Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 3
Comment favoriser un réveil
Défrichez-vous un champ nouveau ! Il est temps de chercher l'Éternel, jusqu'à ce qu'il vienne, et répande pour vous la justice. (Osée 10,12)
Les Juifs étaient un peuple de cultivateurs ; aussi les Écritures tirent-elles souvent leurs images de leur travail et des scènes familières aux cultivateurs et aux bergers. Le prophète Osée s'adresse à eux comme à un peuple de rétrogrades ; il leur reproche leur idolâtrie et les menace des jugements de Dieu. Je vous ai montré dans mon premier discours ce qu'un réveil n'est pas, ce qu'il est, et quels agents il faut employer pour le favoriser ; et dans le deuxième, quand il est nécessaire, quelle est son importance, et quand on peut s'y attendre. Mon but, dans ce discours, est de montrer COMMENT FAVORISER UN RÉVEIL.
Un réveil comporte deux parties : ce qui regarde l'Église et ce qui regarde les impies. Je parlerai ce soir du réveil dans l'Église. Une terre en friche est une terre qui a été cultivée autrefois, mais qui est maintenant à l'abandon, et qu'il faut défoncer et ameublir avant qu'elle soit en état de recevoir le grain. Je montrerai, au sujet du réveil dans l'Église :
1. Ce que c'est que défricher la terre en friche, au sens du texte.
2. Comment il faut s'y prendre.
I. QU'EST-CE QUE DÉFRICHER LA TERRE EN FRICHE ?
Défricher la terre en friche, c'est briser votre cœur, c'est préparer votre esprit à porter du fruit pour Dieu. La Bible compare souvent l'esprit de l'homme à une terre, et la parole de Dieu à une semence qu'on y sème ; le fruit représente les actes et les affections de ceux qui la reçoivent. Défricher la terre en friche, c'est donc mettre l'esprit dans un état tel qu'il soit apte à recevoir la parole de Dieu. Il arrive que votre cœur devienne tassé, dur et sec, et qu'il tombe tout entier à l'abandon, au point qu'il n'y a plus moyen d'en tirer du fruit tant qu'il n'a pas été entièrement brisé, ameubli et rendu apte à recevoir la parole de Dieu. C'est cet attendrissement du cœur, qui le rend capable de sentir la vérité, que le prophète appelle défricher votre terre en friche.
II. COMMENT FAUT-IL DÉFRICHER LA TERRE EN FRICHE ?
1. Ce n'est pas par des efforts directs pour éprouver quelque chose. On se trompe sur ce point faute de réfléchir aux lois de l'esprit. Il règne de graves erreurs sur les lois qui gouvernent l'esprit. On parle du sentiment religieux comme si l'on pensait pouvoir, par un effort direct, faire naître une affection religieuse. Mais ce n'est pas ainsi que l'esprit fonctionne. Personne ne peut se faire éprouver un sentiment de cette façon, simplement en s'efforçant de l'éprouver. Les sentiments de l'esprit ne sont pas directement sous notre contrôle. Nous ne pouvons pas, en le voulant, par un acte direct de la volonté, faire naître des sentiments religieux. Autant vouloir faire monter les esprits de l'abîme. Ce sont des états de l'esprit purement involontaires. Ils naissent dans l'esprit naturellement et nécessairement, dans certaines circonstances propres à les susciter. Mais on peut les gouverner indirectement. Autrement nos sentiments n'auraient aucun caractère moral, s'il n'existait pas un moyen de les gouverner. Nous ne pouvons pas dire : « Maintenant, je vais éprouver tel ou tel sentiment envers tel objet. » Mais nous pouvons fixer notre attention sur cet objet et le regarder attentivement, jusqu'à ce que les affections involontaires se lèvent. Qu'un homme éloigné de sa famille se la représente par la pensée : n'éprouvera-t-il rien ? Mais ce n'est pas en se disant : « Maintenant, je vais éprouver une profonde émotion pour ma famille. » Un homme peut diriger son attention sur n'importe quel objet à propos duquel il doit et veut éprouver quelque chose, et de cette manière il fera naître les émotions qui conviennent. Qu'un homme se représente son ennemi, et ses sentiments d'inimitié se lèveront. De même, si un homme pense à Dieu et attache son esprit à quelque trait du caractère de Dieu, il éprouvera quelque chose : les émotions viendront, par les lois mêmes de l'esprit. S'il est ami de Dieu, qu'il contemple Dieu comme un être plein de grâce et saint, et des émotions d'amitié s'allumeront dans son esprit. S'il est ennemi de Dieu, qu'il place seulement devant son esprit le vrai caractère de Dieu, qu'il le regarde et y attache son attention, et son inimitié se dressera contre Dieu, ou bien il se brisera et donnera son cœur à Dieu.
