Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 16
La justification par la foi
Sachant que ce n'est pas par les œuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. (Galates 2,16)
Cette dernière pensée est exprimée dans les mêmes termes au troisième chapitre de l'Épître aux Romains. Le sujet du présent discours, comme je l'ai annoncé la semaine dernière, est la justification par la foi. Voici l'ordre que je me propose de suivre :
I. Montrer ce qu'est la justification par la loi, ou justification légale.
II. Montrer que nulle chair ne peut être justifiée par les œuvres de la loi.
III. Montrer ce qu'est la justification selon l'Évangile.
IV. Montrer quel est l'effet de la justification selon l'Évangile, autrement dit dans quel état elle place celui qui est justifié.
V. Montrer que la justification selon l'Évangile se fait par la foi.
VI. Répondre à quelques questions que beaucoup se posent sur ce sujet.
I. Je dois montrer ce qu'est la justification légale.
1. Dans son sens juridique général, elle signifie : non coupable. Justifier quelqu'un en ce sens, c'est déclarer qu'il n'est coupable d'aucune violation de la loi. C'est affirmer qu'il n'a commis aucun crime. C'est le déclarer innocent.
2. Dans un sens plus technique, c'est une manière de se défendre contre l'accusation d'un crime : l'accusé reconnaît le fait, mais avance une excuse par laquelle il soutient qu'il avait le droit d'agir comme il l'a fait, ou qu'il n'est pas à blâmer. Ainsi, quand un homme est accusé de meurtre, la défense par justification reconnaît qu'il a tué l'homme, mais allègue, soit qu'il l'a fait en état de légitime défense et qu'il avait le droit de le tuer, soit que c'est arrivé par un accident inévitable et qu'il n'y pouvait rien. Dans un cas comme dans l'autre, la défense par justification reconnaît le fait, mais nie la culpabilité, en invoquant une excuse suffisante.
II. Je dois montrer que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. Et cela est vrai sous l'une comme sous l'autre forme de justification.
1. Sous la première forme, la forme générale. Dans ce cas, la charge de la preuve incombe à l'accusateur, qui est tenu de prouver les faits reprochés. Et il lui suffit de prouver qu'un crime a été commis une seule fois. Si c'est prouvé une seule fois, l'homme est coupable. Il ne peut pas, de cette manière, être justifié par la loi. Il est déclaré coupable. Il ne lui sert à rien de faire valoir qu'il a fait plus de bien que de mal, ou qu'il a observé la loi de Dieu plus longtemps qu'il ne l'a violée : il faut qu'il établisse qu'il en a accompli le moindre iota et le moindre trait de lettre. Qui peut être justifié par la loi de cette manière ? Personne.
2. Ni sous la seconde forme, la forme technique. Dans ce cas, la charge de la preuve incombe à celui qui présente la défense. Quand il plaide la justification, il reconnaît le fait allégué ; il doit donc prouver le bien-fondé de son excuse, ou bien il succombe. Il y a deux points à considérer. Ce qu'on invoque comme excuse doit être vrai, et ce doit être une excuse, une justification, valable et suffisante, non une explication frivole, ou qui ne répond pas à l'accusation. Si elle n'est pas vraie, ou si elle est insuffisante, et surtout si elle met en cause le tribunal ou le gouvernement, c'est une aggravation infâme de l'offense. Vous verrez tout à l'heure la portée de cette remarque.
Je vais maintenant citer quelques-unes des principales raisons que les pécheurs ont l'habitude d'invoquer pour se justifier ; je montrerai quelle est la vraie nature et la vraie portée de ces excuses, et sous quel jour elles paraissent devant Dieu. Je n'ai pas le temps de nommer toutes ces défenses ; je m'en tiendrai à deux de chacune des catégories que j'ai décrites : celles qui seraient bonnes si elles étaient vraies, et celles qui sont vraies mais ne servent à rien.
(1.) Les pécheurs invoquent souvent, pour se justifier, leur nature pécheresse.
Cette excuse est bonne, si elle est vraie. S'il est vrai, comme ils le prétendent, que Dieu leur a donné une nature qui est elle-même pécheresse, et que les actes nécessaires de cette nature sont péché, c'est une bonne excuse pour le péché, et à la face du ciel et de la terre, au jour du jugement, ce sera une bonne défense pour se justifier. Il faudrait que Dieu anéantisse la raison de tout l'univers des êtres raisonnables pour qu'ils vous blâment jamais de pécher, si c'est Dieu qui vous a fait pécher, ou s'il vous a donné une nature qui est elle-même pécheresse. Comment votre nature pourrait-elle être pécheresse ? Qu'est-ce que le péché ? Le péché est la transgression de la loi. Il n'y a pas d'autre péché que celui-là. Or, la loi dit-elle que vous ne devez pas avoir la nature que vous avez ? Rien de tel.
En réalité, cette doctrine néglige la distinction entre le péché et l'occasion du péché. Les appétits du corps et les sensibilités naturelles du corps et de l'esprit, quand elles sont fortement excitées, deviennent l'occasion du péché. Il en fut ainsi d'Adam. Personne ne dira qu'Adam avait une nature pécheresse. Mais il avait, de par sa constitution, l'appétit de la nourriture et le désir de la connaissance. Ces choses n'étaient pas coupables ; elles étaient telles que Dieu les avait faites, et elles étaient nécessaires pour le rendre apte à vivre en ce monde comme sujet du gouvernement moral de Dieu ; mais, fortement excitées, comme vous le savez, elles l'ont conduit à une satisfaction défendue, et sont ainsi devenues les occasions de son péché contre Dieu. Elles étaient innocentes en elles-mêmes, mais il y a cédé d'une manière coupable, et c'est en cela qu'a consisté son péché. Quand le pécheur parle de sa nature pécheresse pour se justifier, il confond ces appétits et ces sensibilités innocentes avec le péché lui-même. Ce faisant, il accuse en fait Dieu de folie, et lui reproche de lui avoir donné une nature pécheresse, alors qu'en réalité sa nature, dans tous ses éléments, est indispensable à un être moralement responsable, et que Dieu l'a faite aussi bien qu'elle pouvait l'être, parfaitement adaptée aux circonstances dans lesquelles l'homme vit en ce monde. La vérité est que la nature de l'homme est tout à fait bonne, et qu'elle est aussi bien faite pour aimer Dieu et lui obéir que pour le haïr et lui désobéir. Pécheur ! le jour n'est pas loin où l'on saura si cette excuse est bonne ou non. Vous verrez alors si vous pouvez tenir tête de cette manière à votre Créateur, et, quand il vous accusera de péché, vous retourner contre lui et lui renvoyer la faute.
