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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 12

La vraie et la fausse conversion

Voici, vous tous qui allumez un feu, et qui êtes armés de torches, allez au milieu de votre feu et de vos torches enflammées ! C'est par ma main que ces choses vous arriveront ; vous vous coucherez dans la douleur. (Ésaïe 50,11)

Il ressort clairement de la place de ces paroles dans le chapitre que le prophète s'adressait à des gens qui faisaient profession d'être religieux et qui se flattaient d'être en état de salut, alors qu'en réalité leur espérance n'était qu'un feu allumé de leurs propres mains, des étincelles qu'ils avaient eux-mêmes produites. Avant d'aborder le sujet, permettez-moi de dire ceci : puisque j'ai annoncé mon intention de traiter de la nature de la vraie et de la fausse conversion, ce discours ne servira qu'à ceux qui auront l'honnêteté de se l'appliquer à eux-mêmes. Si vous voulez en tirer profit, il vous faut résoudre de vous l'appliquer fidèlement, aussi honnêtement que si vous pensiez vous rendre à l'instant même au jugement solennel. Si vous le faites, je peux espérer parvenir à vous amener à découvrir votre véritable état et, si vous êtes aujourd'hui dans l'illusion, à vous diriger dans le vrai chemin du salut. Si vous ne le faites pas, je prêcherai en vain, et vous écouterez en vain.

Je me propose de montrer la différence entre la vraie et la fausse conversion, et je traiterai le sujet dans l'ordre suivant :

I. Montrer que l'état naturel de l'homme est un état de pur égoïsme.

II. Montrer que le caractère de celui qui est converti est la bienveillance.

III. Montrer que la nouvelle naissance consiste dans le passage de l'égoïsme à la bienveillance.

IV. Signaler certaines choses en quoi les saints et les pécheurs, ou les vrais et les faux convertis, peuvent se ressembler, et certaines choses en quoi ils diffèrent.

V. Répondre à quelques objections qu'on pourrait opposer à la manière dont j'ai présenté le sujet, et conclure par quelques remarques.

I. Je dois montrer que l'état naturel de l'homme, celui dans lequel tous les hommes se trouvent avant la conversion, est un égoïsme pur et sans mélange.

J'entends par là qu'ils n'ont rien de la bienveillance que demande l'Évangile. L'égoïsme consiste à faire de son propre bonheur l'objet suprême de son attachement, et à rechercher son propre bien parce que c'est le sien. L'égoïste place son propre bonheur au-dessus d'autres intérêts d'une plus grande valeur, comme la gloire de Dieu et le bien de l'univers. Que les hommes soient dans cet état avant leur conversion, c'est ce que montrent clairement bien des considérations.

Tout homme sait que tous les autres hommes sont égoïstes. Toutes les affaires des hommes se traitent d'après ce principe. Si quelqu'un n'en tient pas compte et se met à traiter avec les hommes comme s'ils n'étaient pas égoïstes, mais désintéressés, on le croira dérangé.

II. Dans l'état de conversion, le caractère est celui de la bienveillance.

Celui qui est converti est bienveillant, et non pas égoïste au premier chef. La bienveillance consiste à aimer le bonheur des autres, ou plutôt à choisir le bonheur des autres. « Bienveillance » est un mot composé, qui signifie proprement « bien vouloir », c'est-à-dire choisir le bonheur des autres. Telle est la disposition d'esprit de Dieu. Il nous est dit que Dieu est amour, c'est-à-dire qu'il est bienveillant. La bienveillance renferme tout son caractère. Tous ses attributs moraux ne sont qu'autant de formes de la bienveillance. Celui qui est converti est, à cet égard, semblable à Dieu. Je ne veux pas dire que personne n'est converti s'il n'est pas purement et parfaitement bienveillant, comme Dieu l'est ; mais que l'inclination dominante de son esprit, son choix prédominant, est la bienveillance. Il recherche sincèrement le bien des autres, pour lui-même. Et par bienveillance désintéressée, je ne veux pas dire que celui qui est désintéressé ne prend aucun intérêt à ce qu'il poursuit, mais qu'il recherche le bonheur des autres pour lui-même, et non pour le contrecoup qu'il en recevra en faisant avancer son propre bonheur. Il choisit de faire le bien parce qu'il se réjouit du bonheur des autres et qu'il désire leur bonheur pour lui-même. Dieu est purement et entièrement bienveillant, de façon désintéressée. Il ne rend pas ses créatures heureuses pour faire ainsi avancer son propre bonheur, mais parce qu'il aime leur bonheur et le choisit pour lui-même. Non qu'il n'éprouve pas de bonheur à faire avancer le bonheur de ses créatures, mais il ne le fait pas pour sa propre satisfaction. L'homme désintéressé est heureux de faire le bien. Sinon, faire le bien ne serait pas en lui une vertu. Autrement dit, s'il n'aimait pas faire le bien, s'il n'y prenait pas plaisir, ce ne serait pas en lui une vertu.

La bienveillance, c'est la sainteté. C'est ce qu'exige la loi de Dieu : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. » Aussi certainement que l'homme converti obéit à la loi de Dieu, aussi certainement qu'il est semblable à Dieu, il est bienveillant. Le trait dominant de son caractère, c'est qu'il recherche le bonheur des autres, et non son propre bonheur, comme sa fin suprême.

