Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 27
Un autre hiver à Boston
À l'automne 1843, je fus de nouveau appelé à Boston. Lors de ma visite précédente, Boston était au plus fort de l'agitation au sujet du second avènement du Christ. M. Miller, qui était à la tête du mouvement, y donnait des conférences et tenait chaque jour des études bibliques où il enseignait et inculquait ses vues particulières ; et son enseignement provoquait une agitation intense, mêlée de beaucoup d'extravagance et de déraison. J'assistai une ou deux fois à l'étude biblique de M. Miller ; après quoi je l'invitai dans ma chambre et tâchai de le convaincre qu'il était dans l'erreur. J'attirai son attention sur la façon dont il interprétait les prophéties ; et, à ce qu'il me sembla, je lui montrai qu'il se trompait entièrement sur quelques-unes de ses idées fondamentales. Il me répondit que j'avais adopté une méthode d'examen qui ferait découvrir ses erreurs, s'il en avait. Je tâchai de lui montrer que son erreur fondamentale était déjà découverte.
La dernière fois que j'avais assisté à son étude biblique, il inculquait la doctrine selon laquelle le Christ viendrait en personne, en 1843, et détruirait ses ennemis. Il donna ce qu'il appelait une explication de la prophétie de Daniel sur ce sujet. Il dit que la pierre détachée de la montagne sans le secours d'aucune main (Daniel 2,45), qui roulait en bas et détruisait la statue dont il est question là, était le Christ. Quand il vint dans ma chambre, j'attirai son attention sur le fait que le prophète affirmait expressément que la pierre n'était pas le Christ, mais le royaume de Dieu ; et que le prophète représentait là l'Église, ou le royaume de Dieu, comme celui qui démolit la statue. C'était si clair que M. Miller fut obligé de reconnaître que c'était bien le cas, et que ce n'était pas le Christ qui allait détruire ces nations, mais le royaume de Dieu. Je lui demandai alors s'il pensait que le royaume de Dieu détruirait ces nations au sens où il enseignait qu'elles seraient détruites, par l'épée, en leur faisant la guerre. Il répondit que non, qu'il ne pouvait pas croire cela. Je lui demandai alors : « Ce qui est annoncé, n'est-ce pas le renversement des gouvernements, plutôt que la destruction des peuples ? Et cela ne doit-il pas se faire par l'influence de l'Église de Dieu, qui éclaire leurs esprits par l'Évangile ? Et si c'est là le sens, sur quoi repose votre enseignement selon lequel, à une date précise, le Christ va venir en personne pour détruire tous les peuples de la terre ? » Je lui dis : « Or ceci est fondamental dans votre enseignement. C'est le grand point sur lequel vous attirez l'attention dans vos études ; et voici une erreur manifeste, puisque les paroles mêmes du prophète enseignent exactement le contraire de ce que vous enseignez. » Mais il était vain, à cette époque, de raisonner avec lui et avec ses partisans. Croyant comme ils le croyaient très certainement que l'avènement du Christ était proche, il n'est pas étonnant qu'ils aient été trop exaltés pour qu'on puisse raisonner avec eux avec quelque profit.
Quand j'arrivai là-bas, à l'automne 1843, je trouvai que cette forme particulière d'agitation était passée ; mais beaucoup de formes d'erreur régnaient parmi la population. En fait, j'ai constaté que Boston est bien ce que le docteur Beecher m'avait assuré, le premier hiver où j'y travaillai. Il m'avait dit : « Monsieur Finney, vous ne pouvez pas travailler ici comme vous le faites partout ailleurs. Il vous faut suivre une autre méthode d'enseignement et commencer par les fondations ; car l'unitarisme est un système de négations, et sous son enseignement, les fondements du christianisme se sont effondrés. Vous ne pouvez rien tenir pour acquis ; car les unitariens et les universalistes ont détruit les fondements, et les gens sont tous à la dérive. La masse n'a pas d'opinions arrêtées, et tout “Il est ici” ou “Il est là” trouve des auditeurs ; presque toutes les formes d'erreur imaginables peuvent prendre pied. »
J'ai constaté depuis que c'est vrai, plus que dans aucun autre champ où j'aie jamais travaillé. La masse de la population de Boston est plus flottante dans ses convictions religieuses qu'en aucun autre lieu où j'aie jamais travaillé, malgré son intelligence ; car c'est assurément un peuple très intelligent, sur toutes les questions, sauf celle de la religion. Il est extrêmement difficile de faire entrer et demeurer les vérités religieuses dans leur esprit, parce que l'enseignement unitarien a eu pour effet de les amener à mettre en question toutes les principales doctrines de la Bible. Leur système est un système de négations. Leur théologie est négative. Ils nient presque tout et n'affirment presque rien. Dans un tel champ, l'erreur trouve les oreilles du peuple ouvertes ; et les idées les plus déraisonnables sur les sujets religieux finissent par être adoptées par un très grand nombre de gens.