Vous demandez quelle influence le péché d'Adam a donc eue dans le péché de ses descendants ? Je réponds qu'il les a exposés à des tentations plus fortes, mais qu'il n'a nullement rendu leur nature pécheresse en elle-même.
2. Une autre excuse de la même catégorie est l'incapacité. Elle aussi est une bonne excuse, si elle est vraie. Si les pécheurs sont réellement incapables d'obéir à Dieu, c'est une bonne défense pour se justifier. Quand on vous accuse de péché parce que vous n'obéissez pas aux lois de Dieu, vous n'avez qu'à montrer, si vous le pouvez, par de bonnes preuves, que Dieu a exigé ce que vous n'étiez pas capable de faire, et tout l'univers des êtres intelligents retentira du verdict : « Non coupable. » Si vous n'avez pas le pouvoir naturel d'obéir à Dieu, ils doivent rendre ce verdict, ou cesser d'être des êtres raisonnables. Car c'est une loi première de la raison que nul être n'a le devoir de faire ce qu'il n'a pas le pouvoir de faire.
Supposez que Dieu exige de vous que vous défassiez une chose que vous avez faite. C'est là, chacun le voit, une impossibilité naturelle. Êtes-vous donc coupable de ne pas le faire ? Dieu exige la repentance des péchés passés, et non que vous les défassiez. Supposez maintenant qu'il ait été votre devoir, le premier janvier, d'avertir une certaine personne, qui est morte aujourd'hui. Êtes-vous tenu d'avertir cette personne ? Non. C'est une impossibilité. Tout ce que Dieu peut exiger maintenant, c'est que vous vous repentiez. Il ne peut plus jamais être votre devoir, désormais, d'avertir ce pécheur. Dieu peut vous tenir pour responsable de n'avoir pas fait votre devoir envers lui quand c'était en votre pouvoir. Mais il serait absurde de vous faire un devoir de ce qui n'est pas en votre pouvoir. Cette défense, étant fausse et rejetant sur Dieu le blâme de la tyrannie, est une aggravation infâme de l'offense. Si Dieu exige de vous ce que vous n'avez pas le pouvoir de faire, c'est de la tyrannie. Et ce que Dieu exige, il l'exige sous peine de mort éternelle : il menace d'une peine infinie celui qui ne fait pas ce qu'il n'a pas le pouvoir de faire, et il est donc un tyran infini. Cette défense accuse donc Dieu d'une tyrannie infinie ; non seulement elle ne suffit pas à justifier le pécheur, mais elle est une horrible aggravation de son offense.
Modifions un peu le cas. Supposez que Dieu exige de vous que vous vous repentiez de n'avoir pas fait ce que vous n'avez jamais eu la capacité naturelle de faire. Il vous faudrait alors, ou bien vous repentir de n'avoir pas fait ce que vous n'aviez pas le pouvoir naturel de faire, ou bien aller en enfer. Or, vous ne pouvez pas vous en repentir, et il ne peut pas non plus vous amener à vous en repentir. Qu'est-ce que la repentance ? C'est se condamner soi-même et donner raison à Dieu. Mais si vous n'aviez pas le pouvoir, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre. Il est naturellement impossible qu'un être raisonnable se condamne jamais de n'avoir pas fait ce qu'il sait n'avoir pas eu le pouvoir de faire. Et vous ne pouvez pas non plus donner raison à Dieu. Tant que les lois de l'esprit ne seront pas renversées, tous les êtres intelligents ne pourront que déclarer qu'exiger ce qu'on n'a aucun pouvoir d'accomplir est une tyrannie infinie.
Supposez que Dieu vous appelle à rendre compte, et exige que vous vous repentiez de ne pas voler dans les airs. Par quel moyen pourrait-il vous amener à vous condamner de ne pas voler, quand vous savez que vous n'avez pas d'ailes, et aucun pouvoir de voler ? S'il pouvait vous tromper au point de vous faire croire que vous en aviez le pouvoir, et vous faire croire un mensonge, alors vous pourriez vous repentir. Mais quelle manière serait-ce, pour Dieu, d'agir envers ses créatures ?
Que voulez-vous dire, pécheur, en apportant une telle excuse ? Voulez-vous faire admettre que vous n'avez jamais péché ? C'est une étrange contradiction que la vôtre, quand vous reconnaissez que vous devriez vous repentir, et dites l'instant d'après que vous n'avez pas le pouvoir de vous repentir. Vous devriez choisir votre position, d'un côté ou de l'autre. Si vous avez l'intention de vous appuyer sur cette excuse, allez jusqu'au bout, prenez position devant le tribunal de Dieu, et dites : « Seigneur, je ne me repentirai pas du tout ; je n'ai aucune obligation de me repentir, car je n'ai pas le pouvoir d'obéir à ta loi ; c'est pourquoi je plaide non coupable, absolument, car je n'ai jamais péché ! »
De laquelle de ces manières l'un de vous peut-il être justifié ? Allez-vous, oserez-vous, prendre position sur cette excuse et renvoyer la faute à Dieu ?
3. Une autre excuse que les pécheurs donnent pour leur impénitence persistante, c'est leur cœur mauvais.
Cette excuse est vraie, mais elle n'est pas suffisante. Les deux premières que j'ai citées, vous vous en souvenez, auraient été bonnes si elles avaient été vraies, mais elles étaient fausses. Celle-ci est vraie, mais n'est pas une excuse. Qu'est-ce qu'un cœur mauvais ? Ce n'est pas l'organe du corps que nous appelons le cœur, mais les affections de l'âme, la disposition mauvaise, les sentiments mauvais, les actes de l'esprit. Si cela vous justifie, cela justifiera le diable lui-même. N'a-t-il pas un cœur aussi mauvais que le vôtre ? Supposez que vous ayez commis un meurtre, qu'on vous fasse passer en jugement, et que vous présentiez cette défense. « C'est vrai, diriez-vous, j'ai tué cet homme ; mais voyez-vous, j'ai une telle soif de sang et une telle haine du genre humain que je ne peux m'empêcher de commettre un meurtre chaque fois que j'en ai l'occasion. » « Horrible ! s'écrierait le juge. Horrible ! Qu'on dresse la potence sur-le-champ, et que cet individu soit pendu avant que je quitte mon siège ; un pareil misérable ne doit pas vivre une heure de plus. Quelle défense ! Mais c'est justement la raison pour laquelle il doit être pendu : s'il a une telle soif de sang, personne n'est en sécurité. » Telle est la défense du pécheur qui invoque son cœur mauvais pour justifier son péché. « Je te juge sur tes paroles, méchant serviteur. »
