Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 15
La religion de la loi et celle de l'Évangile
Que dirons-nous donc ? Les païens, qui ne cherchaient pas la justice, ont obtenu la justice, la justice qui vient de la foi, tandis qu'Israël, qui cherchait une loi de justice, n'est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu'Israël l'a cherchée, non par la foi, mais comme provenant des œuvres. Ils se sont heurtés contre la pierre d'achoppement, selon qu'il est écrit : Voici, je mets en Sion une pierre d'achoppement et un rocher de scandale, et celui qui croit en lui ne sera point confus. (Romains 9,30-33)
Dans l'Épître aux Romains, l'apôtre suit un raisonnement méthodique en vue d'un but précis. Au commencement, il prouve que non seulement les païens, mais aussi les Juifs, se trouvaient dans un état de dépravation totale, et que les Juifs n'étaient pas naturellement saints, comme ils se l'imaginaient vainement. Il introduit ensuite la loi morale et, en l'expliquant, montre que nulle chair ne pouvait être sauvée par les œuvres de la loi. Son sujet suivant est la justification par la foi, opposée à la justification par la loi. Je ferai remarquer en passant que j'ai l'intention d'en faire le sujet de mon prochain discours. Le sujet suivant, qu'il aborde au chapitre 6, consiste à montrer que la sanctification se fait par la foi, autrement dit que toute vraie religion, toute obéissance agréable à Dieu qui ait jamais existé dans le monde, repose sur la foi. Aux chapitres 8 et 9, il introduit le sujet de la souveraineté divine ; et dans la dernière partie du chapitre 9, il résume toute la question et demande : « Que dirons-nous donc ? » Que dirons-nous de tout cela ? Que les païens, qui n'avaient jamais pensé à la loi, sont devenus pieux et ont obtenu la sainteté qui vient de la foi, tandis que les Juifs, qui la cherchaient par la loi, ont complètement échoué. Pourquoi ? Parce qu'ils ont commis l'erreur fatale de vouloir devenir pieux en obéissant à la loi, et qu'ils sont toujours restés en deçà, tandis que les païens ont obtenu la vraie religion par la foi en Jésus-Christ. Jésus-Christ est appelé ici « la pierre d'achoppement », parce que les Juifs lui étaient si opposés. Mais quiconque croit en lui ne sera point confus.
Mon but ce soir est de faire ressortir, aussi nettement que je le pourrai, la vraie différence entre la religion de la loi et la religion de la foi. Je suivrai l'ordre que voici :
I. Je montrerai en quoi cette différence ne consiste pas.
II. Je montrerai en quoi elle consiste.
III. Je présenterai quelques exemples de l'une et de l'autre, pour faire voir plus clairement ce qui les distingue.
I. Je dois montrer en quoi la différence entre la religion de la loi et la religion de la foi ne consiste pas.
1. La différence ne tient pas à ce que, sous la loi, les hommes auraient été justifiés par les œuvres, sans la foi. La voie du salut a été la même sous les deux économies. Les pécheurs ont toujours été justifiés par la foi. L'économie juive annonçait un Sauveur à venir, et si des hommes étaient sauvés, c'était par la foi en Christ. Et les pécheurs sont sauvés aujourd'hui de la même manière.
2. Elle ne tient pas non plus à ce que l'Évangile aurait annulé ou mis de côté les obligations de la loi morale. Il est vrai qu'il a mis de côté les exigences de la loi cérémonielle, ou loi de Moïse. La loi cérémonielle n'était rien d'autre qu'un ensemble de figures qui annonçaient le Sauveur ; elle a donc naturellement été mise de côté quand le grand antitype a paru. Tous les croyants admettent aujourd'hui de façon générale que l'Évangile n'a pas mis de côté la loi morale. Mais la doctrine contraire a été soutenue à diverses époques de l'Église. Beaucoup ont soutenu que l'Évangile avait mis de côté la loi morale, de sorte que les croyants n'étaient nullement obligés d'y obéir. Telle était la doctrine des nicolaïtes, que Christ a si sévèrement réprouvée. Les antinomiens, du temps des apôtres et depuis, croyaient n'avoir aucune obligation d'obéir à la loi morale ; ils soutenaient que la justice de Christ était imputée aux croyants, et qu'il avait accompli la loi pour eux de telle sorte qu'ils n'étaient plus tenus d'y obéir eux-mêmes.
