Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 26
Le réveil de Rochester, en 1842
Après m'être reposé un jour ou deux à Boston, je repartis pour la maison. Comme j'étais très las de travail et de voyage, je m'arrêtai chez un ami à Rochester, pour prendre un jour de repos avant d'aller plus loin. Dès qu'on sut que j'étais à Rochester, le juge G... vint me voir et, avec beaucoup d'insistance, me demanda de rester et de prêcher. Quelques pasteurs aussi insistèrent pour que je m'arrête et prêche pour eux. Je leur répondis que j'étais à bout de forces et que le moment était venu pour moi d'être chez moi. Ils se montrèrent pourtant très pressants, surtout l'un d'eux, dont la femme était l'une de mes filles spirituelles, cette Sarah B... dont j'ai parlé et qui avait été convertie à Western. Je finis par consentir à rester pour prêcher un sermon ou deux, et je le fis. Mais cela m'attira une invitation plus pressante encore à demeurer et à tenir une série de réunions. Je décidai de rester et, malgré ma fatigue, je poursuivis l'œuvre.
M. George S. Boardman était pasteur de ce qu'on appelait alors le Béthel, ou église de la rue Washington, et M. Shaw de la Deuxième Église, dite église de brique. M. Shaw désirait vivement s'unir à M. Boardman et tenir les réunions tour à tour dans leurs deux églises. M. Boardman n'était pas disposé à procéder ainsi : son assemblée, disait-il, était faible, et elle avait besoin que mes travaux soient concentrés sur elle. Je le regrettai, mais je ne pouvais pas passer outre, et je poursuivis mes travaux au Béthel, ou église de la rue Washington. Peu après, le docteur Shaw obtint le concours du pasteur Jedediah Burchard pour son église et y entreprit une série de réunions.
Entre-temps, le juge G... s'était joint à d'autres membres du barreau pour me demander par écrit de prêcher une série de sermons destinés aux hommes de loi et adaptés à leur manière de penser. Le juge G... était alors l'un des juges de la cour d'appel de l'État, et il était tenu en très haute estime par toute la profession. J'acceptai de donner cette série de conférences. Je savais dans quel état d'esprit à demi sceptique se trouvaient ces membres du barreau, beaucoup d'entre eux du moins, ceux qui n'étaient pas encore convertis. Il restait encore dans la ville bon nombre d'avocats pieux, qui avaient été convertis lors du réveil de 1830 et 1831.
Je commençai ma série de conférences aux hommes de loi en posant cette question : « Savons-nous quelque chose ? », et je poursuivis cette recherche en prêchant soir après soir. Mon auditoire devint très choisi. Les réunions du frère Burchard offraient un lieu intéressant à une certaine partie de la population, et laissaient d'autant plus de place, dans l'église où je prêchais, aux hommes de loi et à ceux qu'attiraient particulièrement mes conférences. Elle était absolument pleine tous les soirs. À mesure que j'avançais dans mes conférences, soir après soir, je voyais l'intérêt grandir sans cesse.
Comme la femme du juge G... était de mes amies intimes, j'avais assez souvent l'occasion de le voir, et j'étais tout à fait sûr que la parole avait sur lui une forte prise. Il me fit cette remarque après que j'eus donné plusieurs conférences : « Monsieur Finney, jusqu'ici vous avez déblayé le terrain à ma satisfaction ; mais quand vous en viendrez à la question du châtiment éternel des méchants, vous allez trébucher ; vous ne réussirez pas à nous convaincre sur ce point. » Je lui répondis : « Attendez et vous verrez, monsieur le juge. » Cet avertissement me rendit d'autant plus attentif, quand j'en vins à ce point, à le traiter à fond. Le lendemain, je le rencontrai, et il me dit aussitôt, de lui-même : « Monsieur Finney, je suis convaincu. Votre façon de traiter ce sujet a été un succès ; on ne peut rien y opposer. » La manière dont il le dit montrait que le sujet n'avait pas seulement convaincu son intelligence, mais qu'il l'avait profondément touché.