Si vous voulez défricher la terre en friche de votre cœur et que votre esprit soit touché par les choses de la religion, il faut vous y mettre exactement comme vous le feriez pour être touché par n'importe quel autre sujet. Au lieu de garder vos pensées sur tout le reste en vous imaginant qu'en assistant à quelques réunions vos sentiments seront gagnés, prenez le chemin du bon sens, comme vous le feriez pour n'importe quel autre sujet. Il est tout aussi facile d'émouvoir votre esprit au sujet de la religion qu'à propos de n'importe quoi d'autre. Dieu a placé ces états de l'esprit sous votre contrôle. Si les gens étaient aussi peu raisonnables pour remuer leurs membres qu'ils le sont pour régler leurs émotions, vous ne seriez jamais arrivés jusqu'à cette réunion ce soir.
Si vous voulez défricher la terre en friche de votre cœur, commencez par regarder votre cœur : examinez et notez l'état de votre esprit, et voyez où vous en êtes. Beaucoup ne semblent jamais y penser. Ils ne prêtent aucune attention à leur propre cœur et ne savent jamais s'ils vont bien ou mal dans la vie religieuse, s'ils gagnent du terrain ou s'ils reculent, s'ils portent du fruit ou s'ils restent à l'abandon comme la terre en friche. Eh bien, détournez votre attention des autres choses et examinez cela. Faites-en une affaire sérieuse. Ne vous pressez pas. Examinez à fond l'état de votre cœur et voyez où vous en êtes : si vous marchez chaque jour avec Dieu ou avec le diable, si c'est Dieu que vous servez le plus ou le diable, si vous êtes sous la domination du prince des ténèbres ou sous celle du Seigneur Jésus-Christ.
Pour faire tout cela, il faut vous mettre au travail pour considérer vos péchés. Il faut vous examiner vous-mêmes. Et par là je ne veux pas dire qu'il faut vous arrêter et regarder directement en vous-mêmes pour voir quel est l'état présent de vos sentiments. C'est justement le moyen d'arrêter tout sentiment. Ce serait aussi absurde que si un homme fermait les yeux devant la lampe et tâchait de retourner ses yeux vers l'intérieur pour découvrir si quelque image est peinte sur sa rétine. Cet homme se plaint de ne rien voir ! Et pourquoi ? Parce qu'il a détourné ses yeux des objets de la vue. La vérité, c'est que nos sentiments moraux sont objets de conscience au même titre que nos sensations. Et le moyen de les susciter, c'est de continuer à agir et à faire travailler notre esprit. Alors nous connaissons nos sentiments moraux par la conscience, tout comme je connaîtrais mes sensations physiques par la conscience si je mettais la main dans le feu.
L'examen de soi-même consiste à regarder votre vie, à considérer vos actes, à rappeler le passé et à apprendre ce qu'il a vraiment été. Repassez votre histoire. Prenez vos péchés un à un, en particulier, et regardez-les. Je ne veux pas dire que vous devez simplement jeter un coup d'œil sur votre vie passée, constater qu'elle a été pleine de péchés, puis aller à Dieu, faire une sorte de confession générale et demander pardon. Ce n'est pas ainsi qu'il faut faire. Il faut les prendre un à un. Il sera bon de prendre une plume et du papier, à mesure que vous les passez en revue, et de les noter comme ils vous reviennent. Repassez-les avec autant de soin qu'un négociant repasse ses livres de comptes ; et chaque fois qu'un péché se présente à votre mémoire, ajoutez-le à la liste. Les confessions générales ne suffiront jamais. Vos péchés ont été commis un à un ; et autant que vous pouvez les retrouver, il faut les passer en revue et s'en repentir un à un. Commencez maintenant ; et prenez d'abord ce qu'on appelle d'ordinaire, mais à tort, vos PÉCHÉS D'OMISSION.
