Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 6
L'esprit de prière
De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints. (Romains 8,26-27)
Mon avant-dernier discours portait sur la prière efficace ; j'y faisais remarquer que l'un des caractères les plus importants de la prière efficace, ou de la prière qui l'emporte, est la foi. C'était un sujet si vaste que je l'ai réservé pour un examen à part. Et c'est ainsi que vendredi soir dernier j'ai parlé de la foi dans la prière, ou, comme on l'appelle, de la prière de la foi. Mon intention était de traiter le sujet en un seul discours. Mais comme j'ai été obligé de beaucoup resserrer certains points, il m'est venu à l'esprit, et d'autres me l'ont fait remarquer, que les gens pourraient se poser certaines questions auxquelles il faudrait répondre plus complètement, d'autant que c'est un sujet sur lequel règne une grande obscurité. L'un des grands buts de la prédication est de présenter la vérité de manière à répondre aux questions qui viennent naturellement à l'esprit de ceux qui lisent la Bible avec attention et qui veulent savoir ce qu'elle veut dire, afin de pouvoir la mettre en pratique. En expliquant ce texte, je me propose de montrer :
I. De quel Esprit il est question ici : « L'Esprit nous aide dans notre faiblesse. »
II. Ce que cet Esprit fait pour nous.
III. Pourquoi il fait ce que le texte lui attribue.
IV. Comment il l'accomplit.
V. Dans quelle mesure il agit sur l'esprit de ceux qui sont sous son influence.
VI. Comment on peut distinguer ses influences de celles des esprits mauvais, ou des suggestions de notre propre esprit.
VII. Comment nous pouvons obtenir cette action du Saint-Esprit.
VIII. Qui a le droit de compter jouir de ses influences en ce domaine, ou pour qui l'Esprit fait ce dont parle le texte.
I. De quel Esprit est-il question dans le texte ?
Certains ont pensé que l'Esprit dont parle le texte désigne notre propre esprit, notre propre intelligence. Mais un peu d'attention au texte montre clairement que ce n'est pas là le sens. « L'Esprit nous aide dans notre faiblesse » se lirait alors : « Notre propre esprit aide la faiblesse de notre propre esprit », et : « Notre propre esprit intercède de même pour notre propre esprit. » Vous voyez qu'avec cette hypothèse on ne peut en tirer aucun sens. La manière dont le texte est amené montre à l'évidence que l'Esprit dont il s'agit est le Saint-Esprit. « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez, car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8,13-16). Et le texte parle clairement du même Esprit.
II. Ce que fait l'Esprit.
Réponse : il intercède pour les saints. « Il intercède » pour nous et « nous aide dans notre faiblesse », quand « nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières ». Il aide les chrétiens à prier selon la volonté de Dieu, c'est-à-dire pour les choses que Dieu désire qu'ils demandent.
III. Pourquoi le Saint-Esprit s'emploie-t-il ainsi ?
À cause de notre ignorance. Parce que nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Nous ignorons tellement à la fois la volonté de Dieu révélée dans la Bible, et sa volonté non révélée, telle que nous devrions l'apprendre par sa providence ! Les hommes ignorent prodigieusement les promesses et les prophéties de la Bible, et ils sont aveugles à la providence de Dieu. Et ils sont plus encore dans les ténèbres sur les points dont Dieu n'a rien dit, sinon par la conduite de son Esprit. Vous vous rappelez que j'ai indiqué quatre sources de preuves sur lesquelles fonder la foi dans la prière : les promesses, les prophéties, les providences et le Saint-Esprit. Quand tous les autres moyens échouent à nous faire connaître ce que nous devons demander, l'Esprit le fait.
IV. Comment intercède-t-il pour les saints ? De quelle manière agit-il pour nous aider dans notre faiblesse ?
Ce n'est pas en rendant inutile l'usage de nos facultés. Ce n'est pas en priant à notre place pendant que nous ne faisons rien. Il prie pour nous en mettant en mouvement nos propres facultés. Non qu'il nous souffle directement des mots, ou qu'il guide notre langage. Mais il éclaire notre intelligence, et fait que la vérité saisit notre âme. Il nous amène à considérer l'état de l'Église et la condition des pécheurs qui nous entourent. Comment il place la vérité devant l'esprit et l'y maintient jusqu'à ce qu'elle produise son effet, nous ne pouvons le dire. Mais nous pouvons savoir au moins ceci : il nous conduit à considérer profondément l'état des choses ; et le résultat, le résultat naturel et logique, c'est un sentiment profond. Quand l'Esprit place la vérité devant l'esprit d'un homme, il n'y a qu'un moyen pour cet homme d'échapper à un sentiment profond : détourner ses pensées et porter son esprit sur d'autres choses. Les pécheurs, quand l'Esprit de Dieu place la vérité devant eux, ne peuvent pas ne pas sentir. Ils sentent mal, aussi longtemps qu'ils restent impénitents. De même, si un homme est chrétien et que le Saint-Esprit met un sujet en contact brûlant avec son cœur, il lui est tout aussi impossible de ne pas sentir qu'il serait impossible à votre main de ne pas sentir si vous la mettiez dans le feu. Si l'Esprit de Dieu le porte à s'arrêter sur des choses propres à éveiller des sentiments ardents et irrésistibles, et qu'il n'en est pas ému, cela prouve qu'il n'a aucun amour pour les âmes, rien de l'Esprit de Christ, et qu'il ne sait rien de l'expérience chrétienne.
2. L'Esprit fait sentir au chrétien le prix des âmes, ainsi que la culpabilité et le danger des pécheurs dans leur condition présente. Il est stupéfiant de voir combien les chrétiens sont souvent aveugles et engourdis à ce sujet. Même des parents chrétiens laissent leurs enfants descendre tout droit en enfer sous leurs yeux, et c'est à peine s'ils semblent éprouver le moindre sentiment ou faire le moindre effort pour les sauver. Et pourquoi ? Parce qu'ils sont si aveugles sur ce qu'est l'enfer, si incrédules à l'égard de la Bible, si ignorants des précieuses promesses que Dieu a faites aux parents fidèles. Ils attristent l'Esprit de Dieu et le font s'éloigner, et c'est en vain qu'on essaie de les faire prier pour leurs enfants tant que l'Esprit de Dieu est loin d'eux.