Il y en a eu beaucoup, de nos jours, qu'on appelle perfectionnistes, qui soutenaient n'être pas tenus d'obéir à la loi. Ils pensent que Christ les a délivrés de la loi et leur a donné l'Esprit, et que ce sont désormais les directions de l'Esprit qui doivent être leur règle de vie, au lieu de la loi de Dieu. Quand la Bible dit que le péché n'aura point de pouvoir sur les croyants, ces gens-là comprennent que les mêmes actes qui seraient des péchés chez un inconverti ne sont pas des péchés chez eux. Les autres, disent-ils, sont sous la loi et donc liés par ses règles ; mais eux sont sanctifiés, ils sont en Christ, et s'ils transgressent la loi, ce n'est pas un péché. Mais de telles idées sont nécessairement fausses à la racine. Dieu n'a pas le droit de renoncer à la loi morale. Il ne peut pas nous dispenser du devoir d'aimer Dieu et d'aimer les hommes, car cela est juste en soi. Et à moins que Dieu ne bouleverse toute la constitution morale de l'univers, de manière à rendre juste ce qui est mal, il ne peut pas renoncer aux exigences de la loi morale. D'ailleurs, cette doctrine représente Jésus-Christ et le Saint-Esprit comme ayant pris les armes ouvertement contre le gouvernement de Dieu.
3. La différence entre la religion légale et la religion de l'Évangile ne consiste pas en ce que l'Évangile serait moins strict dans ses exigences, ou accorderait plus de latitude à la complaisance envers soi-même que la loi. Non seulement l'Évangile n'annule pas les obligations de la loi morale, mais il ne les diminue en rien. Certains parlent de la liberté évangélique comme s'ils avaient reçu une nouvelle règle de vie, moins stricte et laissant plus de liberté que la loi. J'admets qu'il a établi une nouvelle méthode de justification, mais il affirme partout que la règle de vie est la même que celle de la loi. La toute première parole de l'Évangile, l'ordre de se repentir, est en fait une remise en vigueur de la loi, car c'est un ordre de revenir à l'obéissance. L'idée que la liberté de l'Évangile diffère de la liberté de la loi est erronée.
4. La différence ne consiste pas non plus en ce que ceux qu'on appelle légalistes, ou qui ont une religion légale, comptent, soit par profession, soit en réalité, sur leurs propres œuvres pour être justifiés. Il n'arrive pas souvent, du moins de nos jours, que les légalistes fassent profession de compter sur leurs propres œuvres, car il en est peu d'assez ignorants pour ne pas savoir que c'est contredire de front l'Évangile. Et il n'est pas nécessairement vrai non plus qu'ils comptent réellement sur leurs propres œuvres. Souvent ils comptent réellement sur Christ pour leur salut. Mais c'est une fausse confiance, une confiance qu'ils n'ont aucun droit d'avoir. Ils comptent sur lui, mais ils font voir que leur foi, ou leur confiance, n'est pas celle qui est réellement « agissante par la charité », qui « purifie le cœur » ou qui « triomphe du monde ». C'est un simple fait : la foi qu'ils ont ne produit pas ce que produit la foi qu'il faut avoir pour être sauvé, et ce n'est donc pas la foi de l'Évangile. Ils ont une sorte de foi, mais non celle qui fait des hommes de vrais chrétiens et les place sous les conditions de l'Évangile.
II. Je dois indiquer quelques-uns des points sur lesquels ces deux sortes de religion diffèrent.
Il y a plusieurs catégories de personnes qui ont manifestement une religion légale. Il y en a qui font réellement profession de compter sur leurs propres œuvres pour être sauvés. Tels étaient les pharisiens. Les quakers hicksites ont autrefois adopté cette position et soutenu que les hommes devaient être justifiés par les œuvres, en mettant entièrement de côté la justification par la foi. Quand je parle d'œuvres, j'entends les œuvres de la loi. Et ici je veux que vous distinguiez entre les œuvres de la loi et les œuvres de la foi. Voilà la grande distinction qu'il faut garder en vue.