1. L'ingratitude. Prenez ce péché, par exemple, et notez en dessous tous les cas dont vous pouvez vous souvenir où vous avez reçu de Dieu des faveurs pour lesquelles vous n'avez jamais témoigné de reconnaissance. Combien de cas vous reviennent ? Quelque providence remarquable, quelque tournure étonnante des événements qui vous a sauvé de la ruine. Notez les marques de la bonté de Dieu envers vous quand vous étiez dans le péché, avant votre conversion. Puis la miséricorde de Dieu dans les circonstances de votre conversion, dont vous n'avez jamais été à moitié assez reconnaissant. Les innombrables bienfaits reçus depuis. Que la liste est longue des cas où votre ingratitude est si noire que vous êtes forcé de cacher votre visage de confusion ! Maintenant, mettez-vous à genoux, confessez-les un à un à Dieu et demandez pardon. L'acte même de la confession, par les lois de l'association des idées, en rappellera d'autres à votre mémoire. Notez-les. Repassez-les ainsi trois ou quatre fois, et vous découvrirez une quantité étonnante de bienfaits pour lesquels vous n'avez jamais remercié Dieu. Puis prenez un autre péché. Que ce soit 2. Le manque d'amour pour Dieu. Notez-le, et repassez tous les cas dont vous pouvez vous souvenir où vous n'avez pas donné au Dieu béni cet amour de tout cœur que vous lui deviez.
Pensez à quel point vous seriez peiné et inquiet si vous découvriez chez votre femme, votre mari ou vos enfants le moindre fléchissement de leur affection pour vous ; si vous voyiez quelqu'un d'autre accaparer leur cœur, leurs pensées et leur temps. Peut-être, en pareil cas, mourriez-vous presque d'une jalousie juste et vertueuse. Or Dieu se nomme lui-même un Dieu jaloux (Exode 20,5) ; et n'avez-vous pas donné votre cœur à d'autres amours, ne vous êtes-vous pas prostitué, ne l'avez-vous pas offensé infiniment ?
3. La négligence de la Bible. Notez les fois où, pendant des jours, peut-être pendant des semaines, oui, peut-être même des mois entiers, vous n'avez trouvé aucun plaisir dans la parole de Dieu. Peut-être n'avez-vous pas lu un chapitre, ou si vous l'avez lu, c'était d'une manière qui déplaisait plus encore à Dieu. Beaucoup lisent un chapitre entier de telle façon que, si on les faisait jurer une fois la lecture finie, ils seraient incapables de dire ce qu'ils viennent de lire. Ils lisent avec si peu d'attention qu'ils ne se rappellent pas, du matin au soir, où ils en sont restés, à moins d'avoir mis un signet ou corné une page. Cela prouve qu'ils n'ont pas pris à cœur ce qu'ils lisaient, qu'ils n'en ont pas fait un sujet de réflexion. Si vous lisiez un roman, ou quelque autre écrit qui vous intéresse beaucoup, ne vous rappelleriez-vous pas ce que vous avez lu en dernier ? Et le fait même que vous cornez une page ou mettez un signet prouve que vous lisez plutôt comme on fait une corvée que par amour ou par respect pour la parole de Dieu. La parole de Dieu est la règle de votre devoir. Et vous en faites si peu de cas que vous ne vous rappelez pas ce que vous lisez ? Si c'est ainsi, ne vous étonnez pas de vivre tellement au hasard, et que votre religion soit un si lamentable échec.
4. L'incrédulité. Les cas où vous avez en fait accusé de mensonge le Dieu de vérité, en ne croyant pas à ses promesses et à ses déclarations expresses. Dieu a promis de donner le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent (Luc 11,13). Eh bien, l'avez-vous cru ? Vous attendiez-vous à ce qu'il réponde ? N'avez-vous pas en fait dit dans votre cœur, quand vous priiez pour recevoir le Saint-Esprit : « Je ne crois pas que je le recevrai » ? Si vous n'avez pas cru que vous recevriez la bénédiction que Dieu a expressément promise, si vous ne vous y êtes pas attendu, vous l'avez accusé de mensonge.
5. La négligence de la prière. Les fois où vous avez omis la prière dans le secret, la prière en famille et les réunions de prière, ou bien où vous avez prié d'une manière qui offensait Dieu plus gravement que si vous aviez tout à fait négligé de prier.
6. La négligence des moyens de grâce. Les fois où vous avez laissé de futiles prétextes vous empêcher d'assister aux réunions, où vous avez négligé et méprisé les moyens du salut, simplement par dégoût des devoirs spirituels.