3. Il conduit les chrétiens à comprendre et à appliquer les promesses de l'Écriture. Il est étonnant qu'à aucune époque les chrétiens n'aient été capables d'appliquer pleinement les promesses de l'Écriture aux événements de la vie, au fur et à mesure. Ce n'est pas que les promesses elles-mêmes soient obscures. Les promesses sont bien assez claires. Mais il y a toujours eu une étonnante disposition à négliger l'Écriture comme source de lumière sur les événements de chaque jour. Comme les apôtres étaient stupéfaits de voir Christ s'appliquer à lui-même tant de prophéties ! Ils semblaient continuellement sur le point de s'écrier : « Étonnant ! Est-ce possible ? Nous ne l'avions jamais compris. » Qui, ayant vu la manière dont les apôtres, poussés et inspirés par le Saint-Esprit, appliquaient des passages de l'Ancien Testament au temps de l'Évangile, n'a pas été émerveillé de la richesse de sens qu'ils trouvaient dans les Écritures ? Il en a été ainsi de bien des chrétiens : profondément engagés dans la prière, ils ont vu s'appliquer à leur cas des passages de l'Écriture auxquels ils n'avaient jamais pensé leur donner une telle portée.
J'ai connu autrefois quelqu'un qui était dans de grandes ténèbres spirituelles. Il s'était retiré pour prier, résolu à ne pas s'arrêter avant d'avoir trouvé le Seigneur. Il s'agenouilla et essaya de prier. Tout était sombre, et il ne pouvait pas prier. Il se releva et resta debout un moment, mais il ne pouvait pas y renoncer, car il s'était promis de ne pas laisser le soleil se coucher avant de s'être donné à Dieu. Il s'agenouilla de nouveau, mais tout restait sombre, et son cœur était aussi dur qu'auparavant. Il était presque au désespoir, et il dit dans son angoisse : « J'ai attristé l'Esprit de Dieu, je l'ai chassé, et il n'y a pas de promesse pour moi. Je suis rejeté loin de la présence de Dieu. » Mais sa résolution était prise de ne pas abandonner, et il s'agenouilla encore. Il n'avait prononcé que quelques mots quand ce passage lui revint à l'esprit, aussi frais que s'il venait de le lire ; on aurait dit qu'il venait tout juste de lire ces paroles : « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur » (Jérémie 29,13). Bien que cette promesse soit dans l'Ancien Testament et qu'elle ait été adressée aux Juifs, elle s'appliquait à lui tout autant qu'à eux. Et elle lui brisa le cœur en un instant, comme le marteau de l'Éternel. Il pria, et se releva heureux en Dieu. C'est ainsi que les choses se passent souvent quand des chrétiens de profession prient pour leurs enfants. Parfois ils prient et restent dans les ténèbres et le doute, avec le sentiment qu'il n'y a aucun fondement pour la foi, aucune promesse particulière pour les enfants des croyants. Mais pendant qu'ils plaident leur cause, Dieu leur a montré toute la portée de quelque promesse, et leur âme s'y est reposée comme sur le bras puissant de Dieu. J'ai entendu parler un jour d'une veuve qui était dans une grande angoisse au sujet de ses enfants, jusqu'au moment où ce passage s'imposa avec force à son esprit : « Laisse tes orphelins, je les ferai vivre » (Jérémie 49,11). Elle vit que ce passage avait une portée plus large, et elle put s'en saisir, pour ainsi dire, avec les mains ; alors elle l'emporta dans la prière, et ses enfants se convertirent. Le Saint-Esprit a été envoyé dans le monde par le Sauveur pour guider son peuple et l'instruire, et lui rappeler les choses, aussi bien que pour convaincre le monde de péché.
4. L'Esprit conduit les chrétiens à désirer et à demander des choses dont la parole de Dieu ne dit rien de précis. Prenez le cas d'une personne en particulier. Que Dieu veuille sauver, c'est une vérité générale. C'est aussi une vérité générale qu'il veut exaucer la prière. Mais comment connaîtrai-je la volonté de Dieu à l'égard de cette personne, comment saurai-je si je peux, ou non, prier avec foi, selon la volonté de Dieu, pour la conversion et le salut de cette personne ? C'est ici qu'intervient l'action de l'Esprit : il conduit l'esprit du peuple de Dieu à prier pour ces personnes, et au moment où Dieu est prêt à les bénir. Quand nous ne savons pas ce que nous devons demander, le Saint-Esprit amène l'esprit à s'arrêter sur un objet, à considérer sa situation, à se rendre compte de son prix, à éprouver de la compassion pour lui, à prier et à être dans les douleurs de l'enfantement jusqu'à ce que l'objet soit obtenu. Ce genre d'expérience, je le sais, est moins fréquent dans les villes que dans certaines régions de la campagne, à cause de la quantité infinie de choses qui, dans les villes, détournent l'attention et attristent l'Esprit. J'ai eu bien des occasions de savoir ce qui s'est passé dans certaines régions. J'ai connu un homme qui tenait une liste des personnes pour lesquelles il était particulièrement en souci ; et j'ai eu l'occasion de connaître une multitude de personnes auxquelles il s'était ainsi intéressé et qui se sont converties aussitôt. Je l'ai vu prier pour des personnes de sa liste, littéralement à l'agonie pour elles ; et je l'ai vu parfois appeler quelqu'un d'autre pour l'aider à prier pour l'une d'elles. J'ai vu son esprit se fixer sur un individu au caractère endurci et dépravé, qu'on ne pouvait atteindre par aucun moyen ordinaire. Dans une ville du nord de cet État, où il y avait un réveil, se trouvait un homme qui était un adversaire des plus violents et des plus outranciers. Il tenait une auberge, et il prenait plaisir à jurer de la manière la plus effrénée chaque fois que des chrétiens étaient à portée de voix, exprès pour les blesser. Il était si mauvais qu'un homme disait qu'il croyait devoir vendre sa propriété, ou la donner, et quitter la ville, car il ne pouvait pas vivre près d'un homme qui jurait ainsi. Cet homme de bien dont je parlais traversait la ville ; il entendit parler du cas, et il en fut très affligé et très angoissé pour cet individu. Il l'inscrivit sur sa liste de prière. Le cas pesait sur son esprit, qu'il dorme ou qu'il veille. Il pensait à lui sans cesse et pria pour lui pendant des jours. Et la première nouvelle que nous en eûmes, c'est que cet impie entra dans une réunion, se leva, confessa ses péchés et répandit son âme. Sa salle d'auberge devint aussitôt le lieu où l'on tenait les réunions de prière. C'est de cette manière que l'Esprit de Dieu conduit tel ou tel chrétien à prier pour des choses qu'il ne demanderait pas s'il n'était pas conduit par l'Esprit. Et c'est ainsi qu'ils demandent des choses selon la volonté de Dieu.