Je commençai cette fois mon travail à la chapelle Marlborough, et j'y trouvai un état de choses très singulier. Une Église s'y était formée, composée en grande partie de radicaux ; et la plupart des membres avaient des vues extrêmes sur divers sujets. Ils étaient sortis d'autres Églises orthodoxes et s'étaient unis en une Église à eux, à la chapelle Marlborough. C'étaient des réformateurs fermes, et beaucoup d'entre eux conséquents avec eux-mêmes. C'étaient de braves gens ; mais je ne peux pas dire que ce fût un peuple uni. Leurs vues extrêmes semblaient être chez eux un élément de répulsion mutuelle. Certains étaient des partisans extrêmes de la non-résistance, et tenaient pour mal d'employer la force physique, ou quelque moyen physique que ce soit, même pour tenir leurs propres enfants. Tout devait se faire par la persuasion morale. Dans l'ensemble, cependant, c'était un peuple chrétien qui priait, un peuple sérieux. Je n'eus pas de difficulté particulière à m'entendre avec eux ; mais à ce moment-là, l'agitation millérite et diverses autres causes avaient contribué à semer pas mal de confusion parmi eux. En tant qu'Église, ils n'étaient pas du tout dans un état prospère.
Un jeune homme du nom de S... s'était levé parmi eux, qui se disait prophète. J'eus beaucoup de conversations avec lui et tâchai de le convaincre qu'il était complètement dans l'erreur ; et je travaillai auprès de ses partisans pour essayer de leur faire voir qu'il se trompait. Cependant, je trouvai impossible d'obtenir quoi que ce soit, ni de lui ni d'eux, jusqu'à ce qu'il finît par s'engager sur plusieurs points et prédire que certaines choses arriveraient à certaines dates. L'une d'elles était que son père mourrait tel jour. Je lui dis alors : « Maintenant, nous allons vous mettre à l'épreuve. Maintenant, la vérité de vos prétentions va être vérifiée. Si ces choses que vous prédisez arrivent, et arrivent comme vous le dites, aux dates indiquées, alors nous aurons des raisons de croire que vous êtes prophète. Mais si elles n'arrivent pas, cela prouvera que vous êtes dans l'illusion. » Il ne put le nier. Par une bonne providence de Dieu, ces prédictions portaient sur des événements qui ne devaient survenir que quelques semaines après qu'elles eurent été prononcées. Il avait engagé sa réputation de prophète sur la vérité de ces prédictions, et il en attendait l'accomplissement. Naturellement, elles échouèrent toutes, sans exception, et lui avec elles ; je n'entendis plus jamais parler de ses prédictions. Mais il avait troublé bien des esprits et véritablement paralysé leurs efforts ; et je ne crois pas que ceux qui avaient été ses partisans aient jamais retrouvé leur influence d'autrefois comme chrétiens.
Pendant cet hiver, le Seigneur fit dans mon âme une révision très complète et me donna un nouveau baptême de son Esprit. Je prenais pension à l'hôtel Marlborough, et mon bureau et ma chambre se trouvaient dans un coin du bâtiment de la chapelle. Mon esprit fut, pendant longtemps, fortement porté à la prière ; comme du reste il l'a toujours été quand j'ai travaillé à Boston. J'y ai toujours été favorisé d'une grande mesure de l'esprit de prière. Mais cet hiver-là en particulier, mon esprit était extrêmement préoccupé de la question de la sainteté personnelle, et de l'état de l'Église, de son manque de puissance auprès de Dieu ; de la faiblesse des Églises orthodoxes de Boston, de la faiblesse de leur foi et de leur manque de puissance au milieu d'une telle population. Le fait qu'elles faisaient peu ou point de progrès dans la lutte contre les erreurs de cette ville m'affectait profondément.