Elle sépare les œuvres produites par des considérations légales de celles que produit la foi. Il n'y a que deux principes sur lesquels puisse reposer l'obéissance à un gouvernement quel qu'il soit. L'un est le principe de l'espérance et de la crainte, sous l'influence de la conscience. La conscience indique ce qui est bien ou mal, et l'individu est poussé à obéir par l'espérance et la crainte. L'autre principe est la confiance et l'amour. Vous le voyez dans les familles, où un enfant obéit toujours par espérance et par crainte, et un autre par une confiance affectueuse. Il en est de même dans le gouvernement de Dieu : la seule chose qui produise ne serait-ce que l'apparence de l'obéissance, c'est l'un de ces deux principes.
Il y a une multitude de choses qui s'adressent à nos espérances et à nos craintes : la réputation, l'intérêt, le ciel, l'enfer, etc. Elles peuvent produire une obéissance extérieure, une conformité à la loi. Mais la confiance filiale conduit les hommes à obéir à Dieu par amour. C'est la seule obéissance qui soit agréable à Dieu. Dieu n'exige pas seulement une certaine conduite, il exige qu'elle procède de l'amour. Il n'y a jamais eu et il ne peut jamais y avoir, dans le gouvernement de Dieu, d'autre obéissance agréable que l'obéissance de la foi. Certains pensent que la foi sera abolie dans le ciel. C'est une idée étrange. Comme s'il n'y avait aucune occasion de se fier à Dieu dans le ciel, ou aucune raison d'y exercer la confiance en lui ! Voilà la grande distinction entre la religion de la loi et la religion de l'Évangile. L'obéissance légale est inspirée par l'espérance et la crainte ; elle est hypocrite, égoïste, extérieure, contrainte. L'obéissance évangélique procède de l'amour ; elle est sincère, libre, joyeuse, vraie. Il y a une catégorie de légalistes qui comptent sur les œuvres de la loi pour être justifiés, qui ont simplement divinisé ce qu'ils appellent un principe du bien et se sont mis en tête de faire le bien ; ce n'est pas par respect pour la loi de Dieu, ni par amour pour Dieu, mais simplement parce que c'est bien.
Il y a là une autre distinction. La religion de la loi est une religion de résolutions, ou de désirs, fondés sur des considérations légales, et non une religion de préférence, d'amour pour Dieu. L'individu a l'intention de rejeter ses péchés ; il se propose d'obéir à Dieu et d'être religieux ; mais sa résolution ne naît pas de l'amour pour Dieu, elle naît de l'espérance et de la crainte. Il est facile de voir qu'une résolution fondée sur de telles considérations est très différente d'une résolution qui naît de l'amour. Mais la religion de l'Évangile n'est pas simplement une résolution : c'est une préférence effective, qui consiste dans l'amour.
Il y a encore une catégorie de légalistes qui comptent sur Christ, mais leur confiance n'est pas la confiance évangélique, parce que les œuvres qu'elle produit sont des œuvres de la loi, c'est-à-dire qu'elles viennent de l'espérance et de la crainte, et non de l'amour. La confiance évangélique produira peut-être exactement les mêmes œuvres extérieures, mais les motifs sont radicalement différents. Le légaliste traîne une vie pénible, fastidieuse, morale et peut-être extérieurement religieuse. Le croyant selon l'Évangile a en Dieu une confiance affectueuse qui le conduit à obéir par amour. Son obéissance lui est inspirée par ses propres sentiments. Au lieu d'être traîné à son devoir, il y va joyeusement, parce qu'il l'aime et que l'accomplir fait les délices de son âme.
