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Mémoires · Charles G. Finney

Chapitre 18

Les réveils de Wilmington et de Philadelphie

Pendant que je travaillais à New Lebanon, l'été précédent, le pasteur Gilbert, de Wilmington, dans le Delaware, dont le père habitait New Lebanon, y était venu en visite. M. Gilbert était très « ancienne école » dans ses vues théologiques, mais c'était un homme bon et zélé. Son amour des âmes l'emportait sur toutes les difficultés que pouvaient soulever entre nous les subtiles questions de théologie qui nous séparaient. Il m'entendit prêcher à New Lebanon, il vit les résultats, et il insista beaucoup pour que je vienne l'aider à Wilmington.

Aussi, dès que je vis clairement que je pouvais quitter Stephentown, je me rendis à Wilmington et me mis au travail avec M. Gilbert. Je découvris vite que son enseignement avait mis l'Église dans une position où il était impossible d'y susciter un réveil tant que ses vues n'auraient pas été redressées. Ces gens semblaient avoir peur de faire le moindre effort, de crainte d'ôter l'œuvre des mains de Dieu. Ils avaient sur la doctrine les vues les plus anciennes de l'ancienne école ; leur théorie était donc que Dieu convertirait les pécheurs en son temps, et que, par conséquent, presser les pécheurs de se repentir immédiatement, bref, chercher à susciter un réveil, c'était prétendre faire des hommes des chrétiens par l'action et par la force humaines, et ainsi déshonorer Dieu en lui ôtant l'œuvre des mains. Je remarquai aussi que leurs prières ne montraient aucune insistance pour une effusion immédiate de l'Esprit, et que tout cela s'accordait avec les vues dans lesquelles on les avait formés.

Il était clair que rien ne pourrait se faire tant que les vues de M. Gilbert sur ce sujet n'auraient pas changé. Je passai donc chaque jour des heures à m'entretenir avec lui de ses vues particulières. Nous examinâmes toute la question en frères ; et après avoir travaillé ainsi avec lui pendant deux ou trois semaines, je vis que son esprit était prêt à ce que mes propres vues soient présentées à son troupeau. Le dimanche suivant, je pris pour texte : « Faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi mourriez-vous ? » (Ézéchiel 18,31). Je traitai à fond de la responsabilité du pécheur, et je montrai ce qu'un cœur nouveau n'est pas, et ce qu'il est. Je prêchai environ deux heures, et je ne m'assis pas avant d'avoir parcouru tout le sujet aussi complètement qu'une parole très rapide me permettait de le faire en ce laps de temps.

L'auditoire fut saisi d'un intérêt intense, et une foule de gens se levèrent et restèrent debout, dans toutes les parties de l'église. Elle était absolument pleine, et l'on voyait d'étranges visages dans l'assemblée. Les uns avaient l'air bouleversés et offensés, d'autres profondément intéressés. Bien souvent, quand je faisais ressortir avec force le contraste entre mes vues et celles dans lesquelles on les avait instruits, les uns riaient, d'autres pleuraient, d'autres étaient visiblement en colère ; mais je ne me souviens pas que personne ait quitté l'église. C'était une émotion étrange.

Pendant ce temps, M. Gilbert, assis derrière moi dans la chaire, se déplaçait d'un bout du canapé à l'autre. Je l'entendais respirer et soupirer, et je ne pouvais m'empêcher de remarquer qu'il était lui-même dans la plus grande anxiété. Je savais pourtant que je le tenais solidement par ses convictions ; mais s'il se déciderait à affronter ce que dirait son troupeau, je l'ignorais. Seulement, je prêchais pour plaire au Seigneur, et non aux hommes. Je pensais que c'était peut-être la dernière fois que je prêchais là ; mais j'étais résolu, quoi qu'il arrive, à leur dire la vérité, toute la vérité, sur ce sujet, quel qu'en soit le résultat.

Je m'efforçai de montrer que, si l'homme était aussi impuissant que leurs vues le représentaient, il n'était pas à blâmer pour ses péchés. S'il avait perdu en Adam tout pouvoir d'obéir, si bien que l'obéissance lui était devenue impossible, et cela non par son propre acte ou son consentement, mais par l'acte d'Adam, c'était pure absurdité de dire qu'on pouvait le blâmer pour ce qu'il ne pouvait empêcher. Je m'étais efforcé de montrer aussi que, dans ce cas, l'expiation n'était pas une grâce, mais en réalité une dette que Dieu avait envers le genre humain, pour l'avoir placé dans une condition si déplorable et si malheureuse. En vérité, le Seigneur m'aida, je crois, à mettre en lumière avec une clarté irrésistible les dogmes particuliers de l'ancienne école et leurs inévitables conséquences.

Quand j'eus fini, je n'invitai pas M. Gilbert à prier, car je n'osais pas ; mais je priai moi-même pour que le Seigneur fasse pénétrer la parole, la fasse comprendre, et donne un esprit sans prévention pour peser ce qui avait été dit, recevoir la vérité et rejeter ce qui pouvait être erroné. Puis je congédiai l'assemblée et descendis l'escalier de la chaire, M. Gilbert me suivant. L'auditoire se retira très lentement, et beaucoup semblaient rester debout et attendre quelque chose, dans presque toutes les parties de l'église. Les allées se vidèrent à peu près ; et le reste de l'assemblée semblait demeurer dans l'attente, comme si l'on pensait entendre M. Gilbert dire quelque chose sur ce qui venait d'être dit. Mme Gilbert, elle, sortit aussitôt.

