Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 7
Soyez remplis de l'Esprit
Soyez remplis de l'Esprit (Éphésiens 5,18).
Plusieurs de mes derniers discours ont porté sur la prière, sur l'importance d'avoir l'esprit de prière, sur l'intercession du Saint-Esprit. Chaque fois qu'on expose la nécessité et l'importance de l'action de l'Esprit, il ne fait aucun doute que les gens risquent d'abuser de cette doctrine et de la retourner à leur propre préjudice. Par exemple, quand vous dites aux pécheurs que sans le Saint-Esprit ils ne se repentiront jamais, ils sont très enclins à fausser cette vérité et à comprendre qu'ils ne peuvent pas se repentir, et que, par conséquent, ils n'y sont pas tenus tant qu'ils ne sentent pas l'Esprit. Il est souvent difficile de leur faire voir que tout leur « je ne peux pas » tient à leur mauvaise volonté, et non à une incapacité. De même, quand nous disons aux chrétiens qu'ils ont besoin du secours de l'Esprit pour prier, ils sont très portés à croire qu'ils ne sont pas tenus de faire la prière de la foi tant qu'ils ne sentent pas l'action de l'Esprit. Ils perdent alors de vue leur obligation d'être remplis de l'Esprit, et ils attendent que l'esprit de prière descende sur eux sans le demander, et ainsi ils tentent Dieu.
Avant d'aborder l'autre catégorie de moyens propres à favoriser un réveil, c'est-à-dire les moyens à employer auprès des pécheurs, je veux vous montrer que si vous vivez sans l'Esprit, vous êtes sans excuse. L'obligation d'accomplir son devoir ne repose jamais sur cette condition que nous ayons d'abord l'action de l'Esprit, mais sur les facultés qui font de nous des agents moraux. En tant qu'agents moraux, nous avons le pouvoir d'obéir à Dieu, et nous sommes absolument tenus d'obéir ; si nous ne le faisons pas, c'est que nous ne le voulons pas. L'action de l'Esprit est entièrement une affaire de grâce. Si elle était indispensable pour nous rendre capables de faire notre devoir, l'accorder ne serait pas un acte de grâce, mais une simple question de justice ordinaire. Les pécheurs ne sont pas tenus de se repentir parce qu'ils ont l'action de l'Esprit, ou parce qu'ils peuvent l'obtenir, mais parce qu'ils sont des agents moraux et qu'ils possèdent les facultés que Dieu leur demande d'exercer. Il en va de même pour les chrétiens. Ils ne sont pas tenus de prier avec foi parce qu'ils ont l'Esprit (sauf dans les cas où son action, en faisant naître un désir, constitue la preuve que Dieu veut accorder l'objet de ce désir), mais parce qu'ils ont des preuves. Ils ne sont tenus de prier avec foi que lorsqu'ils ont des preuves sur lesquelles fonder leur foi. Il leur faut une preuve tirée des promesses, d'un principe, d'une prophétie ou de la providence. Et quand ils ont une preuve indépendante de son action, ils sont tenus d'exercer la foi, qu'ils aient ou non l'action de l'Esprit. Ils sont tenus de voir la preuve et de croire. L'Esprit est donné, non pour les rendre capables de voir ou de croire, mais parce que sans lui ils ne voudront ni regarder, ni sentir, ni agir comme ils le devraient. Je me propose ce soir de montrer, à partir du texte :
I. Que les chrétiens peuvent être remplis de l'Esprit de Dieu.
II. Que c'est leur devoir d'être remplis de l'Esprit. III. Pourquoi ils ne sont pas remplis de l'Esprit.
IV. La culpabilité de ceux qui n'ont pas l'Esprit de Dieu pour conduire leur esprit dans le devoir et dans la prière.
V. Les conséquences qui suivront s'ils sont remplis de l'Esprit.
VI. Les conséquences s'ils ne le sont pas.
I. Je dois vous montrer que vous pouvez avoir l'Esprit. Non parce que Dieu vous devrait son Esprit en toute justice, mais parce qu'il a promis de le donner à ceux qui le demandent. « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Luc 11,13). Si vous demandez le Saint-Esprit, Dieu a promis de le donner.
Mais ce n'est pas tout : Dieu vous a ordonné de l'avoir. Il dit dans le texte : « Soyez remplis de l'Esprit. » Quand Dieu nous ordonne de faire une chose, c'est la plus haute preuve possible que nous pouvons la faire. Un commandement de Dieu équivaut à un serment que nous pouvons le faire. Il n'a aucun droit de commander si nous n'avons pas le pouvoir d'obéir. On ne peut échapper à cette conclusion : si Dieu commande ce qui est impossible, il est un tyran infini.
II. Je dois montrer, en second lieu, que c'est votre devoir.
1. Parce que vous en avez la promesse.
2. Parce que Dieu l'a ordonné.
3. Il est indispensable à votre propre croissance dans la grâce que vous soyez remplis de l'Esprit.
4. C'est aussi important que votre sanctification.
5. C'est aussi nécessaire que d'être utiles et de faire du bien dans le monde.
6. Si vous n'avez pas l'Esprit de Dieu en vous, vous déshonorerez Dieu, vous ferez honte à l'Église, et vous mourrez et irez en enfer.
III. Pourquoi beaucoup n'ont pas l'Esprit. Il y en a, même parmi les chrétiens de profession, qui diront : « Je ne connais rien à cela ; je n'en ai jamais fait l'expérience ; ou bien ce n'est pas vrai, ou bien je suis complètement dans l'erreur. » Sans aucun doute vous êtes complètement dans l'erreur, si vous ne savez rien de l'action de l'Esprit. Je veux vous présenter quelques-unes des raisons qui peuvent vous empêcher d'être remplis de l'Esprit.
1. Il se peut que vous meniez une vie hypocrite. Vos prières ne sont ni ardentes ni sincères. Non seulement votre religion n'est qu'une façade, sans aucun cœur, mais vous manquez de sincérité dans vos rapports avec les autres. Vous faites ainsi bien des choses qui attristent l'Esprit, de sorte qu'il ne peut demeurer avec vous.