Je m'adonnai beaucoup à la prière. Après mes réunions du soir, je me retirais aussi tôt que je le pouvais ; mais je me levais à quatre heures du matin, parce que je ne pouvais plus dormir, et j'allais aussitôt dans mon bureau pour prier. Et mon esprit était si profondément travaillé, si absorbé dans la prière, que souvent je continuais depuis mon lever, à quatre heures, jusqu'au moment où le gong appelait au déjeuner, à huit heures. Je passais mes journées, autant que j'en trouvais le temps, à sonder les Écritures. Je ne lus rien d'autre, de tout cet hiver, que ma Bible ; et une grande partie m'en sembla nouvelle. De nouveau le Seigneur me fit parcourir, pour ainsi dire, la Bible de la Genèse à l'Apocalypse. Il me fit voir l'enchaînement des choses, les promesses, les menaces, les prophéties et leur accomplissement ; et, en vérité, l'Écriture tout entière me semblait embrasée de lumière, et non seulement de lumière : il me semblait que la parole de Dieu était toute pénétrée de la vie même de Dieu.
Après avoir prié ainsi pendant des semaines et des mois, un matin, pendant que j'étais en prière, cette pensée me vint : et si, après tout cet enseignement divin, ma volonté n'était pas gagnée, et que cet enseignement n'agissait que sur ma sensibilité ? Ne se peut-il pas que ma sensibilité soit touchée par ces révélations que me donne la lecture de la Bible, sans que mon cœur en soit réellement soumis ? À ce moment, plusieurs passages de l'Écriture me revinrent à l'esprit, comme celui-ci : « Précepte sur précepte, précepte sur précepte, règle sur règle, règle sur règle, un peu ici, un peu là, afin qu'en marchant ils tombent à la renverse et se brisent, afin qu'ils soient enlacés et pris » (Ésaïe 28,13). La pensée que je me trompais peut-être moi-même, quand elle me vint d'abord, me piqua presque comme une vipère. Elle me causa une angoisse que je ne peux décrire. Les passages de l'Écriture qui me venaient à l'esprit dans ce sens augmentèrent beaucoup ma détresse pendant quelques instants. Mais aussitôt je fus rendu capable de me rejeter sur la parfaite volonté de Dieu. Je dis au Seigneur que s'il voyait que c'était sage et préférable, et que son honneur exigeait que je fusse laissé à mon illusion et que je descende en enfer, j'acceptais sa volonté, et je lui dis : « Fais de moi ce qui te semblera bon. »
Peu avant cet événement, j'avais eu un grand combat pour me consacrer à Dieu, dans un sens plus élevé que je ne l'avais jamais vu comme mon devoir ou conçu comme possible. J'avais souvent auparavant déposé toute ma famille sur l'autel de Dieu et l'avais laissée à sa disposition, pour qu'il en fasse ce qu'il voudrait. Mais à l'époque dont je parle maintenant, j'avais eu un grand combat pour abandonner ma femme à la volonté de Dieu. Sa santé était très faible, et il était tout à fait évident qu'elle ne pourrait pas vivre longtemps. Je n'avais jamais vu aussi clairement ce qu'impliquait le fait de la déposer, elle et tout ce que je possédais, sur l'autel de Dieu ; et pendant des heures je luttai à genoux pour l'abandonner sans réserve à la volonté de Dieu. Mais je m'en trouvai incapable. J'en fus si bouleversé et si surpris que l'angoisse me fit transpirer abondamment. Je luttai et priai jusqu'à l'épuisement, et je me trouvai absolument incapable de l'abandonner entièrement à la volonté de Dieu, au point de ne faire aucune objection à ce qu'il dispose d'elle exactement comme il lui plairait.
Cela me troubla beaucoup. J'écrivis à ma femme pour lui dire quel combat j'avais eu, et le souci que j'avais éprouvé de ne pas être disposé à la remettre sans réserve à la parfaite volonté de Dieu. Ce fut très peu de temps avant cette tentation, car c'est bien ce qu'elle me semble avoir été, dont j'ai parlé, quand ces passages de l'Écriture me revinrent si douloureusement à l'esprit et que l'amertume, presque celle de la mort, sembla s'emparer de moi pendant quelques instants, à la pensée que ma religion n'était peut-être qu'affaire de sensibilité, et que l'enseignement de Dieu n'avait peut-être agi que sur mes sentiments. Mais, comme je l'ai dit, après avoir lutté quelques instants contre ce découragement et cette amertume, que j'ai attribués depuis à un trait enflammé de Satan, je fus rendu capable de me rejeter, dans un sens plus profond que je ne l'avais jamais fait, sur la volonté infiniment bénie et parfaite de Dieu. Je dis alors au Seigneur que j'avais en lui une telle confiance que j'étais parfaitement disposé à lui remettre ma personne, ma femme et ma famille, pour qu'il en dispose entièrement selon sa propre sagesse.