7. La manière dont vous avez accompli ces devoirs : manque de sentiment, manque de foi, disposition d'esprit mondaine, si bien que vos paroles n'étaient que le simple bavardage d'un misérable qui ne méritait pas que Dieu prenne le moindre soin de lui. Les fois où vous êtes tombé à genoux et avez dit vos prières d'une manière si froide et si négligente que, si l'on vous avait fait jurer cinq minutes après votre sortie de votre chambre, vous n'auriez pas pu dire pour quoi vous aviez prié.
8. Votre manque d'amour pour l'âme de vos semblables. Regardez autour de vous vos amis et vos parents, et souvenez-vous du peu de compassion que vous avez eu pour eux. Vous les avez vus aller tout droit en enfer sans bouger, et on dirait que cela vous était bien égal. Combien de jours y a-t-il eu où vous n'avez pas fait de leur état le sujet d'une seule prière fervente, ni même d'un désir ardent pour leur salut ?
9. Votre manque de souci pour les païens. Peut-être ne vous êtes-vous pas assez soucié d'eux pour chercher à connaître leur situation ; peut-être pas même pour vous abonner à un journal missionnaire. Regardez cela, et voyez combien vous vous souciez réellement des païens ; notez honnêtement ce que valent vraiment vos sentiments pour eux et votre désir de leur salut. Mesurez votre désir de leur salut au renoncement que vous pratiquez en donnant de vos biens pour leur envoyer l'Évangile. Vous privez-vous même des superfluités nuisibles de la vie, comme le thé, le café et le tabac ? Réduisez-vous votre train de vie, et vous imposez-vous réellement une gêne quelconque pour les sauver ? Priez-vous pour eux chaque jour dans votre chambre ? Assistez-vous régulièrement à la réunion de prière mensuelle pour les missions ? Mettez-vous de côté, de mois en mois, quelque chose à verser au trésor du Seigneur quand vous montez prier ? Si vous ne faites pas ces choses, et si votre âme n'est pas à l'agonie pour les pauvres païens plongés dans les ténèbres, pourquoi êtes-vous assez hypocrite pour prétendre être chrétien ? Mais votre profession de foi est une insulte à Jésus-Christ !
10. Votre négligence des devoirs envers votre famille. Comment vous avez vécu devant eux, comment vous avez prié, quel exemple vous leur avez donné. Quels efforts directs faites-vous habituellement pour leur bien spirituel ? Quel devoir n'avez-vous pas négligé ?
11. La négligence des devoirs envers les autres.
12. La négligence de la vigilance sur votre propre vie. Les cas où vous avez expédié vos devoirs privés, sans vous demander de comptes à vous-même, sans régler honnêtement vos comptes avec Dieu. Les cas où vous avez entièrement négligé de surveiller votre conduite, où vous n'étiez plus sur vos gardes et avez péché devant le monde, devant l'Église et devant Dieu.
13. La négligence de la vigilance sur vos frères. Combien de fois avez-vous rompu l'engagement que vous aviez pris de veiller sur eux dans le Seigneur ! Comme vous savez peu de chose de l'état de leur âme, et comme vous vous en souciez peu ! Et pourtant vous êtes lié par un serment solennel à veiller sur eux. Qu'avez-vous fait pour apprendre à les connaître ? Pour combien d'entre eux vous êtes-vous donné la peine de connaître leur état spirituel ? Repassez la liste, et partout où vous trouvez une négligence, notez-la. Combien de fois avez-vous vu vos frères se refroidir dans la vie religieuse sans leur en parler ? Vous les avez vus commencer à négliger un devoir après l'autre, et vous ne les avez pas repris fraternellement. Vous les avez vus tomber dans le péché, et vous les avez laissés continuer. Et pourtant vous prétendez les aimer. Quel hypocrite ! Verriez-vous votre femme ou votre enfant aller au déshonneur, ou dans le feu, sans rien dire ? Non, certes. Que pensez-vous donc de vous-même, vous qui prétendez aimer les chrétiens et aimer Christ, alors que vous pouvez les voir aller au déshonneur sans leur dire un mot ?