Je continuais soir après soir, mais je n'avais pas encore jugé mon auditoire, assez nouveau pour moi et très choisi, prêt à ce que je demande une décision à ceux qui cherchaient. J'étais pourtant arrivé au point où il me sembla temps de tirer le filet sur le rivage. Je l'avais soigneusement tendu autour de toute la masse des hommes de loi, et je les avais enfermés, du moins le croyais-je, dans un enchaînement de raisonnements auquel ils ne pouvaient pas résister. Je savais que les hommes de loi ont l'habitude d'écouter une argumentation et de sentir le poids d'une vérité présentée avec logique ; et je ne doutais pas que la grande majorité d'entre eux ne fût pleinement convaincue de tout ce que j'avais dit jusque-là. J'avais donc préparé un discours destiné à les amener au point de décision ; et s'il paraissait produire son effet, j'avais l'intention de les appeler à s'engager publiquement. Le juge G..., lors de mon séjour précédent, quand sa femme s'était convertie, s'était opposé au banc des âmes inquiètes. Je m'attendais à ce qu'il s'y oppose encore, car je savais qu'il s'était fortement prononcé contre l'emploi de ce banc dans ce qu'il avait dit. Quand je vins prêcher le sermon dont j'ai parlé, je remarquai que le juge G... n'était pas à la place qu'il occupait d'ordinaire ; et en regardant autour de moi, je ne le vis nulle part parmi les membres du barreau ni parmi les juges. J'en fus inquiet, car je m'étais préparé en pensant à son cas. Je savais que son influence était grande et que, s'il prenait position de façon décidée, cela aurait une très grande influence sur toute la profession juridique de la ville. Je remarquai cependant bientôt qu'il était monté à la tribune et avait trouvé une place juste en haut de l'escalier de la tribune, où il était assis, enveloppé dans son manteau. Je poursuivis mon discours ; mais vers la fin de ce que je comptais dire, je remarquai que le juge G... avait quitté sa place. J'en fus affligé, car je conclus que, comme il faisait froid là où il était assis, et qu'il y avait peut-être du va-et-vient si près de l'escalier, il était rentré chez lui ; et que, par conséquent, le sermon que j'avais préparé en pensant à lui avait manqué son effet.
De la salle du sous-sol de l'église, un étroit escalier montait jusqu'à la salle de culte, au-dessus, et débouchait juste à côté de la chaire, un peu en arrière. Au moment même où j'amenais mon sermon à sa conclusion, le cœur presque défaillant à la pensée que j'allais échouer dans ce que j'avais espéré obtenir ce soir-là, je sentis quelqu'un tirer le pan de mon habit. Je me retournai : c'était le juge G... Il était descendu par la salle du sous-sol, avait remonté cet étroit escalier, puis gravi les marches de la chaire, assez haut pour m'atteindre et me tirer par l'habit. Quand je me tournai vers lui et le regardai, très surpris, il me dit : « Monsieur Finney, voulez-vous prier pour moi en me nommant ? Et je prendrai place au banc des âmes inquiètes. » Je n'avais pas dit un mot d'un banc des âmes inquiètes. L'assemblée avait remarqué le mouvement du juge G... quand il était monté par l'escalier de la chaire ; et quand je leur annonçai ce qu'il avait dit, ce fut une secousse extraordinaire. Une grande vague d'émotion parcourut toute l'église. Beaucoup baissaient la tête et pleuraient ; d'autres semblaient prier avec ardeur. Il se fraya un chemin jusque devant la chaire et s'agenouilla aussitôt. Les hommes de loi se levèrent presque en masse, se pressèrent dans les allées et remplirent l'espace libre devant la chaire, partout où ils pouvaient trouver une place pour s'agenouiller. Le mouvement avait commencé sans que je l'aie demandé ; mais j'invitai alors publiquement tous ceux qui étaient prêts à renoncer à leurs péchés, à donner leur cœur à Dieu et à accepter le Christ et son salut, à s'avancer dans les allées, ou là où ils le pourraient, et à s'agenouiller. Ce fut un mouvement puissant. Nous priâmes, puis je congédiai l'assemblée.
Comme je prêchais tous les soirs et que je ne pouvais pas consacrer une soirée à une réunion pour ceux qui cherchent, je fixai une réunion pour instruire ceux qui cherchaient le lendemain à deux heures, au sous-sol de l'église. En y allant, je fus surpris de trouver la salle presque pleine, et de voir que l'assistance se composait presque exclusivement des citoyens les plus en vue. Je poursuivis cette réunion de jour en jour, ce qui me donna l'occasion de m'entretenir librement avec un grand nombre de personnes ; et elles étaient aussi dociles que des enfants. Je n'ai jamais assisté, je crois, à une réunion pour ceux qui cherchent plus intéressante et plus émouvante que celle-là. Un grand nombre d'hommes de loi se convertirent, le juge G..., pourrais-je dire, à leur tête, puisqu'il avait été le premier à se déclarer ouvertement du côté du Christ.