J'eus alors, de ce qu'implique la consécration à Dieu, une vue plus profonde que jamais auparavant. Je passai longtemps à genoux, à considérer toute la question et à tout abandonner à la volonté de Dieu : les intérêts de l'Église, les progrès de la religion, la conversion du monde, et le salut ou la damnation de ma propre âme, selon ce que la volonté de Dieu déciderait. Je me souviens même d'être allé jusqu'à dire au Seigneur, de tout mon cœur, qu'il pouvait faire de moi et des miens tout ce à quoi sa bienheureuse volonté pourrait consentir ; que j'avais en sa bonté et en son amour une confiance si parfaite que je croyais qu'il ne pouvait consentir à rien à quoi je puisse faire objection. Je ressentais une sorte de sainte hardiesse à lui dire de faire de moi exactement ce qui lui semblerait bon ; il ne pouvait rien faire qui ne fût parfaitement sage et bon ; j'avais donc les meilleures raisons d'accepter tout ce à quoi il pourrait consentir à mon égard et à l'égard des miens. Je n'avais encore jamais connu un repos aussi profond et aussi parfait dans la volonté de Dieu.
Ce qui m'a paru étrange, c'est que je ne pouvais plus saisir mon espérance d'autrefois, ni me rappeler avec quelque fraîcheur aucun des moments de communion et d'assurance divine que j'avais connus auparavant. Je peux dire que j'abandonnai mon espérance et que je fis tout reposer sur un nouveau fondement. Je veux dire que j'abandonnai l'espérance que je tirais de toute expérience passée, et je me souviens d'avoir dit au Seigneur que je ne savais pas s'il avait l'intention de me sauver ou non. Et je ne me souciais pas de le savoir. J'étais disposé à attendre l'issue. Je dis que si je constatais qu'il me gardait, qu'il agissait en moi par son Esprit et me préparait pour le ciel, en produisant dans mon âme la sainteté et la vie éternelle, j'en conclurais qu'il avait l'intention de me sauver ; que si, au contraire, je me trouvais vide de force, de lumière et d'amour divins, j'en conclurais qu'il jugeait sage et convenable de m'envoyer en enfer ; et que, dans un cas comme dans l'autre, j'accepterais sa volonté. Mon esprit s'établit dans un calme parfait.
C'était tôt le matin ; et pendant toute cette journée, il me sembla être dans un état de repos parfait, de corps et d'âme. Au cours de la journée, cette question se posa souvent à mon esprit : « Maintiens-tu toujours ta consécration, et demeures-tu dans la volonté de Dieu ? » Je répondais sans hésiter : « Oui, je ne reprends rien. Je n'ai aucune raison de rien reprendre ; je ne suis pas allé plus loin dans mes engagements et mes déclarations que ce qui était raisonnable. Je n'ai aucune raison de rien reprendre ; je ne veux rien reprendre. » La pensée que je pourrais être perdu ne me troublait pas. En vérité, j'eus beau réfléchir pendant toute cette journée, je ne pus trouver en moi la moindre crainte, la moindre émotion qui me troublât. Rien ne m'inquiétait. Je n'étais ni exalté ni abattu ; je n'étais, autant que je pouvais en juger, ni joyeux ni triste. Ma confiance en Dieu était parfaite, mon acceptation de sa volonté était parfaite, et mon esprit était aussi calme que le ciel.
Vers le soir, cette question se posa à mon esprit : « Et si Dieu t'envoyait en enfer, qu'arriverait-il ? » « Eh bien, je n'y ferais pas objection. » « Mais peut-il envoyer en enfer, fut la question suivante, quelqu'un qui accepte sa volonté au sens où tu l'acceptes ? » Cette question ne se fut pas plus tôt posée à mon esprit qu'elle fut tranchée. Je dis : « Non, c'est impossible. L'enfer ne pourrait pas être un enfer pour moi, si j'acceptais la parfaite volonté de Dieu. » Cela fit jaillir dans mon âme une source de joie qui ne cessa de s'élargir pendant des semaines et des mois, et même, je peux le dire, pendant des années. Pendant des années, mon âme fut trop remplie de joie pour être beaucoup tourmentée d'inquiétude à quelque sujet que ce soit. Ma prière, qui avait été si fervente et si prolongée pendant une si longue période, sembla se résumer tout entière en ceci : « Que ta volonté soit faite » (Matthieu 6,10). Il me semblait que tous mes désirs étaient comblés. Ce que j'avais demandé pour moi-même, je l'avais reçu d'une manière à laquelle je m'attendais le moins. « Sainteté à l'Éternel » semblait être inscrit sur toutes les activités de mon esprit. J'avais une foi si forte que Dieu accomplirait toute sa parfaite volonté, que je ne pouvais m'inquiéter de rien. Les grandes inquiétudes qui avaient travaillé mon esprit pendant mes temps de prière angoissée semblaient écartées ; si bien que, pendant longtemps, quand j'allais à Dieu pour communier avec lui (ce que je faisais très, très souvent), je tombais à genoux et je me trouvais incapable de rien demander avec quelque instance, sinon que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Mes prières étaient englouties dans cette seule demande ; et souvent je me surprenais à sourire, pour ainsi dire, à la face de Dieu, et à lui dire que je ne voulais rien. J'étais tout à fait sûr qu'il accomplirait tout son bon plaisir, plein de sagesse et de bonté ; et de cela mon âme était entièrement satisfaite.