III. La vraie conversion est le passage d'un état d'égoïsme suprême à la bienveillance.

C'est un changement dans le but poursuivi, et non un simple changement dans les moyens d'atteindre ce but. Il n'est pas vrai que le converti et l'inconverti ne diffèrent que par les moyens qu'ils emploient, tandis qu'ils visent tous deux le même but. Il n'est pas vrai que Gabriel et Satan poursuivent le même but, et qu'ils visent tous deux pareillement leur propre bonheur, en le cherchant seulement par des chemins différents. Gabriel n'obéit pas à Dieu pour faire avancer son propre bonheur. Un homme peut changer de moyens et garder pourtant le même but, son propre bonheur. Il peut faire le bien pour l'avantage qu'il en tirera ici-bas. Il peut ne croire ni à la religion ni à aucune éternité, et voir pourtant qu'il trouvera son avantage en ce monde à faire le bien. Supposez maintenant que ses yeux s'ouvrent et qu'il voie la réalité de l'éternité : il peut alors embrasser la religion comme un moyen d'être heureux dans l'éternité. Or chacun peut voir qu'il n'y a là aucune vertu. C'est l'intention qui donne son caractère à l'acte, et non les moyens employés pour réaliser cette intention. Voilà en quoi diffèrent le vrai et le faux converti. Le vrai converti choisit, comme but de sa poursuite, la gloire de Dieu et le bien de son royaume. Il choisit ce but pour lui-même, parce qu'il le regarde comme le plus grand bien, un bien plus grand que son propre bonheur individuel. Non qu'il soit indifférent à son propre bonheur, mais il lui préfère la gloire de Dieu, parce que c'est un plus grand bien. Il considère le bonheur de chaque individu selon son importance réelle, autant qu'il est capable de l'estimer, et il choisit le plus grand bien comme son objet suprême.

IV. Je dois maintenant montrer certaines choses en quoi les vrais saints et ceux qui se font illusion peuvent se ressembler, et certaines choses en quoi ils diffèrent.

1. Ils peuvent se ressembler en menant une vie strictement morale. La différence est dans leurs motifs. Le vrai saint mène une vie morale par amour de la sainteté ; celui qui se fait illusion, par des considérations égoïstes. Il se sert de la moralité comme d'un moyen en vue d'une fin, pour assurer son propre bonheur. Le vrai saint l'aime comme une fin.

2. Ils peuvent prier autant l'un que l'autre, pour ce qui est de la forme de la prière.

La différence est dans leurs motifs. Le vrai saint aime prier ; l'autre prie parce qu'il espère tirer de la prière quelque avantage pour lui-même. Le vrai saint attend un bienfait de la prière, mais ce n'est pas là son motif principal. L'autre ne prie pour aucun autre motif.

3. Ils peuvent avoir autant de zèle l'un que l'autre en religion.

L'un peut avoir un grand zèle parce que son zèle est éclairé par la connaissance, et qu'il désire et aime sincèrement faire avancer la religion pour elle-même. L'autre peut montrer un zèle égal pour rendre son propre salut plus assuré, parce qu'il a peur d'aller en enfer s'il ne travaille pas pour le Seigneur, ou pour apaiser sa conscience, et non parce qu'il aime la religion pour elle-même.

4. Ils peuvent être aussi consciencieux l'un que l'autre dans l'accomplissement de leurs devoirs : le vrai converti parce qu'il aime faire son devoir, l'autre parce qu'il n'ose pas le négliger.

5. Tous deux peuvent avoir autant d'égard l'un que l'autre pour ce qui est juste : le vrai converti parce qu'il aime ce qui est juste, l'autre parce qu'il sait qu'il ne peut pas être sauvé s'il ne fait pas ce qui est juste. Il est honnête dans ses affaires ordinaires, parce que c'est le seul moyen de garantir son propre intérêt. En vérité, ceux-là reçoivent leur récompense. Ils acquièrent parmi les hommes la réputation d'être honnêtes, mais s'ils n'ont pas de motif plus élevé, ils n'auront aucune récompense de Dieu.

6. Ils peuvent se ressembler par leurs désirs, à bien des égards. Ils peuvent se ressembler par leur désir de servir Dieu : le vrai converti parce qu'il aime le service de Dieu, celui qui se fait illusion pour la récompense, comme le serviteur à gages sert son maître.

Ils peuvent se ressembler par leur désir d'être utiles : le vrai converti désire être utile pour l'utilité elle-même, celui qui se fait illusion parce qu'il sait que c'est le moyen d'obtenir la faveur de Dieu. Et alors, plus il est réveillé à l'importance d'avoir la faveur de Dieu, plus son désir d'être utile sera intense.

Par leur désir de voir des âmes converties : le vrai saint parce que cela glorifiera Dieu, celui qui se fait illusion pour gagner la faveur de Dieu. Il sera poussé en cela exactement comme lorsqu'il donne de l'argent. Qui a jamais douté qu'on puisse donner son argent à la Société biblique ou à la Société des missions par des motifs uniquement égoïstes, pour se procurer du bonheur, ou des applaudissements, ou pour obtenir la faveur de Dieu ? Il peut tout aussi bien désirer la conversion des âmes, et travailler à la faire avancer, par des motifs purement égoïstes.

Par leur désir de glorifier Dieu : le vrai saint parce qu'il aime voir Dieu glorifié, celui qui se fait illusion parce qu'il sait que c'est le moyen d'être sauvé. Le vrai converti a le cœur fixé sur la gloire de Dieu, comme sur son grand but, et il désire glorifier Dieu comme une fin, pour elle-même. L'autre le désire comme un moyen en vue de son grand but, son propre avantage.

Par leur désir de se repentir. Le vrai converti a le péché en horreur à cause de sa nature odieuse, parce qu'il déshonore Dieu, et c'est pourquoi il désire s'en repentir. L'autre désire se repentir parce qu'il sait que s'il ne se repent pas, il sera damné.