Je restai là, cette fois-là, deux mois. Le réveil devint merveilleusement intéressant et puissant, et aboutit à la conversion d'un très grand nombre de personnes. Il prit fortement dans l'une des églises épiscopaliennes, Saint-Luc, dont le pasteur était le docteur Whitehouse, l'actuel évêque de l'Illinois. Quand j'étais à Reading, en Pennsylvanie, plusieurs années auparavant, le docteur Whitehouse prêchait dans une assemblée épiscopalienne de cette ville ; et, comme me l'apprit l'une des dames les plus instruites de son assemblée, il avait reçu une grande bénédiction pour son âme au cours de ce réveil. Quand je vins à Rochester, en 1830, il était pasteur de Saint-Luc ; il encourageait, m'a-t-on dit, ses paroissiens à assister à nos réunions, et l'on m'a rapporté que beaucoup d'entre eux s'étaient alors convertis. De même, lors de ce réveil de 1842, j'appris qu'il encourageait ses paroissiens et leur conseillait d'assister aux réunions. Il était lui-même un pasteur qui obtenait de grands résultats, et il avait une grande influence à Rochester. On m'a appris qu'au cours de ce réveil de 1842, pas moins de soixante-dix personnes, presque toutes parmi les principaux membres de son assemblée, furent converties et confirmées dans son Église.
Il me faut rapporter un fait frappant. J'avais beaucoup insisté, dans mes instructions, sur la consécration entière à Dieu, sur le fait de tout lui abandonner, corps, âme, biens et tout le reste, pour que tout serve désormais et pour toujours à sa gloire, comme condition pour être accepté de Dieu. Comme j'en avais l'habitude dans les réveils, je mettais ce point en avant autant que je le pouvais. Un jour, en me rendant à la réunion, je trouvai à la porte de l'église, qui m'attendait, l'un des hommes de loi avec qui j'avais fait un peu connaissance et qui était dans une profonde angoisse d'esprit. Comme j'entrais, il tira de sa poche un papier et me le tendit en disant : « Je vous remets ceci en tant que serviteur du Seigneur Jésus-Christ. » Je le mis dans ma poche jusqu'après la réunion. En l'examinant, je vis que c'était un acte de renonciation rédigé selon les règles, signé et prêt à être remis, par lequel il cédait au Seigneur Jésus-Christ toute propriété sur lui-même et sur tout ce qu'il possédait. L'acte était en due forme, avec toutes les particularités et toutes les formalités de ce genre de cessions. Je crois l'avoir encore parmi mes papiers. Il semblait parler avec un sérieux solennel et, autant que je pouvais en juger, il savait parfaitement ce qu'il faisait. Mais je ne dois pas entrer davantage dans les détails.
Quant aux moyens employés dans ce réveil, je dirai que les doctrines prêchées furent celles que j'ai toujours prêchées, partout. On mit en avant le gouvernement moral de Dieu ; la nécessité d'accepter la volonté de Dieu sans réserve et en toutes choses, comme règle de vie ; l'acceptation par la foi du Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur du monde, dans toutes ses fonctions et toute son œuvre ; et la sanctification de l'âme par la vérité, ou au moyen de la vérité. On s'arrêta sur ces doctrines, et sur celles qui s'y rattachent, autant que le temps le permettait et que les besoins des gens semblaient l'exiger. Les mesures consistèrent simplement à prêcher l'Évangile et à prier abondamment, en privé, en petits groupes et dans des réunions de prière publiques ; on insistait toujours beaucoup sur la prière comme moyen essentiel de faire avancer le réveil. On n'encourageait pas les pécheurs à attendre que le Saint-Esprit les convertisse tandis qu'ils restaient passifs, et on ne leur disait jamais d'attendre le moment de Dieu ; on leur enseignait sans la moindre ambiguïté que leur premier devoir, leur devoir immédiat, était de se soumettre à Dieu, de renoncer à leur propre volonté, à leur propre voie et à eux-mêmes, et de remettre sur-le-champ tout ce qu'ils étaient et tout ce qu'ils avaient à leur légitime propriétaire, le Seigneur Jésus-Christ. On leur enseignait ici, comme partout dans ces réveils, que le seul obstacle sur leur chemin était leur propre volonté obstinée ; que Dieu cherchait à obtenir leur consentement sans réserve à abandonner leurs péchés et à accepter le Seigneur Jésus-Christ comme leur justice et leur salut. On les pressait souvent sur ce point, de donner leur consentement ; et on leur disait que la seule difficulté était d'obtenir leur propre consentement, honnête et sérieux, aux conditions auxquelles le Christ voulait les sauver, qui étaient aussi les conditions les plus basses auxquelles ils pouvaient être sauvés.