Certains diront peut-être que c'est là une révélation de Dieu. Je ne doute pas qu'on ait fait beaucoup de mal en disant que ce genre d'influence équivaut à une nouvelle révélation. Et beaucoup de gens en auront peur s'ils l'entendent appeler une nouvelle révélation, au point qu'ils ne prendront pas le temps d'examiner ce que cela veut dire, ni si l'Écriture l'enseigne ou non. Ils pensent que c'est là une réponse définitive à cette idée. Mais la pure vérité est que l'Esprit conduit un homme à prier. Et si Dieu conduit un homme à prier pour quelqu'un, la conclusion qu'on tire de la Bible est que Dieu a l'intention de sauver cette personne. Si, en comparant notre état d'esprit avec la Bible, nous constatons que l'Esprit nous conduit à prier pour quelqu'un, nous avons de bonnes raisons de croire que Dieu est prêt à le bénir.
6. En donnant aux chrétiens un discernement spirituel au sujet des mouvements et des développements de la Providence. Les chrétiens consacrés et qui prient voient souvent ces choses si clairement, et voient si loin en avant, qu'ils sont pour les autres une grande pierre d'achoppement. On dirait parfois presque qu'ils prophétisent. Sans doute des personnes peuvent s'abuser, et cela arrive, en s'appuyant sur leur propre intelligence alors qu'elles croient être conduites par l'Esprit. Mais il est hors de doute qu'un chrétien peut être amené à voir et à discerner clairement les signes des temps, de manière à comprendre, par la providence, ce qu'il faut attendre, et ainsi à le demander avec foi. C'est ainsi qu'ils sont souvent conduits à attendre un réveil et à le demander avec foi, quand personne d'autre ne peut en apercevoir le moindre signe.
Il y avait une femme dans le New Jersey, dans un endroit où il y avait eu un réveil. Elle affirmait catégoriquement qu'il allait y en avoir un autre. Elle soutenait qu'ils avaient eu la pluie de la première saison et qu'ils allaient maintenant avoir celle de l'arrière-saison. Elle voulait qu'on organise des réunions d'édification. Mais le pasteur et les anciens ne voyaient rien qui les y encourage, et ne voulurent rien faire. Elle vit qu'ils étaient aveugles ; elle alla donc de l'avant et fit faire des bancs par un menuisier, car elle disait qu'elle tiendrait des réunions dans sa propre maison. Il allait certainement y avoir un réveil. À peine avait-elle ouvert sa porte pour les réunions que l'Esprit de Dieu descendit avec une grande puissance. Et ces membres d'Église endormis se trouvèrent tout à coup entourés de pécheurs convaincus de péché. Et ils ne purent que dire : « Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! » (Genèse 28,16). Si de telles personnes comprennent les signes de la volonté de Dieu, ce n'est pas à cause d'une sagesse supérieure qui serait en elles, mais parce que l'Esprit de Dieu les conduit à voir les signes des temps. Et cela, non par révélation ; mais elles sont conduites à voir ces providences qui convergent vers un seul point, ce qui produit en elles l'attente confiante d'un certain résultat.
V. Dans quelle mesure devons-nous nous attendre à ce que l'Esprit de Dieu agisse sur l'esprit des croyants ? Le texte dit : « L'Esprit intercède par des soupirs inexprimables. » J'en comprends le sens ainsi : l'Esprit éveille des désirs trop grands pour être exprimés autrement que par des soupirs. Quelque chose que le langage ne peut exprimer, qui remplit l'âme au point qu'elle ne peut dire ses sentiments par des mots : on ne peut plus que les exhaler en gémissant devant Dieu, qui comprend le langage du cœur.