Par leur désir de croire en Jésus-Christ. Le vrai saint le désire pour glorifier Dieu, et parce qu'il aime la vérité pour elle-même. L'autre désire croire afin d'avoir une espérance plus ferme d'aller au ciel.

Par leur désir d'obéir à Dieu. Le vrai saint, afin de croître en sainteté ; le faux croyant de profession, parce qu'il désire les récompenses de l'obéissance.

7. Ils peuvent se ressembler non seulement par leurs désirs, mais aussi par leurs résolutions. Ils peuvent tous deux résoudre d'abandonner le péché, d'obéir à Dieu, de se dépenser pour faire avancer la religion et pour édifier le royaume de Christ ; ils peuvent même le résoudre tous deux avec une grande fermeté de volonté, mais avec des motifs différents.

8. Ils peuvent aussi se ressembler par leurs desseins. Ils peuvent tous deux avoir réellement le dessein de glorifier Dieu, de convertir les hommes, d'étendre le royaume de Christ et de voir le monde converti : le vrai saint par amour pour Dieu et pour la sainteté, l'autre pour s'assurer son propre bonheur. L'un le choisit comme une fin, l'autre comme un moyen de servir une fin égoïste.

Ils peuvent tous deux avoir le dessein d'être vraiment saints : le vrai saint parce qu'il aime la sainteté, celui qui se fait illusion parce qu'il sait qu'il ne peut être heureux d'aucune autre manière.

9. Ils peuvent se ressembler non seulement par leurs désirs, leurs résolutions et leurs desseins, mais aussi par leurs affections envers bien des objets.

Ils peuvent tous deux aimer la Bible : le vrai saint parce qu'elle est la vérité de Dieu, qu'il y prend ses délices et qu'il en nourrit son âme ; l'autre parce qu'il pense qu'elle est en sa faveur et qu'elle est la charte de ses propres espérances.

Ils peuvent tous deux aimer Dieu : l'un parce qu'il voit que le caractère de Dieu est souverainement excellent et aimable en lui-même, et qu'il l'aime pour lui-même ; l'autre parce qu'il pense que Dieu est son ami particulier, qu'il va le rendre heureux pour toujours, et qu'il associe l'idée de Dieu à son propre intérêt.

Ils peuvent tous deux aimer Christ. Le vrai converti aime son caractère ; celui qui se fait illusion pense que Christ va le sauver de l'enfer et lui donner la vie éternelle, et pourquoi donc ne l'aimerait-il pas ?

Ils peuvent tous deux aimer les chrétiens : le vrai converti parce qu'il voit en eux l'image de Christ, celui qui se fait illusion parce qu'ils appartiennent à sa propre dénomination, ou parce qu'ils sont de son côté, et qu'il partage leurs intérêts et leurs espérances.

10. Ils peuvent aussi se ressembler en haïssant les mêmes choses. Ils peuvent tous deux haïr l'incrédulité et la combattre vigoureusement : le vrai saint parce qu'elle est opposée à Dieu et à la sainteté, celui qui se fait illusion parce qu'elle nuit à un intérêt qui le touche de très près et que, si elle disait vrai, elle détruirait toutes ses espérances pour l'éternité. De même, ils peuvent haïr l'erreur : l'un parce qu'elle est détestable en elle-même et contraire à Dieu, l'autre parce qu'elle est contraire à ses vues et à ses opinions.

Je me souviens d'avoir vu dans un écrit, il y a quelque temps, une attaque contre un pasteur qui avait publié certaines opinions, « parce que, disait l'auteur, ces idées détruiraient toutes mes espérances pour l'éternité ». Excellente raison en vérité ! Aussi bonne qu'il en faut à un être égoïste pour combattre une opinion.

Ils peuvent tous deux haïr le péché : le vrai converti parce qu'il est odieux à Dieu, celui qui se fait illusion parce qu'il lui est nuisible à lui-même. On a vu des cas où quelqu'un haïssait ses propres péchés, sans pourtant les abandonner. Combien de fois l'ivrogne, en se retournant sur ce qu'il a été autrefois et en comparant sa dégradation présente avec ce qu'il aurait pu être, a sa boisson en horreur ; non pour elle-même, mais parce qu'elle l'a ruiné. Et il aime toujours son verre, et continue de boire, bien qu'il éprouve de l'indignation quand il en regarde les effets.

Ils peuvent tous deux être opposés aux pécheurs. L'opposition des vrais saints est une opposition bienveillante : ils considèrent le caractère et la conduite des pécheurs, et les ont en horreur, comme propres à renverser le royaume de Dieu. L'autre est opposé aux pécheurs parce qu'ils sont opposés à la religion qu'il a embrassée et qu'ils ne sont pas de son côté.

11. De même, ils peuvent tous deux se réjouir des mêmes choses. Tous deux peuvent se réjouir de la prospérité de Sion et de la conversion des âmes : le vrai converti parce qu'il y a mis son cœur et qu'il l'aime pour elle-même, comme le plus grand bien ; celui qui se fait illusion parce que cette chose particulière, dans laquelle il pense avoir un si grand intérêt, est en progrès.

12. Tous deux peuvent s'affliger et se sentir accablés du faible état de la religion dans l'Église : le vrai converti parce que Dieu est déshonoré, celui qui se fait illusion parce que sa propre âme n'est pas heureuse, ou parce que la religion n'est pas en faveur.