En descendant l'escalier de la chaire, je remarquai deux dames assises sur la gauche de l'allée par où nous devions passer ; on me les avait présentées, et je savais qu'elles étaient des amies intimes de M. Gilbert et parmi ses plus fermes soutiens. Je vis qu'elles avaient l'air en partie peinées, en partie offensées, et grandement étonnées. La première que nous atteignîmes, qui était près de l'escalier de la chaire, saisit M. Gilbert par le bras comme il me suivait, et lui dit : « Monsieur Gilbert, que pensez-vous de cela ? » Elle parlait en un murmure sonore. Il répondit sur le même ton : « Cela vaut cinq cents dollars. » Cela me fit grand plaisir et me toucha beaucoup. Elle répliqua : « Alors vous n'avez jamais prêché l'Évangile. » « Eh bien, dit-il, j'ai le regret de le dire, je ne l'ai jamais prêché. » Nous poursuivîmes notre chemin, et l'autre dame lui dit à peu près les mêmes choses et reçut une réponse semblable. Cela me suffisait ; je gagnai la porte et sortis. Ceux qui étaient déjà sortis se tenaient, en grand nombre, devant l'église, discutant avec véhémence ce qui avait été dit. En suivant les rues pour me rendre chez M. Gilbert, où je logeais, je les trouvai pleines d'agitation et de discussions. Les gens comparaient leurs vues ; et d'après les quelques mots qui échappaient à ceux qui ne me remarquaient pas quand je passais, je vis que l'impression était nettement favorable à ce qui avait été dit.

Quand j'arrivai chez M. Gilbert, sa femme m'apostropha dès que je fus entré : « Monsieur Finney, comment avez-vous osé prêcher une chose pareille dans notre chaire ? » Je répondis : « Madame Gilbert, je n'ai pas osé prêcher autre chose ; c'est la vérité de Dieu. » Elle reprit : « Eh bien, c'est vrai que Dieu était tenu en justice de faire une expiation pour le genre humain. Je l'ai toujours senti, quoique je n'aie jamais osé le dire. Je croyais que, si la doctrine prêchée par M. Gilbert était vraie, Dieu était obligé, en toute justice, de faire une expiation, et de me tirer d'une situation dont il m'était impossible de me tirer moi-même, et d'une condamnation que je ne méritais pas. »

Juste à ce moment, M. Gilbert entra. « Voilà, lui dis-je, frère Gilbert, vous voyez les résultats de votre prédication, ici même, dans votre propre famille. » Et je lui répétai ce que sa femme venait de dire. Il répondit : « J'ai pensé quelquefois que ma femme était l'une des femmes les plus pieuses que j'aie jamais connues ; et d'autres fois, j'ai pensé qu'elle n'avait pas de religion du tout. » « Comment ! m'écriai-je, elle a toujours pensé que Dieu lui devait, en toute justice, le salut préparé en Christ ; comment peut-elle être chrétienne ? » Tout cela fut dit, de part et d'autre, avec la plus grande solennité et le plus grand sérieux. Sur ma dernière remarque, elle se leva et quitta la pièce. La maison était plongée dans une grande solennité, et pendant deux jours, je crois, je ne la vis pas. Puis elle reparut, ayant fait la clarté non seulement dans la vérité, mais dans l'état de son propre cœur : elle était passée par une révolution complète de ses vues et de son expérience.

À partir de là, l'œuvre avança. Le Saint-Esprit fit admirablement fructifier la vérité. Les vues de M. Gilbert changèrent beaucoup, et aussi sa manière de prêcher et de présenter l'Évangile. Autant que je sache, jusqu'au jour de sa mort, ses vues restèrent redressées, celles de la nouvelle école, à l'opposé des vues de l'ancienne école qu'il avait soutenues jusque-là.

L'effet de ce sermon sur bien des membres de l'Église de M. Gilbert fut très singulier. J'ai parlé de la dame qui lui avait demandé ce qu'il en pensait. Elle me raconta plus tard qu'elle avait été si offensée de voir toutes ses idées sur la religion ainsi renversées qu'elle s'était promis de ne plus jamais prier. Elle avait pris l'habitude de se justifier dans une large mesure à cause de sa nature pécheresse, et elle avait adopté en elle-même une position comme celle qu'avait tenue Mme Gilbert, si bien que ma prédication sur ce sujet avait entièrement renversé ses vues, sa religion, tout. Elle demeura dans cet état de révolte, si je me souviens bien, quelque six semaines avant de consentir à prier de nouveau. Puis elle céda, et ses vues comme son expérience religieuse furent complètement transformées. Et ce fut le cas, je crois, d'un grand nombre de membres de cette Église.

Entre-temps, on m'avait décidé à monter prêcher deux fois par semaine pour M. Patterson, à Philadelphie. Je montais par le bateau à vapeur, je prêchais le soir, et je revenais le lendemain prêcher à Wilmington ; j'alternais ainsi mes réunions du soir entre Wilmington et Philadelphie. La distance était d'environ quarante milles. La parole eut tant d'effet à Philadelphie que je fus convaincu qu'il était de mon devoir de laisser M. Gilbert poursuivre l'œuvre à Wilmington, et de consacrer tout mon temps au travail à Philadelphie.

Le pasteur James Patterson, avec qui je travaillai d'abord à Philadelphie, tenait les vues théologiques alors professées à Princeton, connues depuis comme la théologie des presbytériens de l'ancienne école. Mais c'était un homme pieux, qui se souciait bien davantage du salut des âmes que des subtiles questions de capacité et d'incapacité, ou d'aucun de ces points de doctrine sur lesquels les presbytériens de l'ancienne et de la nouvelle école diffèrent. Sa femme tenait les vues théologiques de la Nouvelle-Angleterre ; c'est-à-dire qu'elle croyait à une expiation générale, et non restreinte, et qu'elle partageait ce qu'on appelait l'orthodoxie de la Nouvelle-Angleterre, par opposition à l'orthodoxie de Princeton.

On se souviendra qu'à cette époque j'appartenais moi-même à l'Église presbytérienne. J'avais reçu la licence de prêcher et l'ordination d'un presbytère composé surtout d'hommes formés à Princeton. J'ai dit aussi que, lorsque je reçus la licence de prêcher l'Évangile, on me demanda si je recevais la confession de foi presbytérienne comme contenant la substance de la doctrine chrétienne, et que je répondis que oui, autant que je la comprenais. Mais, ne m'attendant pas à ce qu'on me pose une telle question, je ne l'avais jamais examinée avec quelque attention, et je crois que je ne l'avais jamais lue en entier. Or, quand j'en vins à lire la confession de foi et à la méditer, je vis que, bien que je puisse la recevoir, comme je sais aujourd'hui que des foules de presbytériens le font, comme contenant la substance de la doctrine chrétienne, il y avait cependant plusieurs points sur lesquels je ne pouvais pas lui donner le sens qu'on leur donnait à Princeton ; et en conséquence, partout, je faisais comprendre aux gens que je n'acceptais pas cette interprétation, ou que, si c'était là la véritable interprétation, alors j'étais en complet désaccord avec la confession de foi. Je suppose que M. Patterson l'avait compris avant que j'aille travailler avec lui ; car, lorsque j'adoptai cette ligne dans sa chaire, il ne montra aucune surprise. En fait, il n'y fit pas la moindre objection.