Autre point. Le légaliste s'attend à être justifié par la foi, mais il n'a pas appris qu'il doit être sanctifié par la foi. Je me propose d'examiner ce point à fond une autre fois. Les légalistes d'aujourd'hui ne s'attendent pas à être justifiés par les œuvres ; ils savent qu'elles n'y suffisent pas, ils savent que c'est par Christ qu'on est sauvé. Mais ils ne croient pas, dans la pratique, que la justification par la foi n'est vraie que parce que la sanctification par la foi est vraie, et que les hommes ne sont justifiés par la foi que s'ils sont d'abord sanctifiés par la foi. C'est pourquoi, tout en s'attendant à être justifiés par la foi, ils se mettent à accomplir des œuvres qui sont des œuvres de la loi.
Remarquez encore, je vous prie, que les deux catégories peuvent s'accorder sur ces points : la nécessité des bonnes œuvres et, en théorie, ce qui constitue les bonnes œuvres, c'est-à-dire l'obéissance qui naît de l'amour pour Dieu. Et de plus, elles peuvent s'accorder à vouloir accomplir de bonnes œuvres de ce genre. Mais la différence est la suivante : elles se tournent vers des influences différentes pour être rendues capables d'accomplir de bonnes œuvres. Les considérations par lesquelles elles s'attendent à voir leur esprit touché ne sont pas les mêmes. Elles cherchent leurs motifs à des sources différentes. Et seul le vrai chrétien parvient réellement à accomplir de bonnes œuvres. Le légaliste, qui vise à accomplir de bonnes œuvres sous l'influence de l'espérance et de la crainte et d'un souci égoïste de son propre intérêt, qui obéit à la voix de sa conscience parce qu'il a peur de faire autrement, reste entièrement en deçà de l'amour de Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. Les motifs qui le font agir n'ont aucune tendance à l'amener à l'obéissance de l'amour. Le vrai chrétien, au contraire, apprécie tellement Dieu, perçoit et comprend tellement le caractère de Dieu en Christ, qu'il en naît une confiance affectueuse en Dieu telle qu'il lui est facile d'obéir par amour. Au lieu de trouver, comme un cantique l'a étrangement exprimé, « Dur d'obéir, et plus dur encore d'aimer », il ne trouve là rien de dur. Les commandements ne sont pas pénibles. Le joug est doux, et le fardeau léger. Et il trouve que les voies de la sagesse sont des voies agréables, et que tous ses sentiers sont paisibles.
En est-il ainsi de la plupart de ceux qui font profession de religion ? En est-il ainsi de vous ? Dans vos devoirs religieux, sentez-vous que l'amour vous presse ? Êtes-vous attirés par des liens d'amour si forts qu'il vous coûterait davantage d'omettre votre devoir que d'obéir ? Vos affections se portent-elles vers Dieu d'un courant si puissant que vous ne pouvez pas faire autrement qu'obéir ? Qu'en est-il de ceux qui trouvent qu'il est « dur d'obéir, et plus dur encore d'aimer » ? Qu'ont-ils donc ? Demandez à cette femme qui aime son mari si elle trouve dur de chercher à plaire à son mari ! Supposez qu'elle réponde d'un ton solennel : « Oui, je trouve dur d'obéir, et plus dur encore d'aimer mon mari » : que penserait le mari ? Que diriez-vous, vous qui êtes parents, si vous entendiez l'un de vos enfants se plaindre : « Je trouve dur d'obéir à mon père, et plus dur encore de l'aimer » ? La vérité, c'est qu'il y a un défaut radical dans la religion de ceux qui aiment ces expressions et vivent comme si elles étaient vraies. Si l'un de vous trouve la religion pénible, soyez-en sûr, vous avez la religion de la loi. Avez-vous jamais trouvé pénible de faire ce que vous aimez faire ? Non. C'est un plaisir de le faire. La religion de l'Évangile n'est pas une corvée pour ceux qui la pratiquent. C'est le sentiment du cœur. Que feriez-vous dans le ciel, si la religion est une chose si pénible ici-bas ? Supposez que vous soyez emmené au ciel et obligé d'y produire à la peine une quantité fixe de religion chaque semaine, chaque mois et chaque année, pour l'éternité. Quelle sorte de ciel serait-ce pour vous ? Serait-ce le ciel, ou serait-ce l'enfer ? Si l'on exigeait de vous dix mille fois plus de religion que vous n'en avez ici, et que votre vie tout entière en soit remplie, sans rien d'autre à faire ou dont jouir qu'un cycle éternel de tels devoirs, l'enfer lui-même ne serait-il pas pour vous un répit ?