Un pasteur logeait un jour dans une famille, et la maîtresse de maison se plaignait sans cesse de ne pas avoir l'âme en paix ; rien ne semblait l'aider. Un jour, quelques dames vinrent lui rendre visite ; elle protesta qu'elle était très fâchée qu'elles ne soient pas venues plus tôt, les pressa de rester et de passer la journée, et déclara qu'elle ne pouvait consentir à les laisser partir. Elles s'excusèrent pourtant et quittèrent la maison ; et dès qu'elles furent parties, elle dit à sa servante qu'elle s'étonnait que ces gens aient si peu de bon sens qu'ils viennent toujours la déranger et lui prendre son temps. Le pasteur l'entendit, la reprit aussitôt et lui dit qu'elle pouvait voir maintenant pourquoi elle ne goûtait pas la piété. C'était parce qu'elle avait l'habitude quotidienne d'un manque de sincérité qui allait jusqu'au mensonge pur et simple. Et l'Esprit de vérité ne pouvait demeurer dans un tel cœur.
2. D'autres ont tant de légèreté que l'Esprit ne veut pas demeurer avec eux. L'Esprit de Dieu est grave et sérieux, et il ne demeurera pas avec ceux qui s'abandonnent à une légèreté irréfléchie.
3. D'autres sont si orgueilleux qu'ils ne peuvent avoir l'Esprit. Ils aiment tant la toilette, la vie mondaine, les équipages, la mode, etc., qu'il n'est pas étonnant qu'ils ne soient pas remplis de l'Esprit. Et pourtant ces personnes feront semblant de ne pas comprendre pourquoi elles ne goûtent pas la piété !
4. Certains ont un esprit si mondain, aiment tant les biens, et s'efforcent tant de s'enrichir, qu'ils ne peuvent avoir l'Esprit. Comment pourrait-il demeurer avec eux, quand toutes leurs pensées sont tournées vers les choses du monde, et toutes leurs forces absorbées à amasser de l'argent ? Et quand ils l'ont, ils s'y cramponnent, et cela les fait souffrir si leur conscience les presse de faire quelque chose pour la conversion du monde. Ils montrent combien ils aiment le monde dans tous leurs rapports avec les autres. De petites choses le montrent. Ils pressureront un pauvre homme qui leur fait un petit travail jusqu'au dernier sou. S'ils traitent une grosse affaire, il est fort probable qu'ils seront généreux et honnêtes, parce que c'est leur intérêt. Mais si c'est quelqu'un dont ils ne se soucient pas, un journalier, un artisan ou un domestique, ils l'écraseront jusqu'à la dernière fraction, peu importe ce que vaut réellement le travail ; et ils font même mine de s'en faire un cas de conscience, comme s'il leur était absolument impossible de donner davantage. Or ils auraient honte d'agir ainsi avec des gens de leur rang, parce que cela se saurait et nuirait à leur réputation. Mais Dieu le sait, et il a tout inscrit : ils sont cupides et malhonnêtes en affaires, et ils ne font ce qui est juste que lorsque c'est leur intérêt. Comment de tels chrétiens de profession pourraient-ils avoir l'Esprit de Dieu ? C'est impossible.
Il existe une multitude de choses de ce genre qui attristent l'Esprit de Dieu. Les gens les appellent de petits péchés, mais Dieu ne les appellera pas petits. Cette pensée m'a frappé en lisant un petit avis dans l'Evangelist. Les éditeurs y disaient que leurs abonnés leur devaient plusieurs milliers de dollars, à juste titre, et qu'il leur en coûterait autant que la somme elle-même pour envoyer un agent la recouvrer. Je suppose qu'il en va de même pour tous les autres journaux religieux : ou bien les abonnés obligent l'éditeur à se donner la peine et à faire les frais d'envoyer un agent recouvrer son dû, ou bien ils l'en frustrent. Il y a sans doute, je ne sais combien de milliers de dollars retenus de cette façon par des chrétiens de profession, simplement parce qu'il s'agit de si petites sommes, ou qu'ils sont trop loin pour être poursuivis. Et pourtant ces gens prieront, auront l'air très pieux, et se demanderont pourquoi ils ne peuvent goûter la piété et avoir l'Esprit de Dieu ! C'est ce relâchement des principes moraux, ce manque de conscience dans les petites choses, répandu dans l'Église, qui chasse le Saint-Esprit en l'attristant. Mais enfin, ce serait un déshonneur pour Dieu de demeurer et d'être en communion avec de telles personnes, qui profitent d'un avantage pour frustrer leur prochain de son dû, parce qu'elles peuvent le faire sans être déshonorées.
5. D'autres ne confessent pas et n'abandonnent pas pleinement leurs péchés, et c'est pourquoi ils ne peuvent goûter la présence de l'Esprit. Ils confesseront leurs péchés en termes généraux, peut-être, et ils sont toujours prêts à reconnaître qu'ils sont pécheurs. Ou bien ils confesseront en partie quelques péchés particuliers. Mais ils le font avec réticence, avec orgueil, avec précaution, comme s'ils avaient peur d'en dire un peu plus que nécessaire ; je parle de quand ils confessent aux hommes les torts qu'ils leur ont faits. Ils le font d'une façon qui montre que leur confession, au lieu de jaillir d'un cœur franc, leur est arrachée par la main de la conscience qui les étreint. S'ils ont fait tort à quelqu'un, ils se rétractent à moitié, d'une manière dure, cruelle et hypocrite, puis ils demandent : « Alors, mon frère, êtes-vous satisfait ? » Et vous savez qu'il serait très difficile à quelqu'un de dire qu'il n'est pas satisfait, même si la confession est froide et sans cœur. Mais je vous le dis, Dieu n'est pas satisfait. Il sait si vous êtes allé jusqu'au bout d'une confession honnête et si vous avez pris sur vous tout le blâme qui vous revient. Si vos confessions ont été forcées et arrachées, croyez-vous pouvoir tromper Dieu ? « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde » (Proverbes 28,13). « Quiconque s'abaisse sera élevé » (Luc 14,11). À moins de vous abaisser tout à fait, de confesser honnêtement vos péchés et de réparer là où vous avez fait du tort, vous n'avez aucun droit d'attendre l'esprit de prière.