Le réveil prit si fortement dans son assemblée qu'il s'y intéressa vivement ; et comme il voyait que Dieu bénissait la parole telle que je la présentais, il me soutint fermement et ne fit jamais, en aucun cas, d'objection à ce que j'avançais. Parfois, quand nous revenions de la réunion, Mme Patterson faisait remarquer en souriant : « Tu vois, monsieur Patterson, que M. Finney n'est pas d'accord avec toi sur ces points dont nous avons si souvent parlé. » Et lui répondait toujours, dans la grandeur de sa foi et de son amour chrétiens : « Eh bien, le Seigneur le bénit. »

L'intérêt devint si grand que nos assemblées étaient bondées à chaque réunion. Un jour, M. Patterson me dit : « Frère Finney, si les pasteurs presbytériens de cette ville découvrent vos vues, et ce que vous prêchez aux gens, ils vous chasseront de la ville comme on chasse un loup. » Je répondis : « Je n'y peux rien. Je ne peux pas prêcher d'autre doctrine ; et s'il leur faut me chasser de la ville, qu'ils le fassent, et qu'ils en portent la responsabilité. Mais je ne crois pas qu'ils puissent me faire partir. »

Pourtant, les pasteurs ne prirent nullement le parti qu'il avait prédit ; presque tous, au contraire, m'ouvrirent leur chaire. Quand ils apprirent ce qui se passait dans l'Église de M. Patterson, et que beaucoup de leurs propres membres étaient fortement touchés, ils m'invitèrent à prêcher chez eux ; et, si je me souviens bien, je prêchai dans toutes les Églises presbytériennes, sauf celle d'Arch Street.

Philadelphie était alors presque unanime à tenir les vues théologiques de Princeton. Le docteur Skinner tenait dans une certaine mesure ce qu'on a appelé depuis les vues de la nouvelle école, et il s'écartait assez du ton de la théologie qui régnait autour de lui pour être soupçonné de n'être pas tout à fait sain selon l'orthodoxie dominante. J'ai toujours regardé comme une chose très remarquable que, autant que je sache, mes vues doctrinales ne soient pas devenues une pierre d'achoppement dans cette ville, et que mon orthodoxie n'ait pas été ouvertement mise en question par un seul des pasteurs ou une seule des Églises. Je prêchai à l'Église réformée hollandaise, devant l'assemblée du docteur Livingston ; et je trouvai qu'il partageait mes vues et qu'il m'encourageait, de toute son influence, à continuer et à proclamer la publication que le Seigneur m'avait ordonnée. Je n'hésitais pas, partout et en toute occasion, à présenter mes propres vues théologiques, celles que j'avais présentées aux Églises partout ailleurs.

M. Patterson fut lui-même, je crois, très surpris que je ne rencontre aucune opposition ouverte de la part des pasteurs ou des Églises à cause de mes vues théologiques. À vrai dire, je ne les présentais pas du tout sur un ton de controverse ; je m'en servais simplement dans mes enseignements aux saints et aux pécheurs, d'une manière si naturelle qu'elles n'attiraient peut-être pas beaucoup l'attention, sauf celle des théologiens avertis. Mais bien des choses que je disais étaient nouvelles pour les gens. Par exemple, un soir, je prêchai sur ce texte : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s'est donné lui-même en rançon pour tous. C'est là le témoignage rendu en son propre temps » (1 Timothée 2,5-6). C'était un sermon sur l'expiation, où je soutenais la vue que j'ai toujours tenue sur sa nature et sur son universalité ; et j'exposai, aussi fortement que je le pus, les points sur lesquels mes vues différaient de celles des théologiens de l'expiation limitée. Ce sermon attira tant l'attention et suscita un tel intérêt qu'on me pressa de prêcher sur le même sujet dans d'autres Églises. Plus je prêchais là-dessus, plus les gens désiraient l'entendre ; et l'émotion devint si générale que je prêchai sur ce sujet sept soirs de suite, dans autant d'Églises différentes.

Il semble que les gens avaient beaucoup entendu parler contre ce qu'on appelait le hopkinsianisme, dont les deux grands points passaient pour être que l'homme devait consentir à être damné pour la gloire de Dieu, et que Dieu était l'auteur du péché. En prêchant, je relevais quelquefois ces points et j'en profitais pour dénoncer le hopkinsianisme ; et je disais qu'ils semblaient en avoir beaucoup trop à Philadelphie ; que leur grande négligence à s'occuper du salut de leur âme donnait tout à fait l'impression qu'ils consentaient à être damnés ; et qu'ils devaient bien tenir que Dieu était l'auteur du péché, puisqu'ils soutenaient que leur nature était pécheresse. Je retournais cela dans tous les sens, et ces deux points, je m'y arrêtais longuement. J'entendis dire à maintes reprises que les gens disaient : « En tout cas, ce n'est pas un hopkinsien. » En fait, je me sentais le devoir de mettre à nu toutes les cachettes des pécheurs, et de les débusquer de dessous ces vues particulières de l'orthodoxie derrière lesquelles je les trouvais retranchés.

Le réveil se répandit et prit avec puissance. Toutes nos réunions, pour la prédication, pour la prière et pour ceux qui cherchaient, étaient combles. Il y avait bien plus d'âmes inquiètes que nous ne pouvions convenablement en recevoir. C'était tard dans l'automne quand je pris logement à Philadelphie, et je continuai d'y travailler sans aucune interruption jusqu'au mois d'août suivant, en 1828.

