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Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney

Discours 1

Ce qu'est un réveil

Éternel, fais revivre ton œuvre dans le cours des années ! Dans le cours des années, fais-la connaître ! Dans ta colère, souviens-toi de tes compassions ! (Habacuc 3,2)

On pense que le prophète Habacuc était contemporain de Jérémie, et que cette prophétie fut prononcée en prévision de la captivité de Babylone. Devant les jugements qui allaient bientôt fondre sur sa nation, l'âme du prophète fut saisie d'angoisse, et il s'écrie dans sa détresse : « Éternel, fais revivre ton œuvre. » Comme s'il disait : « Éternel, fais que tes jugements ne réduisent pas Israël à la désolation. Au milieu de ces années terribles, que les jugements de Dieu deviennent le moyen de ranimer la religion parmi nous. Dans ta colère, souviens-toi de tes compassions. »

La religion est l'œuvre de l'homme. C'est quelque chose que l'homme doit faire. Elle consiste à obéir à Dieu avec le cœur et du fond du cœur. C'est le devoir de l'homme. Il est vrai que Dieu l'amène à le faire. Il agit sur lui par son Esprit, à cause de sa grande méchanceté et de sa répugnance à obéir. S'il n'était pas nécessaire que Dieu agisse sur les hommes, si les hommes étaient disposés à obéir à Dieu, il n'y aurait pas lieu de prier : « Éternel, fais revivre ton œuvre. » Si une telle prière est nécessaire, c'est que les hommes ne sont pas du tout disposés à obéir ; et à moins que Dieu n'intervienne par l'influence de son Esprit, pas un homme sur la terre n'obéira jamais aux commandements de Dieu.

Un « réveil de la religion » suppose un déclin. Presque toute la religion qui existe dans le monde a été produite par des réveils. Dieu a jugé nécessaire de tirer parti de la sensibilité qui se trouve chez les hommes, et de produire parmi eux de puissants ébranlements, avant de pouvoir les amener à obéir. Les hommes sont si engourdis spirituellement, il y a tant de choses qui détournent leur esprit de la religion et s'opposent à l'influence de l'Évangile, qu'il faut soulever parmi eux une vive émotion, jusqu'à ce que la marée monte assez haut pour emporter les obstacles qui lui résistent. Il faut qu'ils soient émus au point de passer par-dessus ces influences contraires, avant qu'ils obéissent à Dieu. Non que l'émotion soit la religion, car elle ne l'est pas ; mais ce sont des désirs, des appétits et des sentiments excités qui empêchent la religion. La volonté est, en un sens, asservie aux désirs charnels et mondains. Il faut donc éveiller chez les hommes le sentiment de leur culpabilité et de leur danger, et produire ainsi une émotion faite de sentiments et de désirs contraires, qui brise la puissance des désirs charnels et mondains et laisse la volonté libre d'obéir à Dieu.

Reportez-vous à l'histoire des Juifs, et vous verrez que Dieu avait coutume d'entretenir la religion parmi eux par des moments particuliers, où il se produisait une grande émotion et où le peuple revenait à l'Éternel. Et une fois qu'ils avaient été ainsi ranimés, il ne fallait que peu de temps pour que tant d'influences contraires s'exercent sur eux que la religion déclinait, et continuait de décliner, jusqu'à ce que Dieu ait le temps, pour ainsi dire, de les convaincre de péché par son Esprit et de les reprendre par sa providence, et de gagner ainsi l'attention de la masse au grand sujet du salut, au point de produire un vaste éveil de l'intérêt religieux, et par conséquent un réveil de la religion. Puis les causes contraires agissaient de nouveau, la religion déclinait, et la nation était emportée dans le tourbillon du luxe, de l'idolâtrie et de l'orgueil.