C'est alors que me quitta ce grand combat dans lequel j'avais été engagé depuis si longtemps, et je me mis à prêcher à l'assemblée en accord avec cette expérience nouvelle et élargie. Il y avait un assez grand nombre de personnes, dans l'Église et parmi ceux qui venaient m'entendre, qui me comprenaient ; et elles voyaient, à ma prédication, ce qui s'était passé et ce qui se passait dans mon esprit. Je suppose que les gens se rendaient compte, mieux que moi-même, du grand changement survenu dans ma manière de prêcher. Naturellement, mon esprit était trop rempli du sujet pour que je puisse prêcher autre chose qu'un salut plein et actuel dans le Seigneur Jésus-Christ.
À cette époque, il me sembla que mon âme était unie au Christ comme une épouse, dans un sens dont je n'avais jamais eu auparavant la moindre idée ni la moindre conception. Le langage du Cantique de Salomon m'était aussi naturel que ma respiration. Je pensais pouvoir bien comprendre l'état d'esprit dans lequel il se trouvait quand il écrivit ce cantique ; et j'en conclus alors, comme je l'ai toujours pensé depuis, que ce cantique fut écrit par lui après qu'il eut été ramené de sa grande chute. Non seulement j'avais toute la fraîcheur de mon premier amour, mais elle s'était immensément accrue. En vérité, le Seigneur m'éleva tellement au-dessus de tout ce que j'avais connu auparavant, et m'enseigna tant de choses sur le sens de la Bible, sur les relations du Christ avec nous, sur sa puissance et sur sa bonne volonté, que souvent je me surprenais à lui dire : « Je n'avais ni su ni imaginé que rien de tel fût vrai. » Je compris alors ce que signifie cette parole : il « peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3,20). Il m'enseigna en effet, à cette époque, infiniment au-delà de tout ce que j'avais jamais demandé ou pensé. Je n'avais eu aucune idée de la longueur et de la largeur, de la hauteur et de la profondeur, et de l'efficacité de sa grâce.
Il me sembla alors que ce passage : « Ma grâce te suffit » (2 Corinthiens 12,9), signifiait tant de choses qu'il était étonnant que je ne l'eusse jamais compris auparavant. Je me surprenais à m'écrier : « Admirable ! Admirable ! Admirable ! » à mesure que ces révélations m'étaient faites. Je pouvais comprendre alors ce que voulait dire le prophète quand il disait : « On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix » (Ésaïe 9,5). Je passai presque tout le reste de l'hiver, jusqu'au moment où je fus obligé de rentrer chez moi, à instruire les gens de la plénitude qu'il y a en Christ. Mais je m'aperçus que je prêchais au-dessus de la tête de la plupart des auditeurs. Ils ne me comprenaient pas. Il y en avait, il est vrai, un bon nombre qui me comprenaient ; et ceux-là furent merveilleusement bénis dans leur âme, et firent plus de progrès dans la vie divine, j'ai des raisons de le croire, que pendant toute leur vie auparavant.
Mais la petite Église qui s'était formée là n'était pas composée d'éléments capables de travailler ensemble, dans une mesure appréciable, de façon saine et efficace. L'opposition du dehors contre eux était grande. La masse, même des chrétiens de profession de la ville, n'avait aucune sympathie pour eux. Les membres des Églises n'étaient en général nullement en état de recevoir mes vues sur la sanctification ; et bien qu'il y eût, dans presque toutes les Églises, des personnes qui furent profondément intéressées et grandement bénies, cependant, d'une manière générale, le témoignage que je rendais leur était inintelligible.