On tenait des réunions pour ceux qui cherchent, afin d'adapter l'instruction à ceux qui en étaient à divers degrés de conviction de péché ; et après m'être entretenu avec eux aussi longtemps que j'en avais le temps et la force, j'avais l'habitude de tout récapituler à la fin : je prenais des cas représentatifs, je répondais à toutes leurs objections et à toutes leurs questions, je corrigeais toutes leurs erreurs, et je suivais une ligne de discours propre à leur enlever toute excuse et à les placer face à face avec la grande question : accepter maintenant, sans réserve et en toutes choses, la volonté de Dieu en Jésus-Christ. La foi en Dieu, et en Dieu dans le Christ, était toujours mise en avant. On leur expliquait que cette foi n'est pas un simple assentiment de l'intelligence, mais le consentement ou la confiance du cœur, une confiance volontaire et éclairée en Dieu, tel qu'il est révélé dans le Seigneur Jésus-Christ.
On insistait pleinement sur la doctrine de la justice du châtiment éternel ; et l'on affirmait avec force non seulement sa justice, mais la certitude que les pécheurs seront punis éternellement s'ils meurent dans leurs péchés. Sur tous ces points, l'Évangile était présenté de manière à ne pas rendre un son confus (1 Corinthiens 14,8). C'était du moins mon but constant, et celui de tous ceux qui donnaient des instructions. On expliquait la nature de la dépendance du pécheur à l'égard de l'influence divine, on y insistait et on la mettait en avant. On enseignait aux pécheurs que, sans l'enseignement et l'influence de Dieu, il est certain, vu leur état de dépravation, qu'ils ne seraient jamais réconciliés avec Dieu ; et que pourtant leur manque de réconciliation tenait uniquement à la dureté de leur propre cœur, ou à l'obstination de leur propre volonté, de sorte que leur dépendance à l'égard de l'Esprit de Dieu ne les excuse en rien de ne pas devenir chrétiens sur-le-champ. Ces points que j'ai relevés, et d'autres qui en découlent logiquement, étaient présentés sous tous leurs aspects, autant que le temps le permettait.
Dans ces réveils, on n'enseignait jamais aux pécheurs qu'ils devaient attendre leur conversion en réponse à leurs propres prières. On leur disait que, s'ils avaient conçu l'iniquité dans leur cœur, le Seigneur ne les exaucerait pas (Psaumes 66,18) ; et que, tant qu'ils restaient impénitents, ils avaient bel et bien l'iniquité dans leur cœur. Je ne veux pas dire qu'on les exhortait à ne pas prier. On leur apprenait que Dieu leur commandait de prier, mais de prier avec foi, de prier dans un esprit de repentance ; et que, lorsqu'ils demandaient à Dieu de leur pardonner, ils devaient s'en remettre irrévocablement à sa volonté. On leur enseignait expressément qu'une prière simplement impénitente et incrédule est une abomination pour Dieu ; mais que, s'ils étaient vraiment disposés à offrir à Dieu une prière agréable, ils le pouvaient, car rien d'autre que leur propre obstination ne les empêchait d'offrir sur-le-champ une prière agréable. On ne les laissait jamais penser qu'ils pouvaient faire leur devoir à un égard quelconque, accomplir quelque devoir que ce soit, s'ils ne donnaient pas leur cœur à Dieu. Se repentir, croire, se soumettre, comme actes intérieurs de l'esprit, tels étaient les premiers devoirs à accomplir ; et tant qu'ils ne les avaient pas accomplis, aucun acte extérieur, quel qu'il soit, n'était l'accomplissement de leur devoir. On leur disait que prier pour obtenir un cœur nouveau, tant qu'ils ne se livraient pas à Dieu, c'était tenter Dieu ; que prier pour obtenir le pardon avant de s'être vraiment repentis, c'était insulter Dieu et lui demander de faire ce qu'il n'avait pas le droit de faire ; que prier dans l'incrédulité, c'était accuser Dieu de mensonge, au lieu de faire leur devoir ; et que toute leur incrédulité n'était rien d'autre qu'une manière blasphématoire d'accuser Dieu de mensonge. Bref, on prenait soin d'enfermer le pécheur dans l'obligation d'accepter le Christ, toute sa volonté, son expiation, son œuvre et ses fonctions de Sauveur, de tout cœur et d'une ferme résolution, en renonçant à tout péché, à toute recherche d'excuses, à toute incrédulité, à toute dureté de cœur et à toute chose mauvaise, dans le cœur et dans la vie, ici, maintenant et pour toujours.