Il y a si peu de principes dans l'Église, si peu de fermeté et de constance dans ses résolutions, qu'à moins que les sentiments religieux ne soient éveillés et maintenus en éveil, les sentiments et les agitations du monde, qui leur sont contraires, l'emporteront, et les hommes n'obéiront pas à Dieu. Ils ont si peu de connaissance, et leurs principes sont si faibles, qu'à moins d'être émus, ils quitteront le chemin du devoir et ne feront rien pour avancer la gloire de Dieu. L'état du monde est encore tel, et le restera sans doute jusqu'à ce que le millénium soit pleinement venu, que la religion doit être avancée principalement au moyen des réveils. Combien de temps et combien de fois a-t-on tenté l'expérience d'amener l'Église à agir avec constance pour Dieu, sans ces ébranlements périodiques ! Beaucoup d'hommes de bien ont pensé, et pensent encore, que la meilleure manière d'avancer la religion est d'aller d'un pas uniforme et de rassembler les impies peu à peu, sans agitation. Mais si solide que ce raisonnement puisse paraître dans l'abstrait, les faits en démontrent la vanité. Si l'Église était assez avancée en connaissance, et avait assez de fermeté dans ses principes pour rester éveillée, une telle façon de faire suffirait ; mais l'Église est si peu éclairée, et il y a tant de causes contraires, qu'elle ne se mettra pas à l'œuvre avec constance sans qu'un intérêt particulier soit éveillé. À mesure que le millénium avancera, il est probable que ces ébranlements périodiques deviendront inconnus. Alors l'Église sera éclairée, les causes contraires seront ôtées, et l'Église entière sera dans un état d'obéissance habituelle et constante envers Dieu. L'Église entière se tiendra prête à prendre en main l'esprit de l'enfant pour le cultiver pour Dieu. Les enfants seront instruits selon la voie qu'ils doivent suivre (Proverbes 22,6), et il n'y aura plus de ces torrents de mondanité, de mode et de convoitise pour emporter la piété de l'Église dès que l'émotion d'un réveil se sera retirée.

Il serait très souhaitable qu'il en soit ainsi. Il est très souhaitable que l'Église avance avec constance dans l'obéissance sans ces ébranlements. De telles émotions risquent de nuire à la santé. Notre système nerveux est ainsi fait que toute émotion puissante, si elle se prolonge, nuit à notre santé et nous rend inaptes au devoir. Si la religion doit un jour exercer une influence qui pénètre le monde entier, il ne peut en être ainsi ; cette religion par accès doit disparaître. Alors on n'en aura plus besoin. Les chrétiens ne dormiront plus la plus grande partie du temps, pour se réveiller de temps à autre, se frotter les yeux, s'agiter en tous sens, crier un peu, puis se rendormir. Alors il ne sera plus nécessaire que les pasteurs s'épuisent et se tuent à force d'efforts pour refouler le flot de l'influence mondaine qui déferle sur l'Église. Mais pour l'heure, l'état du monde chrétien est tel qu'espérer avancer la religion sans émotions est déraisonnable et absurde. Les grandes agitations politiques et autres agitations mondaines qui secouent la chrétienté sont toutes hostiles à la religion, et détournent l'esprit des intérêts de l'âme. Or ces agitations ne peuvent être contrebalancées que par des émotions religieuses. Et tant qu'il n'y aura pas dans le monde assez de principe religieux pour vaincre les agitations irréligieuses, il est vain de chercher à avancer la religion autrement que par des émotions contraires. Cela est vrai en bonne philosophie, et c'est un fait historique.

Il est tout à fait improbable que la religion fasse jamais des progrès parmi les nations païennes autrement que par l'influence des réveils. On essaie aujourd'hui d'y parvenir par l'instruction et par d'autres améliorations prudentes et graduelles. Mais tant que les lois de l'esprit resteront ce qu'elles sont, on ne peut y parvenir de cette manière. Il faut une émotion suffisante pour réveiller les facultés morales endormies et refouler la marée de la dégradation et du péché. Et dans la mesure exacte où notre propre pays se rapproche du paganisme, il est impossible à Dieu ou à l'homme d'avancer la religion dans un tel état de choses autrement que par de puissants ébranlements. Cela ressort du fait que c'est toujours ainsi que Dieu a procédé. Dieu ne crée pas ces ébranlements, et ne choisit pas ce moyen d'avancer la religion pour rien ou sans raison. Là où les hommes ont tant de répugnance à obéir à Dieu, ils n'agiront pas tant qu'ils ne seront pas émus. Par exemple, combien y en a-t-il qui savent qu'ils devraient être chrétiens, mais qui craignent, s'ils deviennent pieux, que leurs camarades se moquent d'eux ! Beaucoup sont attachés à des idoles ; d'autres remettent leur repentance à plus tard, jusqu'à ce qu'ils soient établis dans la vie, ou jusqu'à ce qu'ils aient obtenu quelque avantage mondain qui leur tient à cœur. De telles personnes ne renonceront jamais à leur fausse honte ni à leurs projets ambitieux tant qu'elles ne seront pas tellement saisies par le sentiment de leur culpabilité et de leur danger qu'elles ne pourront plus se contenir.