4. Une autre grande excuse que les gens avancent, c'est la conduite des chrétiens.
Demandez à bien des hommes parmi vos voisins pourquoi ils ne sont pas convertis, et ils vous désigneront aussitôt la conduite des chrétiens comme leur excuse. « Ces chrétiens, diront-ils, ne valent pas mieux que les autres ; quand je les verrai vivre conformément à ce qu'ils professent, je penserai qu'il est temps pour moi de m'occuper de religion. » Un tel homme se cache ainsi derrière les péchés des chrétiens. Il montre qu'il sait comment les chrétiens devraient vivre, et ne peut donc pas invoquer l'ignorance comme cause de son péché. Mais que vaut cela comme motif de justification ? Je reconnais le fait : les chrétiens se conduisent très mal, et font beaucoup de choses tout à fait contraires à leur profession. Mais est-ce une bonne excuse pour vous ? Bien loin de là, c'est en soi l'une des plus fortes raisons pour lesquelles vous devriez être converti. Vous savez si bien comment les chrétiens devraient vivre que vous êtes tenu de donner l'exemple. Si vous les aviez suivis par ignorance, faute de savoir mieux, et étiez tombé dans le péché de cette manière, ce serait autre chose. Mais votre défense, telle qu'elle est, montre que vous saviez qu'ils ont tort, ce qui est justement la raison pour laquelle vous devriez, vous, avoir raison, et exercer une meilleure influence que la leur. Au lieu de les suivre et de mal faire parce qu'ils font mal, vous devriez rompre avec eux, les reprendre, prier pour eux, et tâcher de les conduire dans un meilleur chemin. Cette excuse est donc vraie quant au fait, mais elle ne sert à rien pour vous justifier. Vous n'en faites qu'un prétexte pour accuser Dieu de folie, et loin de vous blanchir, elle ne fait qu'ajouter à votre culpabilité terrible et damnable. Belle défense, vraiment, que de se mettre à l'abri derrière quelque diacre ou quelque ancien de l'Église pour décocher de là contre Dieu vos flèches de malice et de chicane !
Qui d'entre vous, donc, peut être justifié par la loi ? Qui l'a observée ? Qui a une bonne excuse pour l'avoir violée ? Qui ose se présenter au tribunal de Dieu avec ces défenses, et paraître devant son Créateur avec de telles excuses ?
III. Je dois montrer ce qu'est la justification selon l'Évangile.
Premièrement, négativement.
1. La justification selon l'Évangile n'est pas la justice de Jésus-Christ imputée.
Sous l'Évangile, les pécheurs ne sont pas justifiés parce que l'obéissance de Jésus-Christ serait portée à leur compte, comme s'il avait obéi à la loi pour eux, ou à leur place. C'est une erreur assez répandue de supposer que, lorsque les pécheurs sont justifiés sous l'Évangile, ils sont tenus pour justes aux yeux de la loi parce que l'obéissance ou la justice de Christ leur est imputée. Je n'ai pas le temps d'examiner ce sujet maintenant. Je puis seulement dire que cette idée est absurde et impossible, pour la raison que Jésus-Christ était tenu d'obéir à la loi pour lui-même, et ne pouvait pas plus que quiconque accomplir des œuvres surérogatoires, c'est-à-dire obéir pour notre compte. N'était-ce pas son devoir d'aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée et de toute sa force, et d'aimer son prochain comme lui-même ? Certainement ; et s'il ne l'avait pas fait, c'eût été un péché. La seule œuvre surérogatoire qu'il pouvait accomplir, c'était de se soumettre à des souffrances qu'il n'avait pas méritées. C'est ce qu'on appelle son obéissance jusqu'à la mort, et c'est cela qui est porté à notre compte. Mais si son obéissance à la loi est portée à notre compte, pourquoi sommes-nous appelés à nous repentir et à obéir nous-mêmes à la loi ? Dieu exige-t-il un double service, que dis-je, un triple service : d'abord que la loi soit obéie pour nous par notre garant, ensuite qu'il subisse la peine pour nous, et enfin que nous nous repentions et obéissions nous-mêmes ? Rien de tel n'est exigé. Il n'est pas requis que l'obéissance d'un autre nous soit imputée. Tout ce que nous devons, c'est une obéissance perpétuelle à la loi de bienveillance. Et à cela, rien ne peut se substituer. Si nous y manquons, il nous faut subir la peine, ou recevoir un pardon gratuit.
2. La justification par la foi ne signifie pas que la foi est acceptée en remplacement de la sainteté personnelle, ou que, par une disposition arbitraire, la foi nous est imputée au lieu de l'obéissance personnelle à la loi.
Certains pensent que la justification consiste en ceci : la nécessité de la sainteté personnelle est mise de côté, Dieu dispense arbitrairement de ce qu'exige la loi et impute la foi en remplacement. Mais ce n'est pas ainsi. La foi est comptée pour exactement ce qu'elle est, et non pour autre chose qu'elle n'est pas. La foi d'Abraham lui fut imputée à justice parce qu'elle était elle-même un acte de justice, et parce qu'elle agissait par l'amour et produisait ainsi la sainteté. La foi qui justifie est sainteté, dans la mesure où elle va, elle produit la sainteté du cœur et de la vie, et elle est imputée au croyant comme sainteté, et non au lieu de la sainteté.
La justification par la foi n'implique pas non plus que le pécheur soit justifié par la foi sans les bonnes œuvres, ou sans la sainteté personnelle.