Tous deux peuvent aimer la société des saints : le vrai converti parce que son âme jouit de leurs entretiens spirituels, l'autre parce qu'il espère tirer quelque avantage de leur compagnie. Le premier en jouit parce que c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle ; l'autre parce qu'il aime parler du grand intérêt qu'il porte à la religion et de l'espérance qu'il a d'aller au ciel.

13. Tous deux peuvent aimer assister aux réunions religieuses : le vrai saint parce que son cœur prend plaisir aux actes du culte, à la prière et à la louange, à l'écoute de la parole de Dieu et à la communion avec Dieu et avec ses saints ; l'autre parce qu'il pense qu'une réunion religieuse est un bon endroit pour étayer son espérance. Il peut avoir cent raisons de les aimer, sans les aimer du tout pour elles-mêmes, ni parce qu'il aime en eux-mêmes le culte et le service de Dieu.

14. Tous deux peuvent trouver du plaisir aux devoirs de la prière dans le secret. Le vrai saint aime sa chambre de prière, parce qu'il s'y approche de Dieu et qu'il y trouve ses délices dans la communion avec lui, là où rien ne l'embarrasse pour aller droit à Dieu et s'entretenir avec lui. Celui qui se fait illusion y trouve une sorte de satisfaction, parce que c'est son devoir de prier dans le secret et qu'il éprouve à le faire une satisfaction de propre justice. Bien plus, il peut y trouver un certain plaisir, à cause d'une sorte d'excitation de l'esprit qu'il prend pour la communion avec Dieu.

15. Ils peuvent tous deux aimer les doctrines de la grâce : le vrai saint parce qu'elles sont si glorieuses pour Dieu, l'autre parce qu'il pense qu'elles garantissent son propre salut.

16. Ils peuvent tous deux aimer les préceptes de la loi de Dieu : le vrai saint parce qu'ils sont si excellents, si saints, si justes et si bons ; l'autre parce qu'il pense que cette loi le rendra heureux s'il l'aime, et il l'aime comme un moyen d'être heureux.

Tous deux peuvent donner leur assentiment à la sanction de la loi. Le vrai saint y consent dans son propre cas, parce qu'il sent qu'il serait juste en soi que Dieu l'envoie en enfer. Celui qui se fait illusion y consent parce qu'il pense n'avoir rien à en craindre. Il a du respect pour elle, parce qu'il sait qu'elle est juste et que sa conscience l'approuve, mais il n'y a jamais consenti dans son propre cas.

17. Ils peuvent être aussi généreux l'un que l'autre dans leurs dons aux sociétés de bienfaisance. Aucun de vous ne doute que deux hommes puissent donner des sommes égales à une œuvre de bienfaisance, mais par des motifs entièrement différents. L'un donne pour faire du bien, et il donnerait tout aussi volontiers s'il savait que personne d'autre au monde ne donnera. L'autre donne pour l'honneur qu'il en retire, ou pour apaiser sa conscience, ou parce qu'il espère acheter la faveur de Dieu.

18. Ils peuvent pratiquer le renoncement à eux-mêmes autant l'un que l'autre en bien des choses. Le renoncement à soi-même n'est pas réservé aux vrais saints. Voyez les sacrifices et les privations des mahométans qui font leur pèlerinage à La Mecque. Voyez les païens qui se jettent sous le char de Jagannath. Voyez les pauvres papistes ignorants qui montent et descendent sur les pierres tranchantes, à genoux nus, jusqu'à ce que le sang en ruisselle. Une assemblée protestante ne soutiendra pas qu'il y ait là quoi que ce soit de religieux. Mais n'y a-t-il pas là du renoncement à soi-même ? Le vrai saint renonce à lui-même pour faire plus de bien aux autres. Il y tient plus qu'à sa propre satisfaction ou à son propre intérêt. Celui qui se fait illusion peut aller aussi loin, mais par des motifs purement égoïstes.

19. Ils peuvent être tous deux disposés à souffrir le martyre. Lisez la vie des martyrs, et vous ne douterez pas que certains aient été disposés à souffrir à cause d'une fausse idée des récompenses du martyre, et qu'ils se soient précipités au-devant de leur propre mort parce qu'ils étaient persuadés que c'était le chemin sûr de la vie éternelle.

Dans tous ces cas, les motifs des uns sont directement à l'opposé de ceux des autres. La différence réside dans le choix de fins différentes. L'un choisit son propre intérêt, l'autre choisit l'intérêt de Dieu, comme sa fin principale. Prétendre que ces deux catégories de gens visent la même fin, c'est dire qu'un pécheur impénitent est tout aussi bienveillant qu'un vrai chrétien ; ou bien qu'un chrétien n'est pas bienveillant comme Dieu, mais ne fait que rechercher son propre bonheur, et le rechercher dans la religion plutôt que dans le monde.

C'est ici le lieu de répondre à une question qu'on pose souvent : « Si ces deux catégories de gens peuvent se ressembler en tant de points, comment pouvons-nous connaître notre propre caractère véritable, ou savoir à laquelle des deux nous appartenons ? Nous savons que le cœur est tortueux par-dessus tout, et qu'il est méchant ; comment pouvons-nous savoir si nous aimons Dieu et la sainteté pour eux-mêmes, ou si nous recherchons la faveur de Dieu et visons le ciel pour notre propre avantage ? » Je réponds :

1. Si nous sommes vraiment bienveillants, cela paraîtra dans nos affaires de tous les jours. Ce caractère, s'il est réel, se montrera dans nos affaires plus que partout ailleurs. Si l'égoïsme y gouverne notre conduite, aussi sûr que Dieu règne, nous sommes vraiment égoïstes. Si nous sommes égoïstes dans nos rapports avec les hommes, nous le sommes dans nos rapports avec Dieu. « Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » La religion n'est pas seulement l'amour pour Dieu, mais aussi l'amour pour les hommes. Et si nos affaires de tous les jours montrent que nous sommes égoïstes, nous ne sommes pas convertis ; ou alors la bienveillance n'est pas essentielle à la religion, et l'on peut être religieux sans aimer son prochain comme soi-même.