La différence est donc celle-ci. Les uns s'efforcent d'être religieux par espérance et par crainte, sous l'influence de la conscience qui les fouette s'ils ne font pas leur devoir. Les autres agissent par amour pour Dieu et sous l'impulsion de leurs propres sentiments, et ils savent ce que veut dire le texte : « Je mettrai ma loi au-dedans d'eux, je l'écrirai dans leur cœur ; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » III. Je vais donner quelques exemples de ces deux catégories, pour éclairer ce que j'ai dit.
Le premier exemple que je donnerai est celui de l'apôtre Paul, tel qu'il l'a rapporté au chapitre 7 de l'Épître aux Romains, où il dépeint la lutte pour obéir à la loi sous l'influence de la loi seule. [Ici, M. Finney a commenté assez longuement le chapitre 7 de l'Épître aux Romains ; mais comme il a décidé depuis de consacrer à ce sujet un discours à part, ces remarques sont omises ici. Il a montré comment Paul avait lutté et peiné sous les motifs de la loi, jusqu'à désespérer absolument de trouver du secours de ce côté-là ; et comment, quand l'Évangile lui fut présenté, la chaîne se brisa et il lui devint facile d'obéir. Puis il a poursuivi.] Vous pouvez voir la même chose dans l'expérience de presque tout pécheur convaincu de péché, une fois qu'il est vraiment converti. Il était convaincu de péché, la loi s'imposait à son esprit, il luttait pour accomplir la loi, il était dans l'angoisse, et puis il a été rempli de joie et de gloire. Pourquoi ? Il était dans l'angoisse sous la loi, il n'avait ni repos ni satisfaction, il essayait de plaire à Dieu en observant la loi, il allait çà et là tout le jour dans la souffrance, il lisait la Bible, il essayait de prier ; mais l'Esprit de Dieu était sur lui, lui montrant ses péchés, et il n'avait aucun soulagement. Plus il essaie de s'aider lui-même, plus il s'enfonce dans le désespoir. Pendant tout ce temps, son cœur est froid et égoïste. Mais qu'un autre principe intervienne maintenant, et qu'il soit animé par l'amour pour Dieu. Le même Saint-Esprit est sur lui, lui montrant les mêmes péchés qui l'affligeaient et le tourmentaient tant auparavant. Mais maintenant il tombe à genoux, ses larmes coulent comme de l'eau tandis qu'il confesse sa culpabilité, et son cœur se fond dans un repentir joyeux qu'on ne peut décrire, mais que ceux qui l'ont éprouvé comprennent aisément. Maintenant il se met à accomplir les mêmes devoirs qu'il essayait d'accomplir auparavant. Mais, oh ! quel changement ! L'Esprit de Dieu a brisé ses chaînes, et maintenant il aime Dieu et il est rempli de joie et de paix dans la foi.
On voit la même chose chez beaucoup de ceux qui font profession de religion et qui trouvent la religion pénible. Ils sont souvent convaincus de péché, et ils ont peut-être beaucoup de ce qu'ils appellent de la religion, mais leur esprit est surtout rempli de doutes et de craintes, de doutes et de craintes à longueur de temps. Un peu plus tard, peut-être, ce même croyant de profession se révélera tout à coup un tout autre homme. Sa religion n'est plus faite seulement de plaintes et de soupirs : l'amour de Dieu remplit son cœur, et il va à son devoir avec joie et avec bonheur ; son âme est si légère et si heureuse en Dieu qu'il flotte sur un océan d'amour et de joie, et la paix qui le remplit est comme un fleuve.