VI. Comment savoir si c'est l'Esprit de Dieu qui agit sur notre esprit ou non ?
1. Non pas en sentant qu'une influence ou une action extérieure s'exerce sur nous. Nous ne devons pas nous attendre à sentir notre esprit en contact physique direct avec Dieu. Si une telle chose est possible, nous ne connaissons aucun moyen par lequel elle pourrait devenir sensible. Nous savons que nous faisons librement usage de notre esprit, et que nos pensées s'exercent sur quelque chose qui émeut nos sentiments. Mais nous ne devons pas nous attendre à ce qu'un miracle s'accomplisse, comme si nous étions conduits par la main de façon sensible, ou comme si quelque chose nous était chuchoté à l'oreille, ni à une manifestation miraculeuse de la volonté de Dieu. Les gens chassent souvent l'Esprit en l'attristant, parce qu'ils ne lui font pas accueil et ne chérissent pas ses influences. Les pécheurs le font souvent par ignorance. Ils s'imaginent que, s'ils étaient convaincus de péché par l'Esprit, ils éprouveraient tels ou tels sentiments mystérieux, qu'une secousse les frapperait, sur laquelle ils ne pourraient pas se tromper. Beaucoup de chrétiens connaissent si mal les influences de l'Esprit, et ont si peu pensé à recevoir son aide dans la prière, que lorsqu'ils la reçoivent ils ne s'en rendent pas compte ; et ainsi ils ne la chérissent pas, ne s'y abandonnent pas et ne la conservent pas. Nous n'avons conscience de rien d'autre, en ce cas, que du mouvement de notre propre esprit. Il n'y a rien d'autre qui puisse être senti. Nous nous apercevons seulement que nos pensées sont intensément occupées d'un certain sujet. Les chrétiens sont souvent égarés et tourmentés sans nécessité sur ce point, par crainte de ne pas avoir l'Esprit de Dieu. Ils sentent intensément, mais ils ne savent pas ce qui les fait sentir. Ils sont angoissés pour les pécheurs ; mais pourquoi ne le seraient-ils pas, quand ils pensent à leur condition ? Ils pensent à eux sans arrêt : comment ne seraient-ils pas angoissés ? Or la vérité, c'est que le fait même que vous pensiez à eux prouve que l'Esprit de Dieu vous conduit. Ne savez-vous pas que, la plupart du temps, ces choses ne vous touchent pas ainsi ? La plupart du temps, vous ne pensez guère au sort des pécheurs. Vous savez que leur salut a toujours la même importance. Mais à d'autres moments, même quand vous avez tout votre loisir, votre esprit est entièrement obscur et vide de tout sentiment pour eux. Mais maintenant, bien que vous soyez peut-être occupé à d'autres choses, vous pensez à eux, vous priez et vous éprouvez pour eux des sentiments intenses, même au milieu d'affaires qui, à d'autres moments, absorberaient toutes vos pensées. Maintenant, presque chacune de vos pensées est : « Dieu, aie pitié d'eux ! » Pourquoi cela ? Eh bien, parce que leur cas est placé sous une vive lumière devant votre esprit. Demandez-vous ce qui porte votre esprit à exercer de la bienveillance envers les pécheurs, et à lutter pour eux dans la prière jusqu'à l'agonie ? Qu'est-ce que ce peut être, sinon l'Esprit de Dieu ? Il n'y a pas de démons qui vous conduiraient ainsi. Si vos sentiments sont vraiment bienveillants, vous devez considérer que c'est le Saint-Esprit qui vous conduit à demander des choses selon la volonté de Dieu.
2. Éprouvez les esprits par la Bible. Les gens se laissent parfois entraîner par d'étranges fantaisies et par des impulsions insensées. Si vous les comparez fidèlement avec la Bible, vous n'avez jamais besoin d'être égarés. Vous pouvez toujours savoir si vos sentiments sont produits par les influences de l'Esprit, en comparant vos désirs avec l'esprit et les dispositions de la piété tels que la Bible les décrit. La Bible vous ordonne d'éprouver les esprits : « Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu » (1 Jean 4,1). Observez non seulement vos sentiments à l'égard de vos semblables, mais aussi, et plus particulièrement, ce que l'Esprit vous enseigne intérieurement au sujet de notre Seigneur Jésus-Christ. « Reconnaissez à ceci l'Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n'est pas de Dieu, c'est celui de l'antéchrist, dont vous avez appris la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde » (1 Jean 4,2-3).
VII. Comment obtenir cette influence de l'Esprit de Dieu ? 1. Il faut la rechercher par une prière fervente et pleine de foi. Christ dit : « Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Luc 11,13). Quelqu'un dit-il : « J'ai prié pour l'avoir, et il ne vient pas » ? C'est que vous ne priez pas comme il faut. « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (Jacques 4,3). Vous ne priez pas par de bons motifs. Un chrétien de profession, l'un des principaux membres d'une Église, demanda un jour à un pasteur ce qu'il pensait de son cas : il priait depuis des semaines pour recevoir l'Esprit, et ne l'avait pas reçu. Le pasteur lui demanda quel était son motif quand il priait. Il répondit qu'il voulait être heureux. Il savait que ceux qui avaient l'Esprit étaient heureux, et il voulait jouir de la même paix d'esprit qu'eux. Eh bien, le diable lui-même pourrait prier ainsi ! C'est du pur égoïsme. L'homme se détourna, en colère. Il voyait qu'il n'avait jamais su ce que c'était que prier. Il fut convaincu d'être un hypocrite, et de ce que ses prières étaient toutes égoïstes, dictées uniquement par le désir de son propre bonheur. David demandait que Dieu le soutienne par son esprit de bonne volonté, afin qu'il enseigne les transgresseurs et ramène les pécheurs à Dieu (Psaume 51,14-15). Un chrétien doit demander l'Esprit afin d'être plus utile et de glorifier Dieu davantage, non pour être lui-même plus heureux. Cet homme vit clairement où il s'était trompé, et il se convertit. Peut-être beaucoup d'entre vous ici en sont-ils exactement au même point. Vous devriez vous examiner et voir si toutes vos prières ne sont pas égoïstes.
2. Employez les moyens propres à remuer votre esprit sur ce sujet et à y tenir votre attention fixée. Si un homme demande l'Esprit, puis détourne son esprit vers d'autres objets, s'il n'emploie aucun autre moyen mais retourne aussitôt aux choses du monde, il tente Dieu, il lâche prise sur son objet, et ce serait un miracle qu'il obtienne ce qu'il demande. Comment un pécheur parviendra-t-il à être convaincu de péché ? Eh bien, en pensant à ses péchés. C'est ainsi qu'un chrétien parviendra à éprouver des sentiments profonds : en pensant à l'objet de sa prière. Dieu ne va pas répandre ces choses sur vous sans aucun effort de votre part. Il faut chérir les plus légères impressions. Prenez la Bible, et parcourez les passages qui montrent la condition et l'avenir du monde. Regardez le monde, regardez vos enfants et vos voisins, voyez leur condition tant qu'ils demeurent dans le péché, et persévérez dans la prière et l'effort jusqu'à ce que vous obteniez la bénédiction de l'Esprit de Dieu venant habiter en vous. C'est sans doute ainsi que le docteur Watts en est venu à éprouver les sentiments qu'il a décrits dans le deuxième cantique du deuxième livre, que vous feriez bien de lire en rentrant chez vous.