2. Si vous êtes désintéressés en religion, les devoirs religieux ne seront pas pour vous une corvée. Vous ne vous mettrez pas à la religion comme l'ouvrier se rend à son labeur, pour gagner sa vie. L'ouvrier trouve du plaisir à son travail, mais ce n'est pas pour le travail lui-même. Il ne le ferait pas s'il pouvait s'en dispenser. Par nature, c'est une corvée, et s'il y trouve quelque plaisir, c'est à cause des résultats qu'il en attend : l'entretien et le bien-être de sa famille, ou l'accroissement de son bien.

C'est exactement l'état de certaines personnes à l'égard de la religion. Elles s'y mettent comme le malade prend sa médecine, parce qu'elles en désirent les effets et qu'elles savent qu'il leur faut la prendre ou périr. C'est une corvée dont elles ne s'acquitteraient jamais pour elle-même. Supposez que des hommes aiment le travail comme un enfant aime le jeu. Ils travailleraient toute la journée sans jamais se lasser, sans autre attrait que le plaisir de le faire. Il en est de même en religion : là où elle est aimée pour elle-même, on ne s'en lasse pas.

3. Si l'égoïsme est le caractère dominant de votre religion, il prendra tantôt une forme, tantôt une autre. Par exemple : si c'est un temps de froideur générale dans l'Église, les vrais convertis continueront de jouir de leur communion secrète avec Dieu, même s'il ne se fait pas autant de choses pour attirer l'attention en public. Mais celui qui se fait illusion se trouvera alors, invariablement, en train de courir après le monde. Que maintenant les vrais saints se lèvent, fassent du bruit et disent tout haut leur joie, de sorte qu'on recommence à parler de religion, et peut-être verra-t-on bientôt le croyant de profession qui se fait illusion se démener et paraître même plus zélé que le vrai saint. Il est poussé par ses convictions, et non par ses affections. Quand il n'y a pas d'intérêt public pour la religion, il n'éprouve aucune conviction ; mais quand l'Église se réveille, il est convaincu de péché et contraint de s'agiter, pour garder sa conscience tranquille. Ce n'est que de l'égoïsme sous une autre forme.

4. Si vous êtes égoïstes, votre joie dans la religion dépendra principalement de la force de vos espérances du ciel, et non de l'exercice de vos affections. Vos joies ne sont pas dans les occupations mêmes de la religion, et elles sont d'une tout autre nature que celles du vrai saint. Elles viennent surtout de l'attente. Quand vos preuves sont renouvelées et que vous vous sentez tout à fait certains d'aller au ciel, alors vous jouissez beaucoup de la religion. Cela dépend de votre espérance, et non de votre amour pour les choses que vous espérez. Vous entendez des gens raconter qu'ils n'ont plus aucune joie dans la religion quand ils perdent leurs espérances. La raison en est claire. S'ils aimaient la religion pour elle-même, leur joie ne dépendrait pas de leur espérance. Celui qui aime son occupation est heureux partout. Et si vous aimiez les occupations de la religion, vous seriez heureux même si Dieu vous mettait en enfer, pourvu seulement qu'il vous laisse vous occuper de religion. Si vous pouviez prier et louer Dieu, vous sentiriez que vous pourriez être heureux n'importe où dans l'univers ; car vous feriez encore les choses dans lesquelles consiste principalement votre bonheur. Si les devoirs de la religion ne sont pas les choses où vous trouvez votre joie, et si toute votre joie dépend de votre espérance, vous n'avez pas de vraie religion : tout cela n'est qu'égoïsme.

Je ne dis pas que les vrais saints ne jouissent pas de leur espérance. Mais ce n'est pas là pour eux la grande affaire. Ils pensent très peu à leurs propres espérances. Leurs pensées sont occupées d'autre chose. Celui qui se fait illusion, au contraire, sent bien qu'il ne jouit pas des devoirs de la religion, mais seulement que plus il en fait, plus il est sûr d'aller au ciel. Il n'y prend qu'une joie du même genre que celle d'un homme qui pense qu'à force de grand labeur il aura une grande fortune.

5. Si vous êtes égoïstes en religion, vos joies viendront principalement de l'attente. Le vrai saint jouit déjà de la paix de Dieu, et il a le ciel commencé dans son âme. Il n'en a pas seulement la perspective : la vie éternelle est réellement commencée en lui. Il a cette foi qui est une ferme assurance des choses qu'on espère. Bien plus, il a en lui les sentiments mêmes du ciel. Il attend des joies d'un degré plus élevé, mais de même nature. Il sait que le ciel est commencé en lui, et il n'est pas obligé d'attendre sa mort pour goûter les joies de la vie éternelle. Sa joie est en proportion de sa sainteté, et non en proportion de son espérance.