14. La négligence du renoncement à soi-même. Il y a beaucoup de chrétiens de profession qui sont disposés à faire à peu près n'importe quoi en matière de religion, pourvu que cela n'exige pas de renoncement. Mais dès qu'on leur demande quelque chose qui les oblige à renoncer à eux-mêmes, oh ! c'est trop. Ils pensent faire beaucoup pour Dieu, et faire à peu près tout ce qu'il peut raisonnablement demander, s'ils font seulement ce qu'ils peuvent faire tout aussi bien que ne pas faire ; mais ils ne sont pas disposés à se priver de la moindre aise, de la moindre commodité, pour servir le Seigneur. Ils ne veulent pas souffrir de bon gré l'opprobre pour le nom de Christ. Et ils ne veulent pas non plus se priver du luxe de la vie pour sauver un monde de l'enfer. Bien loin de se rappeler que le renoncement à soi-même est une condition pour être disciple, ils ne savent pas ce que c'est. Ils ne se sont jamais réellement privés d'un ruban ou d'une épingle pour Christ et pour l'Évangile. Oh ! que de tels chrétiens de profession seront vite en enfer ! Certains donnent de leur abondance, et donnent beaucoup, et sont prêts à se plaindre que d'autres ne donnent pas davantage ; alors qu'en vérité ils ne donnent rien dont ils aient besoin, rien dont ils pourraient jouir s'ils le gardaient. Ils ne donnent que de leur superflu ; et peut-être cette pauvre femme qui met douze centimes et demi à la réunion de prière mensuelle a-t-elle pratiqué plus de renoncement qu'eux en donnant des milliers.
De ceux-là, nous passons aux
PÉCHÉS DE COMMISSION.
1. L'esprit mondain. Quel a été l'état de votre cœur à l'égard de vos biens terrestres ? Les avez-vous regardés comme vraiment à vous, comme si vous aviez le droit d'en disposer comme de votre propriété, selon votre propre volonté ? Si oui, notez-le. Si vous avez aimé les biens, si vous les avez recherchés pour eux-mêmes, ou pour satisfaire la convoitise, l'ambition ou un esprit mondain, ou pour les amasser pour votre famille, vous avez péché, et vous devez vous repentir.
2. L'orgueil. Rappelez-vous tous les cas où vous vous êtes surpris à faire preuve d'orgueil. La vanité est une forme particulière de l'orgueil. Combien de fois vous êtes-vous surpris à écouter la vanité au sujet de votre toilette et de votre apparence ? Combien de fois avez-vous pensé davantage, pris plus de peine et passé plus de temps à parer votre corps pour aller à l'église qu'à préparer votre esprit au culte de Dieu ? Vous êtes allé à la maison de Dieu en vous souciant davantage de l'air que vous aviez aux yeux d'hommes mortels que de l'état de votre âme aux yeux du Dieu qui sonde les cœurs. En fait, vous vous êtes offert vous-même à leur adoration, au lieu de vous préparer à adorer Dieu. Vous êtes venu vous approprier une part du culte de la maison de Dieu, détourner l'attention du peuple de Dieu pour qu'il regarde votre jolie mise. Inutile de prétendre maintenant que cela vous est bien égal que les gens vous regardent. Soyez honnête. Prendriez-vous toute cette peine pour votre apparence si tout le monde était aveugle ?
3. L'envie. Regardez les cas où vous avez porté envie à ceux que vous jugiez au-dessus de vous à quelque égard. Ou peut-être avez-vous envié ceux qui avaient plus de talent ou se rendaient plus utiles que vous. N'avez-vous pas envié certains au point de souffrir de les entendre louer ? Il vous était plus agréable de vous arrêter sur leurs défauts que sur leurs qualités, sur leurs échecs que sur leurs succès. Soyez honnête avec vous-même, et si vous avez abrité cet esprit de l'enfer, repentez-vous profondément devant Dieu, ou il ne vous pardonnera jamais.
4. L'esprit de critique. Les cas où vous avez eu l'esprit amer et parlé des chrétiens d'une manière entièrement dépourvue de charité et d'amour ; de cette charité qui vous demande d'espérer toujours le meilleur que permet le cas, et de donner l'interprétation la plus favorable à toute conduite ambiguë.
5. La médisance. Les fois où vous avez parlé derrière leur dos des défauts, réels ou supposés, de certaines personnes, membres de l'Église ou autres, sans nécessité ou sans bonne raison. C'est de la médisance. Il n'est pas besoin de mentir pour être coupable de médisance : dire la vérité dans l'intention de nuire, c'est de la médisance.
6. La légèreté. Combien de fois avez-vous badiné devant Dieu comme vous n'auriez pas osé badiner en présence d'un souverain de la terre ? Ou bien vous avez été athée et avez oublié qu'il y avait un Dieu, ou bien vous avez eu moins de respect pour lui et pour sa présence que vous n'en auriez eu pour un juge de la terre.