Mes pensées roulent sur des sujets redoutables, la damnation et les morts : quelles horreurs saisissent l'âme coupable sur un lit de mort !
S'attardant sur ces rivages mortels, elle tarde longtemps à partir, jusqu'à ce que, comme un torrent, d'une force rapide, la mort emporte le malheureux.
Alors, prompte et terrible, elle descend jusqu'au rivage de feu, parmi des démons abominables, spectre épouvanté elle-même.
Là gisent des foules sans fin de pécheurs, et les ténèbres forment leurs chaînes ; torturés d'un désespoir aigu, ils crient, et attendent pourtant des peines plus cruelles.
Ni toute leur angoisse et tout leur sang n'expient leur culpabilité passée, ni la compassion d'un Dieu n'écoutera leurs gémissements.
Grâce étonnante, qui m'a gardé le souffle et n'a pas ordonné à mon âme de partir, jusqu'à ce que j'aie appris la mort de mon Sauveur et me sois bien assuré de son amour.
Regardez, pour ainsi dire, à travers une longue-vue qui vous rapprochera ces choses ; regardez dans l'enfer, et entendez-les gémir ; puis tournez la lunette vers le haut et regardez le ciel ; voyez-y les saints dans leurs robes blanches, la harpe à la main, et entendez-les chanter le cantique de l'amour rédempteur ; et demandez-vous : « Est-il possible que je l'emporte auprès de Dieu pour faire monter là-haut le pécheur ? » Faites cela, et si vous n'êtes pas un méchant homme, étranger à Dieu, vous aurez bientôt de l'esprit de prière autant que votre corps peut en supporter.
3. Il faut veiller dans la prière. Il faut guetter et voir si Dieu accorde la bénédiction quand vous la lui demandez. Les gens prient parfois et ne regardent jamais si la prière est exaucée. Prenez garde aussi de ne pas attrister l'Esprit de Dieu. Confessez vos péchés et abandonnez-les. Dieu ne vous conduira jamais comme l'un de ceux qu'il tient cachés auprès de lui, et ne vous fera jamais entrer dans ses secrets, à moins que vous ne confessiez et n'abandonniez vos péchés. Ne soyez pas toujours à confesser sans jamais abandonner, mais confessez et abandonnez aussi. Réparez le tort partout où vous avez fait du tort à quelqu'un. Vous ne pouvez pas espérer recevoir d'abord l'esprit de prière, et vous repentir ensuite. Vous ne pouvez pas en venir à bout ainsi. Les chrétiens de profession qui sont orgueilleux, inflexibles et se justifient eux-mêmes ne forceront jamais Dieu à habiter avec eux.
4. Visez à obéir parfaitement à la loi écrite. En d'autres termes, n'ayez aucune communion avec le péché. Visez à être entièrement au-dessus du monde : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5,48). S'il vous arrive de pécher, que ce soit votre chagrin de chaque jour. L'homme qui ne vise pas à cela entend vivre dans le péché. Un tel homme n'a pas à attendre la bénédiction de Dieu, car il n'est pas sincère dans son désir de garder tous ses commandements.
VIII. Pour qui l'Esprit intercède-t-il ?
Réponse : il intercède pour les saints, pour tous les saints, pour quiconque est saint. « De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints » (Romains 8,26-27).
REMARQUES.
1. D'où vient, à votre avis, qu'on insiste si peu sur les influences de l'Esprit dans la prière, alors qu'on parle tant de ses influences dans la conversion ? Bien des gens ont une peur extraordinaire qu'on laisse de côté les influences de l'Esprit. Ils insistent beaucoup sur les influences de l'Esprit dans la conversion des pécheurs. Mais comme on parle peu, comme on imprime peu de chose, de son influence dans la prière ! Comme on se plaint peu que les gens ne fassent pas assez de cas des influences de l'Esprit qui conduisent les chrétiens à prier selon la volonté de Dieu ! Qu'on ne l'oublie jamais : aucun chrétien ne prie jamais comme il faut s'il n'est pas conduit par l'Esprit. Il a le pouvoir naturel de prier, et dans la mesure où la volonté de Dieu est révélée, il est capable de le faire ; mais il ne le fait jamais si l'Esprit de Dieu n'agit pas sur lui. Exactement comme les pécheurs sont capables de se repentir, mais ne le font jamais s'ils ne sont pas sous l'influence de l'Esprit.
2. Ce sujet met à nu l'origine de la difficulté qu'éprouvent bien des gens au sujet de la prière de la foi. Ils contestent l'idée que la foi dans la prière consiste à croire que nous recevrons les choses mêmes que nous demandons, et soutiennent qu'il ne peut y avoir aucun fondement ni aucune preuve sur quoi faire reposer une telle croyance. Dans un sermon sur ce sujet publié il y a quelques années, l'auteur avance cette difficulté et la présente dans toute sa force. Je n'ai, dit-il, aucune preuve que la chose demandée sera accordée avant d'avoir prié avec foi, parce que prier avec foi est la condition à laquelle elle est promise. Et naturellement je ne peux pas réclamer la promesse avant d'avoir rempli la condition. Or, si la condition est que je dois croire que je recevrai la bénédiction même que je demande, il est évident que la promesse est faite à une condition impossible à remplir, et qu'elle est donc parfaitement nulle. La promesse reviendrait exactement à ceci : vous aurez tout ce que vous demanderez, à condition que vous croyiez d'abord que vous le recevrez. Or je dois remplir la condition avant de pouvoir réclamer la promesse. Mais je ne peux avoir aucune preuve que je le recevrai avant d'avoir cru que je le recevrai. Cela me réduit à la nécessité de croire que je le recevrai avant d'avoir aucune preuve que je le recevrai, ce qui est impossible.