Voici donc la différence entre l'esclavage de la loi et la liberté de l'Évangile. La liberté de l'Évangile ne consiste pas à être dispensé de faire ce que la loi exige, mais à être dans un état d'esprit tel que le faire soit en soi un plaisir au lieu d'un fardeau. Quelle est la différence entre l'esclavage et la liberté ? L'esclave sert parce qu'il y est obligé, l'homme libre sert par choix. L'homme qui est dans la servitude de la loi fait son devoir parce que sa conscience tonne à ses oreilles s'il n'obéit pas, et qu'il espère aller au ciel s'il obéit. L'homme qui est dans la liberté de l'Évangile fait les mêmes choses parce qu'il aime les faire. L'un est mû par l'égoïsme, l'autre par une bienveillance désintéressée.
REMARQUES
I. Vous pouvez aisément voir que, s'il faut en croire les paroles et les actes de la plupart de ceux qui font profession de religion, ils se sont trompés ; ils ont la religion de la loi, et non celle de l'Évangile. Ce n'est pas l'amour de Christ qui les presse : ce sont des espérances et des craintes qui les meuvent, et les commandements de Dieu. Ils ne sont pas allés plus loin, en religion, que des pécheurs convaincus de péché. Depuis un an, j'ai vu la régénération de tant de croyants de profession que j'en viens à craindre que de grandes multitudes dans l'Église ne soient encore sous la loi ; et quoiqu'ils fassent profession de compter sur Christ pour leur salut, leur foi n'est pas celle qui est agissante par l'amour.
II. Certains sont tout foi et sans œuvres : ce sont les antinomiens. D'autres sont tout œuvres et sans foi : ce sont les légalistes. À toutes les époques de l'Église, les hommes ont penché d'abord vers l'un de ces extrêmes, puis vers l'autre. Tantôt ils reposent sur leurs lies, prétendant être tout foi et attendre le temps de Dieu ; tantôt ils se réveillent et se jettent dans les œuvres, sans égard au motif qui les fait agir.
III. Vous voyez le vrai caractère de ces croyants de profession qui crient sans cesse : « Légalisme ! » dès qu'on les presse vers la sainteté. Quand j'ai commencé à prêcher, j'ai trouvé cet esprit en bien des endroits : dès qu'on exhortait les chrétiens à faire leur devoir, le cri s'élevait : « C'est de la prédication légale ; prêchez donc l'Évangile ; le salut vient de la foi, non du devoir ; vous devriez consoler les saints, non les tourmenter. » Tout cela n'était rien d'autre que de l'antinomisme pur et simple.
D'un autre côté, la même catégorie d'Églises se plaint maintenant si vous lui prêchez la foi et lui montrez quelle est la vraie nature de la foi évangélique. Elles veulent maintenant faire quelque chose, et elles prétendent qu'aucune prédication n'est bonne si elle ne les excite pas et ne les pousse pas aux bonnes œuvres. Elles ne jurent que par l'action, l'action, l'action, et seront mécontentes d'une prédication qui distingue la vraie foi de la fausse et qui presse d'obéir de cœur, par amour pour Dieu. Les antinomiens attendent que Dieu produise en eux de bons sentiments. Les légalistes entreprennent d'obtenir de bons sentiments en se mettant au travail. Il est vrai que se mettre au travail est le moyen, quand l'Église est dans de bonnes dispositions, d'entretenir et de cultiver ces bons sentiments. Mais ce n'est pas le moyen d'obtenir de bons sentiments, au départ, que de se jeter d'emblée dans l'action sans aucun égard aux motifs du cœur.
IV. Les vrais chrétiens sont une pierre d'achoppement pour les deux partis : pour ceux qui attendent le temps de Dieu et ne font rien, et pour ceux qui s'agitent sans avoir la foi. Le vrai chrétien agit sous l'empire d'un tel amour pour Dieu et pour son prochain, il travaille avec tant d'ardeur à arracher les pécheurs du feu, que le parti de l'attente s'écrie : « Oh ! il cherche à susciter une agitation ; il se met à l'œuvre par ses propres forces ; il ne croit pas à la nécessité des influences divines ; nous devons sentir notre dépendance ; attendons le temps de Dieu, et n'essayons pas de susciter un réveil sans Dieu. » Alors ils s'assoient, se croisent les bras et chantent : « Nous sentons notre dépendance, nous sentons notre dépendance ; attendons le temps de Dieu ; nous ne nous confions pas dans nos propres œuvres. » D'un autre côté, les légalistes, une fois qu'ils se sont mis à s'agiter, ne veulent pas voir que leur religion soit autre que celle du vrai chrétien. Ils font des efforts extérieurs tout aussi énergiques et se croient animés du même esprit.