6. D'autres négligent un devoir connu, et c'est la raison pour laquelle ils n'ont pas l'Esprit. L'un ne prie pas en famille, bien qu'il sache qu'il devrait le faire, et pourtant il s'efforce d'obtenir l'esprit de prière ! Il y a plus d'un jeune homme qui sent dans son cœur qu'il devrait se préparer au ministère, et il n'a pas l'esprit de prière parce qu'il a en vue quelque but terrestre qui l'empêche de se consacrer à l'œuvre. Il a connu son devoir, il refuse de le faire, et maintenant il prie pour que l'Esprit de Dieu le dirige. Il ne peut pas l'obtenir. Un autre a négligé de faire profession de foi. Il connaît son devoir, mais il refuse d'entrer dans l'Église. Il a eu autrefois l'esprit de prière, mais en négligeant son devoir, il a chassé l'Esprit en l'attristant. Et maintenant il pense que s'il pouvait de nouveau goûter la lumière de la face de Dieu et voir ses assurances renouvelées, il ferait son devoir et entrerait dans l'Église. Et le voilà qui prie de nouveau pour cela, qui essaie d'amener Dieu à ses conditions pour qu'il lui accorde sa présence. N'y comptez pas. Vous vivrez et mourrez dans les ténèbres, à moins d'être disposé à faire d'abord votre devoir, avant que Dieu se montre réconcilié avec vous. Il est inutile de dire que vous vous avancerez si Dieu vous montre d'abord la lumière de sa face. Il ne le fera jamais, aussi longtemps que vous vivrez ; il vous laissera mourir sans cela, si vous refusez de faire votre devoir.
J'ai connu des femmes qui sentaient qu'elles devaient parler à leur mari inconverti et prier avec lui, mais elles l'ont négligé, et elles sont ainsi tombées dans les ténèbres. Elles connaissaient leur devoir et refusaient de le faire ; elles l'ont contourné, et c'est là qu'elles ont perdu l'esprit de prière.
Si vous avez négligé un devoir connu et perdu ainsi l'esprit de prière, c'est à vous de céder d'abord. Dieu a un différend avec vous ; vous avez refusé d'obéir à Dieu, et vous devez revenir sur ce refus. Vous l'avez peut-être oublié, mais Dieu ne l'a pas oublié, et vous devez vous appliquer à vous le rappeler et vous en repentir. Dieu ne cédera jamais et ne vous accordera jamais son Esprit tant que vous ne vous serez pas repenti. Si j'avais en ce moment un œil qui voit tout, je pourrais appeler par leur nom les personnes de cette assemblée qui ont négligé un devoir connu, ou commis un péché dont elles ne se sont pas repenties, et qui prient maintenant pour avoir l'esprit de prière, mais qui ne parviennent pas à l'obtenir.
Pour illustrer cela, je vais rapporter un cas. Un homme de bien, dans l'ouest de cet État, avait été longtemps un chrétien engagé, et il avait l'habitude d'exhorter l'Église endormie dont il était membre. Un beau jour, l'Église se froissa et perdit patience, et beaucoup lui dirent qu'ils voudraient bien qu'il les laisse tranquilles, qu'ils ne pensaient pas qu'il puisse leur faire aucun bien. Il les prit au mot, et ils s'endormirent tous ensemble, et le restèrent deux ou trois ans. Au bout d'un certain temps, un pasteur vint parmi eux et un réveil commença, mais cet ancien semblait avoir perdu sa spiritualité. Lui qui était toujours au premier rang dans une bonne œuvre, voilà qu'il restait en arrière. Tout le monde trouvait cela inexplicable. Enfin, un soir qu'il rentrait chez lui, la vérité sur sa situation lui apparut comme un éclair, et il tomba pendant quelques minutes dans un désespoir complet. À la fin, ses pensées se reportèrent sur cette résolution coupable de laisser l'Église à ses péchés. Il sentit qu'aucune parole ne pouvait décrire la noirceur de ce péché. Il comprit à ce moment-là ce que c'est que d'être perdu et de découvrir que Dieu a un différend avec vous. Il vit que c'était un mauvais esprit qui lui avait fait prendre cette résolution : le même qui avait fait dire à Moïse : « Écoutez donc, rebelles ! » (Nombres 20,10). Il s'humilia sur-le-champ, et Dieu répandit son Esprit sur lui. Peut-être certains d'entre vous qui m'écoutez sont-ils exactement dans cette situation. Vous avez dit quelque chose de blessant ou de dur à quelqu'un. Peut-être était-ce de la mauvaise humeur envers un domestique qui était chrétien. Ou peut-être avez-vous parlé avec malveillance d'un pasteur ou de quelqu'un d'autre. Peut-être vous êtes-vous mis en colère parce qu'on n'a pas suivi votre avis, ou qu'on a empiété sur votre dignité. Cherchez à fond, et voyez si vous ne pouvez pas découvrir ce péché. Peut-être l'avez-vous oublié. Mais Dieu ne l'a pas oublié, et il ne pardonnera jamais votre conduite si peu chrétienne tant que vous ne vous serez pas repenti. Dieu ne peut pas passer dessus. Cela ne servirait à rien s'il le faisait. À quoi servirait-il de pardonner, tant que le péché envenime votre cœur ?
7. Peut-être avez-vous résisté à l'Esprit de Dieu. Peut-être avez-vous l'habitude de résister à l'Esprit. Vous résistez à la conviction de péché. Dans une prédication, quand quelque chose a été dit qui touchait votre cas, votre cœur s'est soulevé et a résisté. Beaucoup veulent bien entendre une prédication franche et pénétrante tant qu'ils peuvent l'appliquer tout entière aux autres ; un esprit misanthrope leur fait trouver de la satisfaction à entendre les autres sondés et repris ; mais si la vérité les touche, ils s'écrient aussitôt que c'est une attaque personnelle et une injure. Est-ce votre cas ?