Comme ailleurs, il y eut quelques cas d'opposition très acharnée de la part de particuliers. Dans un cas, un homme dont la femme était très profondément convaincue de péché fut si furieux qu'il entra et emmena de force sa femme hors de la réunion. Je me rappelle un autre cas, très frappant, celui d'un Allemand dont je ne peux plus retrouver le nom. Il était marchand de tabac. Il avait une femme très aimable et intelligente, et il était lui-même, comme je le découvris quand je fis sa connaissance, un homme intelligent. Il était pourtant sceptique et n'avait aucune confiance dans la religion. Sa femme, elle, vint à nos réunions, fut très inquiète au sujet de son âme, et, après une rude lutte de bien des jours, elle fut pleinement convertie. Comme elle assistait souvent aux réunions et qu'elle s'y intéressait beaucoup, cela attira bientôt l'attention de son mari, et il commença à s'opposer à ce qu'elle soit chrétienne. Il avait, à ce que j'appris, un caractère emporté ; c'était un homme d'une carrure athlétique, d'une grande résolution et d'une volonté inflexible. À mesure que sa femme s'intéressait davantage, son opposition grandit, jusqu'à ce qu'enfin il lui interdise d'aller encore aux réunions.

Elle vint alors me voir et me demanda conseil sur la conduite à tenir. Je lui dis que sa première obligation était envers Dieu ; qu'elle était sans aucun doute tenue d'obéir à ses commandements, même s'ils allaient contre les ordres de son mari ; et que, tout en lui conseillant d'éviter de le froisser si elle le pouvait, tout en faisant son devoir envers Dieu, elle ne devait en aucun cas omettre ce qu'elle regardait comme son devoir envers Dieu pour se plier à ses désirs. Je lui dis que, puisqu'il était incrédule, ses opinions en matière religieuse ne méritaient pas d'être respectées, et qu'elle ne pouvait pas suivre ses avis sans danger. Elle le savait très bien. C'était un homme qui ne prêtait aucune attention à la religion, si ce n'est pour la combattre.

Suivant mon conseil, elle assista aux réunions quand elle en avait l'occasion et reçut l'enseignement ; elle entra bientôt dans la liberté de l'Évangile, eut une grande foi et une grande paix intérieure, et jouit beaucoup de la présence de Dieu. Cela déplut fort à son mari ; et il alla finalement jusqu'à menacer de la tuer si elle retournait à la réunion. Elle l'avait vu si souvent en colère qu'elle ne croyait pas qu'il exécuterait sa menace. Elle lui dit calmement que, quoi qu'il lui en coûte, elle était décidée à faire son devoir envers Dieu ; qu'elle sentait qu'il était de son devoir de profiter de l'occasion pour recevoir l'enseignement dont elle avait besoin ; et qu'il lui fallait assister à ces réunions chaque fois qu'elle le pourrait sans négliger son devoir envers sa famille.

Un dimanche soir, quand il vit qu'elle allait à la réunion, il renouvela sa menace : si elle y allait, il la tuerait. Elle me dit plus tard qu'elle n'avait pas imaginé que ce fût autre chose qu'une vaine menace. Elle lui répondit calmement que son devoir était clair ; qu'il n'y avait aucune raison pour qu'elle reste à la maison à ce moment-là, sinon pour se plier à ses désirs déraisonnables ; et que rester à la maison dans de telles circonstances serait tout à fait contraire à son devoir envers Dieu et envers elle-même. Elle alla donc à la réunion. Quand elle en revint, elle le trouva dans une violente fureur. Dès qu'elle eut passé la porte, il la ferma à clé derrière elle, retira la clé, puis tira un poignard et jura qu'il allait la tuer. Elle s'enfuit à l'étage. Il saisit une lumière pour la suivre. La servante souffla la lumière comme il passait près d'elle. Cela les laissa tous deux dans l'obscurité. Elle monta, traversa les pièces du premier étage, trouva le chemin de la cuisine, puis de la cave. Il ne put la suivre dans le noir ; elle sortit par le soupirail de la cave, se rendit chez une amie et y passa la nuit.

Persuadée qu'il aurait honte de sa fureur avant le matin, elle rentra de bonne heure ; elle pénétra dans la maison et trouva tout dans le plus grand désordre. Il avait brisé une partie des meubles et s'était conduit comme un homme hors de sens. Dès qu'elle fut bien entrée, il ferma de nouveau la porte à clé ; et, tirant un poignard, il se jeta à genoux, leva les mains et fit le serment le plus horrible qu'il allait la tuer sur-le-champ. Elle le regarda stupéfaite et s'enfuit. Elle monta l'escalier, mais il faisait jour, et il la suivit. Elle courut de pièce en pièce, jusqu'à ce qu'enfin elle entre dans la dernière, d'où l'on ne pouvait plus s'échapper. Elle se retourna et lui fit face. Comme il allait la frapper de son poignard, elle se jeta à genoux, leva les mains vers le ciel et implora miséricorde pour elle-même et pour lui. À cet instant, Dieu l'arrêta. Elle raconta qu'il la regarda un moment, laissa tomber son poignard, tomba lui-même sur le plancher et implora à son tour miséricorde. Il céda là, sur-le-champ, confessa ses péchés à Dieu et à elle, et supplia Dieu et la supplia de lui pardonner.

Dès ce moment, ce fut un homme merveilleusement changé. Il devint l'un des convertis les plus ardents. Il s'attacha beaucoup à moi ; et un an ou deux plus tard, ayant appris que je devais arriver à Philadelphie par un certain bateau à vapeur, il fut le premier homme de Philadelphie à venir à ma rencontre et à me saluer. Je les reçus, lui et sa femme, dans l'Église avant de quitter Philadelphie, et je baptisai leurs enfants. Je ne les ai pas revus et n'ai pas eu de leurs nouvelles depuis bien des années.

Mais s'il y eut des cas particuliers d'une hostilité et d'une opposition à la religion singulièrement acharnées, je ne fus jamais gêné ni entravé par quoi que ce soit qui ressemblât à une opposition publique. Les pasteurs me reçurent avec bienveillance ; et dans aucun cas dont je me souvienne ils ne parlèrent publiquement, si tant est qu'ils l'aient fait en privé, contre l'œuvre qui se poursuivait.