Certains pouvaient voir où j'en étais. Je me souviens qu'un soir, le diacre P... et le diacre S..., après avoir entendu ma prédication et vu l'effet qu'elle produisait sur l'assemblée, vinrent à moi quand je descendis de la chaire et me dirent : « Eh bien, vous êtes très en avance sur nous dans cette ville, et très en avance sur nos pasteurs. Comment pourrions-nous amener nos pasteurs à venir entendre ces vérités ? » Je répondis : « Je ne sais pas. Mais je voudrais qu'ils puissent voir les choses comme je les vois ; car il me semble d'une importance infinie qu'il y ait à Boston un niveau de sainteté plus élevé. » Ils semblaient extrêmement désireux que ces vérités soient présentées à l'ensemble de la population. C'étaient des hommes de bien, comme les gens de Boston le savent bien ; mais quelle peine ils se donnèrent réellement pour amener leurs pasteurs et leurs fidèles à venir, je ne saurais le dire.
Cet hiver-là, je travaillai surtout pour un réveil de la religion parmi les chrétiens. Le Seigneur m'y prépara par la grande œuvre qu'il accomplit dans ma propre âme. Bien que j'eusse déjà connu beaucoup de la vie divine agissant en moi, cependant, comme je l'ai dit, ce que je vécus cet hiver-là dépassait tellement tout ce que j'avais connu auparavant que, par moments, je ne parvenais pas à me représenter que j'eusse jamais été vraiment en communion avec Dieu.
Bien sûr, je l'avais été, souvent et longtemps ; et cela, je le savais quand j'y réfléchissais et que je me rappelais par où j'étais si souvent passé. Il me sembla, cet hiver-là, que probablement, quand nous arriverons au ciel, nos vues, nos joies et nos saintes dispositions dépasseront tellement tout ce que nous aurons connu dans cette vie que nous aurons peine à reconnaître que nous ayons eu quelque religion pendant que nous étions dans ce monde. J'avais en fait connu bien des fois des joies inexprimables et une très profonde communion avec Dieu ; mais tout cela s'était tellement effacé dans l'ombre devant mon expérience élargie que souvent je disais au Seigneur que je n'avais jamais eu auparavant la moindre idée des choses merveilleuses révélées dans son bienheureux Évangile, ni de la grâce merveilleuse qu'il y a en Jésus-Christ. Ce langage, je le savais quand j'y réfléchissais, était relatif ; mais tout de même, toutes mes expériences passées semblaient pour un temps scellées et presque perdues de vue.
À mesure que la grande émotion de cette période s'apaisa et que mon esprit devint plus calme, je vis plus clairement les différentes étapes de mon expérience chrétienne, et j'en vins à reconnaître l'enchaînement des choses, comme étant toutes l'œuvre de Dieu du commencement à la fin. Mais depuis lors, je n'ai plus jamais eu ces grands combats ni ces longs temps de prière angoissée que j'avais souvent connus. Prévaloir auprès de Dieu est tout autre chose, dans mon expérience, que ce que c'était auparavant. Je peux venir à Dieu avec plus de calme, parce qu'avec une confiance plus parfaite. Il me rend capable maintenant de me reposer en lui et de laisser toutes choses s'abîmer dans sa parfaite volonté, avec beaucoup plus de facilité que jamais avant l'expérience de cet hiver-là.
J'ai éprouvé depuis lors une liberté religieuse, une allégresse religieuse et un plaisir en Dieu et en sa parole, une fermeté de foi, une liberté chrétienne et un amour débordant que je n'avais connus, je peux le dire, qu'occasionnellement auparavant. Je ne veux pas dire que ces dispositions m'avaient été rares auparavant ; car elles avaient été fréquentes et souvent renouvelées, mais jamais durables comme elles l'ont été depuis. Mon esclavage sembla, à ce moment-là, entièrement brisé ; et depuis lors, j'ai eu la liberté d'un enfant auprès d'un père aimant. Il me semble que je peux trouver Dieu en moi, en ce sens que je peux m'appuyer sur lui et être tranquille, déposer mon cœur dans sa main, me blottir dans sa parfaite volonté, et n'avoir ni souci ni inquiétude.
Je parle de ces dispositions comme habituelles depuis cette période, mais je ne peux pas affirmer qu'elles n'aient jamais été interrompues ; car en 1860, pendant une période de maladie, j'ai connu un temps de grand abattement et de profonde humiliation. Mais le Seigneur m'en a fait sortir pour m'établir dans la paix et le repos.