Toute la force de cette objection vient de ce qu'on perd entièrement de vue les influences que l'Esprit exerce pour amener une personne à exercer la foi. On a supposé que le passage de Marc 11,22 et 24, avec d'autres promesses semblables sur la prière de la foi, ne concernait que les miracles. Mais supposons que ce soit vrai. Je demanderais : que devaient croire les apôtres quand ils priaient pour obtenir un miracle ? Devaient-ils croire que le miracle précis qu'ils demandaient serait accompli ? Il est évident que oui. Dans les versets que je viens d'évoquer, Christ dit : « Je vous le dis en vérité, si quelqu'un dit à cette montagne : Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute point en son cœur, MAIS CROIT QUE CE QU'IL DIT ARRIVE, il le verra s'accomplir. C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir » (Marc 11,23-24). Ici, il est évident que ce qu'il fallait croire, et dont ils ne devaient pas douter en leur cœur, c'est qu'ils auraient la bénédiction même qu'ils demandaient. Or l'objection exposée plus haut s'applique avec toute sa force à cette sorte de foi, quand on prie pour l'accomplissement d'un miracle. S'il est impossible de croire cela quand on prie pour une autre bénédiction, ce l'était tout autant quand on priait pour un miracle. Je pourrais demander : un apôtre pouvait-il croire que le miracle serait accompli avant d'avoir rempli la condition, puisque la condition était qu'il croie qu'il recevrait ce qu'il demandait ? Ou bien la promesse est nulle et trompeuse, ou bien il est possible de remplir la condition.
Or, comme je l'ai dit, toute la difficulté vient de ce qu'on perd entièrement de vue les influences de l'Esprit, et qu'on laisse hors de la question la foi qui est l'œuvre de Dieu. Si l'objection vaut contre la prière pour un objet quelconque, elle vaut tout autant contre la prière faite avec foi pour l'accomplissement d'un miracle. Le fait est que l'Esprit de Dieu pouvait donner une preuve permettant de croire qu'un miracle particulier serait accordé ; il pouvait conduire l'esprit à s'appuyer fermement sur Dieu et à compter que la bénédiction recherchée serait obtenue. Et de même, aujourd'hui, il peut donner la même assurance quand nous prions pour n'importe quelle bénédiction dont nous avons besoin. Ni dans un cas ni dans l'autre, les influences de l'Esprit ne sont miraculeuses. Prier est la même chose, que vous priiez pour la conversion d'une âme ou pour un miracle. La foi est la même dans un cas comme dans l'autre ; elle porte seulement sur un objet différent : dans un cas sur la conversion d'une âme, dans l'autre sur l'accomplissement d'un miracle. Et la foi ne s'exerce pas plus dans l'un que dans l'autre sans se référer à une promesse ; et une promesse générale peut aussi légitimement s'appliquer à la conversion d'une âme qu'à l'accomplissement d'un miracle. Et il est également vrai, dans un cas comme dans l'autre, que personne ne prie jamais avec foi sans être sous l'influence de l'Esprit de Dieu. Et si l'Esprit pouvait conduire l'esprit d'un apôtre à exercer la foi au sujet d'un miracle, il peut conduire l'esprit d'un autre chrétien à exercer la foi au sujet de n'importe quelle autre bénédiction à recevoir, en se référant à la même promesse générale.
Si quelqu'un demande : « Quand sommes-nous obligés de croire que nous recevrons la bénédiction que nous demandons ? », je réponds :
(1.) Quand il y a une promesse particulière, qui désigne précisément la bénédiction : par exemple quand nous demandons le Saint-Esprit. Cette bénédiction est expressément nommée dans la promesse ; nous avons donc ici une preuve, et nous sommes tenus de croire, que nous ayons ou non quelque influence divine ; exactement comme les pécheurs sont tenus de se repentir, que l'Esprit lutte avec eux ou non. Leur obligation ne repose pas sur les influences de l'Esprit, mais sur les facultés d'agents moraux qu'ils possèdent, sur leur capacité de faire leur devoir. Et bien qu'il soit vrai qu'aucun d'eux ne se repentira jamais sans les influences de l'Esprit, ils ont néanmoins le pouvoir de le faire, et sont obligés de le faire, que l'Esprit lutte avec eux ou non. Il en est de même du chrétien. Il est tenu de croire là où il a une preuve. Et bien qu'il ne croie jamais, même quand il a une promesse expresse, sans l'Esprit de Dieu, son obligation de croire repose pourtant sur sa capacité, et non sur l'influence divine.
(2.) Quand Dieu fait une révélation par sa providence, nous sommes tenus de croire dans la mesure de la clarté de l'indication providentielle.
(3.) De même, quand il y a une prophétie, nous sommes tenus de croire aussi. Mais dans aucun de ces cas nous ne croyons en fait sans l'Esprit de Dieu.
Mais quand il n'y a ni promesse, ni providence, ni prophétie sur quoi faire reposer notre foi, nous ne sommes pas obligés de croire, à moins que, comme je l'ai montré dans ce discours, l'Esprit ne nous donne une preuve, en faisant naître des désirs et en nous conduisant à prier pour un objet particulier. Pour les promesses de caractère général, quand nous ne savons honnêtement pas à quels cas particuliers les appliquer, on peut considérer que, dans bien des circonstances, les appliquer à des cas particuliers est pour nous un privilège plutôt qu'un devoir ; mais chaque fois que l'Esprit de Dieu nous conduit à les appliquer à un objet particulier, il devient alors de notre devoir de les appliquer ainsi. Dans ce cas, Dieu explique sa propre promesse et montre comment il entendait qu'elle soit appliquée. Et alors notre obligation de faire cette application, et de croire à l'égard de cet objet particulier, demeure dans toute sa force.