7. Le mensonge. Comprenez bien maintenant ce qu'est le mensonge. Toute tromperie voulue, de quelque sorte qu'elle soit, pour un motif égoïste, est un mensonge. Si la tromperie n'est pas voulue, ce n'est pas un mensonge. Mais si vous voulez produire une impression contraire à la vérité toute nue, vous mentez. Notez tous les cas dont vous pouvez vous souvenir. Ne leur donnez pas de nom adouci. Dieu les appelle des MENSONGES et vous accuse de MENTIR, et vous feriez mieux de vous accuser vous-même comme il convient. Qu'ils sont innombrables, les mensonges commis chaque jour dans les affaires et dans les relations de société, par des paroles, des regards et des actes, destinés à produire chez les autres une impression contraire à la vérité pour des motifs égoïstes !
8. La tromperie. Notez tous les cas où vous avez eu affaire à quelqu'un et lui avez fait ce que vous n'aimeriez pas qu'on vous fasse. C'est de la tromperie. Dieu a posé une règle en la matière : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux » (Matthieu 7,12). Voilà la règle ; et si vous n'avez pas agi ainsi, vous êtes un fraudeur. Remarquez-le, la règle n'est pas que vous devez faire ce que vous pourriez raisonnablement attendre d'eux à votre égard. Ce serait une règle qui admettrait tous les degrés de méchanceté. Mais elle dit : « Tout ce que vous VOULEZ que les hommes fassent pour vous. »
9. L'hypocrisie. Par exemple, dans vos prières et vos confessions à Dieu. Notez les cas où vous avez demandé dans la prière des choses que vous ne désiriez pas réellement. Et la preuve, c'est qu'une fois votre prière finie, vous n'auriez pas pu dire ce que vous aviez demandé. Combien de fois avez-vous confessé des péchés que vous n'aviez pas l'intention d'abandonner, sans aucune résolution solennelle de ne pas les recommencer ? Oui, vous avez confessé des péchés alors que vous saviez que vous comptiez bien les recommencer, aussi sûrement que vous comptiez vivre.
10. Voler Dieu. Les cas où vous avez mal employé votre temps, gaspillé en vains amusements ou en conversations frivoles, à lire des romans ou à ne rien faire, des heures que Dieu vous donnait pour le servir et sauver des âmes ; les cas où vous avez mal employé vos talents et les facultés de votre esprit ; où vous avez gaspillé de l'argent pour vos convoitises, ou l'avez dépensé pour des choses dont vous n'aviez pas besoin et qui ne servaient ni à votre santé, ni à votre bien-être, ni à votre utilité. Peut-être certains d'entre vous qui sont ici ce soir ont-ils dépensé l'argent de Dieu en TABAC. Je ne parlerai pas du rhum, car je présume qu'il n'y a ici ce soir aucun chrétien de profession qui boive du rhum. J'espère qu'il n'y a personne qui use de ce poison répugnant, le tabac. Imaginez un chrétien de profession qui se sert de l'argent de Dieu pour s'empoisonner avec du tabac !
11. La mauvaise humeur. Peut-être avez-vous maltraité votre femme, ou vos enfants, ou votre famille, ou vos domestiques, ou vos voisins. Notez tout cela.
12. Empêcher les autres d'être utiles. Peut-être avez-vous affaibli leur influence par des insinuations contre eux. Non seulement vous avez frustré Dieu de vos propres talents, mais vous avez lié les mains de quelqu'un d'autre. Quel méchant serviteur que celui qui flâne lui-même et empêche les autres de travailler ! Cela se fait tantôt en leur prenant leur temps sans nécessité, tantôt en ruinant la confiance chrétienne qu'on leur accorde. Ainsi vous avez fait le jeu de Satan ; vous ne vous êtes pas seulement montré un vagabond oisif, vous avez encore empêché les autres de travailler.
Si vous découvrez que vous avez commis une faute contre quelqu'un, et que cette personne est à votre portée, allez immédiatement la confesser, et débarrassez-vous de cela. Si la personne à qui vous avez fait tort est trop loin pour que vous alliez la voir, asseyez-vous, écrivez-lui une lettre, confessez le tort, affranchissez la lettre et mettez-la tout de suite à la poste. Je dis : affranchissez-la, sinon vous ne ferez qu'aggraver les choses. Vous ajouterez au premier tort en lui occasionnant une dépense. L'homme qui écrit une lettre pour ses propres affaires et l'envoie à un autre sans l'affranchir est malhonnête : il lui a volé cette somme. Et s'il est prêt à voler à quelqu'un six pence ou un shilling, quand la tentation est si petite, que ne ferait-il pas si la tentation était plus grande et qu'il ait l'espoir de l'impunité ? Si vous avez fait tort à quelqu'un de son argent, envoyez-lui la somme, le montant entier avec les intérêts.