Certains pensent que la justification par la foi seule ne tient aucun compte des bonnes œuvres ni de la sainteté. Ils l'ont compris ainsi d'après ce qu'a dit Paul, lorsqu'il insiste si longuement sur la justification par la foi. Mais il faut se rappeler que Paul combattait l'erreur des Juifs, qui comptaient être justifiés en obéissant à la loi. À l'encontre de cette erreur, Paul affirme avec insistance que la justification vient de la foi, sans les œuvres de la loi. Il ne veut pas dire que les bonnes œuvres sont inutiles à la justification, mais que les œuvres de la loi ne sont pas de bonnes œuvres, parce qu'elles naissent de considérations légales, de l'espérance et de la crainte, et non de la foi qui agit par l'amour. Mais comme une fausse théorie s'était glissée dans l'Église de l'autre côté, Jacques reprit la question et montra qu'on avait mal compris Paul. Et pour le montrer, il prend le cas d'Abraham : « Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres la foi fut rendue parfaite. Ainsi s'accomplit ce que dit l'Écriture : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. » On a cru que cette épître contredisait Paul, et certaines Églises anciennes l'ont rejetée pour cette raison. Mais elles n'ont pas vu que Paul parlait d'une sorte d'œuvres, et Jacques d'une autre. Paul parlait des œuvres accomplies par des motifs légaux. Mais il a partout affirmé que les bonnes œuvres qui naissent de la foi, autrement dit la justice de la foi, sont indispensables au salut. Tout ce qu'il nie, c'est que les œuvres de la loi, c'est-à-dire les œuvres fondées sur des motifs légaux, aient quoi que ce soit à voir avec la justification. Et Jacques enseigne la même chose, quand il enseigne que les hommes sont justifiés, non par les œuvres, ni par la foi seule, mais par la foi accompagnée des œuvres de la foi ; ou, comme le dit Paul, par la foi qui agit par l'amour. Vous voudrez bien vous rappeler que je parle de la justification selon l'Évangile, qui est très différente de la justification légale.
Deuxièmement, positivement.
4. La justification selon l'Évangile, ou justification par la foi, consiste dans le pardon et dans l'acceptation auprès de Dieu.
Quand nous disons que les hommes sont justifiés par la foi et la sainteté, nous ne voulons pas dire qu'ils sont acceptés sur le fondement de la loi, mais qu'ils sont traités comme s'ils étaient justes, à cause de leur foi et des œuvres de la foi. C'est la méthode que Dieu suit pour justifier un pécheur. Non que la foi soit le fondement de la justification. Le fondement est en Christ. Mais voici de quelle manière les pécheurs sont pardonnés, acceptés et justifiés : s'ils se repentent, croient et deviennent saints, leurs péchés passés leur seront pardonnés, à cause de Christ.
On voit ici en quoi la justification sous l'Évangile diffère de la justification sous la loi. La justification légale est une déclaration d'innocence réelle et d'absence de toute faute. La justification selon l'Évangile est un pardon et une acceptation de l'homme comme s'il était juste, mais pour d'autres raisons que sa propre obéissance. Quand l'apôtre dit : « Nul ne sera justifié par les œuvres de la loi », il emploie le mot justification en juriste, dans un sens strictement légal. Mais quand il parle de la justification par la foi, il ne parle pas de la justification légale, mais du fait qu'une personne est traitée comme si elle était juste.
IV. Je vais maintenant montrer l'effet de cette méthode de justification, ou l'état dans lequel elle place ceux qui sont justifiés.
1. Le premier point à remarquer, c'est que, lorsqu'un homme est pardonné, la peine de la loi est levée. Le premier effet d'un pardon est d'arrêter et d'écarter l'exécution de la peine. Il reconnaît que la peine était méritée, mais il l'écarte. Dès lors, pour ce qui est du châtiment, cet homme n'a pas plus à craindre de la loi que s'il ne l'avait jamais transgressée. Il en est entièrement délivré. Ceux donc qui sont justifiés par une vraie foi, dès qu'ils sont pardonnés, n'ont plus à être mus par la crainte du châtiment. La peine est écartée aussi réellement que s'ils ne l'avaient jamais encourue.
2. L'effet suivant du pardon est d'effacer toutes les déchéances encourues par suite de la transgression, comme la confiscation des biens, l'incapacité à témoigner en justice ou à exercer une fonction publique. Un vrai pardon efface tout cela, et rétablit l'homme là où il était avant sa transgression. De même, sous le gouvernement de Dieu, le pécheur pardonné est rétabli dans la faveur de Dieu. Il est ramené dans une relation nouvelle ; il se tient devant Dieu et il est traité par lui, pour ce qui est de la loi, comme s'il était innocent. Le pardon ne suppose pas, ni ne déclare, qu'il soit réellement innocent, mais il le rétablit dans le même état que s'il l'était.
3. Un autre effet du pardon sous le gouvernement de Dieu, c'est que l'homme est rétabli dans sa condition de fils. Autrement dit, le pardon le place dans une telle relation avec Dieu qu'il est reçu et traité réellement comme un enfant de Dieu.
Supposez que le fils d'un souverain régnant ait commis un meurtre, et qu'il ait été reconnu coupable et condamné à mort. Un pardon, dans ce cas, ne le délivrerait pas seulement de la mort, mais le rétablirait à sa place dans la famille. Les enfants de Dieu se sont tous égarés et sont entrés au service du diable ; mais dès l'instant où le pardon leur est accordé, ils sont ramenés ; ils reçoivent un esprit d'adoption, ils sont scellés comme héritiers de Dieu, et rétablis dans tous les privilèges des enfants de Dieu.
4. Un autre effet de la justification est de leur assurer toute la grâce nécessaire pour se dégager pleinement des pièges du diable, et de tous les innombrables liens dans lesquels le péché les a empêtrés.
Bien-aimés, si Dieu se contentait de vous pardonner, et vous laissait ensuite sortir du péché comme vous pourriez par vous-mêmes, à quoi votre pardon vous servirait-il ? À rien du tout. Si un enfant s'enfuit de la maison de son père, erre dans une forêt et tombe dans une fosse profonde, et que son père le trouve et entreprenne de le sauver, s'il se contente de lui pardonner sa fuite, cela ne servira à rien, à moins qu'il ne le retire de la fosse et ne le reconduise hors de la forêt. De même, dans le plan de la rédemption, tous les secours et toutes les aides dont vous avez besoin vous sont garantis, si vous croyez. Si Dieu entreprend de vous sauver, il s'engage à vous donner toute la lumière, toute la grâce et toute l'aide nécessaires pour briser les chaînes de Satan et les liens du péché, et il vous ramène à la maison de votre Père.