Ces remarques ne sont destinées qu'à servir d'introduction au discours. Je vais maintenant en venir au sujet principal, et montrer : I. Ce qu'un réveil de la religion n'est pas ; II. Ce qu'il est ; et III. Les agents employés pour le favoriser.

I. UN RÉVEIL DE LA RELIGION N'EST PAS UN MIRACLE.

1. On a généralement défini le miracle comme une intervention divine qui écarte ou suspend les lois de la nature. Un réveil n'est pas un miracle en ce sens. Toutes les lois de la matière et de l'esprit restent en vigueur. Elles ne sont ni suspendues ni écartées dans un réveil.

2. Ce n'est pas un miracle selon une autre définition du mot miracle : quelque chose qui dépasse les forces de la nature. Il n'y a rien dans la religion qui dépasse les forces ordinaires de la nature. Elle consiste entièrement dans le bon usage des facultés naturelles. Elle est cela, et rien d'autre. Quand les hommes deviennent religieux, ils ne reçoivent pas le pouvoir de déployer des efforts dont ils étaient incapables auparavant. Ils exercent seulement d'une autre manière les facultés qu'ils avaient déjà, et les emploient pour la gloire de Dieu.

3. Ce n'est pas un miracle, ni quelque chose qui dépende d'un miracle, en aucun sens. C'est un résultat qui suit purement les lois de la nature, par le bon usage des moyens établis, tout autant que n'importe quel autre effet produit par l'emploi de moyens. Il peut y avoir un miracle parmi les causes qui le précèdent, ou il peut n'y en avoir aucun. Les apôtres se servaient des miracles simplement comme de moyens pour attirer l'attention sur leur message et en établir l'autorité divine. Mais le miracle n'était pas le réveil. Le miracle était une chose ; le réveil qui le suivait en était une tout autre. Les réveils du temps des apôtres étaient liés à des miracles, mais ils n'étaient pas des miracles.

J'ai dit qu'un réveil est le résultat du bon usage des moyens appropriés. Les moyens que Dieu a prescrits pour produire un réveil ont sans doute une tendance naturelle à produire un réveil. Autrement, Dieu ne les aurait pas prescrits. Mais les moyens ne produiront pas un réveil, nous le savons tous, sans la bénédiction de Dieu. Pas plus que le grain, une fois semé, ne produira une récolte sans la bénédiction de Dieu. Il nous est impossible de dire que Dieu exerce une influence ou une action moins directe pour produire une récolte de grain que pour produire un réveil. Que sont les lois de la nature d'après lesquelles on suppose que le grain donne une récolte ? Elles ne sont rien d'autre que la manière établie dont Dieu opère. Dans la Bible, la parole de Dieu est comparée au grain, la prédication aux semailles, et les résultats à la levée et à la croissance de la moisson. Et le résultat suit les lois naturelles tout autant dans un cas que dans l'autre, et il est aussi naturellement lié à sa cause ; ou, pour parler plus exactement, un réveil est aussi naturellement le résultat de l'emploi des moyens appropriés qu'une récolte l'est de l'emploi des moyens qui lui conviennent. Il est vrai que la religion n'appartient pas proprement à la catégorie de la cause et de l'effet ; mais bien qu'elle ne soit pas causée par les moyens, elle a pourtant son occasion, et peut résulter de son occasion aussi naturellement et aussi sûrement qu'une récolte résulte de sa cause.

Je voudrais que cette idée se grave dans tous vos esprits, car une idée a longtemps prévalu : que l'avancement de la religion aurait quelque chose de très particulier, qu'on ne pourrait juger d'après les règles ordinaires de la cause et de l'effet ; bref, qu'il n'y aurait aucun lien entre les moyens et le résultat, et aucune tendance des moyens à produire l'effet. Aucune doctrine n'est plus dangereuse que celle-là pour la prospérité de l'Église, et rien n'est plus absurde.

Supposez qu'un homme aille prêcher cette doctrine parmi les cultivateurs, au sujet de leurs semailles. Qu'il leur dise que Dieu est souverain et ne leur donnera une récolte que quand il lui plaira, et que labourer, planter et travailler comme s'ils comptaient obtenir une récolte, c'est très mal, c'est retirer l'œuvre des mains de Dieu, c'est empiéter sur sa souveraineté et agir par leurs propres forces ; et qu'il n'existe entre les moyens et le résultat aucun lien sur lequel ils puissent compter. Et maintenant, supposez que les cultivateurs croient une telle doctrine. Eh bien, ils feraient mourir le monde de faim.