Quelques années après ce temps de rafraîchissement, cette épouse bien-aimée dont j'ai parlé mourut. Ce fut pour moi une grande affliction. Cependant, je n'éprouvai aucun murmure ni la moindre résistance à la volonté de Dieu. Je la remis à Dieu sans aucune résistance, autant que je m'en souvienne. Mais ce fut pour moi un grand chagrin. La nuit qui suivit sa mort, j'étais couché seul dans ma chambre, et quelques amis chrétiens étaient restés debout au salon pour veiller toute la nuit. J'avais dormi un peu, et en m'éveillant, la pensée de mon deuil traversa mon esprit avec une force ! Ma femme n'était plus ! Je n'entendrais plus jamais sa voix, je ne verrais plus son visage ! Ses enfants n'avaient plus de mère ! Qu'allais-je faire ? Ma tête semblait tourner, comme si mon esprit allait sortir de ses gonds. Je me levai aussitôt de mon lit en m'écriant : « Je vais perdre la raison si je ne peux pas me reposer en Dieu ! » Le Seigneur calma bientôt mon esprit, pour cette nuit-là ; mais pourtant, par moments, des vagues de chagrin passaient sur moi, presque accablantes.
Un jour, j'étais à genoux, communiant avec Dieu à ce sujet, et tout à coup il sembla me dire : « Tu aimais ta femme ? » « Oui », répondis-je. « Eh bien, l'aimais-tu pour elle-même, ou pour toi ? L'aimais-tu, elle, ou t'aimais-tu toi-même ? Si tu l'aimais pour elle-même, pourquoi t'affliges-tu qu'elle soit avec moi ? Son bonheur auprès de moi ne devrait-il pas te réjouir au lieu de te faire pleurer, si tu l'aimais pour elle-même ? L'aimais-tu, semblait-il me dire, à cause de moi ? Si tu l'aimais à cause de moi, assurément tu ne t'affligerais pas qu'elle soit avec moi. Pourquoi penses-tu à ta perte, et y attaches-tu tant d'importance, au lieu de penser à son gain à elle ? Peux-tu être triste quand elle est si joyeuse et si heureuse ? Si tu l'aimais pour elle-même, ne te réjouirais-tu pas de sa joie, et ne serais-tu pas heureux de son bonheur ? »
Je ne pourrai jamais décrire les sentiments qui m'envahirent quand il me sembla entendre ces paroles. Elles produisirent un changement instantané dans tout l'état de mon âme. Dès ce moment, le chagrin causé par ma perte disparut pour toujours. Je ne pensais plus à ma femme comme morte, mais comme vivante, et au milieu des gloires du ciel. Ma foi était alors si forte et mon esprit si éclairé qu'il me semblait pouvoir entrer dans l'état d'esprit même où elle se trouvait au ciel ; et s'il existe une chose telle que la communion avec un esprit absent, ou avec quelqu'un qui est au ciel, il me semblait que j'étais en communion avec elle. Non que j'aie jamais pensé qu'elle était présente au point que je communie personnellement avec elle. Mais il me semblait savoir quel était là-haut son état d'esprit : quel repos profond et ininterrompu dans la parfaite volonté de Dieu. Je pouvais voir que c'était là le ciel ; et je l'éprouvais dans ma propre âme. Je n'ai jamais, jusqu'à ce jour, perdu la bénédiction de ces vues. Elles me reviennent souvent, comme étant l'état d'esprit même des habitants du ciel, et je peux voir pourquoi ils sont dans une telle félicité.
Ma femme était morte dans des dispositions toutes célestes. Son repos en Dieu était si parfait qu'il me semblait qu'en quittant ce monde, elle n'avait fait qu'entrer dans une connaissance plus pleine de l'amour et de la fidélité de Dieu, de manière à affermir et à rendre parfaites pour toujours sa confiance en Dieu et son union avec sa volonté. Ce sont là des expériences dans lesquelles j'ai beaucoup vécu depuis cette époque. Mais en prêchant, j'ai constaté que nulle part je ne peux prêcher ces vérités, dont mon âme aime à se nourrir, et être compris, sinon par un très petit nombre. Je n'ai jamais trouvé que plus d'un très petit nombre, même parmi mes propres fidèles, apprécie et reçoive ces vues de Dieu et du Christ, et de la plénitude de son salut gratuit, dont mon âme aime encore à se nourrir. Partout, je suis obligé de descendre au niveau où se trouvent les gens pour me faire comprendre ; et partout où j'ai prêché depuis bien des années, j'ai trouvé les Églises dans un état si bas qu'elles étaient absolument incapables de saisir et d'apprécier ce que je considère comme les vérités les plus précieuses de tout l'Évangile.