Je sais que, lorsque des hommes sont pour la première fois brisés par le sentiment de leur péché, et que leur cœur déborde de tendresse, ils regardent leur vie passée, se sentent condamnés, voient que tout y était mauvais ; alors ils s'effondrent aux pieds de Dieu et se donnent à Jésus-Christ ; ils se réjouissent beaucoup à l'idée d'en avoir fini avec le péché. Mais au bout de peu de temps, ils commencent à sentir la pression des vieilles habitudes et des influences d'autrefois, et ils voient tant de choses à faire avant d'en venir à bout qu'ils se découragent souvent et s'écrient : « Oh ! que ferai-je, avec tant d'ennemis à affronter, et si peu de force de résolution et de fermeté de propos pour les vaincre ? » Laissez-moi vous dire, bien-aimés, que si Dieu a entrepris de vous sauver, vous n'avez qu'à rester près de lui, et il vous mènera jusqu'au bout. Vous n'avez pas à craindre vos ennemis. Quand les cieux tonneraient, que la terre tremblerait et que les éléments se fondraient, vous n'auriez pas à trembler, ni à craindre les ennemis du dehors ou ceux du dedans. Dieu est pour vous : qui sera contre vous ? « Qui les condamnera ? Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ! »
5. La justification met tous les attributs divins de votre côté, tout autant que si vous n'aviez jamais péché.
Voyez ce saint ange envoyé pour une mission d'amour dans quelque partie lointaine de l'univers. L'œil de Dieu le suit, et s'il le voit en danger de subir le moindre mal, tous les attributs divins sont aussitôt mobilisés pour le protéger et le soutenir. Ils sont tous engagés tout aussi absolument en votre faveur, si vous êtes justifiés, pour vous protéger, vous soutenir et vous sauver. Bien que vous ne soyez pas libres de tout péché, et que vous soyez si totalement indignes de l'amour de Dieu, si vous êtes vraiment justifiés, le seul Dieu sage et éternel est engagé pour votre salut. Et vous trembleriez, vous perdriez courage, avec un tel appui ?
Si un gouvernement humain pardonne à un criminel, il est dès lors engagé à le protéger comme sujet, tout autant que s'il n'avait jamais commis de crime. Il en est ainsi quand Dieu justifie un pécheur. L'apôtre dit : « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu. » Désormais Dieu est de son côté, et engagé envers lui comme son Ami fidèle et éternel.
La justification selon l'Évangile diffère de la justification légale sur ce point : si la loi justifie un homme, cette justification ne dure qu'aussi longtemps qu'il reste innocent. Dès qu'il transgresse une seule fois, sa justification antérieure ne lui sert plus à rien. Mais quand l'Évangile justifie un pécheur, il n'en est pas ainsi : « Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. » Une relation nouvelle est alors établie, tout à fait particulière. Le pécheur est désormais soustrait à l'alliance des œuvres et placé sous l'alliance de grâce. Il ne conserve plus la faveur de Dieu à la condition d'une obéissance absolue et sans péché. S'il pèche maintenant, il n'est pas rejeté de nouveau sous la loi, mais il reçoit le bénéfice de la nouvelle alliance. S'il est justifié par la foi, et ainsi fait enfant de Dieu, il reçoit le traitement d'un enfant : il est repris, châtié, humilié, et ramené. « Les dons et l'appel de Dieu sont sans repentance. » Cela ne veut pas dire que Dieu appelle et sauve le pécheur sans que celui-ci se repente, mais que Dieu ne change jamais d'avis une fois qu'il a entrepris le salut d'une âme.
Je sais que certains jugent très dangereux d'enseigner que les croyants sont perpétuellement justifiés, parce que, disent-ils, cela enhardira les hommes à pécher. Vraiment ! Dire à un homme qui s'est vraiment repenti de son péché, qui a renoncé au péché de tout son cœur et désire sincèrement en être délivré, que Dieu l'aidera et lui donnera certainement la victoire sur le péché, cela l'enhardira à pécher ! Étrange logique ! Si cette doctrine enhardit quelqu'un à pécher, cela montre seulement qu'il ne s'est jamais repenti, qu'il n'a jamais haï le péché, qu'il n'a jamais aimé Dieu pour lui-même, mais qu'il n'a fait que feindre la repentance, et que, s'il aimait Dieu, ce n'était que d'un amour égoïste, parce qu'il pensait que Dieu allait lui accorder une faveur. S'il haïssait vraiment le péché, la pensée que, malgré toute son indignité, Dieu l'a reçu comme un enfant et le traitera en enfant, est justement ce qui doit le briser et faire fondre son cœur dans la tristesse la plus selon Dieu. Oh ! combien de fois l'enfant de Dieu a-t-il fondu, dans un étonnement plein d'adoration, devant la bonté de Dieu qui use de moyens pour le ramener, au lieu de l'envoyer en enfer comme il le méritait ! Quelle pensée est plus propre à l'abaisser dans la poussière que celle-ci : malgré tout ce que Dieu a fait pour lui, malgré le secours plein de grâce que Dieu était toujours prêt à lui accorder, il s'égarerait de nouveau, alors que son nom était écrit dans le livre de vie de l'Agneau !
6. Elle assure la discipline de l'alliance. Dieu s'est engagé, si quelqu'un de ceux qui appartiennent à Christ s'égare, à exercer la discipline de l'alliance et à le ramener. Dans le psaume quatre-vingt-neuf, Dieu dit, en employant David pour figurer Christ : « Si ses fils abandonnent ma loi et ne marchent pas selon ses ordonnances, s'ils violent mes préceptes et n'observent pas mes commandements, je punirai de la verge leurs transgressions, et par des coups leurs iniquités ; mais je ne lui retirerai point ma bonté et je ne trahirai pas ma fidélité, je ne violerai point mon alliance et je ne changerai pas ce qui est sorti de mes lèvres. »
Vous voyez donc que ceux qui font profession de religion peuvent toujours s'attendre, s'ils sortent du chemin, à être frappés par les jugements de Dieu plus promptement que les impénitents. Le pécheur peut s'engraisser, vivre dans les richesses, et n'avoir point de tourments jusqu'à sa mort, tout cela selon les principes établis du gouvernement de Dieu. Mais qu'un enfant de Dieu abandonne son Dieu et coure après les richesses ou quelque autre objet de ce monde, et, aussi sûr qu'il est un enfant, Dieu le frappera de sa verge. Et quand il aura été frappé et ramené, il dira avec le psalmiste : « Il m'est bon d'être humilié, afin que j'apprenne tes statuts. Avant d'avoir été humilié, je m'égarais ; maintenant j'observe ta parole. » Peut-être certains d'entre vous savent-ils ce que c'est que d'être humilié de cette manière, et de sentir que c'était un bien.