Ce sont exactement les mêmes résultats qui suivront si l'on persuade l'Église que l'avancement de la religion relève de la souveraineté divine d'une manière si mystérieuse qu'il n'existe aucun lien naturel entre les moyens et la fin. Quels en sont les résultats ? Eh bien, des générations et des générations sont descendues en enfer. Sans aucun doute, plus de cinq milliards d'âmes sont descendues en enfer pendant que l'Église rêvait et attendait que Dieu les sauve sans l'emploi des moyens. Cela a été le moyen le plus efficace du diable pour perdre les âmes. Le lien est aussi évident en religion qu'il l'est quand le cultivateur sème son grain.

Il y a, sous le gouvernement de Dieu, un fait digne de l'attention de tous et d'un souvenir éternel : c'est que les choses les plus utiles et les plus importantes s'obtiennent le plus facilement et le plus sûrement par l'emploi des moyens appropriés. C'est évidemment un principe de l'administration divine. Ainsi, toutes les choses nécessaires à la vie s'obtiennent avec une grande certitude par l'emploi des moyens les plus simples. Les objets de luxe sont plus difficiles à obtenir ; les moyens de se les procurer sont plus compliqués et leurs résultats moins sûrs ; tandis que les choses absolument nuisibles et vénéneuses, comme l'alcool et autres semblables, ne s'obtiennent souvent qu'en torturant la nature et en recourant à une sorte de sorcellerie infernale pour se procurer cette abomination qui donne la mort. Ce principe vaut aussi dans le gouvernement moral ; et puisque les bénédictions spirituelles sont d'une importance incomparable, nous devons nous attendre à ce que leur obtention soit liée avec une grande certitude à l'emploi des moyens appropriés ; et c'est bien ce que nous constatons. Je crois fermement que, si l'on pouvait connaître les faits, on trouverait que, là où les moyens prescrits ont été bien employés, les bénédictions spirituelles ont été obtenues avec plus de régularité que les biens temporels.

II. JE DOIS MONTRER CE QU'EST UN RÉVEIL.

C'est le renouvellement du premier amour des chrétiens, qui aboutit à l'éveil et à la conversion des pécheurs à Dieu. Au sens courant, un réveil de la religion dans une localité, c'est le sursaut, la vivification et le relèvement de l'Église plus ou moins rétrograde, et l'éveil plus ou moins général de toutes les classes de la société, qui assure l'attention aux droits de Dieu.

Il suppose que l'Église est tombée dans un état rétrograde ; et un réveil consiste dans le retour d'une Église de ses égarements, et dans la conversion des pécheurs.

1. Un réveil comprend toujours une conviction de péché de la part de l'Église. Les chrétiens de profession rétrogrades ne peuvent pas se réveiller et se mettre d'emblée au service de Dieu sans de profonds examens de cœur. Il faut que les sources du péché soient brisées. Dans un vrai réveil, les chrétiens sont toujours amenés sous une telle conviction ; ils voient leurs péchés sous un tel jour que souvent il leur est impossible de garder l'espérance d'être agréés de Dieu. Cela ne va pas toujours jusque-là ; mais il y a toujours, dans un réveil authentique, de profondes convictions de péché, et souvent des cas où l'on abandonne toute espérance.

2. Les chrétiens rétrogrades seront amenés à la repentance. Un réveil n'est rien d'autre qu'un nouveau commencement d'obéissance à Dieu. Exactement comme dans le cas du pécheur converti, le premier pas est une repentance profonde, un brisement du cœur, un abaissement dans la poussière devant Dieu, avec une profonde humilité, et l'abandon du péché.