Après avoir prêché plusieurs mois dans l'Église de M. Patterson, et plus ou moins dans presque toutes les Églises presbytériennes de la ville, on jugea préférable que je prenne une position centrale et que je prêche régulièrement en un seul lieu. Dans Race Street se trouvait une grande Église allemande, dont le pasteur était un certain M. Helfenstein. Les anciens de l'assemblée, avec leur pasteur, me demandèrent d'occuper leur chaire. Leur église était alors, je crois, le plus grand lieu de culte de la ville. Elle était toujours comble ; et l'on disait qu'elle contenait trois mille personnes quand elle était bondée et que les allées étaient remplies. J'y prêchai régulièrement pendant bien des mois. J'eus l'occasion de prêcher à un très grand nombre de moniteurs d'école du dimanche. On disait même que les moniteurs d'école du dimanche de toute la ville suivaient en général mon ministère.

Vers le milieu de l'été 1829, je m'absentai un peu de temps et rendis visite aux parents de ma femme, dans le comté d'Oneida ; puis je revins à Philadelphie et y travaillai jusque vers le milieu de l'hiver. Je ne me souviens pas des dates exactes, mais je pense qu'en tout j'ai travaillé à Philadelphie environ un an et demi. Pendant tout ce temps, il n'y eut aucun ralentissement du réveil, que j'aie pu voir. Les convertis devinrent nombreux dans tous les quartiers de la ville ; mais je n'en ai jamais connu le nombre exact, et je n'ai jamais pu m'en faire une estimation. Je n'avais jamais travaillé nulle part où je fusse reçu plus cordialement, ni où les chrétiens, et surtout les convertis, fissent meilleure figure que là. Il n'y eut parmi eux ni heurt ni division, à ma connaissance ; et je n'ai jamais entendu parler d'aucune influence funeste qui serait résultée de ce réveil.

Bien des faits intéressants se rattachent à ce réveil. Je me rappelle qu'une jeune femme, fille d'un pasteur de l'ancienne école, suivit mon ministère dans l'Église de M. Patterson et fut terriblement convaincue de péché. Sa conviction fut si profonde qu'elle finit par tomber dans un désespoir des plus douloureux. Elle me raconta que son père lui avait enseigné dès son enfance que, si elle était au nombre des élus, elle serait convertie en temps voulu ; et que, jusqu'à ce qu'elle soit convertie et que sa nature soit changée par l'Esprit de Dieu, elle ne pouvait rien faire pour elle-même, sinon lire sa Bible et prier pour obtenir un cœur nouveau.

Toute jeune, elle avait été fortement convaincue de péché, mais elle avait suivi l'enseignement de son père : elle avait lu sa Bible, prié pour avoir un cœur nouveau, et pensé que c'était tout ce qu'on exigeait d'elle. Elle attendait d'être convertie, et d'avoir ainsi la preuve qu'elle était au nombre des élus. Au milieu de sa grande lutte intérieure au sujet de son salut, une question de mariage s'était présentée ; et elle avait promis à Dieu de ne jamais donner sa main à aucun homme tant qu'elle ne serait pas chrétienne. Quand elle fit cette promesse, me dit-elle, elle s'attendait à ce que Dieu la convertisse très bientôt. Mais sa conviction se dissipa. Elle ne fut pas convertie ; et pourtant cette promesse faite à Dieu pesait toujours sur son âme, et elle n'osait pas la rompre.

Vers l'âge de dix-huit ans, un jeune homme lui proposa de l'épouser. Elle y consentait ; mais, comme ce vœu pesait sur elle, elle ne pouvait accepter de se marier avant d'être chrétienne. Elle me dit qu'ils s'aimaient beaucoup, et qu'il la pressait de se marier sans tarder. Mais, sans lui dire sa vraie raison, elle remit la chose de mois en mois, pendant quelque cinq ans, si je me souviens bien, attendant que Dieu la convertisse. Enfin, un jour qu'il était en voiture, le jeune homme fut jeté hors de la voiture et tué sur le coup. Cela réveilla l'inimitié de son cœur contre Dieu. Elle accusa Dieu de la traiter durement. Elle disait qu'elle avait attendu qu'il la convertisse, qu'elle avait été fidèle à sa promesse de ne pas se marier avant d'être convertie ; qu'elle avait fait attendre son fiancé pendant des années jusqu'à ce qu'elle soit prête ; et que maintenant, voilà que Dieu l'avait retranché, et qu'elle n'était toujours pas convertie !

Elle avait appris que le jeune homme était universaliste ; et maintenant elle tenait fort à croire que l'universalisme était vrai, et elle refusait de croire que Dieu l'avait envoyé en enfer ; et, s'il l'y avait envoyé, elle ne pouvait aucunement s'y résigner. Elle était ainsi en guerre avec Dieu depuis un temps considérable avant de venir à nos réunions, persuadée que la faute de n'être pas convertie était imputable à Dieu, et non à elle-même.

Quand elle entendit ma prédication, qu'elle vit tous ses refuges de mensonge arrachés, et qu'elle comprit qu'elle aurait dû donner son cœur à Dieu depuis longtemps, et que tout aurait été bien, elle vit que c'était elle-même qui était entièrement coupable, et que l'enseignement de son père sur tous ces points était entièrement faux ; et, se rappelant comme elle le faisait combien elle avait accusé Dieu, et quelle attitude blasphématoire elle avait gardée devant lui, elle désespéra tout naturellement de la miséricorde. Je raisonnai avec elle, je tâchai de lui montrer la longanimité de Dieu, et je l'encourageai à espérer, à croire et à saisir la vie éternelle. Mais le sentiment de son péché était si grand qu'elle semblait incapable de saisir la promesse, et elle s'enfonçait de jour en jour plus profondément dans le désespoir.