7. Un autre effet de la justification selon l'Évangile est d'assurer la sanctification. Elle assure non seulement tous les moyens de la sanctification, mais l'accomplissement effectif de l'œuvre, en sorte que celui qui est vraiment converti persévérera sûrement dans l'obéissance jusqu'à ce qu'il soit rendu propre au ciel et effectivement sauvé.
V. Je dois montrer que c'est là une justification par la foi.
La foi est le moyen par lequel la bénédiction parvient au croyant. La preuve en est dans la Bible. Le texte le déclare expressément : « Sachant que ce n'est pas par les œuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. » Le sujet est traité trop souvent dans le Nouveau Testament pour qu'il soit nécessaire d'en faire une démonstration en règle. Il est manifeste, par la nature même des choses, que si les hommes sont sauvés, ils doivent être justifiés de cette manière, et non par les œuvres de la loi, car « nul ne sera justifié par les œuvres de la loi ».
VI. Je vais maintenant répondre à plusieurs questions qui peuvent naturellement s'élever dans votre esprit à propos de ce sujet.
1. « Pourquoi dit-on que la justification vient de la foi, plutôt que de la repentance, de l'amour ou de toute autre grâce ? »
Réponse. Il n'est dit nulle part que les hommes sont justifiés ou sauvés à cause de la foi, comme si elle était le fondement de leur pardon, mais seulement qu'ils sont justifiés par la foi, comme par un moyen ou un instrument. Si l'on demande pourquoi la foi a été choisie comme instrument plutôt que toute autre activité de l'esprit, la réponse est : à cause de la nature et de l'effet de la foi. Aucune autre activité ne pouvait être choisie. Qu'est-ce que la foi ? C'est cette confiance en Dieu qui nous conduit à l'aimer et à lui obéir. Nous sommes donc justifiés par la foi parce que nous sommes sanctifiés par la foi. La foi est l'instrument établi de notre justification, parce qu'elle est l'instrument naturel de la sanctification. Elle est l'instrument qui nous ramène à l'obéissance, et c'est pourquoi elle est désignée comme le moyen d'obtenir les bénédictions de ce retour. Elle ne nous est pas imputée, par un acte arbitraire, pour ce qu'elle n'est pas, mais pour ce qu'elle est : le fondement de toute obéissance réelle à Dieu. Voilà pourquoi la foi est le moyen par lequel le pardon nous parvient. Elle est simplement portée à notre compte pour ce qu'elle est réellement, parce que c'est elle qui, la première, nous conduit à obéir à Dieu par un principe d'amour pour Dieu. Nos péchés nous sont pardonnés à cause de Christ. C'est notre devoir de nous repentir et d'obéir à Dieu, et quand nous le faisons, cela nous est imputé pour ce que c'est : de la sainteté, c'est-à-dire de l'obéissance à Dieu. Mais pour le pardon de nos péchés passés, c'est sur Christ que nous devons nous appuyer. Et c'est pourquoi il est dit que la justification vient de la foi en Jésus-Christ.
2. La deuxième question est d'une grande importance : « Qu'est-ce que la foi qui justifie ? Que dois-je croire pour être sauvé ? »
Réponse. (1) Négativement, la foi qui justifie ne consiste pas à croire que vos péchés sont pardonnés. Si cela était nécessaire, il vous faudrait le croire avant que ce soit fait, c'est-à-dire croire un mensonge. Souvenez-vous que vos péchés ne sont pas pardonnés tant que vous ne croyez pas. Mais si la foi qui sauve consiste à croire qu'ils sont déjà pardonnés, c'est croire une chose avant qu'elle ait lieu, ce qui est absurde. Vous ne pouvez pas croire que vos péchés sont pardonnés avant d'avoir la preuve qu'ils sont pardonnés ; et vous ne pouvez pas avoir la preuve qu'ils sont pardonnés tant qu'il n'est pas vrai qu'ils le sont ; et ils ne peuvent pas être pardonnés tant que vous n'exercez pas la foi qui sauve. La foi qui sauve doit donc consister à croire autre chose.
(2) La foi qui sauve ne consiste pas non plus à croire que vous serez sauvé, d'une façon ou d'une autre. Vous n'avez aucun droit de croire que vous serez sauvé avant d'avoir exercé la foi qui justifie, la foi qui sauve.
Mais (3) la foi qui justifie consiste à croire à l'expiation accomplie par Christ, autrement dit à croire au témoignage que Dieu a rendu à son Fils.
L'exactitude de cette définition a été mise en doute par certains ; et j'avoue que mon propre esprit a changé sur ce point. On dit qu'Abraham crut à Dieu, et que cela lui fut imputé à justice. Mais qu'est-ce qu'Abraham a cru ? Il a cru qu'il aurait un fils. Était-ce tout ? Nullement. Sa foi incluait la grande bénédiction qui dépendait de cet événement : le Messie, le Sauveur du monde, devait sortir de lui. C'était le grand sujet de l'alliance faite avec Abraham, et elle dépendait de la naissance d'un fils. Par conséquent, la foi d'Abraham incluait « le Désiré de toutes les nations » ; c'était une foi en Christ. L'apôtre Paul l'a montré tout au long, au troisième chapitre de l'Épître aux Galates : le cœur de l'alliance était : « Toutes les nations seront bénies en toi. » Au verset 16, il dit : « Or les promesses ont été faites à Abraham et à sa postérité. Il n'est pas dit : et aux postérités, comme s'il s'agissait de plusieurs, mais en tant qu'il s'agit d'une seule : et à ta postérité, c'est-à-dire, à Christ. »
On dit qu'au chapitre 11 de l'Épître aux Hébreux, il n'est pas dit de tous les saints qu'ils ont cru en Christ. Mais si vous examinez attentivement, vous verrez que dans tous les cas, la foi en Christ est soit incluse dans ce qu'ils croyaient, soit clairement impliquée. Prenez le cas d'Abel. « C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c'est par elle qu'il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes ; et c'est par elle qu'il parle encore, quoique mort. » Pourquoi son sacrifice était-il plus excellent ? Parce qu'en offrant les premiers-nés de son troupeau, il reconnaissait la nécessité de l'expiation, et que « sans effusion de sang il n'y a pas de pardon ». Caïn était un incrédule orgueilleux ; il offrit les fruits de la terre comme une simple offrande d'action de grâces pour les bienfaits de la Providence, sans reconnaître le moins du monde qu'il était pécheur et qu'il avait besoin d'une expiation comme fondement sur lequel il pourrait espérer le pardon.