6. Une autre différence, qui permet de savoir si vous êtes égoïstes en religion, est celle-ci : celui qui se fait illusion n'a qu'une intention d'obéir, tandis que l'autre a une préférence pour l'obéissance. C'est une distinction importante, et je crains que peu de gens la fassent. Des multitudes ont l'intention d'obéir, qui n'ont aucune vraie préférence pour l'obéissance. La préférence, c'est le choix effectif, l'obéissance du cœur. Vous entendez souvent des gens dire qu'ils avaient eu l'intention d'accomplir tel ou tel acte d'obéissance, mais qu'ils ne l'ont pas fait. Et ils vous diront combien il est difficile de mettre leur intention à exécution. Le vrai saint, au contraire, préfère réellement l'obéissance, il la choisit dans son cœur, et c'est pourquoi il trouve facile d'obéir. L'un a une intention d'obéir, semblable à celle qu'avait Paul avant sa conversion, comme il nous le dit au septième chapitre de l'épître aux Romains. Il avait une ferme intention d'obéir, mais il n'obéissait pas, parce que son cœur n'y était pas. Le vrai converti préfère l'obéissance pour elle-même ; il la choisit réellement, et il la pratique. L'autre se propose d'être saint, parce qu'il sait que c'est le seul moyen d'être heureux. Le vrai saint choisit la sainteté pour elle-même, et il est saint.

7. Le vrai converti et celui qui se fait illusion diffèrent aussi par leur foi. Le vrai saint a dans le caractère général de Dieu une confiance qui le conduit à se soumettre à Dieu sans réserve. On parle beaucoup des différentes sortes de foi, mais sans y mettre grand sens. La vraie confiance dans les promesses particulières du Seigneur dépend de la confiance dans le caractère général de Dieu. Il n'y a que deux principes sur lesquels on obéisse à un gouvernement, humain ou divin : la crainte et la confiance. Peu importe qu'il s'agisse du gouvernement d'une famille, d'un navire, d'une nation ou de l'univers. Toute obéissance procède de l'un de ces deux principes. Dans le premier cas, on obéit par espoir de la récompense et par crainte du châtiment. Dans l'autre, par cette confiance dans le caractère du gouvernement qui est agissante par l'amour. Un enfant obéit à son père par confiance en son père. Il a une foi qui est agissante par l'amour. Un autre ne rend qu'une obéissance extérieure, par espoir et par crainte. Le vrai converti a cette foi, cette confiance en Dieu, qui le conduit à obéir à Dieu parce qu'il aime Dieu. C'est là l'obéissance de la foi.

Il a en Dieu une confiance telle qu'il se remet tout entier entre les mains de Dieu.

L'autre n'a qu'une foi partielle et qu'une soumission partielle. Le diable a une foi partielle : il croit et il tremble. On peut croire que Christ est venu sauver les pécheurs et, sur ce fondement, se soumettre à lui pour être sauvé, sans se soumettre entièrement à lui pour être gouverné et pour qu'il dispose de nous. Une telle soumission n'est qu'à la condition d'être sauvé. Elle ne procède jamais de cette confiance sans réserve dans le caractère tout entier de Dieu, qui fait dire : « Que ta volonté soit faite. » Cet homme ne se soumet que pour être sauvé. Sa religion est la religion de la loi. Celle de l'autre est la religion de l'Évangile. L'une est égoïste, l'autre bienveillante. C'est là que réside la vraie différence entre les deux catégories. La religion de l'un est extérieure et hypocrite. Celle de l'autre est la religion du cœur, sainte et agréable à Dieu.

8. Je ne mentionnerai plus qu'une différence. Si votre religion est égoïste, vous vous réjouirez particulièrement de la conversion des pécheurs quand vous y aurez été pour quelque chose, mais vous en éprouverez très peu de satisfaction quand elle se fera par d'autres. L'égoïste se réjouit quand il est actif et qu'il réussit à convertir des pécheurs, parce qu'il pense qu'il en aura une grande récompense. Mais au lieu de s'en réjouir quand c'est l'œuvre d'autres, il en sera même envieux. Le vrai saint est sincèrement heureux de voir les autres utiles, et il se réjouit autant de voir des pécheurs convertis par l'instrument d'autrui que si c'était par le sien. Il y en a qui ne s'intéressent à un réveil que dans la mesure où ils y sont eux-mêmes mêlés ; on dirait même qu'ils aimeraient mieux voir les pécheurs rester inconvertis que de les voir sauvés par l'instrument d'un évangéliste, ou d'un pasteur d'une autre dénomination. Le véritable esprit d'un enfant de Dieu, c'est de dire : « Envoie, Seigneur, qui tu voudras envoyer ; pourvu seulement que des âmes soient sauvées et que ton nom soit glorifié ! »

V. Je dois répondre à quelques objections qu'on oppose à cette manière de présenter le sujet.

Objection 1. « Ne dois-je avoir aucun égard à mon propre bonheur ? »

Réponse. Il est juste d'avoir égard à votre propre bonheur selon sa valeur relative. Mettez-le dans la balance, à côté de la gloire de Dieu et du bien de l'univers, puis décidez, et donnez-lui la valeur qui lui revient. C'est exactement ce que fait Dieu. Et c'est ce qu'il veut dire quand il vous commande d'aimer votre prochain comme vous-même.