3. La foi des chrétiens sera renouvelée. Tant qu'ils sont dans leur état rétrograde, ils sont aveugles sur l'état des pécheurs. Leur cœur est dur comme le marbre. Les vérités de la Bible ne leur paraissent qu'un rêve. Ils reconnaissent que tout cela est vrai ; leur conscience et leur jugement y donnent leur assentiment ; mais leur foi ne les voit pas se dresser en plein relief, dans toutes les brûlantes réalités de l'éternité. Mais quand ils entrent dans un réveil, ils ne voient plus les hommes « comme des arbres, et qui marchent » (Marc 8,24) : ils voient les choses sous cette vive lumière qui renouvellera l'amour de Dieu dans leur cœur. Cela les poussera à travailler avec zèle pour amener les autres à lui. Ils seront affligés que d'autres n'aiment pas Dieu, alors qu'eux-mêmes l'aiment tant. Et ils s'appliqueront avec émotion à persuader leurs voisins de lui donner leur cœur. Ainsi leur amour pour les hommes sera renouvelé. Ils seront remplis d'un amour tendre et brûlant pour les âmes. Ils auront un ardent désir du salut du monde entier. Ils seront dans l'angoisse pour des personnes qu'ils désirent voir sauvées : leurs amis, leurs parents, leurs ennemis. Non seulement ils les presseront de donner leur cœur à Dieu, mais ils les porteront à Dieu dans les bras de la foi et, avec de grands cris et avec larmes, ils supplieront Dieu d'avoir pitié d'eux et de sauver leurs âmes des flammes éternelles.

4. Un réveil brise la puissance du monde et du péché sur les chrétiens. Il les élève sur un terrain si avantageux qu'ils reçoivent un nouvel élan vers le ciel. Ils ont un nouvel avant-goût du ciel et de nouveaux désirs d'union avec Dieu ; le charme du monde est rompu, et la puissance du péché vaincue.

5. Quand les Églises sont ainsi réveillées et réformées, la réforme et le salut des pécheurs suivront, en passant par les mêmes étapes de conviction, de repentance et de réforme. Leur cœur sera brisé et changé. Très souvent, les débauchés les plus perdus sont parmi ceux qui sont touchés. Prostituées, ivrognes, incrédules, et toutes sortes de gens perdus sont réveillés et convertis. Les pires des êtres humains sont adoucis, relevés, et deviennent d'aimables exemples de la beauté de la sainteté.

III. JE DOIS CONSIDÉRER LES AGENTS EMPLOYÉS POUR FAIRE AVANCER UN RÉVEIL DE LA RELIGION.

D'ordinaire, trois agents sont employés dans l'œuvre de la conversion, et un instrument. Les agents sont Dieu, une personne qui applique la vérité à l'esprit, et le pécheur lui-même. L'instrument est la vérité. Il y a toujours deux agents, Dieu et le pécheur, employés et actifs dans tout cas de conversion véritable.

1. L'action de Dieu est double : par sa providence et par son Esprit.

(1.) Par son gouvernement providentiel, il dispose les événements de manière à mettre en contact l'esprit du pécheur et la vérité. Il amène le pécheur là où la vérité atteint ses oreilles ou ses yeux. Il est souvent intéressant de suivre la manière dont Dieu dispose les événements pour y parvenir, et comment il fait parfois que tout semble favoriser un réveil. Le temps qu'il fait, l'état de la santé publique et d'autres circonstances concourent à rendre tout exactement propice à l'application de la vérité avec la plus grande efficacité possible. Comme il envoie parfois un prédicateur juste au moment où l'on a besoin de lui ! Comme il fait ressortir une vérité particulière juste au moment où la personne qu'elle est faite pour atteindre se trouve là pour l'entendre !

(2.) L'action particulière de Dieu par son Saint-Esprit. Ayant directement accès à l'esprit, et connaissant parfaitement toute l'histoire et l'état de chaque pécheur, il emploie la vérité la mieux adaptée à son cas particulier, puis il la fait pénétrer avec une puissance divine. Il lui donne une telle vivacité, une telle force et une telle puissance que le pécheur tremble, jette ses armes de rebelle et se tourne vers le Seigneur. Sous son influence, la vérité brûle et se fraie un chemin comme le feu. Il fait apparaître la vérité sous de tels aspects qu'elle écrase l'homme le plus orgueilleux sous le poids d'une montagne. Si les hommes étaient disposés à obéir à Dieu, la vérité est donnée assez clairement dans la Bible ; et par la prédication ils pourraient apprendre tout ce qu'il leur est nécessaire de savoir. Mais parce qu'ils sont tout à fait opposés à lui obéir, Dieu la rend claire devant leur esprit et répand dans leur âme un flot de lumière convaincante auquel ils ne peuvent résister ; ils y cèdent, obéissent à Dieu et sont sauvés.