Certains pensent qu'un homme pourrait exercer la foi qui justifie tout en niant la divinité et l'expiation de Jésus-Christ. Je le nie. Toute la somme et la substance de la révélation, comme des rayons qui convergent, se concentrent sur Jésus-Christ, sur sa divinité et son expiation. Tout ce que les prophètes et les autres écrivains de l'Ancien Testament disent du salut aboutit à lui. L'Ancien Testament et le Nouveau, toutes les figures et toutes les ombres, désignent Christ. Tous les saints de l'Ancien Testament ont été sauvés par la foi en lui. Leur foi aboutissait au Messie à venir, comme celle des saints du Nouveau Testament aboutissait au Messie déjà venu. Au chapitre 15 de la première Épître aux Corinthiens, l'apôtre Paul montre quelle place il entend donner à cette doctrine : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. » Remarquez cette expression : « avant tout ». Elle prouve que Paul prêchait que Christ est mort pour les pécheurs comme la doctrine « première », fondamentale, de l'Évangile. Et vous verrez qu'il en est ainsi d'un bout à l'autre de la Bible : l'attention des hommes y est dirigée vers cette route nouvelle et vivante, comme le seul chemin du salut. Cette vérité est la seule qui puisse sanctifier les hommes. Ils peuvent croire mille autres choses, mais voici la grande source de la sanctification : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même. » Et cette foi seule peut donc être la foi qui justifie.
Il peut y avoir bien d'autres actes de foi qui soient bons et agréables à Dieu. Mais rien n'est la foi qui justifie, sinon croire au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Croire simplement ce que Dieu a révélé sur un point quelconque est un acte de foi ; mais la foi qui justifie s'attache à Christ, saisit son expiation et l'embrasse lui-même comme le seul fondement du pardon et du salut. Il peut y avoir la foi dans la prière, la foi qui s'exerce quand on présente à Dieu une prière qui obtient l'exaucement. Mais ce n'est pas proprement la foi qui justifie.
3. « Quand les hommes sont-ils justifiés ? »
C'est encore une question souvent posée. Je réponds : dès l'instant où ils croient en Christ, de la foi qui agit par l'amour. Pécheur, vous n'avez pas besoin de rentrer chez vous, après cette réunion, sous la colère du Dieu tout-puissant. Vous pouvez être justifié ici, sur-le-champ, maintenant, si seulement vous croyez en Christ. Votre grâce est prête, rédigée et scellée du grand sceau du ciel ; on remplira le blanc, et la grâce vous sera délivrée dès que, par un seul acte de foi, vous recevrez Jésus-Christ tel qu'il vous est offert dans l'Évangile.
4. « Comment puis-je savoir si je suis dans un état de justification ou non ? »
Réponse. Vous ne pouvez le savoir d'aucune manière, sinon par déduction. Dieu n'a pas révélé dans les Écritures que vous, ou telle autre personne, êtes justifiés ; mais il a indiqué les caractères d'une personne justifiée, et il a déclaré que tous ceux qui ont ces caractères sont justifiés.
(1.) Avez-vous le témoignage de l'Esprit ? Tous ceux qui sont justifiés l'ont. Ils sont en communion avec le Saint-Esprit ; il leur explique les Écritures et leur en fait voir le sens ; il les conduit au Fils et au Père ; il révèle le Fils en eux, et il révèle le Père. Avez-vous cela ? Si vous l'avez, vous êtes justifié. Sinon, vous êtes encore dans vos péchés.
(2.) Avez-vous les fruits de l'Esprit ? Ce sont l'amour, la joie, la paix, et ainsi de suite. Ce sont là des choses dont l'homme a conscience : les avez-vous ? Si oui, vous êtes justifié.
(3.) Avez-vous la paix avec Dieu ? L'apôtre dit : « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu. » Christ dit à ses disciples : « Je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. » Et encore : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Trouvez-vous le repos en Christ ? Votre paix est-elle comme un fleuve qui coule doucement à travers votre âme et vous remplit d'un délice calme et céleste ? Ou bien éprouvez-vous un sentiment de condamnation devant Dieu ?
Éprouvez-vous le sentiment d'être accepté de Dieu, d'avoir vos péchés pardonnés, d'être en communion avec Dieu ? Si cela existe, ce doit être une chose d'expérience. Ne vous imaginez pas que vous puissiez être dans un état de justification sans en avoir aucune preuve. Vous pouvez avoir en réalité une grande paix qui remplit votre âme, et pourtant ne pas en conclure que vous êtes justifié. Je me souviens d'un temps où mon esprit était dans une paix si douce qu'il me semblait que toute la nature était attentive, attendant que Dieu parle ; et pourtant je ne me rendais pas compte que c'était là la paix de Dieu, ni que c'était la preuve que j'étais dans un état de justification. Je pensais avoir perdu toute ma conviction de péché, et j'ai réellement entrepris de ramener le sentiment de condamnation que j'avais auparavant. Je n'ai conclu que j'étais justifié qu'après que l'amour de Dieu eut été répandu dans mon âme par le Saint-Esprit, au point que j'ai été contraint de m'écrier : « Seigneur, c'est assez, je ne puis en supporter davantage. » Je ne crois pas possible que le sentiment de condamnation demeure là où l'acte de pardon a déjà été accompli.
4. Avez-vous l'esprit d'adoption ? Si vous êtes justifié, vous êtes aussi adopté comme l'un des enfants bien-aimés de Dieu, et il a envoyé son Esprit dans votre cœur, en sorte que vous criez tout naturellement : « Abba ! Père ! » Il vous apparaît tout à fait comme un père, et vous avez envie de l'appeler Père. Savez-vous quelque chose de cela ? C'est une chose d'appeler Dieu votre Père qui est dans les cieux, et c'en est une autre d'éprouver envers lui les sentiments qu'on a pour un père. Voilà une preuve d'un état de justification : quand Dieu donne l'esprit d'adoption.
REMARQUES.