Et encore : vous ferez en fait avancer votre propre bonheur exactement dans la mesure où vous le perdrez de vue. Votre bonheur sera en proportion de votre désintéressement. Le vrai bonheur consiste principalement dans la satisfaction de désirs vertueux. Il peut y avoir du plaisir à satisfaire des désirs égoïstes, mais ce n'est pas le vrai bonheur. Or, pour être vertueux, vos désirs doivent être désintéressés. Supposez qu'un homme voie un mendiant dans la rue ; il est assis là, sur le bord du trottoir, transi et affamé, sans amis, et sur le point de périr. Cet homme est touché ; il entre dans une épicerie toute proche et lui achète un pain. Aussitôt le visage du mendiant s'illumine, et son regard exprime une reconnaissance indicible. Or, on le voit clairement, la satisfaction que cet homme éprouve dans cet acte est exactement en proportion de la pureté de son motif. S'il l'a fait purement et uniquement par bienveillance, sa satisfaction est complète dans l'acte lui-même. Mais s'il l'a fait en partie pour faire savoir qu'il est une personne charitable et humaine, alors son bonheur n'est pas complet tant que l'action n'a pas été rendue publique. Supposez qu'il y ait ici un pécheur dans ses péchés ; il est vraiment méchant et vraiment malheureux. Votre compassion s'éveille, et vous le convertissez et le sauvez. Si vos motifs étaient d'obtenir l'honneur auprès des hommes et de vous assurer la faveur de Dieu, vous n'êtes pas complètement heureux tant que l'action n'a pas été racontée, et peut-être mise dans le journal. Mais si vous désiriez purement sauver une âme de la mort, alors, dès que vous voyez la chose faite, votre satisfaction est complète et votre joie sans mélange. Il en est ainsi dans tous les devoirs religieux : votre bonheur est exactement en proportion de votre désintéressement.

Si vous visez à faire le bien pour lui-même, vous serez heureux à proportion du bien que vous ferez. Mais si vous visez directement votre propre bonheur, et si vous faites le bien simplement comme un moyen de vous assurer votre propre bonheur, vous échouerez. Vous serez comme l'enfant qui poursuit son ombre : il ne peut jamais la rattraper, parce qu'elle se tient toujours à la même distance devant lui. Supposez, dans le cas que j'ai cité, que vous n'ayez aucun désir de secourir le mendiant, mais que vous ne pensiez qu'aux applaudissements d'une certaine personne. Alors vous n'éprouverez aucun plaisir à secourir le mendiant ; mais quand cette personne l'apprendra et vous en louera, alors vous serez satisfait. Vous n'êtes pourtant pas satisfait par la chose elle-même. Ou bien supposez que vous visiez la conversion des pécheurs ; si ce n'est pas l'amour des pécheurs qui vous y pousse, comment la conversion des pécheurs pourrait-elle vous rendre heureux ? Elle ne tend nullement à satisfaire le désir qui a inspiré l'effort. La vérité, c'est que Dieu a ainsi constitué l'esprit de l'homme : il doit rechercher le bonheur des autres comme sa fin, ou il ne peut pas être heureux. Voilà la vraie raison pour laquelle le monde entier, qui recherche son propre bonheur et non le bonheur des autres, manque son but. Ce bonheur se tient toujours à la même distance devant eux. S'ils cessaient de rechercher leur propre bonheur et se dépensaient pour faire le bien, ils seraient heureux.

Objection 2. « Christ n'a-t-il pas eu en vue la joie qui lui était réservée ? Moïse n'avait-il pas aussi les yeux fixés sur la rémunération ? Et la Bible ne dit-elle pas que nous aimons Dieu parce qu'il nous a aimés le premier ? »

Réponse 1. Il est vrai que Christ, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix et méprisé l'ignominie. Mais quelle était la joie qui lui était réservée ? Non son propre salut, non son propre bonheur, mais le grand bien qu'il ferait en sauvant le monde. Il était parfaitement heureux en lui-même. Mais c'était le bonheur des autres qu'il avait en vue. C'était là la joie qui lui était réservée. Et il l'a obtenue.

Réponse 2. De même, Moïse avait les yeux fixés sur la rémunération. Mais était-ce son propre bien-être ? Loin de là. La rémunération, c'était le salut du peuple d'Israël. Que dit-il ? Quand Dieu proposa de détruire la nation et de faire de lui une grande nation, si Moïse avait été égoïste, il aurait dit : « C'est bien, Seigneur ; qu'il soit fait à ton serviteur selon ta parole. » Mais que dit-il ? Eh bien, son cœur était si attaché au salut de son peuple et à la gloire de Dieu qu'il ne voulut pas y penser un seul instant, et il dit : « Pardonne maintenant leur péché ! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » Et une autre fois, quand Dieu dit qu'il les détruirait et ferait de Moïse une nation plus grande et plus puissante, Moïse pensa à la gloire de Dieu et dit : « Les Égyptiens l'apprendront, et toutes les nations diront : L'Éternel n'avait pas le pouvoir de mener ce peuple dans le pays. » Il ne pouvait supporter la pensée de voir son propre intérêt élevé aux dépens de la gloire de Dieu. C'était réellement, pour son esprit bienveillant, une plus grande récompense de voir Dieu glorifié et les enfants d'Israël sauvés que ne l'aurait été n'importe quel avantage personnel.

Réponse 3. Là où il est dit : « Nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés le premier », le texte se prête manifestement à deux interprétations : ou bien son amour pour nous a préparé le chemin de notre retour et l'influence qui nous a amenés à l'aimer, ou bien nous l'aimons pour la faveur qu'il nous a témoignée à nous-mêmes. Que ce dernier sens ne soit pas le bon, c'est évident, parce que Jésus-Christ a si expressément condamné ce principe dans son sermon sur la montagne : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains aussi n'agissent-ils pas de même ? » Si nous aimons Dieu, non pour son caractère, mais pour ses faveurs envers nous, Jésus-Christ nous a déclarés réprouvés.