Je me suis toujours particulièrement intéressé au salut des avocats et de tous les hommes de la profession juridique. J'avais moi-même été formé pour cette profession. Je connaissais assez bien leurs habitudes de lecture et de pensée, et je savais qu'ils se laissent gouverner par l'argumentation, par les preuves et par l'exposé logique plus sûrement que toute autre catégorie d'hommes. J'ai toujours constaté, partout où j'ai travaillé, que lorsque l'Évangile leur était présenté comme il convient, ils étaient la catégorie d'hommes la plus accessible ; et je crois vrai que, proportionnellement à leur nombre dans une population, il s'en est converti davantage que dans toute autre catégorie. J'ai été particulièrement frappé de la manière dont un exposé clair de la Loi et de l'Évangile de Dieu emporte l'adhésion de l'intelligence des juges, ces hommes habitués à siéger pour entendre des témoignages et peser les arguments des deux parties. Je n'ai jamais vu, autant que je m'en souvienne, un seul cas où des juges, ayant assisté aux réunions dans les réveils dont j'ai été témoin, n'aient pas été convaincus de la vérité de l'Évangile. J'ai souvent été très ému, en m'entretenant avec des membres de la profession juridique, de la manière dont ils donnaient leur accord à des propositions auxquelles des personnes à l'esprit mal discipliné auraient fait des objections.
Il y avait l'un des juges de la cour d'appel, habitant Rochester, qui semblait atteint d'un scepticisme chronique. C'était un homme qui lisait et qui réfléchissait, d'une grande délicatesse et d'une grande honnêteté intellectuelle. Sa femme, qui s'était convertie sous mon ministère, était de mes amies intimes. J'ai eu avec cet homme des entretiens très approfondis. Il m'a toujours avoué franchement que les arguments étaient concluants et que son intelligence était emportée par la prédication et par la conversation. Il me disait : « Monsieur Finney, dans vos discours publics, vous m'entraînez toujours avec vous ; mais, tout en reconnaissant la vérité de tout ce que vous dites, je ne me sens pas bien ; je ne sais comment, mon cœur ne répond pas. » C'était l'un des plus aimables parmi les hommes non convertis, et c'était à la fois une peine et un plaisir de s'entretenir avec lui. Sa franchise et son intelligence rendaient très agréable la conversation avec lui sur les sujets religieux ; mais son incrédulité chronique la rendait extrêmement douloureuse. Je me suis entretenu avec lui plus d'une fois alors que tout son esprit semblait bouleversé jusqu'en ses dernières profondeurs. Et pourtant, autant que je sache, il ne s'est jamais converti. Sa femme, qui priait pour lui et qu'il idolâtrait, est descendue dans la tombe. Son unique enfant, un fils, s'est noyé sous ses yeux. Après que ces malheurs l'eurent frappé, je lui écrivis une lettre, où je rappelais quelques-uns de nos entretiens et où je m'efforçais de l'attirer vers une source où il pourrait trouver de la consolation. Il me répondit avec beaucoup de bonté ; mais, s'attardant sur sa perte, il disait qu'aucune consolation ne pouvait répondre à un cas comme le sien. Il était vraiment aveugle à toute la consolation qu'il aurait pu trouver dans le Christ. Il ne pouvait concevoir comment il pourrait jamais accepter cette dispensation et être heureux. Il a vécu à Rochester à travers un grand réveil après l'autre ; et, bien qu'il eût la bouche fermée, de sorte qu'il n'avait aucune excuse à faire valoir et aucun refuge où se retirer, il est pourtant, autant que je sache, mystérieusement resté dans l'incrédulité. J'ai mentionné son cas pour montrer comment l'intelligence des membres de la profession juridique peut être emportée par la force de la vérité. Quand je parlerai du réveil suivant à Rochester, auquel j'ai eu part, j'aurai l'occasion de mentionner d'autres exemples qui illustreront le même point.
