieu ; mais quand vous tournerez les yeux au loin, vers l'endroit où se trouvait le riche, vous verrez ce que coûte le péché. Là, pas une goutte d'eau ne peut arriver pour rafraîchir leur langue brûlante. De là, la fumée de leur tourment monte et monte à tout jamais ! Faites attention à ce que vous faites aujourd'hui !

Imaginez que vous regardez dans un immense cratère, où les vagues de lave en fusion bouillonnent et se soulèvent, roulent et gonflent, et de temps en temps vomissent d'énormes masses qui inondent les plaines en contrebas. Une fois dans ma vie, je me suis trouvé en vue de l'Etna, et j'ai plongé mon regard dans sa bouche effrayante ; je n'ai pas pu m'empêcher de crier : « Terrible, terrible ! » Voilà, me suis-je dit, une image de l'enfer ! Oh, pécheur, pensez à l'enfer, et à vous-même jeté dedans ! Il vomit ses torrents de fumée et de flammes pour toujours, sans jamais cesser, sans jamais s'épuiser. L'univers peut regarder ce spectacle et y lire : « Les gages du péché, c'est la mort » (Romains 6,23). « Oh, ne péchez pas, puisque tel est le sort du pécheur qui n'a pas été pardonné ! » Pensez à ce que cette démonstration représente dans le gouvernement de Dieu ! Quelle manifestation de sa sainte justice, de sa volonté inébranlable de défendre la sainteté et le bonheur dans tout son immense royaume ! N'est-ce pas digne de Dieu, et du caractère sacré de son grand plan de gouvernement moral ?

Pécheur, vous pouvez maintenant échapper à ce sort effrayant. C'est pour cela que Dieu a révélé l'enfer dans sa Parole fidèle. Cette révélation sera-t-elle donc, pour vous, inutile, et pire qu'inutile ?

Que penseriez-vous si toute cette assemblée était poussée par une force irrésistible jusqu'au bord même de l'enfer ; mais qu'au moment où il semblerait que nous allons tous être précipités par-dessus ce bord effroyable, un ange accourait en criant, comme avec la trompette des séraphins : « Le salut est possible ! Gloire à Dieu, gloire à Dieu, gloire à Dieu ! »

Vous criez de toutes vos forces : « Est-ce possible ? » « Oui, oui, crie-t-il, laissez-moi vous prendre dans mes grands bras pleins d'amour et vous porter aux pieds de Jésus, car il est puissant et il veut sauver ! »

Tout cela n'est-il que des mots ? Oh, même si je pouvais mouiller mes lèvres de la rosée du ciel et baigner ma langue dans ses sources d'éloquence, je ne pourrais pas encore décrire la réalité.

Chrétiens, êtes-vous en train de calculer sans cesse pour amasser un peu de biens, tout en négligeant les âmes ? Prenez garde de ne pas perdre des âmes qui ne pourront jamais revivre ! Vous dites : « Je pensais qu'ils savaient tout cela » ? Ils vous répondent : « Je ne pensais pas que vous en croyiez vous-mêmes un seul mot. Vous n'agissiez pas comme si vous y croyiez. Vous allez au ciel ? Eh bien, moi, je descends en enfer ! Il n'y a plus de secours pour moi maintenant. Vous penserez parfois à moi, alors, quand vous verrez la fumée de mon malheur monter, sombre, à travers les cieux glorieux. Quand j'y serai depuis longtemps, très longtemps, vous penserez parfois que moi, qui ai vécu autrefois à vos côtés, je suis là-bas. Oh, souvenez-vous : vous ne pourrez pas prier pour moi alors ; mais vous vous souviendrez qu'autrefois vous auriez pu m'avertir, et vous auriez pu me sauver. »

Oh, il me semble que, s'il peut y avoir de l'amertume au ciel, elle doit entrer par un tel chemin et gâcher votre bonheur là-haut !

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), en français courant. Source : Sermons on Gospel Themes, New York, Dodd, Mead & Co, 1876 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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