Faites tout cela à fond. Faites-le maintenant. Ne le remettez pas à plus tard ; cela ne ferait qu'aggraver les choses. Confessez à Dieu les péchés commis contre Dieu, et aux hommes les péchés commis contre les hommes. Ne pensez pas vous en tirer en contournant les pierres d'achoppement. Enlevez-les du chemin. En défrichant votre terre en friche, il faut ôter tout obstacle. Il peut rester des choses que vous jugez peut-être petites, et vous vous demanderez peut-être pourquoi vous n'éprouvez pas en religion ce que vous voudriez éprouver, alors que la raison en est que votre esprit orgueilleux et charnel a recouvert quelque chose que Dieu vous demandait de confesser et d'ôter. Défoncez toute la terre et retournez-la. Ne laissez pas de bandes sans labour, comme disent les cultivateurs ; ne vous détournez pas pour de petites difficultés ; menez la charrue droit au travers, à pleine profondeur, et retournez toute la terre, afin qu'elle soit tout entière meuble et tendre, prête à recevoir la semence et à rapporter du fruit au centuple.
Quand vous aurez repassé ainsi, à fond, toute votre histoire, si vous reprenez alors le terrain une deuxième fois en y donnant une attention solennelle et soutenue, vous verrez que les choses que vous avez notées vous en rappelleront d'autres dont vous avez été coupable, qui s'y rattachent ou qui en sont proches. Puis reprenez-le une troisième fois, et d'autres choses liées à celles-là vous reviendront. Et vous découvrirez à la fin que vous pouvez vous rappeler, dès cette vie, une quantité de votre histoire et d'actes particuliers dont vous pensiez qu'ils ne vous reviendraient pas même dans l'éternité. Si vous ne prenez pas vos péchés de cette manière, si vous ne les considérez pas en détail, un à un, vous ne pouvez vous faire aucune idée de leur nombre. Vous devriez faire ce travail aussi à fond, avec autant de soin et de solennité que si vous vous prépariez à comparaître au jugement.
À mesure que vous repassez la liste de vos péchés, veillez à vous résoudre à une réforme immédiate et complète. Partout où vous trouvez quelque chose de mal, résolvez-vous sur-le-champ, dans la force de Dieu, à ne plus pécher de cette manière. Il ne servira à rien de vous examiner si vous ne vous décidez pas à vous corriger sur chaque point que vous trouvez mauvais dans votre cœur, votre caractère ou votre conduite.
Si, en avançant dans ce devoir, vous trouvez que votre esprit est toujours tout obscur, cherchez autour de vous, et vous découvrirez qu'il y a quelque raison pour que l'Esprit de Dieu se retire de vous. Vous n'avez pas été fidèle et vous n'êtes pas allé au fond des choses. Au cours d'un tel travail, il faut vous faire violence, vous amener vous-même, en être raisonnable, à cette tâche, la Bible devant vous, et sonder votre cœur jusqu'à ce que vous éprouviez quelque chose. Ne vous attendez pas à ce que Dieu fasse un miracle pour défricher votre terre en friche. Cela doit se faire par des moyens. Attachez votre attention au sujet de vos péchés. Vous ne pouvez pas regarder vos péchés longuement et à fond, et voir combien ils sont graves, sans éprouver quelque chose, et l'éprouver profondément. L'expérience prouve abondamment combien il est bon de repasser ainsi notre histoire. Mettez-vous au travail dès maintenant ; résolvez-vous à ne jamais vous arrêter avant de pouvoir prier. Vous n'aurez jamais l'esprit de prière tant que vous ne vous serez pas examiné, que vous n'aurez pas confessé vos péchés et défriché votre terre en friche. Vous n'aurez jamais l'Esprit de Dieu demeurant en vous tant que vous n'aurez pas démêlé tout ce mystère d'iniquité et étalé vos péchés devant Dieu. Qu'il y ait cette œuvre profonde de repentance, cette confession complète, ce brisement devant Dieu, et vous aurez autant de l'esprit de prière que votre corps pourra en supporter. Si les chrétiens qui connaissent quelque chose de l'esprit de prière sont si peu nombreux, c'est qu'ils n'ont jamais voulu prendre la peine de s'examiner comme il faut, et qu'ainsi ils n'ont jamais su ce que c'est que d'avoir le cœur tout brisé de cette manière.