Vous verrez rarement un réveil où cela ne se manifeste pas. Si le gros de l'Église est réveillé à son devoir, et a l'esprit de prière et le zèle pour la conversion des pécheurs, il y en aura qui restent assis à se plaindre que l'Église compte sur ses propres forces, et d'autres très affairés et très bruyants, mais sans aucun sentiment, tandis que la troisième catégorie sera si pleine d'amour et de compassion pour les pécheurs que ces chrétiens-là pourront à peine manger ou dormir, et pourtant si humbles et si tendres qu'on les croirait persuadés de n'être rien. Le légaliste, avec son zèle desséché, fait grand bruit, se trompe peut-être lui-même, et pense agir tout à fait comme un chrétien. Mais prenez-y garde ! Le vrai chrétien est remuant et actif au service de Christ, mais c'est le feu sacré qui brûle dans son sein qui le meut. Le légaliste compte sur quelque réunion prolongée, ou sur quelque autre influence du dehors, pour l'exciter à faire son devoir.
V. Vous voyez pourquoi la religion de certains est si constante et si égale, et celle des autres si capricieuse et si passagère. Vous trouverez certaines personnes qui semblent toujours engagées dans la religion. Parlez-leur à n'importe quel moment de ce sujet, et leur âme s'enflamme. D'autres ne sont réveillées que de temps à autre. De loin en loin, vous pouvez les trouver pleines de zèle. La vérité, c'est que celui qui a l'onction qui demeure possède quelque chose de durable. Mais si sa religion n'est que celle de la loi, il n'en aura qu'autant qu'il a de conviction de péché au moment présent, et sa religion sera naturellement capricieuse et passagère.
VI. Vous voyez pourquoi certains sont si pressés d'aller au ciel, tandis que d'autres sont si heureux ici-bas. Il y en a qui ont un tel amour pour les âmes et un tel désir de voir le royaume de Christ édifié sur la terre qu'ils sont parfaitement heureux ici, et disposés à vivre et à travailler pour Dieu aussi longtemps qu'il voudra les y laisser. Bien plus, s'ils étaient envoyés en enfer et qu'il leur fût permis d'y travailler pour les âmes, ils seraient heureux. D'autres, au contraire, parlent comme si l'on ne devait jamais s'attendre à une vraie joie dans cette vie ; mais quand ils seront au ciel, ils s'attendent à être heureux. Les uns n'ont de joie que dans l'espérance. Les autres ont déjà la réalité, la substance même du ciel commencée dans l'âme.
Maintenant, bien-aimés, je vous ai montré, aussi exactement que le temps me l'a permis, la différence entre la religion de la loi et la religion de l'Évangile. Et maintenant, quelle religion avez-vous ? La vraie religion est toujours la même, et elle consiste dans l'amour désintéressé pour Dieu et pour les hommes. Avez-vous cette religion-là ? Ou avez-vous celle qui consiste, non dans l'amour désintéressé, mais dans la recherche du bonheur comme but suprême ? Laquelle avez-vous ? Le fruit de l'Esprit, c'est l'amour, la joie, la paix. Il n'y a aucune condamnation pour une telle religion. Mais si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. Alors ne vous trompez pas sur ce point, et ne vous laissez pas descendre en enfer avec un mensonge dans la main droite, parce que vous avez la religion de la loi. C'est là que les Juifs ont échoué, tandis que les païens ont atteint la vraie sainteté par l'Évangile. Oh ! combien sont trompés et agissent sous l'empire de considérations légales, sans rien connaître de la vraie religion de l'Évangile !
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).