3. Certains ont supposé que Paul a prié avec foi pour être délivré de l'écharde dans la chair, et que sa prière n'a pas été exaucée. Mais ils ne peuvent pas prouver que Paul a prié avec foi. Toutes les présomptions sont en sens contraire, comme je l'ai montré dans un discours précédent. Il n'avait ni promesse, ni prophétie, ni providence, ni l'Esprit de Dieu pour l'amener à croire. Toute l'objection repose sur l'idée que l'apôtre pouvait prier avec foi sans être conduit par l'Esprit. C'est vraiment une façon expéditive de se débarrasser des influences de l'Esprit dans la prière. Assurément, supposer qu'il a prié avec foi, c'est supposer, ou bien qu'il a prié avec foi sans être conduit par l'Esprit, ou bien que l'Esprit de Dieu l'a conduit à demander ce qui n'était pas selon la volonté de Dieu.
Je me suis d'autant plus étendu sur ce sujet que je veux le rendre si clair que vous preniez tous garde de ne pas attrister l'Esprit. Je veux que vous ayez une haute idée du Saint-Esprit, et que vous sentiez que rien de bon ne se fera sans ses influences. Aucune prière ni aucune prédication ne servira à rien sans lui. Si Jésus-Christ descendait ici prêcher aux pécheurs, pas un ne serait converti sans l'Esprit. Prenez donc garde de ne pas le chasser en l'attristant, en dédaignant ou en négligeant ses influences célestes quand il vous invite à prier.
4. Quand on prie pour un objet, il est nécessaire de persévérer jusqu'à ce qu'on l'obtienne. Oh ! avec quelle ardeur les chrétiens poursuivent parfois un pécheur dans leurs prières, quand l'Esprit de Dieu a fixé leurs désirs sur lui ! Aucun avare ne poursuit son or avec une détermination aussi arrêtée.
5. La crainte d'être conduit par des impulsions a fait beaucoup de mal, faute d'avoir été examinée comme il convient. L'esprit d'une personne peut être entraîné par un feu follet. Mais nous avons tort si nous laissons la crainte des impulsions nous pousser à résister aux bonnes impulsions du Saint-Esprit. Il n'est pas étonnant que les chrétiens n'aient pas l'esprit de prière, s'ils ne veulent pas prendre la peine de faire la distinction, et s'ils rejettent ou repoussent ainsi toutes les impulsions et toute direction venant d'agents invisibles. On a beaucoup parlé du fanatisme, de façon très imprudente, et cela pousse bien des esprits à rejeter la direction de l'Esprit de Dieu. « Tous ceux qui sont fils de Dieu sont conduits par l'Esprit de Dieu » (Romains 8,14). Et il est de notre devoir d'éprouver les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu. Nous devons exiger un examen attentif et un discernement exact. Il faut bien qu'il existe une chose telle que d'être conduit par l'Esprit. Et quand nous sommes convaincus que cela vient de Dieu, nous devons être sûrs de suivre, de suivre jusqu'au bout, avec la pleine confiance qu'il ne nous égarera pas.
6. Nous voyons par ce sujet combien il est absurde de se servir de formules de prière. L'idée même de se servir d'une formule rejette, bien entendu, la direction de l'Esprit. Rien n'est plus propre à détruire l'esprit de prière, et à obscurcir et embrouiller entièrement l'esprit sur ce qui constitue la prière, que l'usage de formules. Les formules de prière ne sont pas seulement absurdes en elles-mêmes ; elles sont l'invention même du diable pour détruire l'esprit de prière et briser la puissance de la prière. Il ne sert à rien de dire que la formule est bonne. La prière ne consiste pas en paroles. Et peu importe ce que sont les paroles, si le cœur n'est pas conduit par l'Esprit de Dieu. Si le désir n'est pas allumé, les pensées dirigées, et tout le courant des sentiments produit et conduit par l'Esprit de Dieu, ce n'est pas une prière. Et les formules toutes faites sont, de toutes choses, les plus propres à empêcher quelqu'un de prier comme il le doit.
7. Ce sujet fournit une pierre de touche du caractère. L'Esprit intercède : pour qui ? Pour les saints. Ceux qui sont des saints connaissent ces exercices. Si vous êtes des saints, vous savez par expérience ce que c'est que de passer par ces exercices ; sinon, c'est que vous avez attristé l'Esprit de Dieu, de sorte qu'il ne veut plus vous conduire. Vous vivez de telle manière que ce saint Consolateur ne veut pas habiter avec vous, ni vous donner l'esprit de prière. S'il en est ainsi, il faut vous repentir. Que vous soyez chrétien ou non, ne vous arrêtez pas à régler cette question, mais repentez-vous comme si vous ne vous étiez jamais repenti. « Pratique tes premières œuvres » (Apocalypse 2,5). Ne tenez pas pour acquis que vous êtes chrétien, mais allez comme un humble pécheur et répandez votre cœur devant le Seigneur. Vous ne pourrez jamais avoir l'esprit de prière d'une autre manière.
8. L'importance de bien comprendre ce sujet.
(1.) Pour être utile. Sans cet esprit, il ne peut y avoir entre vous et Dieu une communion de sentiments telle que vous puissiez marcher avec Dieu ou travailler avec Dieu. Il faut que votre cœur batte fort à l'unisson du sien, sinon n'espérez pas être d'une grande utilité.
(2.) Il est tout aussi important pour votre sanctification. Sans un tel esprit, vous ne serez pas sanctifié, vous ne comprendrez pas la Bible, vous ne saurez pas l'appliquer à votre cas. Je veux que vous sentiez combien il importe d'avoir Dieu avec vous tout le temps. Si vous vivez comme vous le devez, il dit qu'il viendra à vous, qu'il fera sa demeure chez vous, qu'il soupera avec vous, et vous avec lui (Jean 14,23 ; Apocalypse 3,20).