8. En réalité, vous ne désirez pas l'Esprit tout bien pesé. C'est vrai dans tous les cas où vous n'avez pas l'Esprit. Qu'on ne se méprenne pas ici sur ma pensée. Je veux que vous fassiez soigneusement la distinction. Rien n'est plus courant que de désirer une chose à certains égards et de ne pas la choisir, tout bien pesé. Quelqu'un voit dans un magasin un article qu'il désire acheter ; il entre, demande le prix, réfléchit un peu et, tout bien pesé, décide de ne pas l'acheter. Il désire l'article, mais le prix ne lui plaît pas, ou il n'aime pas faire cette dépense, de sorte que, tout bien pesé, il préfère ne pas l'acheter. Voilà pourquoi il ne l'achète pas. De même, on peut désirer l'Esprit de Dieu à certains égards, pour le réconfort et la joie du cœur qu'il apporte. Si vous savez par expérience ce que c'est que d'être en communion avec Dieu, et combien il est doux de fondre dans la repentance et d'être rempli de l'Esprit, vous ne pouvez que désirer le retour de ces joies. Et vous pouvez vous mettre à prier ardemment pour cela, et à prier pour un réveil. Mais tout bien pesé, vous ne voulez pas qu'il vienne. Vous avez tant à faire que vous ne pouvez pas vous en occuper. Ou bien cela exigera tant de sacrifices que vous ne pouvez supporter de l'avoir. Il y a des choses que vous ne voulez pas abandonner. Vous découvrez que si vous voulez que l'Esprit de Dieu demeure avec vous, il vous faut mener une autre vie, renoncer au monde, faire des sacrifices, rompre avec vos fréquentations mondaines et confesser vos péchés. Et ainsi, tout bien pesé, vous ne choisissez pas qu'il vienne, à moins qu'il ne consente à demeurer avec vous en vous laissant vivre comme il vous plaît. Mais cela, il ne le fera jamais.
9. Peut-être ne priez-vous pas pour avoir l'Esprit ; ou bien vous priez sans employer aucun autre moyen, ou vous priez sans agir d'une manière conforme à vos prières. Ou bien vous employez des moyens propres à le contrarier. Ou encore vous le demandez, et dès qu'il vient et commence à agir sur votre esprit, vous l'attristez aussitôt et vous refusez de marcher avec lui.
IV. Je dois montrer la grande culpabilité qu'il y a à ne pas avoir l'Esprit de Dieu.
1. Votre culpabilité est aussi grande que l'autorité de Dieu, qui vous ordonne d'être remplis de l'Esprit. Dieu l'ordonne, et c'est tout autant une désobéissance aux commandements de Dieu que de jurer, de voler, de commettre un adultère ou de violer le sabbat. Pensez-y. Et pourtant il y a beaucoup de gens qui ne se reprochent pas du tout de ne pas avoir l'Esprit. Ils se croient même des chrétiens tout à fait pieux, parce qu'ils vont aux réunions de prière, prennent la cène, et tout le reste, alors qu'ils vivent année après année sans l'Esprit de Dieu. Or, vous le voyez, le même Dieu qui dit : « Ne vous enivrez pas », dit aussi : « Soyez remplis de l'Esprit » (Éphésiens 5,18). Vous dites tous que si un homme est meurtrier ou voleur par habitude, il n'est pas chrétien. Pourquoi ? Parce qu'il vit dans une désobéissance habituelle à Dieu. De même, s'il jure, vous n'avez aucune indulgence pour lui. Vous ne lui permettrez pas d'alléguer que son cœur est droit, que les paroles ne sont rien et que Dieu ne se soucie pas des paroles. Vous trouveriez scandaleux d'avoir un tel homme dans l'Église, ou qu'une compagnie de gens de cette sorte prétende s'appeler une Église de Christ. Et pourtant ils ne vivent pas plus absolument dans la désobéissance à Dieu que vous, qui vivez sans l'esprit de prière et sans la présence de Dieu.
2. Votre culpabilité est égale à tout le bien que vous pourriez faire si vous aviez l'Esprit de Dieu dans une aussi grande mesure que c'est votre devoir de l'avoir, et que vous pourriez l'avoir. Vous, anciens de cette Église, que de bien vous pourriez faire si vous aviez l'Esprit ! Et vous, moniteurs d'école du dimanche, que de bien vous pourriez faire ; et vous aussi, membres de l'Église, si vous étiez remplis de l'Esprit, vous pourriez faire un bien immense, un bien infini. Eh bien, votre culpabilité est tout aussi grande. Voici une bénédiction promise, et vous pouvez l'avoir en faisant votre devoir. Vous êtes entièrement responsables devant l'Église et devant Dieu de tout ce bien que vous pourriez faire. Un homme est responsable de tout le bien qu'il peut faire.
3. Votre culpabilité se mesure encore à tout le mal que vous faites parce que vous n'avez pas l'Esprit. Vous êtes un déshonneur pour la religion. Vous êtes une pierre d'achoppement pour l'Église et pour le monde. Et votre culpabilité est aggravée par toutes les influences diverses que vous exercez. Et cela se verra au jour du jugement.
V. Les conséquences quand on a l'Esprit.
1. On vous traitera d'excentrique ; et probablement vous le mériterez. Probablement vous serez réellement excentrique. Je n'ai jamais connu une personne remplie de l'Esprit qu'on n'ait pas traitée d'excentrique. Et la raison en est qu'elle ne ressemble pas aux autres. C'est toujours un terme de comparaison. Il y a donc les meilleures raisons du monde pour que de telles personnes paraissent excentriques. Elles agissent sous d'autres influences, voient les choses autrement, sont mues par d'autres motifs, conduites par un autre esprit. Vous devez vous attendre à de telles remarques. Que de fois j'ai entendu dire de telle ou telle personne : « C'est un très brave homme, mais il est un peu excentrique. » J'ai parfois demandé des détails : en quoi consiste son excentricité ? J'écoute la liste, et tout se ramène à ceci : il est spirituel. Prenez-en votre parti : vous serez excentrique. Il existe une excentricité affectée. C'est horrible ! Mais on peut aussi être si profondément pénétré de l'Esprit de Dieu qu'on doit agir, et qu'on agira, d'une manière qui paraît étrange et excentrique à ceux qui ne peuvent comprendre les raisons de votre conduite.