Quand je prêche aux pécheurs impénitents, je suis obligé, naturellement, de revenir aux premiers principes. Dans ma propre expérience, j'ai depuis si longtemps dépassé ces avant-postes et ces premiers principes que je ne peux pas vivre de ces vérités. Je dois cependant les prêcher aux impénitents pour obtenir leur conversion. Quand je prêche l'Évangile, je peux prêcher l'expiation, la con- version et beaucoup des vues principales de l'Évangile, qui sont appréciées et reçues par ceux qui sont jeunes dans la vie religieuse, ainsi que par ceux qui sont depuis longtemps dans l'Église de Dieu et n'ont fait que très peu de progrès dans la connaissance du Christ. Mais ce n'est que de temps à autre que je trouve réellement profitable pour le peuple de Dieu de répandre devant lui la plénitude que ma propre âme voit en Christ. Ici même, il y a, de loin, un plus grand nombre de personnes qui me comprennent et qui dévorent ce genre de vérités que je n'en ai trouvé ailleurs ; mais même ici, la majorité des chrétiens de profession n'embrassent pas ces vérités en connaissance de cause. Ils ne font pas d'objection, ils ne s'y opposent pas ; et, dans la mesure où ils les comprennent, ils en sont convaincus. Mais par expérience, ils ignorent la puissance des vérités les plus hautes et les plus précieuses de l'Évangile du salut en Jésus-Christ.
J'ai dit que cet hiver à Boston fut employé surtout à prêcher aux chrétiens de profession, et que beaucoup d'entre eux furent grandement bénis dans leur âme. J'étais tout à fait convaincu qu'à moins que les fondements puissent, en un sens, être posés de nouveau, et que les chrétiens de Boston n'adoptent un type de vie chrétienne plus élevé, ils ne pourraient jamais l'emporter sur l'unitarisme. Je savais que les pasteurs orthodoxes prêchaient l'orthodoxie contre l'unitarisme depuis bien des années, et que tout ce que la discussion pouvait accomplir avait été accompli. Mais je sentais que ce dont les unitariens avaient besoin, c'était de voir des chrétiens vivre pleinement le pur Évangile du Christ. Ils avaient besoin de les entendre dire, et de les voir prouver par leur vie, que Jésus-Christ était un Sauveur divin, capable de les sauver de tout péché. Leurs professions de foi au Christ ne s'accordaient pas avec leur expérience. Ils ne pouvaient pas dire qu'ils trouvaient le Christ, dans leur expérience, tel qu'ils le prêchaient. Il faut, pour convaincre les unitariens, le témoignage des témoins vivants de Dieu, le témoignage de l'expérience ; et de simples raisonnements et arguments, si concluants soient-ils, ne viendront jamais à bout de leurs erreurs et de leurs préjugés.
Les Églises orthodoxes de là-bas sont trop formalistes ; elles sont esclaves de certaines façons de faire ; elles ont peur des mesures, peur de se lancer en toute liberté dans l'emploi des moyens pour sauver les âmes. Elles m'ont toujours semblé être dans l'esclavage dans leurs prières, au point que ce que j'appelle l'esprit de prière, je l'ai rarement vu à Boston. Les pasteurs et les diacres des Églises, bien que ce soient des hommes de bien, ont peur de ce que diront les unitariens si, dans les mesures qu'ils prennent pour faire avancer la religion, ils se lancent de manière à réveiller les gens. Tout doit se faire d'une certaine manière. Le Saint-Esprit est attristé de ce qu'ils se soumettent à un tel esclavage.
J'ai travaillé à Boston dans cinq puissants réveils de la religion ; et je dois dire que ma sincère conviction est que la plus grande difficulté, quand il s'agit de vaincre l'unitarisme et toutes les formes d'erreur qui règnent là-bas, c'est la timidité des chrétiens et des Églises. Sachant, comme ils le savent, qu'ils sont constamment exposés aux critiques des unitariens, ils sont devenus trop prudents. Leur foi a été abattue. Et je crains vraiment que la prédominance de l'unitarisme et de l'universalisme là-bas ne les ait retenus de prêcher et de mettre en avant le danger où sont les impénitents, comme le présentait le président Edwards. La doctrine du châtiment éternel, la nécessité de la sanctification entière, c'est-à-dire de l'abandon de tout péché, comme condition du salut, bref les doctrines propres à réveiller les hommes, ne sont pas, je le crains, présentées avec la fréquence et la puissance qui sont indispensables au salut de cette ville.
La petite Église de la chapelle Marlborough désirait beaucoup que je devienne son pasteur ; et je quittai Boston pour rentrer chez moi avec cette question devant l'esprit. Par la suite, le frère Sears vint, avec un appel officiel en poche, pour me persuader d'aller m'établir là-bas. Mais quand il arriva à Oberlin et qu'il consulta les frères d'ici sur l'opportunité de mon départ, ils le découragèrent tellement qu'il ne me soumit même pas la question.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).