2. L'action des hommes est ordinairement employée. Les hommes ne sont pas de simples instruments entre les mains de Dieu. C'est la vérité qui est l'instrument. Le prédicateur est un agent moral dans cette œuvre ; il agit ; il n'est pas un simple instrument passif ; il travaille volontairement à la conversion des pécheurs.

3. L'action du pécheur lui-même. La conversion d'un pécheur consiste à obéir à la vérité. Il est donc impossible qu'elle ait lieu sans son action, car elle consiste à bien agir. Il y est poussé par l'action de Dieu et par l'action des hommes. Les hommes agissent sur leurs semblables, non seulement par la parole, mais par leurs regards, leurs larmes, leur conduite de chaque jour. Voyez cet homme impénitent, là, qui a une femme pieuse. Ses regards mêmes, sa tendresse, sa dignité grave et compatissante, adoucie et façonnée à l'image du Christ, sont pour lui un sermon de tous les instants. Il est obligé de détourner sa pensée, tant c'est pour lui un reproche. Il sent un sermon qui lui résonne aux oreilles toute la journée.

Les hommes ont l'habitude de lire sur le visage de leurs voisins. Les pécheurs lisent souvent dans les yeux d'un chrétien l'état de son âme. Si ses yeux sont pleins de légèreté, ou de soucis et de calculs mondains, les pécheurs le lisent. S'ils sont pleins de l'Esprit de Dieu, les pécheurs le lisent ; et ils sont souvent amenés à la conviction de péché simplement en voyant le visage des chrétiens.

Un jour, quelqu'un entra dans une manufacture pour en voir les machines. Son esprit était grave, car il venait d'un endroit où il y avait un réveil. Les gens qui travaillaient là le connaissaient tous de vue, et savaient qui il était. Une jeune fille qui était à son ouvrage le vit, chuchota à sa compagne quelque remarque sotte, et rit. L'homme s'arrêta et la regarda avec un sentiment de tristesse. Elle s'arrêta ; son fil se rompit, et elle était si troublée qu'elle ne put le renouer. Elle regarda par la fenêtre pour se remettre, puis essaya de nouveau ; encore et encore, elle s'efforça de reprendre son sang-froid. À la fin, elle s'assit, vaincue par son émotion. L'homme s'approcha alors et lui parla ; elle montra bientôt un profond sentiment de son péché. Ce sentiment se répandit dans l'établissement comme un feu, et en quelques heures presque toutes les personnes qui y étaient employées étaient sous la conviction de péché, à tel point que le propriétaire, quoique homme du monde, en fut stupéfait et demanda qu'on arrête les machines pour tenir une réunion de prière ; car, disait-il, il était bien plus important que ces gens soient convertis que de faire tourner l'usine. Et en quelques jours, le propriétaire et presque toutes les personnes employées dans l'établissement furent, selon toute espérance, convertis. L'œil de cet homme, son visage grave, sa compassion avaient repris la légèreté de la jeune femme et l'avaient amenée à la conviction de péché ; et tout ce réveil sortit, probablement pour une grande part, d'un incident aussi petit.

Si les chrétiens éprouvent eux-mêmes des sentiments profonds au sujet de la religion, ils produiront des sentiments profonds partout où ils iront. Et s'ils sont froids, ou légers et frivoles, ils détruisent inévitablement tout sentiment profond, même chez les pécheurs réveillés.

J'ai connu autrefois le cas d'une personne qui était très inquiète pour son âme ; mais un jour j'eus la peine de constater que sa conviction de péché semblait entièrement dissipée. Je lui demandai ce qu'elle avait fait. Elle me dit qu'elle avait passé l'après-midi en tel endroit, avec des chrétiens de profession, sans penser que passer un après-midi avec des chrétiens de profession dissiperait ses convictions. Mais ils étaient frivoles et vains, et ainsi ses convictions se perdirent. Et sans doute ces chrétiens de profession, par leur folie, ont perdu une âme, car ses convictions ne revinrent pas.

L'Église a l'obligation d'employer les moyens pour la conversion des pécheurs. On ne peut pas dire proprement que les pécheurs emploient les moyens pour leur propre conversion. C'est l'Église qui emploie les moyens. Ce que font les pécheurs, c'est se soumettre à la vérité ou lui résister. Les pécheurs se trompent quand ils pensent employer des moyens pour leur propre conversion. Toute l'orientation d'un réveil, et tout ce qui s'y rattache, a pour but de présenter la vérité à votre esprit, pour que vous y obéissiez ou que vous y résistiez.