Après avoir beaucoup travaillé avec elle, je fus très tourmenté par son cas. À la fin de chaque réunion, elle me suivait jusque chez moi avec ses plaintes désespérées, et m'épuisait en faisant appel à ma sympathie et à ma compassion chrétienne pour son âme. Cet état de choses durait depuis bien des semaines, quand un matin elle vint me voir accompagnée d'une de ses tantes, qui s'inquiétait beaucoup à son sujet et la croyait au bord même d'une folie sans remède. J'étais moi-même d'avis que cela finirait ainsi, si elle ne voulait pas croire. Catharine (c'était son nom) entra dans ma chambre avec son air désespéré habituel, mais avec dans le visage un égarement qui trahissait un état d'esprit insupportable ; et, à ce moment, ce fut, je crois, l'Esprit de Dieu qui me suggéra de prendre avec elle une voie tout à fait différente de celle que j'avais suivie jusque-là.

Je lui dis : « Catharine, vous faites profession de croire que Dieu est bon. » « Oh oui ! dit-elle, je le crois. » « Eh bien, vous m'avez souvent dit que sa bonté lui interdit d'avoir pitié de vous, que vos péchés ont été si grands que ce serait un déshonneur pour lui de vous pardonner et de vous sauver. Vous m'avez souvent avoué que vous croyiez que Dieu vous pardonnerait s'il pouvait le faire sagement ; mais que votre pardon lui ferait tort, à lui, à son gouvernement et à son univers, et que par conséquent il ne peut pas vous pardonner. » « Oui, dit-elle, je le crois. » Je répliquai : « Alors votre difficulté, c'est que vous voulez que Dieu pèche, qu'il agisse sans sagesse, et qu'il se fasse tort à lui-même et à l'univers pour vous sauver. » Elle ouvrit tout grands ses grands yeux bleus, les fixa sur moi, et me regarda d'un air à la fois surpris et indigné. Mais je poursuivis : « Oui ! vous êtes dans une grande détresse et une grande angoisse, parce que Dieu ne veut pas mal faire, parce qu'il s'obstine à être bon, quoi qu'il advienne de vous. Vous allez et venez dans la plus grande détresse d'esprit, parce qu'on ne peut persuader Dieu de violer son propre sens de ce qui convient et de ce qui est juste, et de vous sauver à son propre détriment et à celui de l'univers entier. Vous vous croyez plus importante que Dieu et tout l'univers ; et vous ne pouvez être heureuse à moins que Dieu ne se rende malheureux, lui et tous les autres, pour vous rendre heureuse. »

J'insistai là-dessus. Elle me regarda avec la plus grande stupéfaction, et au bout de quelques instants elle se soumit. Elle sembla domptée presque instantanément, comme un petit enfant. Elle dit : « Je l'accepte. Que Dieu m'envoie en enfer, s'il pense que c'est la meilleure chose à faire. Je ne veux pas qu'il me sauve à ses propres dépens et aux dépens de l'univers. Qu'il fasse ce qui lui semblera bon ! » Je me levai aussitôt et quittai la pièce ; et, pour m'éloigner tout à fait d'elle, je sortis, montai en voiture et partis. Quand je revins, elle était naturellement partie ; mais, l'après-midi, elle revint avec sa tante pour raconter ce que Dieu avait fait pour son âme. Elle était remplie de joie et de paix, et elle devint l'une des converties les plus soumises, les plus humbles et les plus belles que j'aie connues.

Une autre jeune femme, je m'en souviens, une très belle jeune fille d'environ vingt ans peut-être, vint me voir sous une profonde conviction de péché. Je lui demandai, entre autres choses, si elle était convaincue d'avoir été si méchante que Dieu pourrait en toute justice l'envoyer en enfer. Elle répondit, dans les termes les plus forts : « Oui ! je mérite mille enfers. » Elle était vêtue avec élégance et, je crois, avec richesse. J'eus avec elle un entretien très approfondi ; son cœur se brisa et elle se donna à Christ. Ce fut une convertie très humble, au cœur brisé. J'appris qu'elle rentra chez elle, rassembla une grande quantité de ses fleurs artificielles et de ses parures, dont elle s'était ornée et dont elle était très vaniteuse, et traversa la pièce en les tenant à la main. On lui demanda ce qu'elle allait en faire. Elle répondit qu'elle allait les brûler. « Je ne les porterai plus jamais », dit-elle. « Eh bien, lui dit-on, si tu ne veux plus les porter, tu peux les vendre ; ne les brûle pas. » Mais elle répondit : « Si je les vends, quelqu'un d'autre en sera aussi vaniteux que je l'ai été moi-même ; je vais les brûler. » Et elle les jeta bel et bien au feu.

Quelques jours après, elle vint me voir et me raconta qu'en traversant le marché, ce matin-là je crois, elle avait remarqué une dame très richement vêtue. Sa compassion fut si émue qu'elle s'approcha d'elle et lui demanda si elle pouvait lui parler. La dame répondit que oui. Elle lui dit : « Ma chère madame, n'êtes-vous pas fière de votre toilette, n'êtes-vous pas vaniteuse, et ne négligez-vous pas le salut de votre âme ? » Elle me dit qu'elle avait elle-même fondu en larmes en le disant, et qu'elle avait raconté à la dame un peu de sa propre expérience : combien elle avait été attachée à la toilette, et comme cela avait failli perdre son âme. « Maintenant, dit-elle, vous êtes une belle dame, et vous êtes élégamment vêtue ; n'êtes-vous pas dans le même état d'esprit que moi ? » Elle me dit que la dame avait pleuré et avoué que c'était bien là son piège, et qu'elle craignait que son amour de la toilette et du monde ne perde son âme. Elle avoua qu'elle avait négligé le salut de son âme parce qu'elle ne savait comment rompre avec le cercle dans lequel elle vivait. La jeune fille voulait savoir si je pensais qu'elle avait mal fait en parlant ainsi à cette dame. Je lui dis que non ! que je souhaitais que tous les chrétiens soient aussi fidèles qu'elle ; et que j'espérais qu'elle ne cesserait jamais d'avertir les personnes de son sexe contre ce qui avait failli perdre sa propre âme.