2. Si vous avez beaucoup de l'Esprit de Dieu, il n'est pas improbable que beaucoup vous croient dérangé. Nous jugeons les gens dérangés quand ils agissent autrement que ce qui nous paraît prudent et conforme au bon sens, et quand ils arrivent à des conclusions dont nous ne voyons pas de bonnes raisons. Paul fut accusé d'avoir perdu la raison par ceux qui ne comprenaient pas la manière de voir les choses sous laquelle il agissait. Sans doute Festus croyait-il que cet homme était fou et que son grand savoir lui avait fait perdre la tête. Mais Paul dit : « Je ne suis point fou, très excellent Festus » (Actes 26,25). Sa conduite était si étrange, si nouvelle, que Festus pensa que ce devait être de la folie. Mais la vérité, c'est simplement qu'il voyait le sujet si clairement qu'il y jetait son âme tout entière. Eux étaient complètement dans le noir quant au motif qui le faisait agir. Ce n'est pas du tout rare. Une foule de gens ont paru dérangés à ceux qui n'avaient aucune spiritualité. Pourtant ils voyaient de bonnes raisons d'agir comme ils le faisaient. Dieu conduisait leur esprit à agir d'une manière telle que ceux qui n'étaient pas spirituels ne pouvaient en voir les raisons. Il vous faut en prendre votre parti, et d'autant plus que vous vivrez plus au-dessus du monde et marcherez avec Dieu.
3. Si vous avez l'Esprit de Dieu, attendez-vous à ressentir une grande détresse à la vue de l'Église et du monde. Certains épicuriens spirituels demandent l'Esprit parce qu'ils pensent qu'il les rendra parfaitement heureux. Certains croient que les chrétiens spirituels sont toujours très heureux et exempts de chagrin.
Il n'y a jamais eu de plus grande erreur. Lisez vos Bibles, et voyez comme les prophètes et les apôtres gémissaient sans cesse et étaient dans la détresse à la vue de l'état de l'Église et du monde. L'apôtre Paul dit qu'il portait toujours dans son corps la mort du Seigneur Jésus (2 Corinthiens 4,10). « Chaque jour je suis exposé à la mort, je l'atteste », dit-il (1 Corinthiens 15,31). Vous saurez ce que c'est que de partager les sentiments du Seigneur Jésus-Christ et d'être baptisé du baptême dont il a été baptisé. Oh, quelle agonie était la sienne à la vue de l'état des pécheurs ! Quel travail d'enfantement dans son âme pour leur salut ! Plus vous aurez de son Esprit, plus clairement vous verrez l'état des pécheurs, et plus profondément vous serez dans la détresse à leur sujet. Bien des fois vous sentirez que vous ne pouvez plus vivre à la vue de leur situation ; votre détresse sera inexprimable. Paul dit, en Romains 9,1-3 : « Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m'en rend témoignage par le Saint-Esprit : j'éprouve une grande tristesse, et j'ai dans le cœur un chagrin continuel. Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair. »
4. Vous serez souvent affligé de l'état du ministère. Il y a quelques années, j'ai rencontré une femme qui appartenait à l'une des Églises de cette ville. Je l'ai interrogée sur l'état de la religion ici. Elle semblait peu disposée à en dire beaucoup, fit quelques remarques générales, puis sa voix s'étrangla, ses yeux se remplirent de larmes, et elle dit : « Oh, l'esprit de notre pasteur semble être dans de grandes ténèbres. » Les chrétiens spirituels éprouvent souvent cela, et souvent ils en pleurent. J'en ai beaucoup vu, et j'ai souvent trouvé des chrétiens qui pleuraient et gémissaient en secret de voir les ténèbres où se trouvait l'esprit des pasteurs à l'égard de la religion, leur attachement aux choses de la terre et leur crainte des hommes ; mais ils n'osaient pas en parler, de peur d'être dénoncés et menacés, et peut-être chassés de l'Église. Je ne dis pas ces choses par esprit de critique, pour faire des reproches à mes frères, mais parce qu'elles sont vraies. Et les pasteurs doivent savoir que rien n'est plus courant que de voir des chrétiens spirituels accablés et affligés de l'état du ministère. Je ne voudrais pas éveiller de mauvais sentiments envers les pasteurs, mais il est temps qu'on sache que les chrétiens arrivent souvent à voir les choses d'une manière spirituelle, que leur âme s'enflamme, et qu'ils découvrent alors que leur pasteur n'entre pas dans leurs sentiments, qu'il est bien au-dessous de ce qu'il devrait être, et, pour la spiritualité, bien au-dessous de certains membres de son Église. C'est l'un des maux les plus marquants et les plus profondément déplorables de notre temps. La piété des pasteurs, bien que réelle, est dans bien des cas si superficielle que la partie spirituelle de l'Église sent que les pasteurs ne peuvent pas partager ses sentiments, et ne les partagent pas. Leur prédication ne répond pas à ses besoins, elle ne la nourrit pas, elle ne rejoint pas son expérience. Les pasteurs n'ont pas une expérience religieuse assez profonde pour savoir comment sonder l'Église et la réveiller ; comment aider ceux qui sont tentés, soutenir les faibles, diriger les forts, et les conduire à travers tous les labyrinthes et tous les détours dont leur chemin peut être semé. Quand un pasteur a accompagné une Église aussi loin que va sa propre expérience des exercices spirituels, il s'arrête là ; et tant qu'il n'aura pas fait une nouvelle expérience, tant qu'il ne sera pas converti à nouveau, que son cœur ne sera pas brisé à nouveau et qu'il ne sera pas relancé dans la vie divine et dans l'expérience chrétienne, il ne leur sera plus d'aucun secours. Il peut prêcher une saine doctrine, un pasteur inconverti le peut aussi ; mais, après tout, il manquera à sa prédication ce mordant qui sonde les cœurs, cette portée pratique, cette onction qui seule peut rejoindre le cas d'un chrétien à l'esprit spirituel. C'est un fait dont l'Église gémit : la piété des jeunes gens souffre tant au cours de leurs études que, lorsqu'ils entrent dans le ministère, quel que soit le bagage intellectuel qu'ils possèdent, ils sont dans un état de petite enfance spirituelle. Ils ont besoin qu'on les soigne, et ils auraient besoin d'être nourris plutôt que d'entreprendre de nourrir l'Église de Dieu.