REMARQUES.

1. Autrefois, on considérait les réveils comme des miracles. Et certains l'ont fait, même de nos jours. D'autres ont sur ce sujet des idées si vagues et si peu satisfaisantes que, s'ils voulaient seulement réfléchir, ils en verraient l'absurdité. Pendant longtemps, l'Église a pensé qu'un réveil était un miracle, une intervention de la puissance divine où elle n'avait aucune part, et qu'elle ne contribuait pas plus à produire que le tonnerre, une averse de grêle ou un tremblement de terre. Ce n'est que depuis quelques années que les pasteurs, en général, pensent qu'on doit favoriser les réveils par l'emploi de moyens conçus et adaptés spécialement à ce but.

Même en Nouvelle-Angleterre, on a pensé que les réveils venaient exactement comme les averses, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, et que les pasteurs et les Églises ne pouvaient pas plus les produire qu'ils ne pouvaient faire tomber la pluie sur leur propre ville quand elle tombait sur une ville voisine.

On pensait autrefois qu'un réveil viendrait à peu près une fois tous les quinze ans, que tous ceux que Dieu avait l'intention de sauver seraient alors convertis, et qu'il faudrait ensuite attendre qu'une autre moisson monte sur la scène de la vie. Finalement, le délai fut réduit à cinq ans, et l'on pensa qu'il pourrait y avoir un réveil à peu près aussi souvent.

J'ai entendu raconter un fait au sujet de l'un de ces pasteurs qui pensaient que les réveils pouvaient venir à peu près une fois tous les cinq ans. Il y avait eu un réveil dans son assemblée. L'année suivante, il y eut un réveil dans une ville voisine ; il alla y prêcher et y resta plusieurs jours, jusqu'à ce que son âme fût tout entière engagée dans l'œuvre. Il rentra chez lui le samedi et se retira dans son cabinet de travail pour se préparer au dimanche. Et son âme était dans l'angoisse. Il pensait au nombre d'adultes de son assemblée qui étaient en inimitié avec Dieu : tant encore d'inconvertis ; tant de personnes qui meurent chaque année ; telle proportion d'entre elles inconverties ; si un réveil ne vient pas d'ici cinq ans, tant de chefs de famille adultes seront en enfer. Il mit ses calculs par écrit et les fit entrer dans son sermon du lendemain, le cœur saignant devant ce tableau effrayant. D'après ce que j'ai compris, il ne le fit pas dans l'attente d'un réveil, mais il était profondément ému, et il répandit son cœur devant son peuple. Et ce sermon réveilla quarante chefs de famille, et un puissant réveil s'ensuivit ; et ainsi sa théorie d'un réveil tous les cinq ans vola en éclats.

C'est ainsi que Dieu a renversé, d'une manière générale, la théorie selon laquelle les réveils sont des miracles.

2. Des idées fausses sur la souveraineté de Dieu ont beaucoup entravé les réveils.

Beaucoup de gens se sont fait de la souveraineté de Dieu une idée très différente de ce qu'elle est. Ils se sont imaginé qu'elle consistait à disposer des événements, et en particulier du don de son Esprit, d'une manière si arbitraire qu'elle exclurait l'emploi raisonnable de moyens pour favoriser un réveil de la religion. Mais rien dans la Bible ne prouve que Dieu exerce une telle souveraineté. Il n'y a aucun fait pour le prouver. Au contraire, tout montre que Dieu a lié les moyens à la fin dans tous les domaines de son gouvernement, dans la nature comme dans la grâce. Il n'y a aucun événement naturel auquel sa propre action ne prenne part. Il n'a pas construit la création comme une immense machine qui marcherait toute seule sans qu'il s'en occupe davantage. Il ne s'est pas retiré de l'univers pour le laisser fonctionner par lui-même. C'est là du pur athéisme. Il exerce une surveillance et une direction universelles. Et pourtant tout événement de la nature a été amené par des moyens. Il n'administre ni la providence ni la grâce avec cette sorte de souveraineté qui dispense de l'emploi des moyens. Il n'y a pas plus de souveraineté dans l'une que dans l'autre.