Au printemps de 1829, quand la Delaware était haute, les bûcherons descendirent avec leurs trains de bois des hautes terres où ils avaient abattu et sorti le bois pendant l'hiver. Il y avait alors, le long de la région nord de la Pennsylvanie, une vaste étendue de pays que beaucoup appelaient « la région du bois », et qui remontait vers les sources de la Delaware. Beaucoup de gens y étaient occupés, été comme hiver, à sortir du bois de la forêt. Une grande partie de ce bois descendait à Philadelphie au printemps, par flottage, quand les eaux étaient hautes. Ils sortaient le bois quand la rivière était basse ; et quand la neige fondait et que venaient les pluies de printemps, ils le jetaient dans la rivière et le faisaient flotter jusqu'à un endroit où ils pouvaient construire des trains de bois, ou l'embarquer autrement pour le marché de Philadelphie.

Beaucoup de ces bûcherons élevaient des familles dans cette région, et il y avait là une vaste étendue de pays non colonisée et inoccupée, sauf par ces bûcherons. Ils n'avaient pas d'écoles, et ils n'avaient alors ni églises ni aucun secours religieux. J'ai connu un pasteur qui me dit qu'il était né dans cette région du bois ; et qu'à vingt ans il n'avait jamais assisté à une réunion religieuse et ne connaissait pas son alphabet.

Ces hommes qui descendaient avec le bois assistèrent à nos réunions, et un bon nombre d'entre eux furent, on peut l'espérer, convertis. Ils retournèrent dans les solitudes, se mirent à prier pour l'effusion du Saint-Esprit, et à raconter aux gens qui les entouraient ce qu'ils avaient vu à Philadelphie, en les exhortant à s'occuper de leur salut. Leurs efforts furent aussitôt bénis ; le réveil commença à prendre et à se répandre parmi ces bûcherons. Il se poursuivit de la manière la plus puissante et la plus remarquable. Il s'étendit à tel point que, dans bien des cas, des gens étaient convaincus de péché et convertis sans avoir assisté à aucune réunion, alors qu'ils étaient presque aussi ignorants que des païens. Des hommes qui sortaient du bois et vivaient seuls dans de petites cabanes, ou à deux, trois ou davantage, étaient saisis d'une telle conviction qu'elle les poussait à s'en aller au loin demander ce qu'ils devaient faire ; ils étaient convertis, et c'est ainsi que le réveil se répandit. Les convertis montraient la plus grande simplicité.

Un vieux pasteur qui connaissait un peu la situation me rapporta le fait suivant, comme exemple de ce qui se passait là-bas. Il me dit qu'un homme, en un certain endroit, avait pour lui seul une petite cabane où il dormait la nuit, et qu'il fabriquait des bardeaux pendant la journée. Il commença à sentir qu'il était un pécheur, et sa conviction grandit jusqu'à ce qu'il cède, confesse ses péchés et se repente ; et l'Esprit de Dieu lui révéla tant de la voie du salut qu'il connaissait manifestement le Sauveur. Mais il n'avait jamais assisté à une réunion de prière, ni entendu une prière, autant qu'il s'en souvînt, de toute sa vie. Ce qu'il éprouvait devint tel qu'il se sentit enfin poussé à aller dire à des connaissances, qui sortaient du bois en un autre endroit, ce qu'il ressentait. Mais en arrivant, il découvrit qu'un bon nombre d'entre eux ressentaient exactement la même chose que lui, et qu'ils tenaient des réunions de prière. Il assista à leurs réunions de prière, les entendit prier, et finit par prier lui-même ; et voici quelle fut sa prière : « Seigneur, tu m'as jeté à terre, et j'espère que tu me garderas à terre. Et puisque tu as eu si bonne chance avec moi, j'espère que tu vas essayer avec d'autres pécheurs. »

J'ai dit que cette œuvre avait commencé au printemps de 1829.

Au printemps de 1831, j'étais de nouveau à Auburn. Deux ou trois hommes de cette région du bois vinrent m'y voir, pour demander comment ils pourraient obtenir que quelques pasteurs viennent chez eux. Ils me dirent que pas moins de cinq mille personnes avaient été converties dans cette région du bois ; que le réveil s'était étendu sur quatre-vingts milles, et qu'il n'y avait pas là un seul ministre de l'Évangile.

Je ne suis jamais allé dans cette région ; mais, d'après tout ce que j'en ai entendu, j'ai toujours regardé ce réveil comme l'un des plus remarquables qui aient eu lieu dans ce pays. Il se poursuivit presque sans le concours des pasteurs, parmi une classe de gens très ignorants de tout enseignement ordinaire ; et pourtant les enseignements de Dieu furent si clairs et si merveilleux que j'ai toujours entendu dire que ce réveil fut remarquablement exempt de fanatisme, d'excès, ou de quoi que ce soit de répréhensible. J'ai pu être mal informé sur certains points, mais je rapporte la chose comme je l'ai comprise. « Voici, comme un petit feu peut embraser une grande forêt ! » (Jacques 3,5). L'étincelle qui avait jailli dans le cœur de ces quelques bûcherons venus à Philadelphie se répandit sur cette forêt et aboutit au salut d'une multitude d'âmes.

Je trouvai en M. Patterson l'un des hommes les plus vrais et les plus saints avec qui j'aie jamais travaillé. Sa prédication était tout à fait singulière. Il prêchait avec un grand sérieux ; mais il n'y avait souvent aucun enchaînement dans ce qu'il disait, et très peu de rapport avec son texte. Il m'a souvent dit : « Quand je prêche, je prêche de la Genèse à l'Apocalypse. » Il prenait un texte, et après quelques remarques sur ce texte, ou peut-être aucune, un autre texte lui venait à l'esprit, sur lequel il faisait des remarques très justes et très frappantes, puis un autre texte encore ; et ainsi ses sermons se composaient de remarques vigoureuses et frappantes sur un grand nombre de textes, à mesure qu'ils lui venaient à l'esprit.

C'était un homme de haute taille, d'une allure frappante et d'une voix puissante. Il prêchait les larmes coulant sur ses joues, avec un sérieux et une émotion très saisissants.