9. Si les gens ne connaissent pas l'esprit de prière, ils sont très enclins à l'incrédulité à l'égard des résultats de la prière. Ils ne voient pas ce qui se passe, ou n'en voient pas le lien, ou n'en voient pas la preuve. Ils ne s'attendent pas à des bénédictions spirituelles. Quand des pécheurs sont convaincus de péché, ils pensent que ceux-ci ont simplement été effrayés par une prédication aussi terrible. Et quand des gens se convertissent, ils n'ont aucune confiance, et disent seulement : « Nous verrons bien ce qu'ils deviendront. »
10. Ceux qui ont l'esprit de prière savent quand la bénédiction arrive. Il en fut exactement ainsi quand Jésus-Christ parut. Ces docteurs impies ne le reconnurent pas. Pourquoi ? Parce qu'ils ne priaient pas pour la délivrance d'Israël. Mais Siméon et Anne le reconnurent. Comment cela ? Remarquez ce qu'ils dirent, comment ils priaient et comment ils vivaient. Ils priaient avec foi, et c'est pourquoi ils ne furent pas surpris quand il vint. Il en est de même de ces chrétiens-là. Si des pécheurs sont convaincus de péché ou convertis, ils n'en sont pas surpris. Ils s'attendaient justement à de telles choses. Ils reconnaissent Dieu quand il vient, parce qu'ils guettaient ses visites.
11. Il y a dans l'Église trois catégories de personnes qui sont exposées à l'erreur sur ce sujet, ou qui ont perdu de vue la vérité.
(1.) Ceux qui comptent beaucoup sur la prière et n'emploient aucun autre moyen. Ils s'alarment de tout moyen particulier, et parlent de « fabriquer un réveil ».
(2.) À l'opposé, il y a ceux qui emploient les moyens et prient, mais ne pensent jamais aux influences de l'Esprit dans la prière. Ils parlent de prier pour obtenir l'Esprit, et sentent l'importance de l'Esprit dans la conversion des pécheurs, mais ils ne se rendent pas compte de l'importance de l'Esprit dans la prière. Et leurs prières ne sont que des propos froids, rien que personne puisse sentir, rien qui puisse saisir Dieu.
(3.) Ceux qui ont certaines idées étranges sur la souveraineté de Dieu, et qui attendent que Dieu convertisse le monde sans prière et sans moyens.
Il faut que l'Église ait un sentiment plus profond du besoin de l'esprit de prière. Le fait est qu'en général ceux qui emploient les moyens avec le plus d'assiduité, qui font les efforts les plus énergiques pour le salut des hommes, et qui ont les idées les plus justes sur la manière d'employer les moyens pour convertir les pécheurs, sont aussi ceux qui prient le plus pour obtenir l'Esprit de Dieu et qui luttent le plus avec Dieu pour obtenir sa bénédiction. Et quel est le résultat ? Que les faits parlent, et qu'ils disent si ces personnes prient ou ne prient pas, et si l'Esprit de Dieu ne rend pas témoignage à leurs prières et n'accompagne pas leurs travaux de sa puissance.
12. Un esprit très différent de l'esprit de prière semble régner aujourd'hui dans certaines parties de l'Église presbytérienne. Rien ne provoque aussi vite l'agitation et l'opposition que l'esprit de prière. Si quelqu'un se sent chargé, dans la prière, du sort des pécheurs au point de gémir en priant, eh bien, ces dames ont les nerfs à vif, et il s'attire aussitôt réprimandes et opposition. Du fond de mon âme, j'ai en horreur toute affectation de sentiment là où il n'y en a pas, et toute tentative de s'échauffer jusqu'au sentiment par des gémissements. Mais je me sens tenu de défendre cette position : il existe un état d'esprit dans lequel il n'y a qu'un moyen de s'empêcher de gémir, et c'est de résister au Saint-Esprit. J'ai assisté un jour à une discussion sur ce sujet. On disait qu'il fallait désapprouver les gémissements. On demanda si Dieu ne pouvait pas produire un état de sentiment tel qu'il soit impossible de s'abstenir de gémir. La réponse fut : « Si, mais il ne le fait jamais. » Alors l'apôtre Paul s'est lourdement trompé quand il a écrit sur les soupirs inexprimables. Edwards s'est trompé quand il a écrit son livre sur les réveils. Les réveils ne sont que ténèbres. Or aucun homme qui étudie l'histoire de l'Église n'adoptera une telle opinion. Je n'aime pas cette tentative pour exclure, étouffer, réprimer ou limiter l'esprit de prière. Je me couperais la main droite plutôt que de réprimander l'esprit de prière, comme j'ai entendu dire qu'on l'avait fait en disant : « Que je n'entende plus de gémissements ! »
Mais à vrai dire, je ne sais guère comment conclure ce sujet. J'aimerais en traiter pendant un mois, jusqu'à ce que toute l'Église puisse le comprendre et faire ainsi la prière de la foi. Bien-aimés, je veux vous demander si vous croyez tout cela ? Ou bien vous étonnez-vous que je parle ainsi ? Peut-être certains d'entre vous ont-ils entrevu ces choses. Maintenant, allez-vous vous consacrer à la prière, et vivre de manière à avoir l'esprit de prière, et à avoir l'Esprit avec vous tout le temps ? Oh ! que n'avons-nous une Église qui prie ! J'ai connu un pasteur qui a eu un réveil quatorze hivers de suite. Je ne savais comment l'expliquer, jusqu'au jour où j'ai vu l'un de ses membres se lever dans une réunion de prière et faire une confession. « Frères, dit-il, j'ai depuis longtemps l'habitude de prier tous les samedis soir jusqu'après minuit pour que le Saint-Esprit descende parmi nous. Et maintenant, frères », et il se mit à pleurer, « je confesse que j'y ai manqué depuis deux ou trois semaines. » Le secret était découvert. Ce pasteur avait une Église qui priait. Frères, dans mon état de santé actuel, je trouve impossible de prier autant que j'en avais l'habitude, tout en continuant à prêcher. Cela dépasse mes forces. Alors, vais-je me consacrer à la prière et cesser de prêcher ? Cela n'irait pas. Alors, vous qui êtes en bonne santé, ne voulez-vous pas vous jeter dans cette œuvre, porter ce fardeau et vous dépenser dans la prière, jusqu'à ce que Dieu répande sur nous sa bénédiction ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).