Et pourtant certaines personnes s'alarment terriblement de tout effort direct pour favoriser un réveil, et s'écrient : « Vous essayez de susciter un réveil par vos propres forces. Prenez garde, vous empiétez sur la souveraineté de Dieu. Mieux vaut suivre le cours habituel des choses et laisser Dieu donner un réveil quand il le jugera bon. Dieu est souverain, et vous avez grand tort d'entreprendre de susciter un réveil simplement parce que vous pensez qu'un réveil est nécessaire. » C'est exactement la prédication que veut le diable. Et les hommes ne peuvent faire plus efficacement l'œuvre du diable qu'en prêchant la souveraineté de Dieu comme une raison de ne pas faire d'efforts pour produire un réveil.

3. Vous voyez l'erreur de ceux qui commencent à penser que la religion peut être mieux avancée dans le monde sans réveils, et qui sont disposés à renoncer à tout effort pour produire des éveils religieux. Parce que de grandes émotions religieuses ont, dans certains cas, entraîné des maux, ils sont d'avis qu'il vaut mieux s'en passer entièrement. Cela ne peut pas être, et ne doit pas être. Il est vrai qu'il y a un danger d'abus. Dans les cas de grandes émotions, religieuses ou autres, on doit naturellement s'attendre à des maux accessoires plus ou moins nombreux. Mais ce n'est pas une raison pour y renoncer. Les meilleures choses sont toujours exposées aux abus. De grands et nombreux maux sont nés du gouvernement providentiel et du gouvernement moral de Dieu. Mais ces déformations et ces maux, prévus d'avance, n'ont pas été considérés comme une raison suffisante pour y renoncer. Car l'établissement de ces gouvernements était, tout bien considéré, ce qu'on pouvait faire de mieux pour produire la plus grande somme de bonheur. De même pour les réveils de la religion : on constate par expérience que, dans l'état présent du monde, la religion ne peut être avancée dans une mesure appréciable sans eux. Les maux dont on se plaint parfois, quand ils sont réels, sont accessoires, et de peu d'importance comparés à la somme de bien que produisent les réveils. L'Église ne devrait pas admettre un seul instant l'idée qu'on puisse renoncer aux réveils. Cette idée est chargée de tous les dangers pour les intérêts de Sion, elle est la mort de l'œuvre des missions, et elle entraîne à sa suite la damnation du monde.

Enfin, j'ai une proposition à vous faire, à vous qui êtes ici présents. Je n'ai pas commencé cette série de discours sur les réveils pour bâtir une curieuse théorie personnelle sur le sujet. Je ne voudrais pas dépenser mon temps et mes forces simplement pour vous donner des instructions, satisfaire votre curiosité et vous fournir de quoi parler. Je n'ai pas l'intention de simplement discourir sur les réveils. Mon but n'est pas de prêcher de telle sorte qu'à la fin vous puissiez dire : « Maintenant, nous savons tout sur les réveils », tandis que vous ne faites rien. Mais je veux vous poser une question. Pourquoi venez-vous entendre des discours sur les réveils ? Avez-vous l'intention, chaque fois que vous serez convaincus de votre devoir pour favoriser un réveil, de vous mettre à l'œuvre et de le pratiquer ?

Suivrez-vous les instructions que je vous donnerai d'après la Parole de Dieu, et les mettrez-vous en pratique dans votre propre vie ? Les appliquerez-vous à vos familles, à vos connaissances, à vos voisins, et dans toute la ville ? Ou bien passerez-vous l'hiver à apprendre des choses sur les réveils sans rien faire pour eux ? Je veux qu'à mesure que vous apprenez quelque chose au sujet des réveils, vous le mettiez en pratique, que vous vous mettiez à l'œuvre et que vous voyiez si vous ne pouvez pas favoriser un réveil parmi les pécheurs d'ici. Si vous ne voulez pas le faire, je souhaite que vous me le disiez dès le début, afin que je ne gaspille pas mes forces. Vous devez décider maintenant si vous le ferez ou non. Vous savez que nous appelons les pécheurs à décider sur-le-champ s'ils obéiront à l'Évangile. Et nous n'avons pas plus le droit de vous laisser prendre du temps pour délibérer si vous obéirez à Dieu que nous n'avons le droit de le laisser faire aux pécheurs. Nous vous appelons à vous unir maintenant dans un engagement solennel envers Dieu, à faire votre devoir à mesure que vous apprendrez quel il est, et à prier pour qu'il répande son Esprit sur cette Église et sur toute la ville cet hiver.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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