5. Si vous avez beaucoup de l'Esprit de Dieu, préparez-vous à rencontrer beaucoup d'opposition, dans l'Église comme dans le monde. Il est fort probable que les hommes influents de l'Église s'opposeront à vous. Il y a toujours eu de l'opposition dans l'Église. Il en était ainsi quand Christ était sur la terre. Si vous êtes bien au-dessus de leur état d'âme, les membres de l'Église s'opposeront à vous. Celui qui veut vivre pieusement en Jésus-Christ doit s'attendre à la persécution (2 Timothée 3,12). Souvent les anciens, et même le pasteur, s'opposeront à vous si vous êtes rempli de l'Esprit de Dieu.
6. Attendez-vous à des combats très fréquents et très douloureux contre Satan. Satan a très peu de mal avec les chrétiens qui ne sont pas spirituels, mais tièdes, paresseux et mondains. Et ceux-là ne comprennent pas ce qu'on dit des combats spirituels. Peut-être souriront-ils quand on parlera de ces choses. Et ainsi le diable les laisse tranquilles. Ils ne le dérangent pas, et lui ne les dérange pas. Mais les chrétiens spirituels, il le comprend très bien, lui font un tort immense, et c'est pourquoi il s'acharne contre eux. Ces chrétiens ont souvent de terribles combats. Ils ont des tentations auxquelles ils n'avaient jamais pensé : pensées blasphématoires, athéisme, suggestions de commettre des actes méchants, de mettre fin à leurs jours, et d'autres semblables. Et si vous êtes spirituel, vous pouvez vous attendre à ces terribles combats.
7. Vous aurez avec vous-même des combats plus grands que vous ne l'avez jamais imaginé. Vous verrez parfois votre propre corruption gagner étrangement du terrain contre l'Esprit. « La chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair » (Galates 5,17). Un tel chrétien est souvent consterné de la puissance de sa propre corruption. L'un des commodores de la marine des États-Unis était, m'a-t-on dit, un homme spirituel ; et son pasteur m'a raconté qu'il avait vu cet homme couché sur le plancher, gémissant une grande partie de la nuit, en lutte avec sa propre corruption, et criant à Dieu dans l'angoisse pour qu'il brise la puissance de la tentation. On aurait dit que le diable était résolu à le perdre ; et ses propres sentiments, pour un temps, étaient presque de connivence avec le diable.
8. Mais vous aurez la paix avec Dieu. Si l'Église, et les pécheurs, et le diable s'opposent à vous, il y en aura un avec qui vous aurez la paix. Vous qui êtes appelés à ces épreuves, à ces combats, à ces tentations, vous qui gémissez, priez, pleurez et avez le cœur brisé, souvenez-vous de cette pensée : votre paix, pour ce qui est de vos sentiments envers Dieu, coulera comme un fleuve.
9. Vous aurez aussi la paix de la conscience, si vous êtes conduit par l'Esprit. Vous ne serez pas sans cesse aiguillonné et mis à la torture par une conscience coupable. Votre conscience sera calme et tranquille, sans une ride, comme un lac en été.
10. Si vous êtes rempli de l'Esprit, vous serez utile. Vous ne pourrez pas faire autrement qu'être utile. Même si vous étiez malade, incapable de sortir de votre chambre ou de converser, et que vous ne voyiez personne, vous seriez dix fois plus utile que cent de ces chrétiens ordinaires qui n'ont aucune spiritualité. Pour vous en donner une idée, je vais rapporter une anecdote. Un homme pieux de l'ouest de cet État était atteint de consomption. C'était un homme pauvre, et il fut malade pendant des années. Un négociant inconverti de l'endroit avait bon cœur, et il lui envoyait de temps en temps quelque chose pour son confort ou pour sa famille. Le malade était reconnaissant de cette bonté, mais il ne pouvait la rendre comme il l'aurait voulu. À la fin, il décida que la meilleure manière de la rendre serait de prier pour son salut ; il se mit à prier, son âme s'enflamma, et il saisit Dieu. Il n'y avait pas de réveil dans l'endroit, mais au bout de quelque temps, à l'étonnement de tout le monde, ce négociant se rangea ouvertement du côté du Seigneur. Le feu prit dans toute la localité, un puissant réveil suivit, et une foule de gens furent convertis.