Il était impossible de l'entendre prêcher sans être frappé de son intense sérieux et de sa grande droiture. Je ne l'entendis prêcher que de temps en temps ; et la première fois, j'en fus peiné, pensant que sa prédication était si décousue qu'elle ne pouvait produire d'effet. Je m'aperçus cependant que je m'étais trompé. Je découvris que, malgré le caractère décousu de sa prédication, son grand sérieux et son onction enfonçaient la vérité dans le cœur de ses auditeurs ; et je crois ne l'avoir jamais entendu prêcher sans constater que quelques personnes étaient profondément convaincues de péché par ce qu'il avait dit.

Il avait toujours un réveil chaque hiver ; et, à l'époque où je travaillai avec lui, il me dit, je crois, qu'il avait eu un réveil quatorze hivers de suite. Il avait un peuple qui priait. Pendant que je travaillais avec lui, je me souviens qu'une fois, pendant deux ou trois jours, quelque chose sembla faire obstacle. L'œuvre parut en quelque mesure suspendue, et je commençai à craindre que quelque chose n'ait attristé le Saint-Esprit. Un soir, à la réunion de prière, alors que cet état de choses devenait manifeste, l'un de ses anciens se leva et fit une confession. Il dit : « Frères, l'Esprit de Dieu a été attristé, et c'est moi qui l'ai attristé. J'avais l'habitude, dit-il, de prier pour le frère Patterson et pour la prédication le samedi soir, jusqu'à minuit. C'est mon habitude depuis bien des années de passer le samedi soir, jusqu'à minuit, à implorer la bénédiction de Dieu sur les travaux du dimanche. Samedi dernier au soir, poursuivit-il, j'étais fatigué, et je ne l'ai pas fait. Je pensais que l'œuvre avançait si agréablement et si puissamment que je pouvais me ménager et aller me coucher sans demander à Dieu de bénir les travaux du dimanche. Le dimanche, dit-il, j'ai été frappé de la conviction que j'avais attristé l'Esprit ; et j'ai vu qu'il n'y avait pas sur l'assemblée la manifestation habituelle de l'influence de l'Esprit. Depuis, je me sens coupable, et j'ai senti qu'il était de mon devoir de faire cette confession publique. Je ne sais pas, dit-il, qui d'autre que moi a attristé l'Esprit de Dieu ; mais je suis sûr de l'avoir fait. »

J'ai parlé de l'orthodoxie de M. Patterson. Quand je commençai à travailler avec lui, je fus assez éprouvé, dans certains cas, par ce qu'il disait aux pécheurs convaincus de péché. Par exemple, à la première réunion pour ceux qui cherchaient que nous eûmes, l'assistance était très nombreuse. Nous passâmes un certain temps à nous entretenir avec différentes personnes, allant d'un endroit à l'autre pour donner des instructions. Tout à coup, M. Patterson se leva et dit d'un ton très animé : « Mes amis, vous avez tourné vos visages vers Sion, et maintenant je vous exhorte à aller de l'avant. » Il poursuivit quelques instants son exhortation, où il donnait nettement l'impression qu'ils étaient maintenant dans le bon chemin, et qu'ils n'avaient qu'à continuer d'avancer comme ils le faisaient alors pour être sauvés. Ses remarques me peinèrent extrêmement ; car elles me semblaient pousser à la propre justice, donner l'impression qu'ils faisaient très bien, et que, s'ils continuaient à faire leur devoir comme ils le faisaient alors, ils seraient sauvés.

Ce n'était pas du tout ma façon de voir leur état ; je fus peiné d'entendre donner de telles instructions, et embarrassé de savoir comment je pourrais en neutraliser l'effet. Cependant, à la fin de la réunion, quand, selon mon habitude, je résumai les résultats de nos entretiens et leur adressai la parole, je fis allusion à ce qu'avait dit M. Patterson, et je leur fis remarquer qu'ils ne devaient pas se méprendre sur ses paroles ; que ce qu'il avait dit était vrai de ceux qui s'étaient réellement tournés vers Dieu, et qui avaient tourné leur visage vers Sion en donnant leur cœur à Dieu. Mais ils ne devaient pas songer à appliquer cela à ceux d'entre eux qui étaient convaincus de péché, mais qui ne s'étaient pas encore repentis, n'avaient pas encore cru ni donné leur cœur à Dieu ; qu'au lieu d'avoir le visage tourné vers Sion, ceux-là tournaient en réalité le dos à Christ ; qu'ils résistaient encore au Saint-Esprit ; qu'ils étaient encore sur le chemin de l'enfer ; que chaque instant de résistance les rendait pires ; et que chaque instant où ils restaient impénitents, sans soumission, sans repentance et sans foi, ils aggravaient leur condamnation. Le Seigneur me donna une vue très claire du sujet. M. Patterson écoutait avec la plus grande attention possible. Je n'oublierai jamais avec quel sérieux il me regardait, et avec quel intérêt il suivait les distinctions que je faisais.

Je poursuivis mon allocution jusqu'à ce que je puisse voir et sentir que l'impression produite par ce qui avait été dit était non seulement corrigée, mais qu'une forte pression s'exerçait sur eux pour qu'ils se soumettent immédiatement. Je les invitai alors à s'agenouiller, et à se remettre là, sur-le-champ, et pour toujours, au Seigneur, en renonçant à tous leurs péchés et en s'abandonnant à la disposition de la bonté souveraine, avec foi dans le Seigneur Jésus-Christ. Je leur expliquai, aussi simplement que je le pus, la nature de l'expiation et le salut présenté dans l'Évangile. Puis je priai avec eux, et j'ai lieu de croire qu'un grand nombre d'entre eux furent convertis sur place.

Après cela, je n'entendis jamais rien de M. Patterson qui fût le moindrement critiquable dans les instructions qu'il donnait aux pécheurs en recherche. À vrai dire, je le trouvai remarquablement docile, et l'esprit ouvert aux distinctions justes. Il semblait particulièrement prompt à saisir les vérités qu'il fallait présenter aux pécheurs en recherche ; et je présume que jusqu'au jour de sa mort il ne présenta plus jamais le sujet de la manière à laquelle j'ai fait allusion. Je respecte et je vénère jusqu'à son nom. C'était un chrétien aimable et un fidèle ministre de Jésus-Christ.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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