Plusieurs des hommes de loi qui se convertirent alors à Rochester abandonnèrent leur profession et entrèrent dans le ministère. Parmi eux se trouvait l'un des fils du chancelier W..., à l'époque jeune avocat à Rochester, qui parut alors solidement converti. Pour une raison que j'ignore, il partit pour l'Europe et pour Rome, et finit par devenir prêtre catholique romain. Depuis des années, il travaille avec zèle à faire naître des réveils religieux parmi les catholiques, en tenant des séries de réunions ; et, comme il me l'a dit lui-même quand je le rencontrai en Angleterre, il s'efforce d'accomplir dans l'Église catholique romaine ce que je m'efforçais d'accomplir dans l'Église protestante. M. W... semble être un ministre sérieux du Christ, consacré corps et âme au salut des catholiques romains. Jusqu'à quel point il partage toutes leurs vues, je ne saurais le dire. Quand j'étais en Angleterre, il s'y trouvait aussi ; il me chercha et vint me voir très affectueusement ; et nous eûmes un entretien tout aussi agréable, autant que je sache, que si nous avions été tous deux protestants. Il ne dit rien de ses vues particulières, sinon qu'il travaillait parmi les catholiques romains à faire naître des réveils religieux. Beaucoup de pasteurs ont été les fruits des grands réveils de Rochester.
C'était un fait qui m'intéressait souvent beaucoup, quand je travaillais dans cette ville : des hommes de loi venaient dans ma chambre, quand ils étaient serrés de près et sur le point de se soumettre, pour s'entretenir avec moi et chercher la lumière sur quelque point qu'ils ne saisissaient pas clairement ; et j'ai remarqué maintes et maintes fois que, dès que ces points étaient éclaircis, ils étaient aussitôt prêts à se soumettre. En vérité, d'une manière générale, ils ont une vue plus intelligente de l'ensemble du plan du salut que toute autre catégorie d'hommes à qui j'aie jamais prêché ou avec qui je me sois jamais entretenu.
Un très grand nombre de médecins se sont aussi convertis dans les grands réveils dont j'ai été témoin. Je pense que leurs études les inclinent au scepticisme, ou à une forme de matérialisme. Ils sont pourtant intelligents ; et si l'on met l'Évangile pleinement sous leurs yeux, dépouillé de ces traits particuliers qui caractérisent l'hypercalvinisme, ils se laissent facilement convaincre, et se convertissent aussi volontiers que toute autre catégorie de la population. D'une manière générale, leurs études ne les ont pas préparés à saisir le gouvernement moral de Dieu aussi aisément que celles de la profession juridique. Pourtant, je les ai trouvés ouverts à la conviction, et ils ne sont nullement une catégorie de personnes difficile à aborder sur la grande question du salut.
J'ai constaté partout que les particularités de l'hypercalvinisme ont été une grande pierre d'achoppement, aussi bien pour l'Église que pour le monde. Une nature pécheresse en elle-même, une incapacité totale d'accepter le Christ et d'obéir à Dieu, la condamnation à la mort éternelle pour le péché d'Adam et pour une nature pécheresse, et tous les dogmes apparentés à ceux-là ou qui en découlent dans cette école particulière, ont été la pierre d'achoppement des croyants et la ruine des pécheurs.
L'universalisme, l'unitarisme, et en vérité toutes les formes d'erreur fondamentale, ont cédé et disparu devant les grands réveils. J'ai appris maintes et maintes fois qu'il suffit qu'un homme soit pleinement convaincu de péché par le Saint-Esprit pour qu'il abandonne aussitôt et pour toujours, et avec joie, l'universalisme et l'unitarisme. Quand je parlerai du grand réveil suivant à Rochester, j'aurai l'occasion de dire plus en détail comment les sceptiques, si l'on s'y prend avec eux de la bonne manière, sont parfois enfermés dans la condamnation par leurs propres convictions irrésistibles ; si bien qu'ils se réjouissent de trouver une porte de miséricorde ouverte par les révélations que contiennent les Écritures. Mais je laisse cela pour le présenter en son temps.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).