Ce pauvre homme languit ainsi pendant plusieurs années, puis mourut. Après sa mort, je visitai l'endroit, et sa veuve me remit son journal. Entre autres choses, il dit dans son journal : « Je connais une trentaine de pasteurs et d'Églises. » Il continue en réservant certaines heures de la journée et de la semaine pour prier pour chacun de ces pasteurs et de ces Églises, et aussi certains moments pour prier pour les différentes stations missionnaires. Venaient ensuite, à des dates différentes, des faits comme ceux-ci : « Aujourd'hui », et il donnait la date, « j'ai pu offrir ce que j'appelle la prière de la foi pour que l'Esprit soit répandu sur l'Église de..., et j'ai confiance en Dieu qu'il y aura bientôt un réveil là-bas. » À une autre date : « J'ai pu aujourd'hui offrir ce que j'appelle la prière de la foi pour telle Église, et j'ai confiance qu'il y aura bientôt un réveil là-bas. » Il avait ainsi passé en revue un grand nombre d'Églises, notant qu'il avait prié pour elles avec foi pour qu'un réveil s'y répande bientôt. Parmi les stations missionnaires, si je me souviens bien, il mentionne en particulier la mission de Ceylan. Je crois que le dernier endroit mentionné dans son journal, pour lequel il avait offert la prière de la foi, était celui où il habitait. Peu après qu'il eut noté ces faits dans son journal, le réveil commença et parcourut la région, presque, je crois, sinon exactement, dans l'ordre où les Églises avaient été mentionnées dans son journal ; et en temps voulu, des nouvelles arrivèrent de Ceylan annonçant qu'il y avait là un réveil. Le réveil dans sa propre ville ne commença qu'après sa mort. Il commença au moment même où sa veuve me remit le document dont j'ai parlé. Elle me dit que pendant sa maladie il était si travaillé dans la prière qu'elle avait souvent craint qu'il ne se tue à force de prier. Le réveil fut extrêmement grand et puissant dans toute la région ; et le fait qu'il allait se répandre n'avait pas été caché à ce serviteur du Seigneur. Selon sa parole, « l'amitié de l'Éternel est pour ceux qui le craignent » (Psaumes 25,14). Ainsi cet homme, trop faible de corps pour sortir de chez lui, fut pourtant plus utile au monde et à l'Église de Dieu que tous les chrétiens de profession sans cœur du pays. Se tenant entre Dieu et les ruines de Sion, et répandant son cœur dans une prière pleine de foi, il avait, comme un prince, de la puissance auprès de Dieu, et il l'emportait.
11. Si vous êtes remplis de l'Esprit, vous ne serez pas affligés, piqués au vif et tourmentés quand on parlera contre vous. Quand je vois des gens irrités et chagrins pour la moindre chose qui les touche, je suis sûr qu'ils n'ont pas l'Esprit de Christ. Jésus-Christ pouvait entendre dire contre lui tout ce que la malveillance pouvait inventer, sans en être le moins du monde troublé. Si vous voulez être doux sous la persécution, montrer le caractère du Sauveur et honorer ainsi la religion, il vous faut être remplis de l'Esprit.
12. Vous serez sages dans l'emploi des moyens pour la conversion des pécheurs. Si l'Esprit de Dieu est en vous, il vous conduira à employer les moyens avec sagesse, d'une manière adaptée au but, et à éviter de faire du mal. Aucun homme qui n'est pas rempli de l'Esprit de Dieu n'est apte à diriger les mesures adoptées dans un réveil. Ces gens-là ont les mains tout en pouces, incapables de rien saisir, et ils agiront comme s'ils n'avaient pas le sens commun. Mais un homme conduit par l'Esprit de Dieu saura choisir le bon moment pour ses mesures, et doser la vérité divine de manière à lui donner le plus d'effet.
13. Vous serez calmes dans l'affliction ; vous ne serez pas jetés dans le trouble ou la consternation en voyant l'orage arriver sur vous. Les gens autour de vous s'étonneront de votre calme et de votre sérénité dans les lourdes épreuves, ne connaissant pas les appuis intérieurs de ceux qui sont remplis de l'Esprit.
14. Vous serez résignés à la mort ; vous vous sentirez toujours prêts à mourir, sans avoir peur de mourir, et après la mort vous serez d'autant plus heureux pour toujours dans le ciel.
VI. Les conséquences quand on n'est pas rempli de l'Esprit.
1. Vous douterez souvent, et avec raison, d'être chrétiens. Vous aurez des doutes, et vous devez en avoir. Les fils de Dieu sont conduits par l'Esprit de Dieu (Romains 8,14). Et si vous n'êtes pas conduits par l'Esprit, quelle raison avez-vous de penser que vous êtes des fils ? Vous essaierez de faire aller loin un petit bout de preuve pour étayer vos espérances, mais vous n'y parviendrez pas, à moins que votre conscience ne soit marquée au fer rouge. Vous ne pourrez éviter d'être souvent plongés dans un doute et une incertitude pénibles sur votre état. Romains 8,9 : « Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » 2 Corinthiens 13,5 : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? À moins peut-être que vous ne soyez réprouvés. »
2. Vous serez toujours hésitants dans vos idées sur la prière de la foi. La prière de la foi est quelque chose de si spirituel, une affaire d'expérience et non de spéculation, que si vous n'êtes pas vous-mêmes spirituels, vous ne la comprendrez pas pleinement. Vous pourrez parler beaucoup de la prière de la foi et, sur le moment, en être tout à fait convaincus. Mais vous ne serez jamais assez affermis là-dessus pour garder la même disposition d'esprit à son sujet, et au bout de peu de temps vous serez dans l'incertitude la plus complète. J'en ai connu un cas curieux chez un frère dans le ministère. Il me disait : « Quand j'ai l'Esprit de Dieu et que je goûte sa présence, je crois fermement à la prière de la foi ; mais quand je ne l'ai pas, je me surprends à douter qu'une telle chose existe, et mon esprit est plein d'objections. » Je sais par ma propre expérience ce qu'il en est, et quand j'entends des gens soulever des objections contre la conception de la prière que j'ai présentée dans ces discours, je comprends très bien quelle est leur difficulté, et j'ai souvent trouvé impossible de satisfaire leur esprit tant qu'ils étaient si loin de Dieu ; alors qu'ils l'auraient eux-mêmes comprise sans argument, dès qu'ils en auraient fait l'expérience.
3. Si vous n'avez pas l'Esprit, vous serez très enclins à vous scandaliser de ceux qui l'ont. Vous douterez que leur conduite soit convenable. S'ils semblent ressentir beaucoup plus que vous, vous serez portés à appeler cela de l'émotion purement naturelle. Vous douterez peut-être de leur sincérité quand ils diront qu'ils éprouvent de tels sentiments. Vous direz : « Je ne sais que penser de frère Untel ; il semble très pieux, mais je ne le comprends pas, je trouve qu'il y a chez lui beaucoup d'émotion purement naturelle. » Vous chercherez ainsi à les critiquer pour vous justifier vous-mêmes.
4. Vous serez bien considérés par les impénitents et par les chrétiens de profession charnels. Ils vous loueront comme un chrétien raisonnable, orthodoxe et conséquent. Vous serez tout à fait dans la disposition d'esprit voulue pour marcher avec eux, parce que vous êtes d'accord.