Objection 3. « La Bible n'offre-t-elle pas le bonheur comme récompense de la vertu ? »

Réponse. La Bible parle du bonheur comme du résultat de la vertu, mais elle ne déclare nulle part que la vertu consiste à poursuivre son propre bonheur. La Bible y est partout contraire, et elle présente la vertu comme consistant à faire du bien aux autres. Nous pouvons voir, par la science de l'esprit humain, qu'il doit en être ainsi. Si quelqu'un désire le bien des autres, il sera heureux à proportion de la satisfaction qu'il donnera à ce désir. Le bonheur est le résultat de la vertu, mais la vertu ne consiste pas dans la poursuite directe de son propre bonheur ; elle lui est au contraire entièrement opposée.

Objection 4. « Dieu vise notre bonheur ; serons-nous plus bienveillants que Dieu ? Ne devons-nous pas être semblables à Dieu ? Ne pouvons-nous pas viser la même chose que Dieu ? Ne devons-nous pas rechercher la même fin que Dieu recherche ? »

Réponse. Cette objection est spécieuse, mais vaine et pourrie. Dieu est bienveillant envers les autres. Il vise le bonheur des autres, et notre bonheur. Et pour lui ressembler, nous devons viser, c'est-à-dire prendre plaisir à son bonheur et à sa gloire, ainsi qu'à l'honneur et à la gloire de l'univers, selon leur valeur réelle.

Objection 5. « Pourquoi la Bible fait-elle continuellement appel aux espérances et aux craintes des hommes, si l'égard pour notre propre bonheur n'est pas un motif d'action légitime ? »

Réponse 1. La Bible fait appel aux sensibilités naturelles de l'homme, non à son égoïsme. L'homme redoute le mal, et il n'est pas mauvais de chercher à l'éviter. Nous pouvons avoir pour notre propre bonheur l'égard qui lui est dû, selon sa valeur.

Réponse 2. Et encore : les hommes sont si abrutis par le péché que Dieu ne peut obtenir leur attention pour leur faire considérer son vrai caractère et les raisons de l'aimer, à moins de faire appel à leurs espérances et à leurs craintes. Mais quand ils sont réveillés, alors il leur présente l'Évangile. Quand un pasteur a prêché les terreurs du Seigneur jusqu'à ce que ses auditeurs soient alarmés et réveillés, de sorte qu'ils veuillent bien prêter attention, il est allé assez loin dans cette direction ; il doit alors déployer devant eux tout le caractère de Dieu, pour engager leur cœur à l'aimer pour sa propre excellence.

Objection 6. « Les écrivains inspirés ne disent-ils pas : Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle, et vous serez sauvés ? »

Réponse. Oui ; mais ils exigent une repentance « vraie », c'est-à-dire qu'on abandonne le péché parce qu'il est odieux en lui-même. Ce n'est pas une vraie repentance que d'abandonner le péché à la condition d'être pardonné, ou de dire : « Je serai fâché de mes péchés, si tu me pardonnes. » De même, ils exigent une vraie foi et une vraie soumission, non une foi conditionnelle ou une soumission partielle. Voilà ce sur quoi la Bible insiste. Elle dit que celui-là sera sauvé, mais il faut que ce soit une repentance désintéressée et une soumission désintéressée.

Objection 7. « L'Évangile ne présente-t-il pas le pardon comme un motif de soumission ? »

Réponse. Cela dépend du sens dans lequel vous employez le mot « motif ». Si vous voulez dire que Dieu déploie devant les hommes tout son caractère et toute la vérité sur leur situation, comme autant de raisons d'engager le pécheur à l'aimer et à se repentir, je réponds : oui ; sa compassion et sa disposition à pardonner sont des raisons d'aimer Dieu, parce qu'elles font partie de sa glorieuse excellence, que nous sommes tenus d'aimer. Mais si vous entendez par « motif » une condition, et que le pécheur doive se repentir à la condition d'être pardonné, alors je dis que la Bible ne présente nulle part la chose de cette manière. Elle n'autorise jamais un pécheur à dire : « Je me repentirai si tu me pardonnes », et elle n'offre nulle part le pardon comme motif de repentance en ce sens-là.

Je terminerai par deux brèves remarques.

1. Nous voyons, par ce sujet, pourquoi ceux qui font profession de religion ont des vues si différentes sur la nature de l'Évangile.

Les uns le regardent comme un simple accommodement en faveur des hommes, par lequel Dieu se montre moins strict qu'il ne l'était sous la loi ; de sorte qu'ils peuvent suivre la mode ou vivre selon le monde, et l'Évangile viendra combler leurs manques et les sauver. Les autres regardent l'Évangile comme une disposition de la bienveillance divine, qui a pour but principal de détruire le péché et de faire avancer la sainteté ; et ils pensent donc que, bien loin de les autoriser à être moins saints qu'ils ne devraient l'être sous la loi, il tire toute sa valeur de sa puissance à les rendre saints.

2. Nous voyons pourquoi certaines personnes sont tellement plus désireuses de convertir les pécheurs que de voir l'Église sanctifiée et Dieu glorifié par les bonnes œuvres de son peuple.

Beaucoup éprouvent une sympathie naturelle pour les pécheurs et souhaitent les voir sauvés de l'enfer ; et, cela obtenu, ils n'ont plus d'autre souci. Mais les vrais saints sont avant tout affectés par le péché en tant qu'il déshonore Dieu. Et ce qui les afflige le plus, c'est de voir des chrétiens pécher, parce que cela déshonore Dieu davantage. Certaines personnes semblent se soucier assez peu de la manière dont vit l'Église, pourvu seulement qu'elles voient l'œuvre de la conversion avancer. Elles ne tiennent pas à ce que Dieu soit honoré. Cela montre qu'elles ne sont pas mues par l'amour de la sainteté, mais par une simple compassion pour les pécheurs.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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