Vous voyez que je n'ai fait ce soir que commencer à ouvrir ce sujet. Je veux vous l'exposer, au cours de ces discours, de telle sorte que, si vous voulez commencer et continuer à faire ce que je dis, les résultats soient aussi certains que lorsque le cultivateur défriche un champ en friche, l'ameublit et y sème son grain. Il en sera ainsi si seulement vous commencez de cette manière et tenez bon jusqu'à ce que votre cœur endurci et insensible se brise.
REMARQUES.
1. Il ne servira à rien de vous prêcher tant que votre cœur est dans cet état endurci, à l'abandon, en friche. Le cultivateur ferait tout aussi bien de semer son grain sur le roc. Il ne produira aucun fruit. Voilà pourquoi il y a tant de chrétiens de profession stériles dans l'Église, et pourquoi il y a dans l'Église tant de mécanique extérieure et si peu de sentiment profond. Regardez par exemple l'école du dimanche : voyez combien il y a de mécanique, et combien peu de la puissance de la piété. Si vous continuez ainsi, la parole de Dieu continuera de vous endurcir, et vous deviendrez de pire en pire, tout comme la pluie et la neige sur un vieux champ en friche épaississent le gazon et durcissent les mottes.
2. Voyez pourquoi tant de prédications sont perdues, et pis que perdues. C'est que l'Église ne veut pas défricher sa terre en friche. Un prédicateur peut user sa vie à faire très peu de bien, tant qu'il y a tant d'auditeurs semblables au sol pierreux, dont la terre en friche n'a jamais été défrichée. Ils ne sont convertis qu'à moitié, et leur religion est plutôt un changement d'opinion qu'un changement des sentiments de leur cœur. De la religion mécanique, il y en a bien assez, mais très peu de chose qui ressemble à un travail profond du cœur.
3. Les chrétiens de profession ne devraient jamais se contenter, ni s'attendre à un réveil, simplement en sortant de leur sommeil en sursaut, en s'agitant bruyamment, en faisant du tapage et en parlant aux pécheurs. Il faut que leur terre en friche soit défrichée. Il est tout à fait contraire au bon sens de penser s'engager dans la religion de cette manière. Si votre terre en friche est défrichée, alors le moyen d'avoir plus de sentiment, c'est d'aller trouver les pécheurs sur le chemin de l'enfer, de leur parler, de guider les âmes qui cherchent, et vous aurez plus de sentiment. Vous pouvez entrer dans une certaine excitation sans ce défrichement ; vous pouvez montrer une sorte de zèle, mais il ne durera pas longtemps, et il n'aura pas de prise sur les pécheurs, à moins que votre cœur ne soit brisé. La raison, c'est que vous vous y prenez mécaniquement, et que vous n'avez pas défriché votre terre en friche.
4. Et maintenant, pour finir, allez-vous défricher votre terre en friche ? Allez-vous entrer dans la voie que je viens de vous indiquer, et persévérer jusqu'à ce que vous soyez pleinement réveillés ? Si vous échouez ici, si vous ne faites pas cela et ne vous y préparez pas, vous ne pourrez pas aller plus loin avec moi dans cette suite de discours. Je suis allé avec vous aussi loin qu'il est utile d'aller tant que votre terre en friche n'est pas défrichée. Maintenant, il faut faire un travail complet sur ce point, sinon tout ce que j'ai encore à dire vous fera peu de bien. Que dis-je ? Cela ne fera que vous endurcir et vous rendre pires. Si vendredi soir prochain vous trouve avec un cœur que rien n'a brisé, ne vous attendez pas à tirer profit de ce que je dirai. Si vous ne vous mettez pas immédiatement à ce travail, je tiendrai pour acquis que vous ne voulez pas être réveillés, que vous avez abandonné votre pasteur et que vous comptez le laisser monter seul au combat. Si vous ne faites pas cela, je vous accuse d'avoir abandonné Christ, de refuser de vous repentir et de pratiquer vos premières œuvres (Apocalypse 2,5). Mais si vous êtes prêts à entreprendre ce travail, je me propose, si Dieu le veut, vendredi soir prochain, de vous conduire à l'œuvre du salut des pécheurs.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).