5. Vous serez très troublés par la crainte du fanatisme. Chaque fois qu'il y aura des réveils, vous y verrez une forte tendance au fanatisme, et vous serez pleins de craintes et d'inquiétude, ou plutôt d'opposition à leur égard.
6. Vous serez très troublés par les mesures employées dans les réveils. Si l'on adopte des mesures un peu décidées et directes, vous les trouverez toutes « nouvelles », et vous vous en scandaliserez exactement dans la mesure où vous manquez de spiritualité. Vous ne voyez pas en quoi elles conviennent. Vous resterez là à chicaner sur les mesures, parce que vous êtes si aveugles que vous ne pouvez voir combien elles sont adaptées, alors que tout le ciel s'en réjouit comme de moyens de sauver des âmes.
7. Vous serez un opprobre pour la religion. Les impénitents vous loueront parfois parce que vous leur ressemblez tant, et parfois ils se moqueront de vous parce que vous êtes un tel hypocrite.
8. Vous connaîtrez bien peu la Bible.
9. Si vous mourez sans l'Esprit, vous tomberez en enfer. Il ne peut y avoir aucun doute là-dessus. Sans l'Esprit, vous ne serez jamais préparés pour le ciel.
REMARQUES.
1. Les chrétiens sont aussi coupables de ne pas avoir l'Esprit que les pécheurs de ne pas se repentir.
2. Ils le sont même davantage. Comme ils ont plus de lumière, ils sont d'autant plus coupables.
3. Tous les êtres ont le droit de se plaindre des chrétiens qui ne sont pas remplis de l'Esprit. Vous ne faites pas l'œuvre de Dieu, et il a le droit de se plaindre. Il a mis son Esprit à votre disposition, et si vous ne l'avez pas, il a le droit de se tourner vers vous et de vous tenir pour responsables de tout le bien que vous pourriez faire si vous le possédiez. Vous péchez contre le ciel tout entier, car vous devriez grossir ses rangs heureux. Les pécheurs, l'Église, les pasteurs ont le droit de se plaindre.
4. Vous barrez la route à l'œuvre du Seigneur. Il est inutile qu'un pasteur essaie de travailler par-dessus votre tête. Les pasteurs gémissent souvent, luttent et s'épuisent en vain à essayer de faire du bien là où l'Église vit de telle manière qu'elle n'a pas l'Esprit de Dieu. Si l'Esprit est répandu à un moment donné, l'Église l'attristera aussitôt. Ainsi vous pouvez lier les mains de votre pasteur, lui briser le cœur, l'abattre et peut-être le tuer, parce que vous ne voulez pas être remplis de l'Esprit.
5. Vous voyez pourquoi les chrétiens ont besoin de l'Esprit, et à quel point ils en dépendent. On ne saurait trop le faire ressortir.
6. Ne tentez pas Dieu en attendant son Esprit sans employer aucun moyen pour obtenir sa présence.
7. Si vous voulez avoir l'Esprit, il vous faut être comme un enfant et céder à son action, aussi souples que l'air. S'il vous attire à la prière, il vous faut tout quitter pour céder à ses douces sollicitations. Sans doute avez-vous parfois ressenti le désir de prier pour quelque chose, vous avez remis à plus tard, vous avez résisté, et Dieu vous a laissés. Si vous voulez qu'il reste, il vous faut céder à ses mouvements les plus doux et les plus délicats, veiller pour apprendre ce qu'il veut que vous fassiez, et vous abandonner à sa direction.
8. Les chrétiens devraient être prêts à faire n'importe quel sacrifice pour goûter la présence de l'Esprit. Une femme de la haute société, chrétienne de profession, disait : « Il faut ou bien que je renonce à entendre prêcher tel pasteur » (elle le nommait), « ou bien que je renonce à ma brillante compagnie. » Elle renonça à la prédication et resta chez elle. Quel contraste avec un autre cas !
Une femme du même rang entendit prêcher le même pasteur et rentra chez elle résolue à abandonner sa manière de vivre brillante et mondaine. Elle congédia la plupart de ses gens, changea entièrement sa toilette, son équipage, son train de vie et sa conversation ; si bien que ses amis brillants et mondains furent bientôt tout disposés à la laisser jouir de la communion avec Dieu, libre de passer son temps à faire le bien.
9. Vous voyez par là qu'il doit être très difficile à ceux qui vivent dans le grand monde d'aller au ciel. Quel malheur d'être dans de tels cercles ! Qui peut y goûter la présence de Dieu ?
10. Voyez combien sont insensés ceux qui jouent des coudes pour se hisser dans ces cercles, agrandissent leur maison, changent leur train de vie, leur mobilier, etc. C'est comme grimper en haut du mât pour être précipité dans l'océan. Pour jouir de Dieu, il vous faut descendre, et non monter là-haut. Dieu n'est pas là, au milieu de toute la raideur et de toutes les flatteries de la haute société.
11. Beaucoup de chrétiens de profession ignorent autant ce qu'est la spiritualité que Nicodème ignorait la nouvelle naissance. Ils sont ignorants et, je le crains, inconvertis. Si quelqu'un leur parle de l'esprit de prière, c'est de l'algèbre pour eux. Le cas de ces chrétiens de profession est effroyable. Combien le caractère des apôtres était différent ! Lisez l'histoire de leur vie, lisez leurs lettres, et vous verrez qu'ils étaient toujours spirituels et marchaient chaque jour avec Dieu. Mais aujourd'hui, combien il y a peu d'une telle religion ! « Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc 18,8). Mettez certains de ces chrétiens de profession à l'œuvre dans un réveil : ils ne savent que faire, n'ont aucune énergie, aucun savoir-faire, et ne produisent aucune impression. Quand les chrétiens de profession se mettront-ils à l'œuvre, remplis de l'Esprit ? Si je pouvais voir cette Église remplie de l'Esprit, je ne demanderais rien de plus pour ébranler toute cette immense masse d'âmes. Il ne se passerait pas deux semaines avant que le réveil se répande dans toute cette ville.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).