I. Je voudrais faire le tour de tous mes chers auditeurs ce soir, et leur demander l'un après l'autre : « Êtes-vous dans un état de justification ? Pensez-vous honnêtement que vous êtes justifié ? »
J'ai parcouru brièvement le sujet, et montré ce que la justification n'est pas et ce qu'elle est, comment vous pouvez être sauvés, et quelles sont les preuves de la justification. L'avez-vous ? Oseriez-vous mourir maintenant ? Supposez que les tonnerres retentissants de la dernière trompette ébranlent à l'instant l'univers, et que vous voyiez le Fils de Dieu venir pour le jugement : êtes-vous prêt ? Pourriez-vous lever les yeux avec calme et dire : « Père, c'est un spectacle solennel ; mais Christ est mort, Dieu m'a justifié, et qui me condamnera ? »
II. Si vous pensez avoir été justifié autrefois, et que vous n'en ayez pas la preuve à présent, j'ai une question à vous poser. Êtes-vous sous la discipline de l'alliance ? Sinon, avez-vous la moindre raison de croire que vous avez jamais été justifié ? Voici l'alliance de Dieu avec vous, si vous appartenez à Christ : « S'ils se détournent de moi, je punirai de la verge leur iniquité, et je les châtierai par des coups. » Sentez-vous les coups ? Dieu réveille-t-il votre esprit, convainc-t-il votre conscience, vous frappe-t-il ? Sinon, où sont les preuves qu'il vous traite comme un fils ? Si vous ne marchez pas avec Dieu et qu'en même temps vous ne subissez aucun châtiment, vous ne pouvez avoir aucune bonne raison de croire que vous êtes enfants de Dieu.
III. Ceux d'entre vous qui ont la preuve qu'ils sont justifiés doivent maintenir leur relation avec Dieu et vivre à la hauteur de leurs vrais privilèges. C'est d'une importance immense. Il n'y a aucune vertu à être méfiant et incrédule. C'est important pour votre croissance dans la grâce. L'une des raisons pour lesquelles beaucoup de chrétiens ne croissent pas dans la grâce, c'est qu'ils ont peur de revendiquer les privilèges des enfants de Dieu qui leur appartiennent. Soyez-en sûrs, bien-aimés, ce n'est pas là une humilité vertueuse, mais une incrédulité coupable. Si vous avez la preuve que vous êtes justifiés, prenez-en occasion pour avancer vers la sainteté du cœur ; venez à Dieu avec toute la hardiesse qu'aurait un ange, et sachez combien vous êtes près de lui. C'est votre devoir de le faire. Pourquoi vous tiendriez-vous en arrière ? Pourquoi avez-vous peur de reconnaître l'alliance de grâce dans toute son étendue ? Voici les provisions de la maison de votre Père, toutes prêtes et gratuites ; et vous êtes convertis, justifiés, rétablis dans sa faveur, et vous avez peur de vous asseoir à la table de votre Père ? N'invoquez pas votre grande indignité. Ce n'est rien d'autre que propre justice et incrédulité. Oui, vous êtes très indignes. Mais si vous êtes justifiés, ce n'est plus un obstacle. C'est maintenant votre devoir de saisir les promesses comme vous appartenant. Prenez n'importe quelle promesse que vous pouvez trouver dans la Bible et qui s'applique à votre cas, allez avec elle à votre Père, et faites-la valoir devant lui en croyant. Pensez-vous qu'il la refusera ? Ces très grandes et très précieuses promesses vous ont été données dans ce but même, afin que vous deveniez participants de la nature divine. Pourquoi donc douteriez-vous ? Avancez, bien-aimés, avancez jusqu'aux privilèges qui vous appartiennent, et saisissez l'amour, la paix et la joie qui vous sont offerts dans ce saint Évangile.
IV. Si vous n'êtes pas dans un état de justification, vous avez beau avoir beaucoup fait, beaucoup prié et beaucoup souffert, vous n'êtes rien. Si vous n'avez pas cru en Christ, si vous ne l'avez pas reçu et ne vous êtes pas confié en lui tel qu'il est présenté dans l'Évangile, vous êtes encore dans un état de condamnation et de colère. Vous avez pu, pendant des semaines, des mois et même des années, gémir dans l'angoisse ; malgré tout cela, vous êtes encore dans le fiel amer. Vous voyez ici la ligne tracée : à l'instant où vous la franchissez, vous êtes dans un état de justification.
Cher auditeur, êtes-vous maintenant dans un état de colère ? Croyez maintenant en Christ. Toute votre attente et tous vos gémissements ne vous en rapprocheront pas. Vous dites qu'il vous faut davantage de conviction ? Je vous dis de venir maintenant à Christ. Vous dites qu'il vous faut attendre d'avoir prié davantage ? À quoi sert de prier dans l'incrédulité ? Les prières d'un rebelle condamné serviront-elles à quelque chose ? Vous dites que vous êtes si indigne ? Mais Christ est mort pour des gens comme vous. Il vient droit à vous, maintenant, à votre place. Où êtes-vous assis ? Où est cette personne à qui je parle ? Pécheur, vous n'avez pas besoin d'attendre. Vous n'avez pas besoin de rentrer chez vous dans vos péchés, avec ce lourd fardeau sur le cœur. Voici maintenant le jour du salut. Écoutez la parole de Dieu : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »
Vous dites : « Que dois-je croire ? » Croyez simplement ce que Dieu dit de son Fils ; croyez l'une quelconque de ces grandes vérités fondamentales que Dieu a révélées touchant le chemin du salut, reposez votre âme sur elle, et vous serez sauvé. Voulez-vous maintenant vous en remettre à Jésus-Christ pour disposer de vous ? Avez-vous assez confiance en Christ pour vous abandonner à lui, afin qu'il dispose de votre corps et de votre âme, pour le temps et pour l'éternité ? Pouvez-vous dire :
« Me voici, Seigneur, je me donne à toi ; c'est tout ce que je puis faire » ?
Peut-être essayez-vous de vous tirer de vos difficultés à force de prières avant de venir à Christ. Pécheur, cela ne servira à rien. Maintenant, jetez-vous à ses pieds et remettez votre âme entre ses mains. Dites-lui : « Seigneur, je me donne à toi, avec toutes les facultés de mon corps et de mon esprit ; sers-toi de moi et dispose de moi comme tu le veux, pour ta propre gloire ; je sais que tu feras ce qui est juste, et c'est tout ce que je désire. » Le ferez-vous ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).